ARTICLE X
DE l'influence QUE LA MORT DU CERVEAU EXERCE SUR CELLE DU POUMON.
Dès que le cerveau de l'homme cesse d'agir, le poumon interrompt subitement toutes ses fonctions. Ce phénomène.
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constamment observé dans les animaux à sang rouge et chaud, ne peut arriver que de deux manières : !<> parce que l'action du cerveau est directement nécessaire à celle du poumon ; 2° parce que celui-ci reçoit du premier une influence indirecte par les muscles intercostaux et par le diaphragme, influence qui cesse lorsque la masse céphalique est inactive. Déterminons lequel de ces deux modes est celui qu'a fixé la nature.
§ I. Déterminer gi c'est directement que le poumon eessetl'agir par la mort du cerveau.
J'aurai prouvé, je crois, que ce n'est point directement que la mort du cerveau entraîne celle du poumon, si j'établis qu'il n'y a aucune influence directe exercée par le premier sur le second de ces organes ; or, rien de plus facile à démontrer par les expériences que ce principe essentiel.
Le cerveau ne peut influencer directement le poumon que par la paire vague ou par le grand sympathique, seuls nerfs qui établissent des communications entre ces deux organes, suivant Topinion commune ; car suivant les lois de la nature, le grand sympathique n'est qu'un agent de communication entre les organes et les ganglions, et non entre le cerveau et les organes. Or, premièrement, la paire vague ne porte point au poumon une influence actuellement nécessaire aux fonctions qui s'y exercent : les considérations et les expériences suivantes prouveront, je crois, cette assertion.
lo Irritez la paire vague d'un seul côté ou des deux à la lois, dans la région du cou : la respiration se précipite d'abord un peu ; l'animal s'agite, le poumon semble gêné. Vous croiriez d'abord que ces phénomènes indiquent une influence directe ; détrompez-vous : toute espèce de douleur subite produit presque constamment, quels que soient et son siège et les parties qu'elle intéresse, un semblable phénomène, qui, du reste, se dissipe dès que l'irritation
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€e>$e. Une simple plaie au cou, sans lésion de la huitièine paire, occasionne le même eflG^ si elle fait beaucoup scui^ firir ranimai.
:^^ Si on coupe un seul de ces nerft, la respiration s'emharrasse aussi tout à coup par Teffet de la douleur ; mail (embarras dure encore quelque temps après que la cause de la douleur a cessé : peu à peu il se dissipe, et au bout de quiiue ou vinçt heures, la \îe enchaîne ses phénomènei avec leur régularité ordinaire.
3« Si on divise, sur un autre chien, les deux nerft vagues, la nespiration se précipite beaucoup plus ; elle ne nniont point à son degré ordinaire, comme dans l'expérîence précédente : elle continue à être laborieuse pendant quatre ou cinq jours, et l'animal périt.
n résulte de ces deux dernières expériences que le nerf de la huitième paire est bim nécessaire, il est vrai, an fi>nctions pulmonaires; que le cerveau exerce bien, par conséquent, une espèce d'influence sur ces fonctions, mais que cette influence n'est point actudle ; que sans eDe le poumon continue encore longtemps son action, et que ce n*est pas par conséquent son interruption qui fait cesser tout à coup la respiration dans les lésions du cerveau.
L'influence des nerCs que le poumon reçoit des ganglions est-elle plus immédiatement liée à ses fonctions? Les farts suivants décideront cette question.
!• Si on coupe, de l'un et de l'autre cAté du cou, le filet nerveux qu'on regarde comme le tronc du grand sympathique, la respiration n'est presque pas troublée consécutivement. Souvent on n'y aperçoit pas le moindre signe d'altération.
2* Si on divise en même temps et les deux sympathiques et les deux nerfs vagues, la mort arrive au bout d'uû certain temps, et d'une manière à peu près analogue à celle où les ner& vagues sont seulement détruits.
3® En coupant au cou le sympathique, on ne prive pas le poumon des nerfs venant du premier ganglion thorachi-
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que : or, ces nerfs peuvent un peu concourir à entretenir Faction de cet organe, malgré la section de leur tronc, puisque, comme je Tai dit, chaque ganglion est un centre nerveux qui envoie ses irradiations particulières, indépendanunent des autres centres avec lesquels il communique.
Je n'ai pu lever, par des expéMence$ faites sur ces neris mêmes, ce doute très-raisonnable ; car telle est la position du premier ganglion thorachique, qu'on ne peut l'enlever dans les animaux sans des lésions trop considérables, et qui feraient périr l'individu ou Je jetteraient dans un trouble tel, que les phénomènes que nous chercherions alors se confondraient parmi ceux nés du trouble universel, liais 2'analogie de ce qm arrive aux autres organes internes, lorsqu'on détruit des ganglions qui y envoient des nerfs, ne permet pas de penser que le poumon cesserait d'agir à rinstant où le premier des thorachiques serait détruit
D'ailleurs le raisonnement suivant me parait prouver^ d'une manière indubitable, le principe que j'avance. Si les grandes lésions du cerveau interrompent tout à coup la respiration, parce que cet organe ne peut plus influencer le poumon au moyen des nerfe venant du premier ganglion thorachique, il est évident qu'en rompant la communication du cerveau avec ce ganglion, l'influence doit cesser, et par conséquent la respiration s'interrompre (car l'influence ne peut s'exercer que successivement, !<> du cerveau à la moelle épinière ; ^^ de celle-ci aux dernières paires cervicales et aux premières dorsales ; 3* de ces paires à leurs branches communicantes avec le ganglion ; A° du ganglion aux branches qu'il envoie au poumon ; ^ de ces branches au poumon lui-même). Or, si on coupe, comme l'a fait Cruikshank, la moelle épinière au niveau de la dernière vertèbre cervicale, et par conséquent audessus du premier ganglion thorachique, la vie et la respiration continuent encore longtemps, m^ré le défaut de communication entre le cerveau et le poumon, par/ 7 premier ganglion thorachique.
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Je n'ai point rapporté les particularités diverses quiaocompagrient la section des nerfs du poumon, lesquelles vont aussi à beaucoup d'autres organes, comme on le sait. Lesphénomènes relatifs àla respiration m'ont seuls occupé: on trouvera les autres dans les auteurs qui ont fait avant moi, et sous un rapport différent, ces expérienees curieuses. Nous pouvons conclure, je crois, de toutes les expériences précédentes, que le cerveau n'a sur le poumon aucune influence directe et actuelle ; que par conséquent il faut chercher d'autres causes de la cessation subite et instantanée des fonctions du second, lorsque celles du premier s'interrompent.
Il est cependant un phénomène qui peut jeter quelques doutes sur cette conséquence, et qui semble porter atteinte au principe qu'elle établit. Je veux parler du trouble subit qu'occasionne, comme je l'ai dit, toute douleur un pea vive dans la respiration et dans la circulation. Ce trouble n'indique-t-il pas que le cœur et le poumon sont sous l'immédiate dépendance du cerveau ? Plusieurs auteurs l'ont pensé, fondés sur le raisonnement suivant : toute sensation de douleur ou de plaisir se rapporte certainement au cerveau, comme au centre qui perçoit cette sensation. Or, si toute douleur violente précipite la circulation et la respiration, il est manifeste que c'est le cerveau affecté qui réagit alors sur le poumon et sur le cœur, et trouble ainsi leurs fonctions. Mais ce raisonnement est, comme on va le voir, plus spécieux que solide.
Toute douleur un peu forte, produite soit dans rhomme, soit dans les animaux, est presque toujours accompagnée d'une émotion vive, d'une affection du principe sensitif,et non du principe intellectuel. Tantôt c'est la crainte, tantôt c'est la fureur qui agitent l'animal souffrant ; quelquefois ce sont d'autres sentiments que nous ne pouvons exacteme'nt dénommer, que nous éprouvons, mais que nous ne saurions rendre, et qui rentrent tous dans la classe des passions.
D'après cela il y a, dans le plus grand nombre de douleurs, io sensation, 2° passion, émotion, affection (1). Or, j*ai prouvé que toute sensation se rapporte à la vie animale, et spécialement au cerveau, centre de cette vie ; que toute passion, toute émotion, au contraire, a rapport à la vie organique, au poumon, au cœur, etc. Donc, quoique dans toute douleur ce soit le cerveau qui perçoive la sensation, quoique ce soit dans cet organe que se trouve le principe qui souflFre, cependant il ne réagit point sur les viscères internes : donc le trouble qui affecte alors et la respiration et la circulation ne dépend point de cette réaction, mais de Tinfluence immédiate qu'exercent les passions qui agitent alors Fanimal, sur son cœur on sur son poumon. Les considérations suivantes me paraissent d'ailleurs justifier ces conséquences d'une manière décisive.
!• Souvent le trouble de la respiration et de la circulation préexiste à la douleur. Examinez le thorax, et placez la main sur le cœur d'un homme auquel on va pratiquer une opération, d'un animal qu'on va soumettre à une expérience après qu'il en a déjà éprouvé d'autres : vous vous convaincrez facilement de cette vérité.
2<> Il y a quelquefois une disproportion évidente entre la sensation de douleur qu'on éprouve et le trouble né dans la circulation et dans la respiration. Un malade mourut subitement après la section du prépuce. L'opération de la fistule à Tanus par la ligature fut également presque tout à coup mortelle pour un autre, qu'opérait ï)esault, etc., etc. Or, dans ces cas, ce n'est pas sûrement la douleur qui a tué (je ne crois pas qu'elle tue jamais d'une manière subite) ;' mais la mort est arrivée comme elle survient à la
(1) Ces mois pa^tton, émotion, affection, etc., présentent, iule sais, des différences très-réelles dans la langue des métaphysiciens ; mais comme r effet général des sentiments qu'ils expriment est toujoorsle même sur la vie organique, comme cet effet général m'intéresse seul et que les phénomènes secondaires m'importent peu, J'emploie indifféremment ces mots les uns pouir les autres.