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après la leçon du jour ; et cette lecture authentique, présidée par le chirurgien en second, avait le double avantage de représenter une seconde fois aux élèves Jes utiles préceptes dont ils ddvent.se pénétrer ei de suppléer à inattention assez ordinaire de la multitude dans une première leçon. Un jour où Desault avait disserté longtemps sur une fracture de la clavicule, et avait dâmontré Tutilité de scm bandage en l'appliquant en même temps sur un malade, rélève qui devait recueillir ces détails se. tarouva absent. Bichat s'ofifirit pour le remplacer. La lecture -deson extrait causa la plus vive sensation^ La.pureté de son style, la précision et la neueté 4jte ses îjdées, Texactitudei scrupuleuse de son résumé, annonçaient plutôt un professeur qu'un âève. n fut écooté avec un sil^oee extraordinaire, et sortit comblé d'éloges et couvert d'applaudissements réitérés. » Informé de ce qui s'était passé, par Hanoury^ le chirurgien en second, Desault voulut connaîtra Bichat. À peine l'eutil connu, qu'il s'empressa de lui offirir sa maison^ où il fut considéré comme un fils. Ce noble et généreux procédé fut pour l'heureux élève le plus puissant des encouragements. Bichat sentit son amour pour la science s'accroître de toute la reconnaissance qui remplissait son cœur. Il se trouvait d'aiUeurs engagé d'honneur à répondre dignement à des espérances si unanimement manifestées par le maître et par les condisciples.
Sous l'empire de ces sentiments nouveaux, Bichat se livra au travail avec une ardeur extrême. Il déploya une ^fiX\s^
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vraiment prodigieuse. Il faisait le service de chirurgien externe à l^opital; il visitait au dehors une partie des malades de Desault ; il raccompagnait et le secondait dans ses opérations; il répondait par écrit aux consultations nombreuses qm étaient envoyées de toutes les parties de la France'; une partie de ses nuits était consacrée à des recherches sur divers points de la chirurgie qui devient servir aux leçons de son maître; et au milieu de toutes ces occupations, il savait encore trouver de précieux instants pour compléter par la dissection ses connaissances anatomiques, pour répéter lesopérations sur le cadavre, et pour conférer avec ses condisciples sur d'importantes questions d'anatomie et de chirurgie.
En 1795, Desault mourut presque subitement. Bichat,' que cette mort affligea profondément, ne fut point abattu. Il sembla même puiser dans le sentiment de son isolement une force nouvelle pour s'élancer dans une carrière plus vaste et plus brillante. Ce fut alors, en effet, qu'on le vit entreprendre cette série de découvertes qui ont révélé son génie et immortalisé son nom.
En i797, après deux ans de travaux opiniâtres, Bichat fit un premier cours d'anatomie dans lequel il agitait des problèmes nouveaux de physiologie et recourait fréquemment aux vivisections. Il fit, bientôt après, un cours de médecine opératoire. Dans Tintervalle des leçons, il discutait avec ses élèves les plus laborieux et les plus instruits; se livrait à des digressions où perçait toujours ce regard
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pnmipt et hardi qui^ du même coup, saisît les faits les plus nombreux et entrevoit les inductions les plus éloignées.
Une hémoptysie grave le surprit au milieu de ses leçons et le força de suspendre ses travaux. A peine rétabli^ U entreprit un cour» d'anatomie plus étendu que le premier^ et dirigea les dissections de près de 80 élèves. Très-souvent il préparait lui-même les pièces destinées à ses leçons. D faisait de nombreuses expériences sur les animaux ; et^ après avoir ainsi employé sa journée^ il rédigeait pendant la nuit les Œuvres chirurgicales de Desault^ le dernier volume du Journal de Chirurgie, et le Traité des maladies des voies urinaires, de ce grand chirurgien (1798), voulant élever à la mémoire de son maître un monument impérissable de sa reconnsdssance.
Les aperçus physiologiques, que Bichat répandait à profusion dans ses leçons d'anatomie, étaient un exercice pour le professeur, conrnne ils étaient un enseignement pour les disciples. D'aperçus en aperçus, il s'éleva bientôt à un ensemble de données fécondes, à une doctrine générale des phénomènes de la vie. Le physiologiste se montra enfin laissant loin derrière lui Tanatomiste et l'opérateur. Ce fut alors qu'il comprit sa véritable voie et qu'il y entra pleinement. La tran^tion fut marquée, d'un côté, par la découverte des membranes synoviales, qui donna naissance à ses recherches sur les membranes et sur les divers tissus de l'organisme ; et de l'autre, par sa conception des propriétés vitales, qui donna naissance à ses rechetcba^ %>»
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les phénomènes propres aux deux vies^ la vie animale éL la vie organique. Cest de ces deux germeà^ déposés dans son esprit^ le premier par les écrits de Bordeu^ le second par les leçons de Grimaud^ que sortirent les deux chefisd'œuvre de Kchat^ VAnatomie générale et les Reeherekeê physiologiques sur la vie et la mort.
Ces deux ouvrages se complètent à ce points qu'on a pu dire du dernier qu'il était le commencement et la fin du premier. Ils constituent le plus beau titre à la gloire de Bichat. On y aperçoit^ à chaque page^ la grande pensée à laquelle il fat fidèle jusqu'à la mort^ et qui avait pour objet la rénovation complète de la médecine. Il y poursuit sans cesse le lien mystérieux qui doit unir l'organologie à la physiologie^ à la pathologie et à la thérapeutique. Ce lîen^ aperçu et signalé par Bordeu^ avait été le point de départ des travaux de Pinel. On sait que ce médecin célèbre avait eu égards dans sa Nosographie philosophique^ à la distinction des tissus qui composent l'organisme ; mais cette conception^ restée si incomplète dans la première édition de cet ouvrage remarquable^ Bichat se sentit entraîné^ comme par instinct, à la réaliser avec netteté et précision. Il la réalisa, du moins quant à la physiologie et à l'anatomie pathologique, sur lesquelles, en créant l'anatomie générale, il répandit les flots d'une lumière inconnue. Comme s'il étsût secrètement averti qu'un petit nombre de jours lui était réservé, il n'eut pas plus tôt exposé ses vues physiologiques et anatomo-pathologiques, qu'il se hâta de les
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appliquer à la pathogénie et à la thérapeutique. C'est dans ce but qu'il entreprit les autopsies nombreuses et les expériences cliniques qui occupèrent la dernière année de sa vie. La mort le surprit au moment même où il méditait un système complet de médeeme^ fondé sur les données d'anatomie et de physiologie gâiérales qu'il avait exposées dans ses immortels ouvrages.
Les principes étant posés et les premières tentatives d'application ayant été faitos en présence de jeunes confrères et d'élèves distingués, on pcrovait espérer que cette grande et belle tâche serait accomplie après sa mort par quelques-uns d^éiitre eux. Vain espoir! Elle est restée inachevée. Cette gloire n'était réservée à personne. Broussais, qui se glorifiait de suivre les traces de Bîchat, se montra plutôt le disciple de l'Écossais Brown que du phyrîolo^ste français. Il en fut dé même des pathologistes italiens. Ceux-ci, an moins, proclamèrent sans hésiter leur véritable maître, le docteur Brov^H. Esiril possible, au fond, de reconnaître autre chose, dans V irritabilité du célèbre professeur du VaWMîrâce, qaeYmeitMKtéip\m ou moins localisée du théoricien d'Edimbourg? Une seule propriété vitale^ l'irritabilité, servant à exprimer des faits entièrement difiS^nts^ lesftdtsdlntellîgence, de volonté, de sensibilité, de contractdité, de tonicité, de sympathie, etc.; une seule action oi^anique^ l'irritation, dominant h la fois h psychologie, la physiologie et la pathologie ; un seul ordre d'agents thérapeutiques^ les débilitants, tendants à envahir toute la
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matière médicale; une seule maladie^ la phlegmasie gastrointestinale^ présidant à toute la nosographie; au-dessus de tout cela, une chimie vivante qui dissout et recompose tous les tissus, fait briller et disparaître tous les phénomènes... à ces signes peut-on reconnaître le fidèle et rigoureux interprète de la pensée de Bichat ? Non assurément. A quelques égards, Broussais suivit les traces du créateur de Tanatomie générale : témoin sa distinction des différentes formes de rirritation d'après la diversité des tissus et la diversité des réactions sympathiques propres à chacun d'eux. Mais quel est le pathologiste moderne dont la doctrine a pu se soustraire à Tinfluence des travaux de Bichat? Broussais a subi, dans ses théories pathologiques, le courant des idées développées par le physiologiste français, idées que, s'il faut l'en croire, J. Hunter aurait émises, avant Bichat lui-même, dans son Traité de V Inflammation. Il n'a fait, sous ce rapport, ni plus ni moins qu'un autre ; mais dans ce qu'il a fait il a imprimé le cachet de son génie propre ; et maintenant que la pathologie a secoué le joug de ses erreurs, rien ne nous empêche de reconnaître tous les services qu'il a rendus à la science. Nous ajouterons même que le moment est venu où, l'impartialité étant possible, ces services devraient être appréciés comme ils le méritent. Quoi qu'il en soit, l'œuvre de systématisation complète de la médecine, indiquée par Bichat, d'après le plan qu'il en avait conçu et d'après les données qu'il a émises^ n'a point été continuée. Le sera-trelle un jour? Nous ne le
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croyons point. Depuis Tinstant où Bichat a fait briller une lumière nouveUe qui promettait d'éclairer les profondeurs de la science^ bien d'autres points de vue se sont produits et de nouveaux horizons ont apparu. D'anciens principes ont été réhabilités^ à la concUtion de subir l'alliance des faits récemment observés; le vitalisme a reconquis^ en se réformant^ son lé^time empire; le rôle des humeurs a été mieux apprécié ; l'intervention des forces physico-chimiques a été moins dédaignée ; le caractère des diverses altérations anatomo-pathologiques a été l'objet de recherches moins systématiques. Ce qui eût été possible pour un esprit ébloui par la splendeur de ses propres découvertes ne saurait l'être aujourd'hui pour celtd qui^ envisageant ces découvertes sous un autre aspect^ les regarderait d'un œil moins enthousiaste^ plus calme et plus impartial. L'éclectisme de notre temps s'accommoderait mal d'un système qu'une conception exclusive pourrait seule permettre de concevoir et d'édifier. La doctrine des propriétés de la fibre vivante, qui s'est substituée à la doctrine de la force vitale^ et qui^ tranchons le mot, a escamoté, à l'aide de quelques analogies de langage, le vitalisme de Bordeu, de Vicqd'Azyr, de Barthez, de Chaussier, de Halle, etc., poursuit néanmoins en Italie ses applications à la pathologie et à la thérapeutique; c'est là, dans l'école du contra-stimiulisme, qu^accomplit sa destinée le dynamisme solidiste, proclamé par Albert de Haller, conçu par Frédéric Hoffmann et déposé en germe dans la doctrine anticarié&\etu[v& dL^\jfâ^\ÀISx%
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Ce dynamisme^ devant lequel succombèrent à la fois les principes des mécaniciens^ ceux des chimistes et ceux des animistes^ qui .mit en péril le vitalisme lui-même^ après avoir combattu^ sous le même drapeau, ces trois communs adversaires, comnianda à Timag^iation puissante de Brown, de Rasori et de Broussaii^. Il reçut une forme nouvelle, plus savante, plus pr^ise e^ moins abstraite, par Bichat, qui, en Tenrichissant de ses. découvertes sur les tissus élémentaires, en y introduisant sa doctrine des deux vies, et sa conception des deux espèces de sen»bilité etdecontraotilité, en fut un des plus puissants propagateurs. On vit ainsi les plus beaux génies de la science médicale se réunir pour enseigner cette doctrine d'analyse et dq décomposition qui, transformant la loi de Tunité vitale en un fait de relations sympathiques, devait aboutir à Torganicisme, après avoir substitué à la force.de formation qui régit l'ensemble des phénomènes de la ^ Taction isolée des tissus et des organes. Il est permis de croire que Bichat, avec la portée de son coup d'œil, la flexibilité de son talent et la marche rapide de ses conceptions, ne serait point resté dans les limites de cette théorie ontologique qui, expliquant les divers phénomènes physiologiques à Taide d'une ou de plusieurs propriétés dites vitales, fait dépendre tous les phénomènes pathologiques de Texaltatiop, de la diminution ou de Taltération de ces propriétés. Il les aurait certainement • franchies, s'il n'avait été arrêté si brusquement dans le cours de ses travaux. Même en restant dans ces limites, il
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eût fait une œuvre supérieure à toutes celles qui ont été tentées dans cette direction.. Cette, pensée ajoute aux regrets que sa mort prématurée n'a cessé d'inspirer aux amis de la science.
Ce fut en 1800 queBicbAt^oommé^: h Tingtriieuf ans à peine^ médecin adjoint de ra6tel-I)iw>toncut. cette vaste pensée que ses biographes n'ont.pas assez appréciée. L'anatomie pathologique et la thérapeutiq^ devinrent ses études de prédilection» Il ouvrit six ceals cadavres dans un seul hiver^ afin de répandre dans ses leçoos; quelques lumières nouvelles sur Thistoire encore .si .oi;>scur^ des altérations morbides. U expérimenta plusieumoiédicaments^ les pre* nant un à un^ afin d'eq étudier lea raqpports avec les divers tissus^ avec leurs propriétés et avec leurs réactions sympathiques. Cest à ce point de vue qu'il méditait une' réforme complète de la matière médicale^ où^ comme chacun sait, régnent encore Tempirisme le plus grossier et la confusion la plus déplorable.
Tant de travaux et ratmo6{Aère impure qu'il se créait par ses préparations anatomiques, altérèrent sa santé. Quelques excès y contribuèrent peut-être ; car le laborieux physiologiste^ Tinfatigable écrivain trouvait ûQcore^ au dire de ses contemporains^ le temps d'abuser des plaisirs. Affaibli par de fréquentes affections gastriques, il inspirait déjà à ses amis de graves inquiétudes^ lorsque le 6 juillet 1802^ il fit une chute en descendant l'escalier de VHôtel-Diou. Cette chute> détermina une exacerbation des Uoables ^«sr
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de faits isolés, y est élevée au rang d^une science. Les données premières de cette science nouvelle, si heureusement développées par l'École de Paris, s'y trouvent répandues à profusion. On peut dire en parlant de ce livre que jamab le génie médical ne s'était éleVé d*an seul bond à une telle hauteur. Béclard a publié, en 1821, un volume d'additions pour servir de complément aux éditions de 1801 et de 1812.
Nous ne mettons pas au nombre des ouvrages de Bichat le Traité d'anatomie descriptive qui porte son nom : Q n'en est point Fauteur. Il n'a écrit que le commencement du troisième volume; c'est Buisson^ l'auteur du deuxième et du quatrième^ qui l'a achevé : le premier et le cinquième volume sont de H. Roux. Hsûs nous devons rappeler le Discours préliminaire placé en tête des œuvres chirurgicales de Desaulty et qui est resté un des monuments les plus admirés de la littérature médicale.
Le style de Bichat est remarquable par la précision et la rapidité. C'est l'image fidèle de sa pensée prompte, nette, hardie. Ce qu'il avait écrit d'un premier jet, il l'envoyait à l'imprimeur; jamais il n'écrivit deux fois les pages appelées à une si grande publicité. D écrivait plus rapidement qu'il ne parlait. Cette précipitation explique les négligences qu'on y rencontre. L'événement a trop cruellement justifié l'impatience avec laquelle il publiait ses écrits, a Une telle ardeur était nécessaire, dit M. Pariset, pour produire en si peu d'années tant d'ouvrages étincelants de vérités neuves et fécondes. »