DE LA MORT DU COBUR
d'impulsion dépend surtout dé ce que l'air^ entrant tout à coup dans la poitrine, détermine Fanimal à de grands mouvements d'inspiration et d'expiration, lesquels deviennent très-apparents à l'instant où le robinet est ouvert. Or, le cœur, excité à l'extérieur, et peut-être un peu comprimé par ces mouvements, expulse alors le sang avec une force étrangère à ses contractions habituelles.
Ce que j'avance est si vrai, que, lorsque l'inspiration et l'expiration reprennent leur degré accoutumé, le jet, quoique aussi rouge, diminue manifestement; il n'est même plus poussé au delà de celui qu'offrait le sang noir dans les premiers temps de son écoulement^ et avant que le tissu du cœur fût pénétré de ce fluide.
D'ailleurs, l'influence des grandes expirations sur la force de projection du sang par le cœur est très-manifeste, sans toucher à la trachée-artère. Ouvrez la carotide ; précipitez la respiration en faisant beaucoup soufirir l'animal (car j'ai constamment observé que toute douleur subite apporte tout à coup ce changement dans l'action du diaphragme et des intercostaux) ; précipitez, dis-je, la respiration, et vous verrez alors le jet du sang augmenter manifestement. Vous pourrez même souvent produire artificiellement cette augmentation en comprimant avec force et d'une manière subite les parois pectorales. Ces expériences réussissent surtout sur les animaux déjà- affaiblis par la perte d'une certaine quantité de sang ; elles sont moins apparentes sur ceux pris avant cette circonstance.
Pourquoi, dans l'état ordinaire, les grandes expirations faites volontairement ne rendent-elles pas le pouls plus fort, puisque dans les expériences elles augmentent trèssouvent le jet du sang ? J'en ignore la raison.
Il suit de ce que nous venons de dire, que l'expérience dans laquelle le sang rougit et jaillit tout à coup assez loin, à l'instant où le robinet est ouvert, n'est pas aussi concluante que d'abord elle m'avait paru ; car pendant plusieurs jours ce résultat m'a embarrassé, attendu qu'îl ne
s'alliait point avec la plupart de ceux que j'obtenais.
Reconnaissons donc encore une fois que, si Tirritation produite par le sang rouge à la surface interne du cœur est un peu plus considérable que celle déterminée par le noir, l'excès est peu sensible, presque nul, et que Tinterruption des phénomènes chimiques agit principalement de la manière que j'ai indiquée.
Dans les animaux à sang rouge et froid, dans les reptiles spécialement, l'action du poumon n'est point dans un rapport aussi immédiat avec celle du coeur que dans les animaux à sang rouge et chaud.
J'ai lié sur deux grenouilles les poumons à leur racine, après les avoir mis à découvert par deux incisions faites latéralement à la poitrine ; la circulation a continué comme à l'ordinaire pendant un temps assez long. £n ouvrant la poitrine, j'ai vu même quelquefois le mouvement du cœur précipité à la suite de cette expérience, ce qui, il est vrai, tenait sans doute au contact de l'air.
Je terminerai cet article par l'examen d'une question importante : celle de savoir comment, lorsque les phénomènes chimiques du poumon s'interrompent, l'artère pulmonaire, le ventricule et l'oreillette à sang noir, tout le système veineux, en un mot, se trouvent gorgés de sang, tandis qu'on en rencontre beaucoup moins dans le système vasculaire à sang rouge, lequel en présente cependant davantage que dans la plupart des autres morts. Le poumon semble, en effet, être alors le terme où est venue finir la circulation, qui s'est ensuite arrêtée de proche en proche dans les autres parties.
Ce phénomène a dû frapper tous ceux qui ont ouvert des asphyxiés. Haller et autres l'expliquaient par les replis des vaisseaux pulmonaires. J'ai dit ce qu'il fallait penser de cette opinion.
Avant d'indiquer une cause plus réelle, remarquons que le poumon où s'arrête le sang, parce qu'il offre le premier obstacle à ce fluide, se présente dans un état qui varie
c'est ce qui nous importe; mais leurs variations, en plos ou en moins, sont sans nombre.
Revenons à notre objet, et commençons par les phénomènes relatifs au changement en noir du sang rouge, oa plutôt au non-changement en rouge du sang noir.
lo Si on ferme le robinet tout de suite après une inq^iration, le sang commence, au bout de trente secondes, à s'obscurcir ; sa couleur est foncée après une minute ; elle est parfaitement semblable à celle du sang veineux, après une minute et demie ou deux minutes.
2^ La coloration en noir est plus prompte de plusieurs secondes si on ferme le robinet à F instant où Tanimal vient d'expirer, surtout si, l'expiration ayant été forte, il a rendu beaucoup d'air : après une expiration ordinaire, la différence est peu sensible.
3° Si on adapte au robinet le tube d'une seringue à injection, et qu'en tirant le piston on pompe tout l'air contenu dans le poumon, soit en une fois, soit en deux, suivant le rapport de capacité de la seringue et des vésicules aériennes, le sang passe tout à coup du rouge au noir : vingt à trente secondes suffisent pour cela. Il semble qu'il ne faille alors que le temps nécessaire pour évacuer le sang rouge contenu depuis le poumon jusqu'à l'artère ouverte, et que tout de suite le noir lui succède. U n'y a point ici de gradation. Les nuances ne deviennent point successivement plus foncées pendant la coloration ; elle est subite : c'est le sang qui sort par les artères, tel qu'il était dans les veines.
4° Si , au lieu de faire le vide dans le poumon , on y pousse une quantité d'air un peu plus grande que celle que l'animal absorbe dans la plus grande inspiration, et qu'on l'y retienne en fermant le robinet, le sang reste plus longtemps à se colorer; ce n'est qu'après une minute qu'il s'obscurcit; il ne jaillit complètement noir qu'au bout de trois : cela varie cependant suivant l'état et la quantité d'air qui est poussée. En général, plus il y a de fluide
finî^ ; or, on est le maître, suivant la manière dont on fait périr Tanimal, de déterminer tel ou tel de ces degrés ; je l'ai très-souvent observé. C'est ainsi qu'il faut expliquer l'état d'engorgement du poumon de tous les sujets dont une longue agonie, une affection lente dans ses progrès ont terminé la vie : la plupart des cadavres apportés dans nos amphithéâtres présentent cette disposition.
Mais, quel que soit l'état du poumon dans les asphyxiés, qu'il se trouve gorgé ou vide de sang, que la mort ait été par conséquent longuement amenée ou subitement produite, toujours le système vasculaire à sang noir est alors plein de ce fluide, surtout aux environs du cœur; toujour.> il y a, sous ce rapport, une grande différence entre lui et le système vasculaire à sang rouge ; toujours, par conséquent, c'est dans le poumon que la circulation trouve son principal obstacle.
De quelle cause peut donc naître cet obstacle que ne présentent point au sang les plis de l'organe, ainsi que nous l'avons vu î Ces causes sont relatives : !• au sang, 2° au poumon, 3*» au cœur.
La cause principale, relative au sang, est la grande quantité de ce fluide qui passe alors des artères dans les veines. En effet, nous verrons bientôt que le sang noir circulant dans les artères n'est point susceptible de fournir aux sécrétions, aux exhalations et à la nutrition^ les matériaux divers nécessaires à ces fonctions, ou que, s'il apporte ces matériaux, s'il ne peut point exciter les organes, il les laisse inactifs (i).
Il suit de là que toute la portion de ce fluide, enlevée
(1) Voyez Tarticle de l'influence du poumon sur toutes les pailies. Je suis obligé ici de déduire des conséquences de principes que je ne prouverai que plus bas : tel est, en effet, Tenchaînèment des quesUons qui ont pour objet la circulation, qu'il est Impossible que la solution de l'une amène comme conséquence nécessaire celle de toutes les autres. C'est un cercle où il faut toujours supposer quelque chose, sauf à le prouver ensuite.