EXTRAIT
72. Le Codex de 1837 fait préparer cet extrait par déplacement avec
l’eau distillée froide; c’est une opération extrêmement difficile, presque impossible, si l’on n’a pas pu introduire dans la masse les débris de la pulvérisation, faute de les avoir réduits en fragments assez ténus. Geiger a bien raison de recommander la double infusion, qui épargne d’ailleurs une pulvérisation pénible et inutile : le Codex de 1818 n’opérait pas autrement. L’extrait aqueux devrait être repris par l’alcool pour l’usage médical ; on éliminerait ainsi le produit insipide que j’ai déjà étudié sous le nom d’apothème, et en même temps la plus grande partie des sels minéraux.
73. Rendement. — 1° 2,700 grammes de tiges fleuries, longues de 0 m ,50 environ, recueillies dans les environs de Dijon en 1860, exactement séparées de leurs racines au collet, ont été pulvérisées de manière à donner par macérations successives dans l’eau distillée froide :
1580 gr. de poudre qui ont rendu 420 gr. d’extrait bien sec ou 27 p. 100.
1150 gr. de débris ligneux.138 gr. — — 12 p. 100.
2700 gr. de centaurée rendent.... 558 gr. d’extrait bien sec ou 20,67 p. 100.
2° 3,ISO grammes de petite centaurée du commerce de Paris, à tiges très-longues, ont donné par épuisement par l’eau distillée froide 667 grammes d’extrait bien sec, ou 21,2 p. 100. En ajoutant SI grammes d’apothème déposé pendant l’évaporation, l’eau a donc enlevé 23 Kr ,l p. 100.
3° De la centaurée à tiges très-courtes, roides et faciles à briser, épuisée par macérations successives faites à froid, et le résidu traité à l’ébullition par une nouvelle quantité d’eau distillée pendant 20 minutes, a donné 26 p. 100 d’extrait sec, apothème non compris.
4° Les racines ne m’ont donné que 19 p. 100 d’extrait, apparemment moins amer que celui des tiges.
Ces faits parlent d’eux-mêmes; j’ajoute que mes autres expériences, quoique faites dans un but moins direct, concordent avec celles-là, et que la centaurée semble fournir un peu moins d’extrait à mesure qu’elle vieillit davantage.
74. — Baumé n’accuse qu’un rendement de ,' 0 ; c’est sans doute parce qu’il a opéré sur de la centaurée récemment récoltée, ce qu’il ne dit pas. Soubeiran dit 25 p. 100 ; s’il entend parler de l’extrait de consistance pilulaire, c’est très-vrai.
75 . Virey ( Pharmacie , 2 e édit., 1840, t. I, p. 319) dit que l’extrait de centaurée renferme du soufre; Planche n’en avait pas vu dans l’eau distillée, ni moi non plus. Si Virey a voulu dire qu’en calcinant l’extrait soit seul, soit avec un alcali, on dégage de l’acide sulfhydrique par l’addition d’un acide, et conclure de là que le soufre était un élément d’un des principes immédiats de la centaurée, il a méconnu que ce résultat était dû à la transformation du sulfate de chaux en sulfure par le carbone de la matière organique, et que ce résultat était facile à prévoir avec toutes les plantes qui, comme celle-ci, renferment du sulfate de chaux en quantité considérable. Sa conclusion n’en serait pas moins inexacte au point de vue des idées qui régnent actuellement dans la science. Virey semble avoir emprunté ce résultat à Baumé : cet illustre pharmacien observe que les eaux distillées des crucifères déposent du soufre au bout d’un certain temps ; il ajoute que : « La décoction de la racine de Vincetoxioum phlogistique l’argent, autant que les plantes antiscorbutiques ; la décoction de petite centaurée le fait aussi, mais beaucoup moins. » (Baumé, 8 e édit., 1797, p. 377.) J’ai fait bouillir bien des fois de la centaurée avec de l’eau distillée en présence d’une capsule d’argent bien décapée, et jamais je ne l’ai vue noircir, môme après une ébullition prolongée; cette capsule conservait au contraire une blancheur éclatante.
76 . L’extrait de petite centaurée chauffé vers 60°, jusqu’à ce qu’il ne perde plus rien de son poids, est seulement ferme à chaud, cassant à froid, mais jamais friable. Il absorbe facilement l’humidité atmosphérique : il est difficile de préciser cette absorption, puisqu’elle dépend nécessairement du milieu dans lequel l’extrait est placé. Voici une expérience faite au mois d’août. 1861 : un poids de 53 grammes d’extrait aqueux repris par l’alcool, bien desséché dans une étuve chauffée de 40 à 50", puis étalé sur une assiette et exposé à l’air, reprit à l’atmosphère 7 grammes et demi d’eau; c'est 4 d’augmentation.
77 . Quand on épuise par l’eau bouillante la petite centaurée fraîche*
ment récoltée, la liqueur dépose abondamment pendant l’évaporation le produit quej’ai déjà étudié sous le nom d’apothème. Le Codex de 1758 fait préparer l’extrait de centaurée par une ébullition légère, et recommande avec raison de n’évaporer au bain-marie que la liqueur décantée après un repos suffisant. Quand on reprend par l’alcool cet extrait sirupeux de centaurée récente, l’alcool précipite une abondante matière gélatineuse'qui n’est autre chose que de l’acide pectique : on n’obtient pas ce dépôt pectique, déjà signalé pour la racine de gentiane et celle d’ipécacuanha, quand on opère sur de la centaurée desséchée depuis longtemps. Ces faits m’ont conduit à proposer l’emploi exclusif pour l’usage médical de l’extrait aqueux de centaurée - repris par l’alcool. .
78. — L’extrait de centaurée, débarrassé de la matière résinoïde amère, ne donne pas d’acide oxalique quand on le traite par l’acide azotique, tandis que les extraits de monésia, de ratanhia, en donnent des quantités considérables. L’extrait sec de ratanhia en rend même un | de son poids. J’ai fait de nombreuses expériences sur l’action de l’acide azotique sur l’extrait de centaurée; ellès n’ont rien d’assez décisif jusqu’à présent pour que j’aie cru devoir les publier.
Ce travail n’est point une monographie de la petite centaurée ; aussi n’y trouve-t-on pbint, le formulaire des différentes préparations pharmaceutiques dont cette plante est un élément. Le Codex de 1758 (p. xxxj) et les Pharmacopées universelles de MM. Geiger et Jourdan indiquent à peu près toutes les préparations pharmaceutiques anciennement et actuellement usitées; il m’a semblé inutile de les transcrire ici. '
J’aurais voulu donner à l’histoire des corps que j’ai isolés des développements plus considérables, mais le défaut d’instruments a nécessairement limité mes expériences. La plupart des études de ce genre ont eu pour but l’extraction et l’étude d’un principe unique, généralement cristallisé, auquel on a souvent donné, avec un trop grand empressement, le titre de principe
actif, ce qui a fait négliger toute recherche ultérieure. Je suis peut-être tombé dans l’excès contraire en laissant incomplète l’histoire de l’érythrocentaurine, mais le mal sera facile à réparer; je reprendrai cette étude avec tout ce qu’une longue expérience m’a appris pour me la rendre plus facile.
J’ai longtemps fouillé dans les écrits des temps passés pour établir l’histoire chimique et pharmaceutique de la petite centaurée; bien des tentatives ont été faites, et toutes sont infructueuses; il n’y a de vrai que ce que Deyeux a écrit sur l’eau distillée ; plus persévérant que mes devanciers, j’ai fini par être plus heureux.
Des circonstances à peu près indépendantes de ma volonté m’obligent à publier ce travail avant qu’il soit complet; je ne puis pourtant m’empêcher d’observer que les études de ce genre (gentiane, ipéca, digitale, quinquina) ont été rarement complètes par le travail d’un seul, et qu’en considérant ce que j’ai fait par rapport à ce qui reste à faire, j’ai lieu de croire que ce travail sera favorablement accueilli.
Permis d’imprimer:
Le Vice-Recteur , Le Directeur de l’École de Pharmacie ,
A. MOURIER.