CHAPITRE PREMIER
Inscription relative à la construction d’un temple d’Osiris à Canope, sous Ptolémée lit, dit Évergètc.
Méhémet-Alï, gouverneur actuel de l’Égypte, fit réparer, dans le cours de l’année 1818, l’ancien canal qui prenait les eaux du Nil près de Ramanhid pour les porter à Alexandrie. Ce canal, d’une haute importance pour le commerce d’Alexandrie, parce qu’il dispensait de franchir la barre de Rosette, était depuis long-temps obstrué $ et les Français avaient déjà conçu le projet de le rétablir ; mais le temps ne leur permit pas de mettre ce projet à exécution. Méliémet-Ali employa cent mille ouvriers à ces travaux , et bientôt le commerce jouit de cette communication nouveüe (l>.
a Les ouvriers employés à construire une digue » entre la mer et le lac Maréotis , en cherchant des » matériaux parmi les ruines de Canope, trouvèrent
w Thcdeuat Duvcut, V Égypte sous Méhcmet-Aü, p. 16, 1 8.
» sur une pierre fondamentale, entre deux tuiles de » matière vitrifiée, une plaque d’or de 6 pouces » 4 lignes de long , sur a pouces a lignes de large ; » mince , flexible et luisante. Cette plaque porte » une inscription en langue et en caractères grecs, » formés de points , mais très-lisibles , les lettres » paraissant même au revers. » 1
La plaque d’or fut portée sur-le-champ au Pacha, qui la remit à M. Sait , pour qu’il en fit présent de sa part à Sir Sidney Smith , comme un gage de son souvenir et de son amitié (1>. Sir Sidney Smith s’est empressé de faire graver un fac simile exact de ce monument curieux , en l’accompagnant de quelques renseignemens , dont j’ai extrait le passage qui en contient la description.
§ I. Texte , traduction , date de l'inscription. — Bérénice, cousine d’Évergéte, a le titre de sa scenr. — Écriture cursive du temps des lagides.
La lecture et la traduction littérale de cette inscription n’offrent aucune difficulté •, mais son interprétation donne lieu à des remarques intéressantes. J’en reproduis ci-contre le fac simile, tel que l’a donné Sir Sidney Smith, pour qu’on juge de la forme des lettres j la voici en caractères courans :
Bswi/.JÙ; nTO?.£u.arôïIÎTG>.e/iaieu xal Àpaivér,i , BéiLv A&Xçwv, y.où {ixnD.KJOa. Bepevixi), *i zou yx/vin «vtgv,
tô TcuevGi Ootpet.
(1> Thédcnal Duveut, pag. g8 , gg.
TEMPLE DE f.ANOPE.
C’esl-à-dirc :
« Le roi Ptolémée, fils de Ptolémée et d’Arsinoé , » dieux frères, et la reine Bérénice , sa sœur et sa » femme [ ont élevé ] ce temple à Osiris. »
Ce Ptolémée est Évergète premier, fils de Ptolémée Philadelphe, et d’Arsinoé, première femme de ce prince et fille de Lysimaque. Comme aucune circonstance n’est indifférente dans les monumens si rares de cette époque, il ne faut pas négliger de remarquer qu’Évergète est désigné dans celui-ci, comme il l’est sur l’inscription d’Adulis : BwnXsù; fuya; ÜToXefwtîo; , vcôç (BaorcXÉco; ÜToXîfu xiav xal {3aoihaurj; Apaivôri;, 3eüv ASù.yünt. Cette désignation, qui avait fait naître quelques doutes peu fondés , a été très- bien justifiée par Chishul u> ; et ce nouvel exemple confirme que Ptolémée Evergète, sur les. monumens de son règne, ne mentionnait jamais que le nom de sa mère adoptive (î) Arsinoé, sœur et seconde femme de Philadelphe, qui en adoptant les enfans de son mari , leur avait toujours témoigné une tendresse maternelle} il évitait de se qualifier fils de l’autre Arsinoé, sa véritable mère, fille de Lysimaque j sans doute parce qu’eHe avait voulu, attenter aux jours de Philadelphe.
Bérénice, femme de Ptolémée Évergète, était fille de Magas, frère de Philadelphe } elle était conséquemment cousine germaine de son mari Évcr-
Anliq Asial. p. 84- — ^ Sc/iol. Thcocril. ail. xvu, 128.
gète : ce fait est démontré par l’iiistoire. Il est donc singulier qu’elle soit désignée dans notre inscription comme soeur et femme du Roi : ri «JeXçrj xai yuvii aùioü. Le mot propre eut etc à9eï<pt$ri qui signifie soror patruelis ; comme il est impossible de supposer une faute de copie , le fac simile étant d’une fidélité complète , il faut absolument reconnaître cpie Bérénice reçoit un titre qui ne lui appartient pas; d’où l’on doit conclure que la cousine-germaine , àiù.fiür,, du prince régnant, quand elle était sa femme, prenait le titre de dàû.<pr; , sœur. Il semblerait au premier abord que c’est pour éviter l’équivoque qu’on plaçait le nom de la reine dans les actes publics, comme nous le voyons dans notre inscription, où le nom de Bérénice est mis après ceux de Philadelpbe et d’Arsinoé , père et mère d’Évergètej disposition qui annoncerait que cette princesse n’était point issue des mêmes parens. Mais le monument d’Antæopolis prouve que celte disposition est indifférente.
Mon observation sur le mot iiô.yr, est confirmée par une inscription très-curieuse et inédite que je donnerai plus bas, dans laquelle Cléopâtre , femme de Ptolémée Épiphane, est désignée comme sa sœur , quoiqu’elle fût la fille d’Antiochus m, roi de Syrie, et conséquemment qu’elle ne fût pas même parente de son mari. Ce nouvel exemple démontre que le nom de sœur donné aux femmes des rois d’Égypte, n’était qu’une expression consacrée par l’usage et le protocole.
TEMPLE DE CANOPE. 9
L’emploi officiel du titre de sœur , pour désigner ces deux princesses , explique plusieurs passages qui avaient embarrassé les modernes. On voit , par exemple, pourquoi Catulle, dans le poëme de la chevelure de Bérénice, traduit de Callimaque, dit que Bérénice était la sœur d’Évergète (,) : évidemment le mot àStlfv était dans le poëme original; et Callimaque n’avait fait que 'se conformer à l’usage. Mais ce passage a induit en erreur Hygin ou l’auteur quelconque du Poëticon astronomicon m ; car , prenant à la lettre le nom de sœur, il fait Bérénice fille de Ptolémée Philadelphe et d’Arsinoé
Je trouve encore, au moyen du monument de Canope, l’explication d’un passage très- curieux de Cicéron qu’on a cru altéré. Cet orateur dans un fragment de son discours de rege Alexandrino , parle de la mort d’Alexandre n, massacré (en 81 avant J.-C. ) par le peuple d’Alexandrie, irrité de l’assassinat de Bérénice ou Cléopâtre, sa femme ; il s’exprime ainsi : algue illud etiam cons tare video , regem ilium , cum reginam Sorohem suam, caram acceptamque populo , manibus suis trucidasset, intcrfectum esse impetu multitudinis M> : Cléopâtre ou Bérénice assassinée par Alexandre n, était à la fois sa belle-mère , comme veuve d’Alexandre i , père d’Alexandre il, et sa cousine- germaine , comme fille de Soter n, frère d’Alexandre i. Le mot sorore/n
<l> Coma Beren. v. 11.= 04 II, ï4-= W Remarque deM. Visconti , Iconogr. grecque , p. 5y i = (i> Cic. Fragm. trium Oral. p. 49- «/. Maio.
semble donc l'aire une difficulté. Un habile critique qui s’est avantageusement servi de ce passage pour prouver que le règne d’Alexandre II , n’a été que de dix-neuf jours (contre l’opinion de l’auteur des Annales des Lagides ), pense que le manuscrit original portait peut-être uxorem , au lieu de sororern , et que l’abbé Mai a pu être induit en erreur par le défaut de netteté des lettres du manuscrit palimpseste , d’où il a tiré ce précieux fragment (1>: Cette correction est simple et ingénieuse; mais, d’après les observations précédentes , on voit déjà qu’elle est inutile, et le commentaire d’Asconius Pedianus démontre qu’elle est impossible ; car sa scholie sur ce passage est ainsi conçue : Dein subdidit (Cicero) « ciirn reginarn sono rem suam » ut atrocitas PARRiciDii , et multà major in exitio reginœ omnibus fuerit horrorim) >. Ainsi, Asconius Pédianus a trouvé sororern dans le texte de Cicéron, et pour qu’on ne puisse dire que l’abbé Mai a lu encore une fois somrem au lieu de uxorem , conséquence de la première faute , je me hâte de faire remarquer le mot parricidium qui démontre que sororern est sorti de la plume de Cicéron. Cet orateur, contemporain de ces deux Ptolémées, n’a pu donner à la cousine-germaine d’Alexandre le titre de sa sœur que parce que ce titre lui était conféré dans les actes publics et officiels, de même que nous le trouvons
(l) Sainl-Martin , Recherches sur l'époque de la moil d'Alexandre, tic. , p. i 10 , n. i . — l;' Cic. Fragirl.jam laud. p. 5o.
TEMPLE DE CANOPE
employé dans l’inscription de Canope et dans le poëme de Callimaque, pour désigner la cousinegermaine d’Évergète. Tous ces monuinens s’expliquent l’un par l’autre; et nous ne pouvons douter que tous ceux du même temps qu’on trouvera dans la suite , présenteront ces mêmes caractères.
L’inscription ne me semble, du reste, offrir aucun indice chronologique qui puisse faire connaître à quelle époque du règne d’Évergète se rapporte le fait dont elle consacre le souvenir ; ainsi je ne pense pas qu’il soit possible d’en fixer la date , avec quelque degré de certitude, d’une manière plus précise qu’en lui assignant l’intervalle de a 47 à aa2 avant J.-C. qui forme la durée du règne^ d’Évergète.
D’après l’époque de cette inscription, la forme des lettres peut surprendre. On y trouve, entre autres, le sigma, F epsilon et Y oméga avec la forme e c et 65. Je n’ignore pas que l’usage de ces formes est beaucoup plus ancien qu’on ne l’a cru souvent; c’est ce qu’ont fait voir plusieurs habiles antiquaires <l), et tout récemment encoreM. Raoul-Rochette (i) ; mais en nous renfermant dans l’Égypte grecque, nous devons admettre, du moins d’après les faits connus jusqu’à présent, que l’usage des lettres de cette forme, dans les inscriptions , est assez tardif : les médailles des Ptolémées n’offrent que les formes e z n; et les
(1> Mazzochî ad Tab. Heracl. , p, 53a , n. 85. — Pacciaudi , Mon. Peloponn. II, a58. — Marini, Iscrizioni Albane, p. 178. — San-Clcmcnti , de nummo Cicer., p. 4o. = (J> Lettres à lortl Aberdeen , p. i3etsuiv. •
premières où l’ou trouve les formes arrondies e c c3 sont celles de Cléopâtre et d’Antoine, frappées entre les années 37 et 3 1 avant J.-C. A la vérité , d’Hancarville (,) cite un médaillon dePtolémée Philadelphe où se lit le mot eenN écrit avec l’epsilon arrondi, quoique cette léttre ait une autre forme dans aaeagon : cette citation n’est pas exacte ; car sur les exemplaires connus de ce médaillon, cités par Eckhel u>, et M. Mionnet a) , l’epsilon a la forme carrée dans eEUft- , comme dans aaea-min qui est au revers : on en peut voir une excellente gravure publiée par M. Visconti <4). De plus, toutes les inscriptions gravées sur la façade des temples Egyptiens, sous les Lagides , jusqu’à celle du propylon de Tcntyris inclusivement, qui est du temps d’Auguste, ne présentent que les formes e s et a : il en est de meme des inscriptions de Rosette, de Pliilæ, des cataractes, du Caire, etc. qui appartiennent aux règnes d’Épiphane et d’Évergète u. La première inscription connue, où les autres formes paraissent, est de la fin du règne d’Aulète, vers 70 à Go ans avant J.-C.
En examinant avec soin notre inscription , comparée au fac simile de celle de Rosette , il est facile de voir que la différence ne consiste pas seulement dans la forme de ces trois lettres , mais qu’elle porte sur presque toutes; l’aspect général et la liaison des caractères constituent en outre une différence pal-
<l) Recherches , etc. II , p. ig3. = ® Doctr. Numm. IF . p. 8. = Description des médailles , etc. FI , p. 17, u°* 1 !\l\- 1 /(y.— (,) Iconographie grecque , Vl. 5/J , u. 1 .
TEMPLE DE CANOPE
pable ; car les lettrés , loin d’être isolées comme dans l’écriture lapidaire, sont liées entre elles d’une manière visible ; tout semble annoncer une écriture différente, qui doit être l’écriture cursive de ce temps ; et par ce mot j’entends celle qu’on employait dans l’usage ordinaire , tracée avec le roseau ou la plume.
En effet, si nous la comparons avec le fac simile du contrat de Ptolémaïs <0 , écrit en caractères cursifs , la ressemblance paraîtra complète , autant du moins qu’elle ddit l’être entre deux écritures du même genre , dont l’une est tracée vite et librement, l’autre gravée lentement sur le métal ; les c , e, tS , ont précisément la même forme sur les deux monumcns; de même que les M , N , T, le B majuscule et les lettres hc à la fin du mot apcinohc ; le sigma final est figuré de même, et se lie.avec le mot suivant; enfin les autres lettres offrent des rapports également frappans et distincts de ce qui se voit dans les inscriptions lapidaires ; en conséquence il me parait difficile de douter que la plaque d’or de Canote ne soit écrite dans les caractères grecs de l’écriture cursive ou usuelle de ce temps ; si mou opinion est fondée, ce sera le type le plus ancien que nous possédions jusqu’à présent de ces caractères , tels qu’on les traçait en Égypte.
L’Écriture cursive ou usuelle a dû , ce me semble , différer toujours un peu de celle que j’appellerais lapidaire ; car dès le moment que l’alphabet est entré dans les rapports usuels , il a dû perdre insensi-
W Eôckh , erklnrung einer Ægjrpt. Papyrus. Berlin, 1821.
l4 INSCRIPTIONS DES TEMPLE^.
Llemcnt de scs formes primitives ; ces changcmcnsont dû consister principalement en ce que ceux qui traçaient les lettres au roseau, devaient chercher à leur donner une figure qui en rendît le tracé plus expéditif'; voilà pourquoi quelques-unes des lettres compliquées de plusieurs traits , formant entre eux des angles , tels que 2 , e , û , etc. , ont dû s’arrondir de bonne heure dans l’écriture cursive, et prendre la figure de c, e, cS; taudis que l’écriture lapidaire dut garder ses formes carrées, qui se prêtaient bien mieux au tracé sur la pierre ou sur le marbre.
Or, cette altération des formes peut être fort ancienne; et dès-lors il n’est pas surprenant que, dans certainscas, les graveurs d’inscription aient emprunté les caractères de l’écriture cursive : de là, ces exemples assez anciens de l’emploi, sur les marbres ou sur les médailles, des formes arrondies du sigma et des autres lettres; emploi dont on ne peut citer qu’un petit nombre d’exemples , avant l’ère vulgaire, comparé à ceux de l’emploi des formes carrées, avant cette époque; ces derniers sont innombrables, et doivent être regardés comme la règle dont les autres sont l’exception; postérieurement à l’ére vulgaire, les lettres arrondies furent de plus en plus fréquemment employées, et finirent par remplacer les autres : et quoiqu’on trouve encore, dans des inscriptions du temps de Constantin et même plus tard, l’emploi des lettres e z n, ce ne sont plus que des exceptions, comme l’étaient les exemples des lettres arrondies, avant l’ère vulgaire.
TEMPLE DE CÀNOPE.
Aussi je crois être assuré qu’on ne trouvera aucun papyrus grec en Egypte du temps des Ptolémées, dont les caractères ne soient semblables à ceux de la plaque d’or, s’il a été écrit posément et avec soin, ou à ceux du contrat de Ptolémaïs, s’il l’a été couramment ; car , pour employer des termes techniques, l’une nous représente l’écriture posée ; l’autre , l’écriture expédiée.
$ II. Du Téménos d’Osiris. — Sens de ce mot. — Lvergète a-t-il dédié ou élevé le temple ?
Le mot téménos ne peut nous présenter ici d’obscurité, quoiqu’il eût deux acceptions chez les Grecs ; car il signifiait le terrain enclos qui entourait un temple; ou bien le temple lui-même, avec le terrain consacré entouré d’une enceinte; dans ce dernier cas, ce terme était synonyme de \zpév , mais plus clair, attendu que Upov s’entend quelquefois de l’édifice seul, tandis que té^evoî comprend tout le terrain consacré avec les édifices qui le couvrent : or , ce mot , employé ainsi absolument, sans autre désignation. , ne peut signifier que Upov, ou lemplum dans l’acception étendue de ce mot, comme son synonyme tspê'Jiapa, ou comme xepevî&tv ( templa érigé re') ; c’est le sens qu’il a dans les livres des MachabéesI ll) , dans Hérodienw>, dans Dion Cassius qui désigne ainsi le temple de Jérusalem ü) , les temples ( templa M> de
I Maccab. 5, 44* — H, i , l5. = w I, «4, 3. = W 0;o
Cass, mi f •xi. — W Sucton. in Cœsar. $ üi.
iG
Suétone ) de Rome et de César , élevés à Epliése et à JNicée <0 ; le temple de la paix à Rome (1) ; le Serapéum d’Alexandrie l3) , etc. Le téménos d’Osiris à Canope est donc le temple, 1 ’liiéron de ce Dieu, ou l’ensemble des édifices et du terrain consacré.
Ce point déterminé et hors de doute, il reste à examiner s’il s’agit ici de la simple consécration du temple d’Osiris , ou de sa construction. La question peut paraître indécise aux personnes médiocrement versées dans la connaissance de l’antiquité, à cause de l’ellipse du verbe, dont le mot té^evo; est régime; aussi la traduction qui accompagne le fac simile gravé par les ordres de Sir Sidney Smith , porte consacrent ou dédient le temple ; M. Thédenat Duveut traduit ont consacré ou dédié de nouveau. Je prouverai ailleurs, par des exemples nombreux , que la double idée de construction ou de dédicace , et non celle de dédicace seulement , est entendue dans les inscriptions où l’on trouve cette ellipse du verbe ; je montrerai , qu’indépendamment des exemples, le fait résulte de ce que les inscriptions antiques étaient faites pour être comprises : considération qui a toujours guidé les anciens dans l’emploi des locutions elliptiques dont leur style lapidaire abonde. Ces ellipses ne se rencontrent donc qne dans des formules convenues , dont le sens ne pouvait échapper à personne, et ne présentait point d’équivoque.
Dio Cassius, ti , ao. = wJil. txvi, i5.= W.i«vh,w.
TfcMPI.E DE CANOPE. I7
Dans les inscriptions du genre de celle-ci, le sens est évident. Ceux qui veulent n’y voir qu’une consécration ou une dédicace nouvelle , n’entendent pas trop bien ces mots dont ils se servent. Pour moi, j’ignore complètement ce qu’il faudrait entendre, dans un cas pareil, par une consécration nouvelle ; car si le temple d’Osiris, dont il est question ici , existait avant Evergète, il était consacré à Osiris ou à tout autre : si c’est à Osiris, quel besoin de le dédier à la même divinité? Si c’est à une autre, quelle probabilité qu’Evergète eut détruit le culte de cette divinité pour le remplacer par celui d’un autre dieu? Ces deux suppositions seraient tout aussi improbables l’une que l’autre.
Dans le cas particulier qui nous occupe, elles sont démontrées fausses par les circonstances mêmes qui ont accompagnéla découverte delà plaque d’or deCanope. Il ne s’agit pas, en effet, d’une inscription gravée sur la façade d’un édifice : celle-ci a ét': trouvée entre deux briques de matière vernissée , encastrée sur une pierre Jondameuiale. Ainsi elle avait été évidemment placée dans les fondations d’un édifice; et, d’aprèsla tournure de cette inscription, comparée aux autres du même genre, il est clair qu’elle n’est que la répétition de celle qui a dû être gravée sur la façade même do cet édifice. Ceci nous apprend, comme je l’ai déjà remarqué <0 , que les anciens avaient , ainsi que nous, l’usage de placer , dans les fonda-
Journal des Savant , octobre 18a 1 , p. 595.
tions d’un édifice, une inscription gravée sur une matière inaltérable, telle que l’or, indiquant les noms des auteurs d’un édifice, et de la divinité'quf y était adorée j et uous voyons, par cet exemple uniqùe, quela seconde inscription était une répétition de celle qu’on plaçait sur la Crise ousurlelistel delà corniche.
Si l’on n’avait trouvé que cette dernière , on n’eût pas manqué de mettre en avant l’idée banale et commode de dédicace ; mais la supposition n’est plus possible maintenant. La découverte de la plaque dans les fondations mêmes de l’édifice est un fait capital qui démontre que le temple d’Osiris a été construit par Ptolémée Évergète , fait qui d’ailleurs est le seul qui puisse expliquer complètement l’inscription de la plaque, quand on ne la considérerait qu’en ellemême : nous ne pouvons donc traduire autrement que
« Ptolémée , etc et Bérénice ont construit ce
» temple à Osiris. »
Les Ptolémées ont construit des temples aux dieux de l’Égypte : cela est prouvé par les paroles expresses de l’inscription de Rosette ( xat iepà, y.a.1 vaoùç , x.xi fi uiacv; i^piicaro), appliquées à la minorité de Ptolémée Épiphane(1). Il est évident que ses prédécesseurs , et particulièrement les trois premiers Ptolémées, Sôter, Philadelphe et Évergète , les plus puissans de tous , ont suivi de plus près encore les principes d’Alexandre, et rendu cet hommage aux dieux de l’Égypte j nous savons que Sôter construisit à Alexandrie le temple de Sérapis, qui n’était point une divinité
w Lin. 34.
TEMPLE DE CANOPE. Ig
nouvelle en Égypte, comme on l’a cru; et quant à Évcrgète, l’inscription d’Adulis , dont l’authenticité est maintenant hors de toute atteinte, nous apprend avec quel zèle ce prince , dans ses expéditions en Médie et en Perse , recueillit tous les objets sacrés, que les Perses avaient enlevés de l’Égypte, et rendit à cette contrée ces dépouilles précieuses (l>, circonstance également conservée par saint Jérôme ; ce trait nous annonce quelle dût être la conduite d’Évergète à l’égard de la religion égyptienne ; et la fondation du temple d’Osiris à Canope est un fait qui doit se lier à la politique de tout le règne de ce prince.
Le style de ce temple était-il égyptien ou grec ? je dirai ailleurs les raisons qui rendent probables l’une et l’autre hypothèse ; mais puisque l’édifice est totalement détruit , je n’insisterai sur aucune conjecture à ce sujet. Je n’ai cité cette inscription que pour montrer , par ce premier exemple , quel sens il faudra désormais attacher à celles dont la tournure est absolument semblable ; c’est-à-dire , où nous trouverons également l’ellipse du verbe dont le régime seul est exprimé.
(l) Ap. Chishull, Anüq. Asiat . , p. 8i,85.