DE LA UORT DU CERVEAU
sèment, une paralysie même, succèdent presque tou](Hirs à rinjection.
Le sang noir est sans doute fapeste au cerveau, qu'il frappe d'atonie par son contact, de la même manière que ïes différents fluides dont je viens de parler. Quelle est cette manière ? Je ne le rechercherai point : là commenceraient les conjectures; elles sont toujours le terme où je m'arrête.
Nous sommes déjà, je crois, autorisés à penser que, dans Tasphyxie, la circulation qui continue quelque temps après que les fonctions chimiques du poumon ont cessé , interrompt celle du cerveau, en y apportant du sang noir par les artères. Une autre considération le prouve : c'est qu'alors les mouvements de cet organe continuent comme à Tordinaire.
Si on met la surface cérébrale à découvert sur un animal, et qu'on asphyxie cet animal d'une manière quelconque, en poussant, par exemple, différents gaz dans sa trachéeartère, au moyen d'un robinet qui y a été adapté, ou bien seulement en fermant ce robinet, on voit que déjà toute la vie animale est presque anéantie, que les fonctions du cerveau ont cessé par conséquent , et que cependant cet organe est encore agité de mouvements alternatifs d'élévation et d'abaissement, mouvements qui sont dépendants de l'impulsion donnée par le sang noir. Puis donc que cette cause de vie subsiste encore dans le cerveau , il faut bien que sa mort soit due à la nature du fluide qui le pénètre.
Cependant, si une affection cérébrale coïncide avec l'asphyxie, la mort que détermine celle-ci est plus prompte que dans les cas ordinaires. J'ai d'abord frappé de commotion un animal ; je l'ai ensuite privé d'air : sa vie, qui n'était que troublée, a été subitement éteinte. En asphyxiant un autre animal déjà assoupi par une compression exercée artificiellement sur le cerveau, toutes les fonctions m'ont paru aussi cesser un peu plus tôt que
lorsque lé cerveau est intact pendant ropération. Hais éclaircissons , par de nouvelles expériences, les conséquences déduites de celles présentées jusqu'ici.
Si, dans l'asphyxie, le sang noir suspend, par son contact, Taction cérébrale, il est clair qu'en ouvrant une artère dans un animal qui s'asphyxie , la carotide, par exemple, en y prenant ce fluide, et l'injectant doucement vers le cerveau d'un autre animal, celui-ci doit mourir également asphyxié au bout de peu de temps. Cest en effet ce qui arrive constamment.
Coupez sur un chien la trachée-artère ; bouchez-la ensuite hermétiquement. Au bout de deux minutes le sang coule noir dans le système à sang rouge. Si vous ouvrez ensuite la carotide, et que vous receviez dans une seringue celui qui jaillit par l'ouverture, pour le pousser au cerveau d'un autre animal, celui-ci tombe bientôt, avec une respiration entrecoupée , quelquefois avec d*es cris plaintifs, et la mort ne tarde pas à survenir.
J'ai fait une expérience analogue à celle-ci, et qui donne cependant un résultat un peu différent. Elle nécessite deux chiens, et consiste, !<> à adapter un robinet à la trachéeartère du premier et l'extrémité d'un tube d'argent à sa carotide ; ^^ à fixer l'autre extrémité de ce tube dans la carotide du second, du côté qui correspond au cerveau; 3° à lier chaque artère du côté opposé à celui où le tube est engagé pour arrêter l'hémorrhagie ; i** à laisser un instant le cœur de l'un de ces chiens pousser du sang rouge au cerveau de l'autre ; 5" à fermer le robinet, et à faire ainsi succéder du sang noir à celui qui coulait d'abord.
Au bout de quelque temps, le chien qui reçoit le fluide est étourdi, s'agite, laisse tomber sa tète, perd l'usage de ses sens externes, etc. Mais ces phénomènes sont plus tardifs à se déclarer que quand on injecte du sang noir pris dans le système veineux ou artériel. Si on cesse la transfusion , l'animal peut se ranimer , vivre môme après que les symptômes de l'asphyxie se sont dissipés; tandis
S*" On ne trouve presque jamais rouge le sang qui distend plus ou moins la rate des cadavres ; cependant rextérieor de cet organe^et sa surface concave, présentent qudquefius des taches d'une couleur écarlate très-vive que je ne sait trop à quoi attribuer. •
4<> Les membranes muqueuses perdent, à la niort,li rougeur qui les caractérisait pendant la vie ; elles prennent presque toujours une teinte sombre, foncée, etc.
5» Lorsqu'on examine le 3ang épanché dans le cerveau des apoplectiques, on le trouve presque constamment noir. . &* Souvent , au lieu de se porter au dedans, c'est an dehors que le sang se dirige. Toute la face , le cou, quelquefois les épaules, se gonflent alors et s'infiltrent de sang: il est assez commun de voir des cadavres où se rencontoi cette disposition que je n'ai encore jamais vue coïncider avec un épanchement interne. Or, examinez alors la couleur de la peau ; elle est violette ou d'un brun très-foncé, sign^ manifeste de l'espèce de sang qui l'engorge. Ce n'est pas, comme on l'a dit à cause de cette douleur, le reflux du sang veineux qui produit ce phénomène, mais bien la stase du sang noir qui circule, à l'instant de la mort, dans le système capillaire extérieur, où il trouve un obstacle, et qu'il engorge au lieu de le rompre, d'en briser les parois, et de s'épancher, comme il arrive dans le cerveau. Je présume que cette di£Férence tient à la résistance plus grande, àb texture plus serrée des vaisseaiux externes que des internes.
Je ne pousse pas plus loin les conséquences nombreuses du principe établi ci-dessus, savoir dé la circulation da sang noir dans le système artériel pendant les derniers moments qui terminent la vie; j'observe seulement que lorsque c'est par la circulation que commence la mort, comme dans une plaie du cœur, etc., les phénomènes précédents te s'observent pas, ou du moins sont très-peu sensibles.
Passons à l'examen de l'influence que le sang noir exeree sur les organes dont il pénètre le tissu.
PAR CELLE DU POUMON. 20f
§ m. Le sang noir n*est point propre à entretenir l'activité et la vie des organes, qu'il pénètre dès que les fondions chimiques du poumon ont cessé.
Quelle est i'influence du sang noir abordant aux organes par les artères? Pour le déterminer, remarquons que le premier résultat du contact du sang rouge est d'exciter ces organes , de les stimuler, d'entretenir leur vie , comme le prouvent les observations suivantes :
40 Comparez les tumeurs inflammjatoires, l'érysipèle, le phlegmon, etc., à la formation desquels le sang rouge concourt essentiellement, avec les taches scorbutiques, les pétéchies, etc., que le sang noir produit surtout; vou3 verrez les unes caractérisées par l'exaltation , les autres par la prostration locale des forces de la vie.
2o Examinez deux hommes, dont l'un, à face rouge, à poitrine large, à surface cutanée, que le moindre exercice colore fortement en rose, etc., annonce la plénitude du développement des fonctions qui changent en rouge le sang noir, et dont l'autre, à teint blême et livide, à poitrine resserrée, etc., indique, par son extérieur, que ces fonctions languissent chez lui : vous verrez quelle est la différence dans l'énergie de leurs forces respectives.
30 La plupart des gangrènes séniles commencent par une lividité dans la partie , lividité qui est l'indice évident de Tabsence ou de la diminution du sang rouge.
hp La rougeur des branchies est , dans les poissons, le signe auquel on reconnaît leur vigueur.
5** Plus les bourgeons charnus sont rouges, meilleure est leur nature : plus ils sont pâles ou bruns , moins la cicatrice a de la tendance à se faire.
6° La couleur vive de toute la tête , de la face surtout , l'ardeur des yeux, etc., coïncident toujours avec l'extrême énergie que prend , dans certains accès fébriles , l'action du cerveau.
70 Plus les animaux ont leur système pulmonaire développé , plus la coloration du sang y est active , par consé-
quent plus la vie générale de leurs organes divers est parfaite et bien développée.
S^ La jeunesse, qui est Tftge de la vigueur, est celui où le sang rouge prédomine dans l'économie. Qui ne sait que les vieillards ont, à proportion, et leurs artères plus rétrécies, et leurs veines plus larges que dans les premières années? Qui ne sait que le rapport des deux systèmes vasculaires est inverse dans les deux âges extrêmes de la vie?
Jignore comment le sang rouge excite et entretient par sa nature la vie de toutes les parties. Peut-être est-ce par la combinaison des principes qui le colorent, avec les divers organes auxquels il parvient. En eflTet, voici la différence des phénomènes qu'offrent les deux systèmes capillaires, général et pubnonaire.
Dans le premier, le sang, en changeant de couleur, laisse dans les parties les principes qui le rendent rouge; au lieu que dans le second, les éléments auxquels il doit sa noirceur sont rejetés par l'expiration et par l'exhalation qui l'accompagnent. Or, cette union des principes colorant le sang artériel avec les organes n'entre-t-elle pas pour beaucoup dans l'excitation habituelle où ils sont entretenus, excitation nécessaire à leur action ? Si cela est, on conçoit que le sang noir, ne pouvant offrir les matériaux de cette union , ne saurait agir comme excitant de nos diverses parties.
Du reste, je propose cette idée sans y tenir en aucune manière; on peut la mettre à côté de l'action sédative que j'ai dit être peut-être exercée sur les nerfs par le sang noir. Quelque probable que paraisse une opinion, dès que la rigoureuse expérience ne saurait la démontrer, tout esprit judicieux ne doit y attacher aucune importance.
Recherchons donc, abstraction faite de tout système, comment le contact du sang noir sur les parties en détermine la mort.
On peut, comme nous l'avons fait en parlant de la mort du cœur, diviser ici les parties en celles qui appartiennent
à la vie animale|.6t en celles qui concourent aux phénomènes organiques. Voyons comment les unes et les autres finissent alors d'agir^
Tous les organes de la vie animale sont sous la dépendance du cerveau; si ce viscère interrompt ses phénomènes, les leurs cessent alorç nécessairement. Or, nous avons vu que le contact du sang noir frappe d'atonie les forces cérébrales, d'une manière presque soudaine. Sous ce premier rapport, les organes locomoteurs, vocaux et sensitifs doivent donc rester dans l'inertie chez les asphyxiés; c'est même la seule cause qui en suspend l'exe^'cice dans les expériences diverses où Ton pousse du sang noir au cerveau, les autres parties n'en recevant point. Mais lorsque le fluide circule dans tout le système, lorsque tous les organes sont, comme lui, soumis à son influence^ deux autres causes se joignent à celle-ci :
1» Les nerfs qui s'en trouvent pénétrés ne sont plus, par là même, susceptibles d'établir des communications entre le cerveau et les sens d'une part, de l'autre entre ce même viscère et les organes locomoteurs ou vocaux.
2** Le contact du sang noir sur ces organes eux-mêmes y anéantit leur action. Injectez, en effet, dans l'artère crurale d'un animal cette espèce de sang pris dans une de ses veines : vous verrez bientôt ses mouvements s'aflfaiblir d'une manière sensible, quelquefois même une paralysie momentanée survenir. J'observe que, dans cette expérience, c'est à la partie la plus supérieure de l'artère qu'il faut injecter le fluide, lequel doit être poussé en assez grande abondance. Si on ouvrait le vaisseau à sa partie moyenne, les muscles de la cuisse recevant presque tous du sang rouge, continueraient, sans nulle altération, leurs mouvements divers. Cela m'est arrivé dans deux ou trois circonstances.
Je sais qu'on peut dire que la ligature de l'artère, nécessaire dans cette expérience, est seule capable de paralyser le membre. En effet, il m'est arrive deux lois, sinon