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île l’édifice. Cette hypothèse, très peu vraisemblable en elle-même, serait de plus contraire à ce fait positif, que, dans tous les monumens de l’Égypte^et de la Nubie, il n’existe pas un seul exemple d'un cartouche resté vide, là où la sculpture est terminée : preuve que ces cartouches sont du même temps que l’exécution du bas-relief auquel ils sont unis.
D’après ce fait, attesté par MM. Huyot et Gau , il est facile de voir que la seule conséquence qu’il soit permisde tirer, quanta présent, de ces cartouches hiéroglyphiques, estàpeu près hf même que celle qui résulte des inscriptions grecques coupées par des sculptures égyptiennes sur le propylon île Philæ. J’ai prouvé en effet que la plus ancienne de ces inscriptions est du temps de Plolémée Alexandre c,), que les autres appartiennent au règne de Ptoléméc Aulète, le dernier des Lagides, et que les sculptures du propylon ont été faites successivement, depuis le règne de ce Ptoléméc, jusqu’à une époque inconnue de la domination romaine; ce qui nous a fourni les premiers élémens incontestables pour déterminer l’état de l’art lors du
1,1 Infra , p. 1^8.
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passage de l’Égypte sous la domination des Romains. (li
Or, ce fait, en nous montrant qu’un propylon a été sculpté sous des règnes successifs, dans l’espace d’im siècle plus Ou moins, nous enseigne comment il faut expliquer la présence des cartouches contenant des hiéroglyphes phonétiques.
Voici, en effet, les indications sur lesquelles on peut fonder des raisonnemens à cet égard : i° il n’existe de ces cartouches vides que sur des parties de monumens qui n’ont point été achevées; a° partout où la sculpture est terminée, le cartouche est rempli; 3° les parties d’édifices sur lesquelles on trouve des cartouches de Ptoléméeou d’empereurs romains, sont du dernier style; 4° sur le même monument, on voit souvent le! noms de plusieurs princes différens.
Des trois premières indications il résulte évidemment qu’un cartouche n’a été laissé vide que quand on n’a pas terminé l’édifice; a°que l’exécution des figuresestdu mêmetempsquele - cartouche qui les accompagne; cequi est prouvé
Infra , p. i5a.
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parle style mémo de la sculpture, selon l'observation précise de MM. Jluyot et Gau.
Quant à l’existence des noms de plusieurs rois sur un même monument, c’est un fait qui se eombine-avec les précédens. Sans doute, on conçoit à la rigueur que sur un édifice construit ou décoré sous le règne d’un seul prince, il peut se trouver les noms de plusieurs autres rois plus anciens, soit comme étant les ancêtres du dernier, soit comme étant liés à l’histoire particulière du lieu par quelque tradition; l’ignorance où nous sommes sur plusieurs points du système suivi par les anciens Egyptiens, dans la décoration de leurs édifices sacrés, ne permet pas de rien établir à cet égard; en conséquence , des noms de princes différons peuvent très bien exister non seulement sur un édifice entier, mais sur une partie d’édifice, construit pendant le règne d’un seul roi. Quoiqu’on ne puisse nier cette possibilité, il vaut mieux rester un peu en deçà des faits, et se restreindre, dans l’état actuel de nos connaissances, à l’idée que plusieurs noms annoncent des travaux successifs , comme au propylon de Philæ , et qu’un édifice a été sculpté sous un même prince, quand il
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ne porte qu’un nom, et sous différais règnes, quand il y en a plusieurs. Ces noms nous apprennent donc au moins à quelle époque appartient la sculpture de tel ou tel bas-relief; et, à cet égard, de meme que les inscriptions grecques, ils entrent dans l’histoire de l’art égyptien. Qu’il me soit permis de citer ici plusieurs exem j îles de coïncidence entre les noms des pri nces et les caractères du style. M. Huyot, en montrant à M. Champollion le jeune* les cartouches hiéroglyphiques de la grande porte du sud de Karuak , lui dit qu’il devait y trouver les noms de quelque Ptolémée , parce que la sculpture (le ce propjlon ne ponçait appartenir quà l'époque des Lagitles : en effet, M. Champollion y lut deux fois le nom de Bérénice U). 11 en est de même du bas-relief de Philæ , sur lequel M. Champollion a lu les noms de Ptolémée Evergète second et de Cléopâtre sa sœur y long-temps auparavant, M. Huyot me l’avait montré comme un (lg ceux dont la sculpture ne pouvait appartenir qu'au temps des Ptolémées , de même que celle du propylon de Philuè, dont la date nous est maintenant bien connue. Enfin le planisphère de Dendérah était
(l) Lettre à M. Dticier , p. 19.
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regardé par le même habile architecte et par M. Gau , auquel on doit un si beau dessin de ce monument, comme ayant été exécuté au temps des Romains : la découverte du mot attokpatcop en hiéroglyphes phonétiques tn sur ce planisphère n’a fait que confirmer l’opinion qu’ils avaient fondée sur le caractère du style de la sculpture, et cette opinion acquiert une certitude nouvelle, d’après l’inscription d’Esné expliquée dans cet ouvrage ll) , d’où il résulte la preuve que le Zodiaque d’Esné appartient' au règne d’Antonin ou d’Adrien.
D’après ces indications, je ne puis m’empêclier de hasarder ici une conjecture. On remarquera, dans cet ouvrage, qu’il n’existe point d’inscription grecque sur la façade des temples égyptiens tracée avant Ptolémée Philométor, le vie des Lagides. Comme on sait que ses prédécesseurs prirent un soin particulier de la religion égyptienne, on s’attendrait à trouver aussi leurs noms consignés dans quelque inscription grecque du même genre. A moins donc que le temps ou la main des hommes n’aient détruit les édifices construits
^ fjettre » Tf. Dacier , p. i5.
Infra, |>. j | 7 , suis*.
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ou achevés sous les premiers Lagides, je soupçonne que, jusqu’au vie Ptolémée, les Égyptiens, lorsqu’ils construisirent ou terminèrent des temples, tracèrent en hiéroglyphes la mention de leurs travaux et le nom du prince sous le règne duquel ils les avaient exécutés ; et que ce fut Ptolémée Philométor qui exigea le premier 10 que ces inscriptions commémoratives fussent écrites en grec. Si cette hypothèse est vraie, on pourra un jour, quand on comprendra les hiéroglyphes, découvrir dés inscriptions hiéroglyphiques analogues, pour le sens, à celles qui ont été placées en grec sur la frise et en d’autres endroits des édifices égyptiens.
Tel est le résumé exact des recherches et des observations qui se rapportent à cet important sujet : trois routes seules pouvaient mener à des résultats positifs; l’étude des inscriptions grecques de l’Égypte; celle des caractères égyptiens, aidée de la première; enfin, celle des différens styles de l’art égyptien : et ces trois routes diverses ont jusqu’ici conduit au même
(1> l ’inscription de Canope ( Infra , p. 6 , suiv.' i ue serait point une objection contre celle conjecture ; car rien ne nous dit qu’on n'eût peint exprimé le même sens en hic’roglvplies sur la farad*.
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but ceux qui les ont prises séparément. Les résultats auxquels on est arrivé dans les antiquités égyptiennes depuis deux années au plus, montrent ce qu’on peut obtenir avec une bonne méthode de recherches et un esprit dégagé de toute prévention.
§ III. Plan de cet Ouvrage. /
L’exposé qu’on vient de lire explique déjà le plan que j’ai du suivre.
Si les collections de M. Bankes et de M. Gaû
eussent été publiées , j’aurais pu réunir dans un seul ensemble toutes les inscriptions relatives à l’histoire de l’Egypte. Mais comme ces recueils sont encore inédits, j’ai dû me restreindre à l’explication, aussi complète que possible, d’une classe d’inscriptions qui [ne peut plus augmenter désormais, et qui doit, en tout état de choses, former un élément principal dans les recherches sur l’histoire de l’art en Egypte; je veux parler des inscriptions gravées sur la façade des temples . égyptiens. Leur nombre , en effet,’' ne saurait maintenant s’accroître; car les restes de l’architecture égyptienne ont été si bien observés et dessinés, qu’il est à peu près impossible qu’aucune inscription , placée
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dans un lieu si apparent , ait échappé aux regards de tous les voyageurs.
Le recueil de ces inscriptions, classées par ordre chronologique, forme la première partie ,de mon ouvrage. Après les avoir restituées à l’aide de la comparaison avec les monumens du même genre, je tâche d’en tirer toutes le» indications relatives à la paléographie et à la langue dans laquelle elles ont été écrites ; je les examine sous le rapport historique , en fixant leur époque, et en indiquant, soit les points auxquels on peut les rattacher dans l’histoire connue , soit les notions nouvelles quelles ajoutent à nos connaissances; enfin, par l’examen des diverses circonstances qui les accompagnent , je détermine quelle peut être leur relation avec l’édifice sur lequel on les a gravées. Ce travail ne présente nécessairement que des indications historiques isolées; mais il explique ou fait connaître des usages obscurs ou inconnus , et répand beaucoup de jour sur diverses parties de l’histoire et de la chronologie des Lagides , particulièrement depuis Ptolémée Philométor jusqu’à Ptolémée Aulète , période qui comprend les seuls rois dont les noms soient écrits eu grec sur la façade des temples égyptiens.
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Dans la seconde partie, j’ai rassemblé les inscriptions qui ont été gravées ailleurs que sur la façade des temples, mais qui s’y rapportent par leur objet , en ce sens qu’elles servent à éclaircir l’état de la religion du pays pendant la domination grecque et romaine. Ces inscriqitions, au nombre de trois , sont assez longues et du plus haut intérêt; chacune d’elles devient comme un chapitre nouveau ajouté à l’histoire de l’Egypte. J’aurais voulu y joindre un- mon liment du même genre , et le plus important de tous, le Décret (les prêtres égyptiens , connu sous le nom d Inscription (le Rosette , dont j’ai fait une nouvelle traduction et un nouveau commentaire , et les deux décrets romains découverts dans la Grande-Oasis <n ; mais ce travail était trop considérable pour entrer dans ce volume ; je le réserve pour un volume suivant. Cette seconde partie commence par un chapitre où je réunis plusieurs notions générales qui complètent l’explication des mon u mens compris dans la première partie; on y trouvera la restitution de l’inscription des colonnes votives d’Antinoé , mouu-
Yoycz-en le telle restitué et la traduction dans le Journal des Savons , novembre, iSat. *
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ment qui jette une vive lumière sur l’état et l’administration de cette ville toute grecque au milieu de l’Égypte , et nous explique la nature et le style de ses édifices , où l’on ne trouve rien d’égyptien.
Plusieurs de ces inscriptions sont encore inédites; le plus grand nombre n’avaient encore été expliquées par personne ; et celles dont on s’était occupé déjà, n’avaient jamais été entendues ni interprétées exactement. Ainsi la matière est neuve; c’est dire assez que j’aurai commis quelques erreurs, ou que je n’aurai pas toujours rencontré juste. Quand il s’agit de rétablir et de faire entrer, dans une histoire si peu connue, des monumens plus ou moins altérés, il est bien difficile de trouver toujours la seule restitution dont ils sont susceptibles, et le fait historique auquel il faut les joindre; or, l’explication d’un monument tout entier dépend souvent de la connaissance d’un texte unique, qui a échappé à tout le monde , et que le hasard seul fait découvrir. Rien ne montre mieux la difficulté de ce genre d’interprétation que les travaux successifs dont l’inscription grecque de Rosette a été l’objet : des cri-
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tiques distingués, tels qu’Ameilhon , Villoison, Heyne et Poison, se sont très souvent mépris sur le sens de certaines phrases ; et quoiqu’ils aient l’un après l’autre rectifié quelques fautes de leurs prédécesseurs , il reste encore dans ce curieux monument plusieurs textes dont le sens n’a jamais été bien entendu.
Les inscriptions principales, celles qui forment l’objet de chapitres séparés , ont été rangées par ordre chronologique dans chacune des deux parties de cet ouvrage : mais comme certaines particularités qu’elles renferment, n’ont pu être éclaircies qu’à l’aide d’autres inscriptions grecques et latines que j’ai du citer à cette occasion <0 , celles-ci n’ont pu se trouver placées dans l’ordre des temps. C’est pourquoi j’ai rétabli cet ordre dans un index, placé après cette introduction , et qui contient la série de toutes ces inscriptions, au nombre de quatre-vingttrois , avec leur date précise, approximative, ou présumée : un second index les présente dans
(l) On apercevra que j’ai eu le soin de choisir de préférence les exemples analogues dans des inscriptions qui avaient hesoin elles-mêmes d’être expliquées. J‘ai pu de celte manière augmenter l’utilité de mon travail.
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l'ordre géographique des lieux où elles ont été découvertes , avec les noms de ceux qui les ont trouvées ou publiées les premiers, ou qui me les ont communiquées. Sous ce rapport, je dois consigner ici le témoignage de ma reconnaissance envers le savant antiquaire M. Millingen, l’habile architecte M. Huyot , et envers un voyageur connu par d’importans travaux, M. le lieutenant-colonel Leake, qui m’a envoyé une excellente copie du décret des habitans de Busiris en faveur de Néron. Quant à l’auteur des Antiquités de la Nubie , j’ai déjà dit combien mon travail est redevable à ses bienveil- / , ,
lantcs communications.
Dans le cours de cet ouvrage, j’ai mentionné exactement les noms de tous ceux dont les recherches ou les observations m’ont mis sur la voie des explications dont j’avais besoin , ou meme qui m’ont fourni quelque citation ; ce soin ne peut paraître minutieux ou inutile qu a certains érudits qui ne citent jamais personne , et quisedonnentl’aird’avoirainsi tiré immédiatement des originaux les textes déjà cités, ou les observations déjà faites avant eux. C’est une méthode que je n’approuve point, et que je me * suis bien gardé d’imiter. Sans doute, lorsqu’il
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s’agit d’une de ces questions d’antiquité dont V érudition est faite depuis long- temps, c’està-dire, dont on a déjà réuni plusieurs fois tous les élémens fournis parles auteurs anciens , il serait souvent impossible, et toujours inutile, de dircquel critique a cité lepremier un passage d’Hérodote ou de Thucydide, qui l’a été cent fois depuis : mais quand la matière est neuve , comme celle des antiquités grecques de l’Égypte, il y a tel passage , perdu dans l’antiquité, qu’on ne peut connaître que par un hasard heureux, ou bien à l’aide de celte lecture étendue et profonde qui distingue nos maîtres en ce genre , les Bôckh et les Boissonade ; celui qui a cité le premier ce passage, a donc fait une véritable découverte , dont il serait injuste de ne pas lui faire honneur.
A l’article de chacune des inscriptions qu’on avait essayé déjà d’cxpliqu er , j’ai fait exactement la revue des observations dont elles avaient été l’objet, pour tixer le point où l’on s’était arrêté j j’ai discuté ces observations et déduit les raisons qui m’empêchaient de les adopter, tout, en montrant l’utilité que j’en avais •retiré moi-même; caries erreurs des gens de mérite ne sont jamais infructueuses ; il est
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rare qu’on n’y découvre pas le germe de quel-ques vérités. Ainsi , je puis dire avec Pline : Irt hoc valu miner auctorum nomina prœtexui 10 5 et j’ai toujours eu présente la maxime du même auteur : Est enirn benignum fateri per e/uos profeceris. W)
Ce n’est donc pas ici un livre systématique que je publie , un livre où l’oji combine plus ou moins adroitement des idées pour en tirer une opinion qu’on veut établir; c’est uniquement un livre contenant des faits , mais des laits liés par une théorie , ou si l’on veut par une idée générale qui en est l’expression commune. En érudition, comme dans les sciences physiques , un fait, isolé ne signifie rien ; pour qu’il serve à quelque chose , il faut parvenir à l’assimiler à d’autres faits de même nature; il faut donc entrevoir la relation qui les unit, c’està-dire, faire un système, dans la bonne et vraie acception du mot. En ce sens, autant les systèmes d'opinions ( et ce sont ordinairement ceux des gens d’esprit qui ont peu de savoir) sont futiles, vains et nuisibles; autant lesjry\r-
(1) Plin. in P rte fut. , |i. iJ . = Id. ihid.
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ièmes (le faits contribuent au progrès des sciences, en grouppant ensemble des notions exactes , d’où ressort une idée générale ; cette idée, si elle comprend exactement un certain nombre de faits certains, ne saurait être entièrement fausse : plus ils seront nombreux , plus il sera probable quelle est vraie; et, dans tous les cas, elle ne sera susceptible que de modifications plus ou moins considérables.
Appliquons ces réflexions aux idées contenues dans mes Recherches : ou je me trompe fort, ou tout homme non prévenu aurait tiré des inscriptions des temples, analysées dans leurs diverses circonstances, le même résultat que j’en ai déduit. Ce résultat peut donc être considéré comme la théorie des faits connus : cependant d’autres faits pourront un jour la modifier plus ou moins, et restreindre le sens que j’ai donné à quelques-unes des inscriptions des temples égyptiens; mais je ne puis ni ne dois aller audevant , car on peut aussi bien en découvrir d’autres qui ajoutent encore une nouvelle force à celui que j’ai adopté; or, dans l’incertitude de ce qui peut arriver , il est conforme à la raison de s’en tenir aux inductions rigoureuses, sans s’inquiéter des conséquences. Ainsi, que la théorie
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développée dans cet ouvrage éprouve des modifications quelconques, c’est à quoi je m’attends; mais l’idée principale qui lui sert de fondement ne peut être détruite , parce qu’elle ressort avec évidence de faits incontestables; et cette idée , c’est que les Égyptiens , au moins jusqu’au siècle des Antonins , ont conservé , sans modifications essentielles , la religion et les arts de leurs ancêtres ; qu’ils ont élevé des monumens dans un style d’architecture et de sculpture assez semblable à celui des plus anciens temps , pour que des ouvrages , exécutés dans le second siècle de notre ère , aient été regardés par d’habiles artistes comme ayant dû être faits 3ooo ans avant J.-C.
De là se déduisent plusieurs conséquences rigoureuses , dont la principale est celle-ci : Parmi les monumens égyptiens , il en existe très probablement plusieurs qui appartiennent au temps des Grecs et des Romains ; en sorte que ce n’est peut-être pas une chose facile que de déterminer à quels caractères il faut reconnaître maintenant tous ceux de ces édifices qui sont antérieurs à l’invasion de Cambyse Voilà donc une nouvelle carrière, dans Laquelle
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les artistes et les érudits vont exercer leur sagacité ou déployer leur savoir, 'et leurs efforts réunis doivent conduire un jour à la vérité. Dès à présent on peut oser dire avec Sénèque: V eniet tempos quo ista quœ nunc latent in lucem dies extrahat ; et j’espère qu’un des résultats de cet ouvrage sera de contribuer à faire descendre la question de l’antiquité relative des édifices égyptiens , de cette région des nuages et des brouillards où , depuis vingt ans, les savans se battent sans jamais se toucher, et de l’amener enfin sur le terrain des faits positifs, où.du moins les adversaires peuvent s’approcher , se prendre corps à corps, et combattre au grand jour.
Et qu’on ne croie pas que de semblables résultats diminuent en rien l’importance des études qui ont l’Egypte pour objet. Sansdouteil est des enthousiastes qui s’imaginent que toutes ces constructions antiques doivent remonter au déluge, sous peine de n’exciter aucun intérêt ; laissons-les dans ime opinion qui leur est chère , et ménageons un enthousiasme probablement sincère et désintéressé : contentonsnous de leur dire qu’aux yeux de la raison un monument antique est respectable, non parce
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qu’il est plus vieux de huit ou neuf cents ans, mais parce qu’il est comme le témoin et le représentant d’une ci vilisation qui n’existe plus; parce qu’il atteste , bien mieux que l’histoire écrite, quels furent le génie, le caractère des arts , et même la nature des institutions d’un peuple à line époque quelconque de la société humain?. Si donc quelques édifices sacrés de l’Égypte, tels que ceux de Dendérali , d’Ombos, d’Esné, ont été construits en tout ou en partie pendant la domination, des Grecs ou des Romains , bien loin de rien perdre à nos yeux , par cette origine récente, de l’intérêt qu'ils nous inspirent, ils en acquièreraient un nouveau , puisqu’ils nous révéleraient un fait remarquable que l’histoire toute seule n’aurait pu nous apprendre. Ne serait-ce pas en elfel un spectacle digne des méditations des hommes éclairés, que de voir l’Egypte, sous des dominations étrangères, au milieu des troubles et des révolutions , conserver pendant plus de sept cents ans, tout ce qui, depuis tant de siècles , formait le caractère particulier de cette religion , de ces arts, dont on ne connaît point le modèle, et qui n’ont point eu d’imitateur ? T el était donc l’empire de ces institut ions
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antiques, si bien’ eu harmonie avec le climat et la nature du pays, si profondément empreintes dans toutes les habitudes nationales , qu’il n’a pas fallu moins que la religion chrétienne , pour les entraîner à jamais, en les enveloppant dans le grand naufrage des superstitions du paganisme.
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