DE LA DURÉE D'AGTION
la mémoire, le jugement restant en exercice ; tantôt à l'exercice de ces facultés qui subsistent se joint aussi Texercice delà locomotion et de la voix. C'est là le sommeil qu'agitentlesréves,lesquels ne sont autre chose qu'une portion de la vie animale, échappée à l'engourdissement où l'autre portion est plongée.
Quelquefois même trois ou quatre sens seulement ont cessé leur communication avec les objets extérieurs : telle ^st cette espèce de somnambulisme où à faction conservée du cerveau, des muscles et du larynx, s'unit cdle souvent très-distincte de l'ouïe et du tact.
N'envisageons donc point le sommeil comme un état constant et invariable dans ses phénomènes. A peine dormons-nous deux fois de suite de la même manière ; une foule de causes le modifient en appliquant à une portion plus ou moins grande de la vie animale la loi générale de l'intermittence d'action. Ses degrés divers doivent se marquer par les fonctions diverses que cette intermittence frappe.
Le principe est partout le même, depuis le simple relâchement qui, dans un muscle volontaire, succède à la contraction jusqu'à l'entière suspension de la vie animale. Partout le sommeil tient à cette loi générale d'intermittence, caractère exclusif de cette vie 3 mais son application aux différentes fonctions externes varie infiniment.
Il y a loin sans doute de ces idées sur le sommeil à tous ces systèmes rétrécis où sa cause, exclusivement placée dansle cerveau, le cœur, les gros vaisseaux, Testomac, etc. , présente un phénomène isolé, souvent illusoire , comme base d'une des grandes modifications de la vie.
Pourquoi la lumière et les ténèbres sont-elles, dans l'ordre naturel, régulièrement coordonnées à l'activité et à l'intermittence des fonctions externes ? C'est que, pendant le jour, mille moyens d'excitation entourent l'animal, mille causes épuisent les forces de ses organes sensitif s et locomoteurs, déterminent leur lassitude, et préparent un
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relâchement que la nuit favorise par Tabsence de tous les genres de stimulants. Aussi, dans nos mœurs actuelles, où cet ordre est en partie interverti, nous rassemblons autour de nous, pendant les ténèbres, divers excitants qui prolongent la veille et font coïncider avec les premières heures de la lumière Tintermittence de la vie animale, que nous favorisons d'ailleurs en éloignant du lieu de notre repos tout moyen propre à faire naître des sensations.
Nous pouvons, pendant un certain temps, soustraire les organes de la vie animale à la loi d'intermittence, en multipliant autour d'eux les causes d'excitation; mais enfin ils la subissent, et rien ne peut, aune certaine époque^ en suspendre l'influence. Épuisés par une vejlle prolongée, le soldat dort à côté du canon, l'esclave sous les verges qui le frappent, le criminel au milieu des tourments de la question, etc., etc-
Distinguons bien, au reste, le sommeil naturel, suite de la lassitude des organes, de celui qui est Feffet d'une affection du cerveau, de l'apoplexie ou de la commotion, par exemple. Ici les sens veillent, ils reçoivent les impressions, ils sont affectés comme à l'ordinaire; mais ces impressions ne pouvant être perçues par le cerveau malade, nous ne saurions en avoir la conscience. Au contraire, dans Tétat ordinaire, c'est sur les sens, autant et même plus que sur le cerveau, que porte l'intermittence d'action.
II suit de ce que nous avons dit dans cet article, que, par sa nature, la vie organique dure beaucoup plus que la vie animale. En effet, la somme des périodes d'intermittence de celle-ci est presque à celles de ses temps d'activité dans la proportion de la moitié ; en sorte que, sous ce rapport, nous vivons au dedans presque le double de ce que nous existons au dehors.
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