‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mort (volume 2)Chapitre 61 sur 63 · SI · texte numérisé non relu

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rôle identique, ne se comportaient pas de la même manière dans raccomplissement de l’absorption, et peut-être encore n'agissaient pas sur les mêmes matériaux.

Les substances fluides pénètrent dans les capillaires, et de là passent nécessairement dans les veines, parce que le courant sanguin marche des artères aux capillaires, puis aux veines et au cœur. Le phénomène primitif de Tabsorption considérée dans les capillaires est la perméabilité des tissus animaux aux liquides et aux gaz. Cette perméabilité que nous observons dans ces tissus, même après la mort, dépend de leur porosité invisible et se nomme imbibition. On pourrait donc, selon Muller, appeler cette sorte d'absorption qu'exercent les tissus animaux complètement privés de vie, absorption inorganique, par opposition à l'absoiption lymphatique.

Mais cette pénétration du tissu par les fluides liquides ou gazeux suit certaines lois. Quand deux liquides, de l'eau pure et de l’eau salée, par exemple, sont séparés par une membrane organique, il s’établit à travers cette membrane un double courant. Les deux liquides tendent à se mêler jusqu’à ce que la distribution du sel dissous soit uniforme des deux côtés du diaphragme. Le liquide le moins dense traverse plus rapidement la cloison membraneuse que l’autre ; de sorte que ce dernier s’accroît aux dépens du premier jusqu’à certaines limites. Deux gaz en contact avec les deux surfaces d'une membrane pénètrent à tiavers cette sépaiation et se mêlent également, conformément à la même lui; cette règle générale pouilant, comme la plupart des autres, présente quelques exceptions. Un gaz se comporte avec un liquide comme le fluide le moins dense avec le plus dense. Il traverse la cloison pour être absorbé par le liquide voisin. C'est ainsi que pendant la respiration les fluides gazeux pénètrent dans le liquide sanguin sans que les globules de celui-ci puissent s’échapper, les porcs des tuniques vasculaires ne donnant point passage aux particules rouges du sang. M. Dutrochet a donné à ces phénomènes, dont il a fait une étude spéciale, les noms d’endosmose et d’exosmose. Il a prouvé expérimentalement que la pénétration directe des substances dissoutes jusque dans les capillaires et le sang est un phénomène d’endosmose et non de simple imbibition. Toutefois l’endosmose ne suffit pas encore à elle seule à expliquer ce qui se passe dans l’absorption de tous les fluides par les tis-

SUS des animaux. Elle explique bien l'échange et le mélange de ces fluides, mais non leur diminution de quantiié ou l'absorption proprement dite. A côté de l'endosmose il faut dont admettre que les tissus vivants exercent sur les fluides qui circulent en eux une attraction particulière, en veilu de laquelle ils ne laissent pas échapper leurs fluides propres tout en admettant les fluides extérieurs ; alors seulement il s'opère, non un simple échange, mais une véritable absorption, il nous semble évident, en outre, que dans les capillaires sanguins l'action du cœur ou le mouvement du sang facilite l'introduction des fluides, et entrave au contraire jusqu'à un certain point l'exhalation à travers les parois vasculaires.

Obligé, sur un sujet aussi vaste, de n’effleurer que certains points principaux et de passer sous silence un grand nombre de considérations importantes, nous ne parlerons ni des diverses théories par lesquelles on a essayé d’expliquer l'endosmose et l’exosmose, ni de l'influence du galvanisme, de la pléthore, de la température, etc., sur l’absorption, ni des changements que subissent les matières absorbées, ni des différences que présentent les divers tissus quant à leur perméabilité, ni enfin de l'exhalation et de la sécrétion dans leurs rapports avec l'absorption ; nous signalerons seulement encore deux caractères particuliers de l'absorption veineuse. Le premier est la rapidité avec laquelle elle s’oj)ère. Les expériences de Muller établissent qu’il faut moins d’une seconde pour qu'un liquide traverse, dans une quantité appréciable, une menobranc dépouillée de son épiderme, de façon à atteindre le pi emier réseau de capillaires, et à pénétrer ainsi dans le courant circulatoire. Maintenant le sang se meut avec une telle rapidité,qu'il parcourt son circuit en une ou deux minutes, et même, selon les calculs d’Hering, en une demi-minute. Une demi-minute ou deux minutes au maximum suffisent donc pour qu'un liquide rais en contact avec une membrane privée d'épiderme soit distribué dans le corps entier. C'est ainsi que s'explique l’action si prompte des poisons narcotiques.

Le deuxième caractère qui distingue l'absorption veineuse est le fait que toutes les substances en état de solution peuvent pénétrer dans ces vaisseaux; mais il ne faut pas qu'elles consistent en globules. Elles n’y subissent d’ailleurs aucune altération particulière. J ...

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Comme nous l’avons fait pour l’absorption veineuse, nous tiaiterons seulement des particularités qui distinguent l’absorption lymphatique, c’est-à-dire des substeuices qui pénètrent dans les vaisseaux lymphatiques et chylifères, du procédé süivant lequel s’opère cette absorption, enfin du mouvement et de la progression du chyle et de la lymphe dans leurs vaisseaux propres.

La partie liquide du sang qui a fourni les matériaux nécessaires à la nutrition des organes et qui imbibe les tissus rentre dans la circulation par l’intermédiaire des lymphatiques et du canal thoracique. Le fluide contenu dans les lymphatiques est donc tout simplement du sang sans globules rouges, et le sang est de la lymphe avec des globules rouges : aussi, d’après Muller, lorsque le sang perd la propriété de se coaguler, la lymphe la perd également. La liqueur du sang est le principal élément sur lequel s’exerce l’absorption lymphatique dans l’état normal, les globules que contient la lymphe paraissant formés par de petites molécules enlevées au parenchyme des organes. Mais on a quelquefois découvert dans ces vaisseaux d’autres substances encore, de labile dans le cas d’obstruction des conduits biliaires, des matières calcaires dans certains cas d’affections des os. Du pus même, dit-on, a été trouvé dans les lymphatiques. Nous ne nions pas le fait ; mais aloi-s le pus provenait de l’inflammation de ces vaisseaux eux-mêmesj car si la partie fluide du pus peut être absorbée par ces vaisseaux, les globules pui'ulenls ne sauraient y pénétrer du dehors ; leur volume est trop considérable, et double même de celui des particules rouges du sang. De nombreuses expériences établissent que les lymphatiques n’absorbent pas les matières colorantes, et que les sels sont les seules substances étrangères qu’ils admettent; encore ce cas se présente-t-il rarement. Maintenant, pourquoi l’absorption lymphatique ne s’exerce-t-elle que sur certains fluides ? On ne peut répondre à cette question que par l’hypothèse d'une affinité particulière entre ces fluides et ces vaisseaux. En outre de cette affinité, les lymphatiques et leurs glandes font subir une élaboration spéciale aux substances qu’ils ont admises, non-seulement au chyle, comme chacun sait, mais encore aux matières étrangères, ainsi que l’a prouvé Emmert.

L’absorption par les vaisseaux chylifères et lymphatiques

ne peut s'expliquer par les lois de la capillarité ni par celles de l'endosmose. Elle parait dépendre, dit le célèbre physiolo* giste que nous avons déjà souvent cité, d'une attraction dont la nature nous est actuellement inconnue, mais dont la sécré> tion forme, pour ainsi dire, la contre-partie ; les fluides, après avoir été modifiés par l'action séci-étante, sont repoussés vers le seul côté libre des membranes sécrétoires, et ensuite sont mus à tergo par l'impulsion continue du nouveau liquide qui se produit successivement. Cette attraction mérite réellement d'étre appelée vitale, puisque les lymphatiques n'absorbent plus après la mort.

La cause principale du mouvement du chyle et de la lymphe dans leurs vaisseaux parait résider dans la continuation de l’absorption par le réseau radiculaire des lymphatiques; sans doute aussi leur progression est aidée par la disposition des valvules des absorbants, par l'action aspirante du cœur sur le contenu du canal thoracique, par l’adion musculaire ; et quoiqu’on n’ait pu parvenir à provoquer des contractions bien évidentes dans les lymphatiques et le canal thoracique, on pourrait peut-être encore, avec Tiedemann et Gmeliii, y admettre une contraction progiessive et imperceptible.

L’obscurité des causes qui déterminent la marche des liquides dans le système lymphatique doit faire présumer qu’elles n’agissent pas avec une très-grande énergie. En effet , le mouvement de ces fluides est fort lent, surtout si on le compare à a'lui du sang. On ue peut, au reste, le mesurer que d'une manière fort indirecte et inexacte. Collard de Martigny ayant vidé par la compression le principal tronc lymphatique du cou d’un chien, le vaisseau se remplit de nouveau en sept minutes. Magendie obtint en cinq minutes une demi-once de chyle du canal thoracique d'un chien de moyenne taille.

Si en traitant de l’absorption lymphatique nous n'avons pas parlé do celle du chyle par les vaisseaux lactés, c'est que cette dernière suit les mêmes lois que la première. Les seules particulaiités qu'elle présente résultent de la nature propre du fluide.

Nous n'avons pas besoin de dire que dans les parties où l’on n'a pas pu démontrer l'existence de lymphatiques, par exemple dans les os, l'œil, le placenta, l’absorption s'opère nécessairement au moyeu des veines; mais pour celles qui reçoivent à

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la fois des vaisseaux lymphatiques et des vaisseaux sanguins, on n’a pu encore déterminer quel est de ces deux ordres de vaisseaux celui qui prend le plus de part à l’accomplissement de cette fonction.

De l’introduction des gaz délétères par la voie pulmonaire. — Tous les gaz , l’oxygène excepté, sont incapables d’entretenir la respiration , par conséquent tous produisent l’asphyxie ; mais -plusieurs d'entre eux , ainsi que l'établit Bichat , outre qu’ils n’artérialisent pas le sang , exercent sur l’économie une action délétère. L’azote, le protoxyde d’azote et l’hydrogène sont impropres à la respiration, et ils causent la mort par suite de la non-conversion du sang noir en sang rouge. Dans son excellent Traité de médecine légale , M. Devergie énumèi’e , parmi les gaz délétères, les gaz ammoniac, oxyde de carbone, acide carbonique, chlore, protoxyde et deutoxyde de chlore , cyanogène , hydrogène arsénié , hydrogène sulfuré , hydrogène carboné, hydrogèneprotophosphoré et perphosphoré, acide nitreux, oxygène et acide sulfureux.

11 y a bien des degrés dans la faculté toxique de ces diiférents fluides. Ainsi, par exemple, l’hydrogène arsénié tue aussi sûrement, mais moins vite, que la vapeur du cyanogène. L’absorption de l’hydrogène sulfuré, lors même qu’elle s’opère exclusivement par la surlace cutanée , est promptement mortelle. Les effets délétères du gaz acide carbonique se produisent également avec rapidité par cette voie , ainsi que M. Collard de Martigny l’a expérimenté sur lui-même^

Quelques-uns des gaz que nous venons de citer ne se préparant que dans les laboratoires , c’eét dans ces endroits seulement qu’ils pourraient donner lieu à des accidents , comme on l’a observé une fois pour le gaz nitreux. Le plus ordinairement , lorsque les gaz délétères déterminent des accidents, ils agissent à l’état de combinaison. Ainsi donc, si , sous le point de vue physiologique, il est mieux d’étudier isolément les effets que détermine chaque gaz en particulier , sous le point de vue pratique, il est préférable de décrire les asphyxies produites par des gaz combinés, dans des conditions et des circonstances où ces combinaisons s’opèrent et peuvent devenir funestes. On doit, par exemple, décrim à part l’asphyxie que détermine la combustion du charbon, et celle que produit la vapeur qui se dégage dans la fermentation alcoolique, l’as-

phyxie par le gaz de l'éclairage, et celle qui résulte de l'action des gaz divers qui se développent dans les fosses d'aisances.

De l’impulsion donnée à la circulation dans l’expiration. — La force de l'impulsion qui chasse le sang dans le système artériel augmente pendant l'expiration. Cela dépend de ce que, dans cet acte, la poitrine se contracte, et fait ainsi subir aux gros vaisseaux une certaine compression. Ce phénomène, déjà noté par Haller, a été apprécié plus exactement par .M. Poi* seuille, au moyen de l'ingénieux instrument qui lui a servi à mesurer la puissance du cœur. Cet observateur a constaté expérimentalement que l’impulsion de l’ondée sanguine était plus énergique à chaque expiiation, et devenait plus faible pendant l’inspiration ; « L'augmentation que l’expiration détermine dans la force par laquelle le sang est chassé est si considérable chez beaucoup de personnes, dit Muller, que le pouls radial devient imperceptible, quand elles font une inspiration prolongée et retiennent leur respiration; je suis moi-méme dans ce cas. Ce phénomène explique jusqu'à un certain point la fable qui attribue à quelques individus la faculté de suspendre à volonté les battements de leur cœur. »

De Vlntroduction de Pair dans les veines. — Ce fait important, que l'injection de l'air en quantité notable dans les veines détermine des accidents promptement funestes, est depuis le XVII* siècle acquis à la science : c’est Wepfer qui le premier en lit l'expérience sur un animai vivant. Un grand nombre d'expérimentateurs la reproduisirent avec le même résultat. Dèscette époque on reconnut que la mort dépendait de l'introduction de l'air dans le cœur, dont les parois, distendues outre mesure par le fluide gazeux, ne pouvaient plus se contracter. Telle était donc l’opinion commune, opinion qui avait pour elle l'autorité imposante de Morgagni, lorsque Bichat s’éleva contre cette doctrine, et prétendit que dans ce cas la mort survenait par le cerveau. Depuis lui, quelques expérimentateurs, M. Leroy (d’Étiolles) entre autres, ont attribué à Temphysème du poumon le résultat fàtal de l'introduction de l'air dans le système veineux.

La théorie de Bichat est fausse de tout point ; la seconde est vraie dans ceitains cas, mais on ne doit pas l'adopter exclusivement. Nysten et'M. Magendie ont établi par de nombreuses expériences que la mort est subite toutes les fois que l’on in-

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jecte brusquement une grande quantité d’air dans les veines; car alors les cavités droites du cœur sont tellement distendues par ia présence de rair dilaté par la chaleur, qu'elles sont incapables de se contracter pour chasser le sang dans les poumons. Ce n’est pas seulement sur les animaux que l'on a observé ce phénomène ; malheureusement l’homme en a fourni plusieurs exemples tout à fait identiques. En voici deux que cite M. Ollivier à Tarticle Air du Dictionnaire de Médecine, 2* édition : o Une jeune fille entra à l’Hôtel-Dieu pour y être traitée d’une tumeur énorme qu’elle portait à la partie postérieure et latérale droite du cou. L’accroissement rapide de cette tumeur décida M. Dupuytren a en pratiquer l’ablation. La dissection était presque achevée; la masse ne tenait plus qu’à un lambeau des téguments de la partie antérieure et latérale du cou, loisque tout à coup on entendit un sifflement prolongé, analogue à celui qui est produit par la rentrée de l’air dans un récipient où l’on a fait le vide. La malade est aussitôU^trise d'un tremblement général, s’affaisse sur sa chaise et (^ire. Tous les moyens usités pour combattre la syncope et l’asphyxie furent employés inutilement. A l’ouverture du cadavre, on trouva l’oreillette droite gonflée par de l’air qui lui donnait une tension élastique, et lorsqu’on incisa, l'air s’en échappa en grande quantité sans aucun mélange de sang. Les veines et les artères du tronc et des membres contenaient un sang liquide mêlé à une si grande quantité d’air, que les vaisseaux, piqués de distance en distance, laissaient partout échapper des bulles mêlées de sang : une veine assez volumineuse, logée dans un sillon de la tumeur, et qui s’ouvrait dans la jugulaire, avait été-ouverte. Adhérent à la gouttière qui le contenait, ce vaisseau dut rester béant et laisser une voie facile à l’introduction spontanée de l’air atmosphérique au premier mouvement d’inspiration fait par la malade. — Chez un jeune homme tous les vaisseaux du membre supérieur gauche étaient devenus le siège d’une hypertrophie considérable qui avait déterminé à la fois l’épaississement de leurs parois et la dilatation de leur cavité. Les accidents graves résultant de cette altération nécessitèrent la désarticulation du membre; l'opération était presque terminée, de nombreuses ligatures avaient été appliquées, quand on entend tout à coup, à deux reprises, un bruit que M. Delpech compare à uu renifflement très-bruyant : au même instant le

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malade éprouve une syncope et meurt. L’épaisseur et la résistance des parois de toutes les veiues du membre malade avaient empêché ces vaisseaux de s'affaisser; leur cavité restait béante : aussi pensa-t-on que la mort était due sans doute à la ^. pénétration de l'air dans quelques-uns de ces vaisseaux ; l’ouverture du cadavre le démontra. On la fit après avoir plongé le corps dans une immense baignoire : des cloches avaient été disposées pour recueillir tous les gaz qui se dégageraient ; il n’en sortit que des cavités droites du cœur, qui en étaient distendues. L’analyse prouva que ce gaz était bien de l’air atmosphérique. »

Quand on injecte de l’air dans le système veineux en faible quantité et à plusieurs reprises, les parois du cœur ne sont pas paralysées ; cet organe, au contraire, se contracte avec plus de vivacité : alors le fluide gazeux, chassé avec le sang dans les poumons, s’accumule dans les dernières ramifications de l’artère pulmonaire. De là embarras de la respiration, toux et sécrétion d’un liquide visqueux et écumeux qui remplit les bronches et qui est en partie expectoré. Cet obstacle mécanique eitipêchant la circulation et l’artérialisation du sang veineux, la mort en doit être, au bout d’un temps plus ou moins long, la conséquence nécessaire. Dans ce cas-ci, on ne trouve pas d’air dans les cavités du cœur. La mort arrive donc évidemment par le poumon.

L'air injecté par les carotides agit autrement qu’injecté par les veines, parce qu'alors il n’est pas transmis directement au cœur. Lorsque la quantité d’air introduit est sultisante, on observe tous les phénomènes qui résultent d’une congestion cérébrale intense, et la mort survient dans ce cas comme dans toutes les apoplexies. Si toutefois on vient à injecter dans les carotides de l’air en telle quantité et avec une telle force qu'il parvienne dans les jugulaires, et de ces veines au cœur, le résultat de cette pénétration est rapidement fatal. L’animal périt comme dans les cas où l’air est insufilé immédiatement dans le système veineux.

E^fin, quand on introduit de l’air dans une des divisions de la veine porte, il n’en résulte ordinairement pas d’accidents fâcheux. Cette différence parait tenir à l’influence particulière qu’exerce le foie sur les substances qui le traversent. M. Magendie, en effet, a démontré expérimentalement que plusieurs

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substances perdent leurs propi iétés dans leur passage à travers ce milieu.

Distinction des nerfs de la sensibilité et de la contractilité animales. — depuis Bichat, une découverte qui a quelque analogie avec celles ae la circulation du sang a été le signal d'une révolution dans la physiologie et même l'anatomie du système nerveux. Nous voulons parler de la distinction des nerfs cérébro-spinaux en nerfs destinés aux impressions et en nerfs destinés au mouvement.

Les nerfs spinaux, au nombre de trente et une paires, naissent des parties antérieure et postérieure de la moelle épinière par deux racines. La racine antérieure fournit à chaque nerf les fihres motrices, et la postérieure les sensitives. Le nerf qui résulte de cette réunion des fibres de nature différente, en se répandant dans les tissus, y porte à la fois le principe du mouvement et celui du sentiment. Charles Bell n’avait cependant pas démontré par des expéi iences absolument inattaquables la vérité de sa découverte ; mais depuis, ses travaux un grand nombre de physiologistes distingués se sont mis à l'œuvre, et la science leur doit de nombreuses et importantes acquisitions. Aujourd’hui il est assez généralement admis que les nerfs encéphaliques, tout comme ceux qui proviennent de ia moelle épinière, se ilivisent en nerls moteurs et en nerfs sensitifs. Parmi ces derniers mêmes on doit encore distinguer les nerfs de sensations spéciales , c'est-à-dire les nerfs optiques , auditifs et olfactifs ; car ces derniers ne jouissent pas de la faculté de transmettre au cerveau les impressions sensitives générales ; ils ne lui portent que les impressions qui ont rapport à la fonction particulière de chacun d’eux.

De la transfusion du sang. — Ce n’est qu’avec une certaine précaution que l’on doit lire les expériences de transfusion qu’a exécutées Bichat, celles principalement où il s’est servi d’une seringue pour pratiquer cette opération. La coagulation du sang a lieu dans ce cas avec une extrême rapidité, et on doit le plus souvent y rattacher les accidents que l’on observe, et que l’on attribue à des causes tout à fait différentes. H faut aussi ne pas oublier qu’une certaine quantité d’air peut pénétrer dans le système circulatoire pendant celte manœuvre. Depuis l’époque où vivait notre grand physiologiste, les effets de la transfusion ont été étudiés par un grand nombre d’auteurs, parmi lesquels

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se distinguent surtout MM. Prévost et Dumas, Blundell, Dieffenbach, BischofT. Nous allons résumer les principaux résultats de ces recherches.

Prévost et Dumas ont démontré que la faculté vivifiante du sang réside plus dans les particules rouges que dans le sérum. Si, après avoir saigné un animal jusqu'à la défaillance, on lui injecte dans les vaisseaux du sérum pur à la température de 37® centigrades, on ne le fait pas revenir à lui; mais lorsqu’on se sert du sang entier d'un individu de même espèce, l’animal semble reprendre une nouvelle vie à chaque coup de piston, et il se ranime graduellement. On réussit de même en se servant de sang dépouillé de sa fibrine. Le professeur Dieffenbach a confirmé l'exactitude de ces expériences. Or, comme les particules rouges du sang ne subissent pas d'altération quand on lui a enlevé sa fibrine, comme le sang reste fluide et perd sa tendance à la coagulation, qui est le principal obstacle au succès de l'opération, Muller conseille dans le cas d’hémorrhagie, où il ne reste plus d'autres ressources que la transfusion, d’employer préférablement du sang privé de sa fibrine. Les recherches récentes du docteur BischoiT donnent une nouvelle importance à cette observation.

Blundell, Dieffenbach et d'autres observateurs ont démontré que le sang d'animaux d’espèces différentes, comme chien et mouton, dont les corpuscules, quoique ayant la même forme, diflèrent pourtant de volume, ne ranime en général que momentanément l'animal soumis à l'expérimentation, et que celui-ci meurt au bout de peu de jours, après avoir offert de l’accélération dans le pouls, une rapide diminution de chaleur, avec des évacuations muqueuses et sanguinolentes.

Mais si l'on transfuse, meme en très-minime quantité, du sang de mammifère dans les veines d’un oiseau (les corpuscules sanguins des premiers sont circulaires et ceux des seconds elliptiques), l'oiseau meurt en général instantanément et comme empoisonné. Ce phénomène remarquable n'est pas susceptible d’une explication mécanique; car les corpuscules sanguins des mammifères étant plus petits que ceux des oiseaux ne peuvent asphyxier ceux-ci en obstruant la circulation pulmonaire. Le sang des poissons est également délétère pour les mammifères et pour les oiseaux. Cette sorte d’intoxication semble liée à la présence de la fibrine. En effet, Bischofi', après

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avoir vérifié l'influence fatale que le sang de mammifère exerce sur les oiseaux, et vu ceux-ci périr en quelques secondes avec de violents symptômes semblables à ceux de l'empoisonnement, expérimenta sur du sang de mammifère préalablement dépouillé de sa fibrine au moyen du battage. Ayant chauffé à un degré convenable ce sang ainsi préparé, il l'injecta dans les veines d’oiseaux, et, à sa grande surprise, l'animal parut n'en épi ouver aucun inconvénient ; aucun symptôme fâcheux ne se manifesta. Le principe qui rend le sang d'une classe d'animaux délétère pour une autre classe n'est donc pas, suivant Bischofl, identique avec le principe vivifiant du sang que l'on pourrait supposer propre à chaque classe tandis qu'il serait mortel pour toutes les autres. Si, en perdant sa fibrine, le sang d'un animal quelconque perd sa puissance toxique pour les animaux d'espèces différentes dans les veines desquels on l'injecte, il ne devient pas pour cela susceptible de les rappeler à la vie quand une hémorrhagie les a réduits à un état de mort apparente. Il n'est capable de produire cet effet que pour ceux de la même classe.

De la circulation chez les fœtus dépourvus (Tencéphale et de moelle épinière. — Bichat et tous les physiologistes qui prétendent que les contractions du cœur et la circulation sont complètement indépendantes du système nerveux , s'appuient sur ce fait, que les fœtus acéphales et amyélencéphales se sont nourris et développés dans l’utérus, quoiqu'ils fussent dépourvus de cerveau et de moelle épinière. Pour répondre à cet argument, nous avons à considérer deux ordres de faits : l** l'état du système circulatoire; 2° l'état du système nerveux dans celte classe de monstres.

Le cœur manque dans le plus grand nombre des acéphales ; Ernest Elben rapporte soixante-douze observations d'acéphales avec absence du cœur, et il regarde cette absence comme caractéristique de l'acéphalie. Celte loi pourtant n’est pas sans exception. M. Breschet cite trois fœtus de ce genre chez lesquels le cœ.ur existait. Dans quelques cas d'absence du cœur, il existait encore une aorte et une veine cave, ou du moins des vaisseaux qui les représentaient. Les anomalies, qu'offre le système vasculaire dans cette espèce de monstniosités sont trop variables pour qu’on puisse les décrire exactement d’une manière générale. Le plus souvent, néanmoins, l'appamil cir-

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culaloirc est simplement constitué par deux systèmes de vaisseaux unis, non par leurs troncs, mais seulement par leurs capillaires. Selon Monro, le sang est porté du placenta au fœtus par la veine ombilicale qui se divise et se ramifie dans le corps du fœtus, puis il est repris par les ramifications de l’artère ou des artères ombilicales (car parfois on n’en trouve qu’une seule) qui le rapporte au placenta pour le revivifier. Tiedemann donne une autre théorie qui nous parait moins satisfaisante, en ce qu'elle n’explique pas le mode de circulation dans les acéphales dépourvus d’aorte et de veine cave : aussi nous ne l’exposerons pas. Il est inutile d’ajouter que les acéphales n’ont pas de poumons, organe qui du reste se forme très-tard dans le fœtus. C’est l’absence du cerveau qui a valu leur nom à ces monstruosités. Les cas avérés d’amyélencéphalie sont d’une extrême rareté. Le cerveau manque toujours lorsqu’il n’existe pas de moelle épinière, mais l’inverse n’a jamais lieu. Il est assez ordinaire que la moelle épinière offre diverses imperfections chez les acéphales, qu’elle soit incomplètement développée et réduite à un fragment, à un tronçon d’où partent des nerfs qui se rendent au tronc ou aux membres. Dans quelques cas fort rares, on a même constaté la présence de nerfs thoraciques, abdominaux et cruraux, malgré' l’absence totale d’encéphale et de moelle épinière. II n'existe dans la science qu’une seule description d’un fœtus absolument dépourvu de nerfs; par malheur, cette observation, due à Clarke, ne parait nullement décisive.

« Mais, dit M. Breschet, il est un système nerveux lié intimement aux vaisseaux : c’est le système nerveux ganglionnaire ou nerf trikplanchnique. Il y a des exemples de fœtus acéphales sans nerfs cérébraux et rachidiens, et par conséquent sans encéphale et sans rachis, tandis qu’on n’en connaît pas de bien avérés d’absence du nerf grand sympathique. »

Maintenant peut-on admettre qu’il n’existait pas de circulation chez les fœtus privés de cœur? Nous ne le pensons pas. Un point quelconque du vaisseau artériel pouvait jouir de la faculté de se contracter, et ainsi remplir la fonction du cœur, qui, au reste,-f>résente simplement la forme d’un vaisseau durant la première période de la vie embryonnaire. La présence constante de ganglions et de nerfs du grand sympathique nous semble dans ce cas expliquer le problème de la circulation.

by C.iogit

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comme elle explique la persistance des contractions du cœur • arraché de la poitrine d’un animal vivant. S’il est vrai, ainsi que l’affirment MM. Breschet et Lallemand, que les ganglions du grand sympathique présentent chez les amyélencéphales un volume plus considérable que chez les fœtus bien conformés, cette particulai'ité anatomique doit être d’un grand poids en faveur de la théorie que nous venons d’exposer. Ainsi donc l’étude de l’acéphalie, loin de prouver que la circulation se fasse indépendamment de tout système nerveux, fournit plutôt un excellent argument en faveur de la thèse contraire, puisqu’il est démoiitié t" qû’U existe constamment chez les acéphales un appareil nerveux ; 2® que le système vasculaire, se trouvant à un état tout à fait rudimentaire, n’a pas besoin pour être animé d’un système nerveux normalement développé.

De ia raideur cadavérique. — On donne le nom de roideur cadavérique à un état de rigidité des membres qui survient après la mort et disparaît au bout d’un certain temps. Cette rigidité convertit le cadavi e en un bloc tout d’une pièce ; pris par la tête, il s’enlève comme une planche. Si on essaye de fléchir un membre qui se trouve dans cet état, on éprouve une résistance assez considérable. Mais dès qu’en faisant un certain elTurt on est parvenu à la vaincre, l’articulation est assouplie pour toujours, et la roideur ne se renouvelle pas.

Selon Nysten, elle s’empare d’abord du cou, puis du tronc, ensuite des membres inférieurs, et enfin des supérieurs. Mais d’après Sommer, elle commence à la mâchoire inférieure, gagne les membres supérieurs en marchant de haut en bas, et enfin les membres inférieurs en suivant la même marche. Nysten prétend que la roideur saisit les muscles dans le dernier état où ils se sont trouvés pendant la vie, et les maintient dans la même position. C’est pour cela que les traits du visage conservent encore l’expression de l’état moral durant lequel la mort a frappé l’individu. Ils expriment le calme, la frayeur, la colère et l’ivresse. Cependant Sommer a constaté l’existence de mouvements réels, mais insensibles, qui dépendent de la rigidité : ainsi, si la mâchoire inférieure se trouve abaissée au moment de la mort, ce qui’ arrive fiéquemrnent, elle remonte vers la supérieure lorsque la rigidité s’empare du cadavre. Souvent encore le pouce s’applique contre la paume de la mam; parfois même l’avaut-bias se fléchit un peu.

Sommer dit que la roideur cadavérique ne survient jamais plus tôt que dix minutes après la mort, ni plus lard que sept heures. Sa durée varie entre une demi-heure et plusieurs jours; la moyenne est de dix-huit à vingt-quatre heures. Bichat pensait que ce phénomène ne se manifestait pas toujours; Nysten aifii me qu’il s’observe constamment. Ainsi la mort causée par l’électricité, par les poisons narcotiques, par la vapeur délétère du charbon, n’empèche pas l’établissement de la rigidité cadavérique. Seulement, loi'sque la force musculaire n’est pas affaiblie, comme chez les asphyxiés, la roideur tarde davantage à se manifester; mais elle persiste plus longtemps, et dure alors jusqu’à six ou sept jours.

Après les maladies aiguës ou chroniques qui ont épuisé les forces du malade, elle se montre fort promptement ; dans le typhus, par exemple, elle existe quelquefois au bout d’un quart d’heure. Elle survient également plus tôt et disparait aussi plus vite chez les nouveau-nés et les vieillards. La destruction du Cerveau et de la moelle épinière ne change rien à la promptitude de son invasion ou à sa durée. Une extrême chaleur, en hâtant la putréfaction, fait que la rigidité persiste moins longtemps. Au contraire, elle est plus forte et se maintient pendant un laps de temps plus considéi-able lorsque le cadavre est plongé dans l’eau à la température de 0 à 15 degrés centigrades que si un le laisse à l’air libre, même à une température également basse. Entin Nysten prétend qu’elle ne commence qu’après la cessation de la chaleur vitale, tandis que Sommer dit l’avoir constatée avant le refroidissement.

En général, c’est dans les muscles que l’on place le siège de la roideur cadavérique. Elle se manifeste, en effet, lors môme que la peau a été enlevée, et une expérience fort simple prouve (ju’elle ne dépend pas des articulations. Si on ne coupe point les ligaments d’une articulation en respectant les tendons musculaires, la rigidité continue; elle cesse quand on pratique l’opération inverse, c’est-à-dire quand on fait une section transversale des muscles.

Nysten pense qu’elle est due à un reste de contractilité vitale. Mais comment la simple contractilité pourrait-elle donner aux muscles cette fermeté, cette densité, cette tension que l’on observe alors? Car dans cet état ils sont aussi saillants et aussi fortement dessinés sous la peau qu’ils l’étaient sur le vivant

durant les mouvements volontaires. En un mot, quelle que soit la situation d'un membre, les muscles anlt^onistcs, les extenseurs et les fléchisseurs présentent également ces phénomènes particuliers de roidcur et de tension. Un prétendu reste de contractilité organique vitale ne peut rendre compte de ces faits. En outre, la fibre musculaire parait aloi's acquérir une force de cohésion supérieure. Un muscle coupé immédiatement après la moit et encore susceptible de se contracter sous l'influence des stimulants, qui se déchirait quand on y suspendait un poids d'environ 2 onces, ne cédait vingt-quatre heures après la mort qu’à un poids de 2 livres. La contractilité organique n'explique nullement ce fait singulier.

Béclard, Tréviranus, Orfila, etc., attribuent la roideur cadavérique à la coagulation du sang et des parties fluides du corps. Selon Muller, cette explication a sur la première l’avantage de rendre un compte plus satisfaisant de certains phénomènes. Dans celte théorie, en effet, on conçoit aisément com^ ment la coagulation du sang et de la lymphe, après avoir augmenté la cohésion, la diminue ensuite. La masse entière des liquides commence d'abord par devenir ferme et se prend en gelée; mais au bout d’un certain temps, qui varie selon diverses circonstances, le caillot fibrineux qui emprisonnait les parties fluides se resserre au point de chasser le sérum de ses interstices. Dès lors la rigidité tend à dispau'aitre.

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