‹ Recherches physiologiques sur la vie et la mortChapitre 70 sur 92 · DE LA MORT DU POUMOM · texte numérisé non relu

DE LA MORT DU POUMOM

nouvelle d'un événement qui trappe rhomme d'effroi, qui Tagite de fureur, comnie j'ai dit que la syncope se muûfeste, etc. Ce sont le cœur et le poumon qui ont été direotement affectés par la passioUf et non par la réaction cérébrale.

3» Il est des malades assez courageux pour supporl&de vives douleurs avec sang-froid, et sans qu'aucune ptssioB, sans qu'aucune émotioni se manifestent ; eh bien, exauinez la poitrine, placez la main sur le cœur de ces malades à l'instant de leurs souffrances, vous ne trouverez aucune altération dans leur circulation ni dans leur respiraiiûB. Cependant leur cerveau perçoit la doulem* comme celoi des autres ; cet organe devrait conséquemment réagir égsr lemeni sur les organes internes et troubler leur action.

A'' Ce n'est pas par les cris ou par le silence des malades qu'il faut juger de l'état de leur Âme pendant les opérations qu'ils subissent. Ce signe est trompeur, parce que la volonté peut, chez eux, maîtriser assez les mouvements pour les empêcher de céder à l'impulsion que leur donnent les organes internes : mais exaniinez le cœur et le poumon -, leurs fonctions sont, si je puis m'exprimer ainsi, le thermomètre des affections de Tàme. Ce n'est pas sans raison que l'acieur qui joue un rôle de courage saisit la main de celui qu'il veut rassurer, et la place sur son cœur pour lui prouver que l'as* pect du danger ou de la douleur ne l'intimide pas. C'est par la même raison qu'il ne faut point juger l'état intérieur de l'âme par les mouvements extérieurs des passions. Ces mouvements peuvent être également réels ou simulés : réels, si c'est le cœur qui en est le principe ; simulés, s'ils ne partent que du cerveau : car, dans le premier cas, ils sont involontaires ; dans le second, ils dépendent de la volonté. Examinez donc toujours dans les personnes chez qui la fureur, la douleur, le chagrin, se manifestent, si Tétatdu pouls correspond aux mouvements externes. Quand je vois une femme pleurer, s'agiter, être prise de mouvements convulsifs à la nouvelle de la perte d'un objet chéri, et que

je trouve son pouls dans son état naturel, je fais ce raisonnement : la vie animale est ici seule agitée ; l'organique est calme; or, les passions, les émotions portent toujours leur influence sur la dernière ; donc l'émotion de cette femme n'est pas vive ; donc ses mouvements sont simulés. Au contraire, j'en vois une autre dont le chagrin concentré ne se manifeste par aucun signe extérieur ^ cependant son cœur bat avec force, ou s'est tout à coup ralenti, ou a éprouvé, en un mot, un trouble quelconque. Je dis alors que cette femme simule un calme qui n'est pas dans son âme. Il n'y aurait pas d'équivoque s'il était possible de distinguer les mouvements involontaires produits dans les passions par l'action du cœur sur le cerveau, et ensuite par la réaction de celui-ci sur les muscles, d'avec les mouvements volontaires déterminés par la simple action du cerveau sur le système locomoteur de la vie animale. Mais dans Fimpossibilité de faire cette distinction, il faut toujours comparer les mouvements externes avec l'état des organes intérieurs.

50 Quelque vives que soient les douleurs dans lesquelles survient le trouble de la respiration et de la circulation dont nous avons parlé, ce trouble cesse bientôt, pour peu que les douleurs soient permanentes. Cependant le cerveau qui continue à percevoir la douleur devrait continuer aussi à réagir sur le poumon et sur le cœur, si sa réaction était une cause réelle du trouble de leurs fonctions. Â quoi tient donc ce calme des fonctions internes uni à l'affection douloureuse du cerveau? le voici, dans notre manière de concevoir les choses : nous avons vu que l'habitude émousse bientôt toute émotion de l'âme : quand donc la douleur subsiste, Témotion disparaît, et la sensation reste ; alors plus d'influence directe exercée sur les organes internes, le cerveau seul est affecté ; alors aussi plus de trouble dans les fonctions internes. On conçoit que je ne parle ici que des cas où la fièvre produite par la douleur n'a point encore troublé l'action du cœur et du poumon. Ce mode iur

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lerméiliaire d'influence que les affections du cerveau exercent sur celles de ces organes n'est point ici de mon objet. . Je pourrais ajouter beaucoup d'autres considérations à celles-ci, pour établir, !• que quoique le cerveau soit le siège où se rapporte la douleur, il n'est point cependant le principe d'où émanent les altérations des organes internes que cette douleur détermine ; î^que ces altérations tiennent toujours à une émotion, à une affection de l'âme, à une passion dont l'effet et la nature sont, comme je l'ai dit, absolument distincts de la nature et de l'effet de toute espèce de sensation, soit de plaisir, soit de douleur.

Ce phénomène ne dérange donc rien à la conséquence que nous avons tirée plus haut de nos expériences, savoir, que ce n'est point directement que le poumon cesse d'agir par la mort du cerveau.

§ II. Déterminer si c'est indirectement que le poumon cesse d'agir par la morl du cerveau.

Puisque ce n'est pas le poumon même qui meurt tout à coup dans l'interruption de l'action cérébrale, puisque sa mort n'est alors qu'indirecte, il doit y avoir entlre lui et le cerveau des intermédiaires qui, dans ce cas, finissent d'abord leurs fonctions, et qui par là déterminent la cessation des siennes. Ces intermédiaires sont le diaphragme et les muscles intercostaux. Soumis, parles nerfs qu'ils reçoivent, à l'influence immédiate du cerveau, ils deviennent paralytiques dès que celui-ci a perdu entièrement son action. I^es expériences suivantes le prouvent.

lo Cruikshank coupa la moelle épinière d'un chien, entre la dernière vertèbre cervicale et la première dorsale. Aussitôt les nerfs intercostaux, privés de communication avee le cerveau, cessèrent leur action ; les muscles du même nom se paralysèrent; la respiration ne s'opéra que par le diaphragme, qui recevait ses nerfs phréniques d'un point de la moelle supérieure à la section. Il est facile, dans cette

expérience, que j'ai répétée plusieurs fois, de Juger de la forte action du diaphragme, qu'on ne voit pas, par celle des muscles abdominaux, qui se distinguent très-manifestement.

2o Si on divise les nerfs phréniques seuls, le diaphragme devient immobile, et la respiration ne se fait que suivant Taxe transversai et par les intercostaux ; tandis que, dans le cas précédent, elle ne s'opérait que suivant Taxe perpendiculaire.

3« Dans les deux expériences précédentes, la vie se conserve encore assez longtemps. Mais si on vient à couper en même temps les nerfs phréniques et la moelle épinière vers la fin de la région cervicale, ou^ ce qui revient absolument au môme, si on coupe la moelle au-desr:is de l'origine des nerfs phréniques, alors, comme toute communication se trouve interrompue entre le cerveau et les agents actifs de la respiration, la mort est subite.-

40 J'avais souvent observé dans mes expériences qu'un demi-pouce de différence dans la hauteur à laquelle on fait la section de la moelle produit une différence telle, qu'audessus la mort arrive à l'instant, et qu'au-dessous elle ne survient souvent qu'au bout de quinze à vingt heures. En disséquant les cadavres des animaux tués de cette manière, j'ai constamment observé que cette différence ne tenait qu'au nerf phrénique. Dès que la section lui estsupérieut'e, la respiration^ et par conséquent la vie, cessent à l'instant, parce que ni le diaphragme ni les intercostaux ne peuvent agir. Quand elle est inférieure, l'action du premier soutient encore quelque temps et la vie et les phénomènes respiratoires.

D'après les expériences précédentes, il est évident que la respiration cesse tout à coup, de la manière suivante, dans les lésions de la portion du système nerveux qui est placée au-dessus de l'origine des nerfs phréniques : 1" interruption d'action dans les nerfs volontaires inférieurs à lalésion, et par conséquent dans les intercostaux et les phréniques;

2^4 MORT gékèhale

Les ÊXpL^îences dont je \ieiis de donner le détail présentent des pliénomènes qui se passent dans un élat ditJ'érent de l'inspiration ordinaire : je sens bien, par conséquent, qu'on ne peut en tirer une rigoureuse induction pour le passage des substances délétères dans îa masse du sang ; mais cependant je crois qu'elles en confirment beaucoup la possibilité} qui d'ailleurs est démontrée par plusieurs des remarques précédentes.

D'après tout ce qui a été dit cj-desstis, je ne pense pas qu'on puisse refuser d'admettre ce passage- En tÈà^

tt IroiîTe les vaisseaux remplis i ïchîin dit avoir vu égaleïïiM

périr UD homme subilemeDt daûj goieses d'une resfitraflou pr^

clpU^e, cl avoir truuvé ensuite ht ç d'air dans le cœur et dans

les gros vaisscauï.

J'ai déjà eu occasion de disséquer sl&urs cadavreâ dont la mort avait éié préc<îdée d'une coneeslion gulne dans le sjslèuie capillaire Bilérieur de Ja face, du cou et nne de la poiti me. Ce systèine préâeniaJl un eugorgenicnt et une ité remarquables dans toules ses pariles, et j'ai trouvé en ouvrant les artùrcs cl les veines, dam celles du cou et de la lÊte fipécialenientj un sang écumeux et mêlé de beaucoup de bullefi d'air. J*ai appris que Tun de ces sujets avait péri subitement dsnaune aiVecUon convulaive des muscies pectoraui;Ifi n'ai pu avoir Je renseignements sur les autres. Au reste, Louf ceai qui ont quelque ha b il u de des amphithéâtres doivent avoir observé ca sorlcs de cadavres, qui se putréfient tràs-prompteinent et avenant otleur IngnppoMable, lia ont remarqué aussi que Tair, dans lesvai»seauXi pree\isLa!t à U putréfaction.

Je soupçonne que, darss tous ces cas, la mort a été produite parle passage subît de Pair du poumon dans le sang; qui l'a ensuite p^rté au cerv(3au j à peu près comme j'ai dit qu'elle survienUursque,daiil un animal vivant, on pousse beaucoup d'air vers le poumon, et qu'on fait îiinsi passer ce fluide dans le sysième vasculaire.

En rapproehant ces phënomènes des consi dé rations prëse niées plt>i haut sur la mort par TinjecUon de l'air dûnsles veines, on sera, ja trois, fort porté à admettre roplnion que j'avance, et qui, d'ail Icurti a v\é celfc de pluBieurs médecins. On a déjà TsitEur le cadavre dlTe» e?f!ils relalifs à €C point. Morgîignl en présente le délai! i malHfi'eit sur rîndiviJu vivant que Ton doii observer le passage de 1«

^an^f, pour en déduire des conséquences sur Pohjei qui n -^'^u,

Ou E^all en eiTet quelle est l'Influence de la moiteur U I

despatUeê*

PAR GBLLfi DU CERVEAD. 24i

gulières se manifestent tout à coup dans les muscles volontaires des membres, les convulsions y surviennent, ou la paralysie les affecte, etc. Enfin, si la lésion est au plushaut point, tout se paralyse dans les muscles de la vie animale, les intercostaux et le diaphragme comme les autres» La mort est alors subitement déterminée.

Nous pouvons facilement*épondre, d'après tout ce qui a été S\t jusqu'ici, à la question que nous nous sommes proposée dans ce paragraphe, en établissant que c'est indirectement en principe que la mort du (ferveau occasionne celle du poumon. ,

îi suit aussi des expériences détaillées plus haut que la respiration est une fonction mixte, placée, pour ainsi dire,, entre les deux vies auxquelles elle sert de point de contact,, appartenant à Tanimale par ses fonctions mécaniques, et à l'organique par ses fonctions chimiques. Voilà pourquoi, sans doute, l'existence du poumon est autant liée à celle du cerveau, qui est le centre de la première, qu'à celle du cœur, qui est comme le foyer de la seconde.

On observe que dans la série des animaux, à mesure que l'organisation cérébrale se rétrécit davantage, la respiration perd aussi beaucoup de ses phénomènes. Cette fonction est bien plus développée chez les oiseaux et les mammifères que chez les reptiles et les poissons, dont la masse cépha^ lique est moins grosse, à proportion, que celle dés animaux des deux premières classes. On sait que le système nerveux des animaux qui respirent par trachées est moins parfait, et présente toujours des dispositions particulières; que là où il n'y a plus de système nerveux, celui delà respiration disparait aussi.

En général, le rapport est réciproque entre le cerveau et le poumon, surtout dans les mammifères et les oiseaux. Le premier détermine l'action du second, en favorisant l'entrée de l'air dans les bronches, par le mouvement des muscles respiratoires ; le second entretient l'activité du premier par le saTig rouge qu'il y envoie.

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