CHAPITRE II
Inscription <V un Proprlon égyptien. dans le temple d’Isis et de Sérapis , à Parembolé , gravée sous Ptolémée VI , dit Philométor.
Nous devons cette inscription aux soins de M. Hamilton , dont les Æ gjptiaca fourniront tant de matériaux précieux à cet ouvrage. Ce savant voyageur l’a trouvée sur le listel de la corniche d’un des trois propj Ions qui précèdent un temple dont les ruines existentsur la rive gauche du Nil, un peu au-delà de l’ile de Philæ , qui est le point extrême de l’Égypte. La position de ce temple répond assez bien à l’emplacement du lieu que les Itinéraires nous font connaître sous le nom de Paremboté , à seize milles romains au midi de Contra Sjene (1).Ce nom de Parembolé signifie un camp, une station militaire , dans le grec alexandrin0’; du moins ne trouve-t-on pas le mot Ttapty.Ço'Xri , avec un tel sens, antérieurement aux Septante et à Polybe ; d’où l’on peut conclure que le nom de Parembolc a été donné à ce lieu du temps des Ptolémées , parce qu’ils y placèrent l’un de ces corps de troupes destinés à garder les frontières de l’Égypte, du côté de la Nubie, et dont il sera question souvent, lorsque j’examinerai les autres monumens de
Itincr. velera , p. 161. = ® Sturz. de dialcct. maced., p. 3o.
TEMPLE DE rAHEMBOLÉ. 'il
cette époque. Cette station militaire a pu devenir, par la suite, le centre d’une population assez considérable qui a formé plus lard une ville.
H existe même dans les ruines de Parembok? un caractère qui semble se lier à celte origine tardive. M. Hamilton pense que le temple est d’une date récente u,j et son opinion est partagée par l’auteur des Antiquités de la Nubie, M. Gau, qui y a distingué des .constructions d’époques très -différentes : la cella , ou la pièce située au centre de l’édifice , est plus ancienne que le reste ; le sécos est d’une époque récente , de même que la façade, une pièce latérale sur -ajoutée, et les trois propylons W). La façade n’est pas même terminée, non plus que la frise, ni l’architrave (3> ; mais au milieu sont les pierres d’attente , destinées à être sculptées en forme de globe ailé, selon l’usage: deux des quatre colonnes du pronaos ont leurs chapiteaux seulement ébauchés, comme on peut le voir sur les beaux dessins publiés par M. Gau 10 : cet habile architecte a indiqué par des teintes plus claires les constructions d’une époque plus récente i et tout annonce que des circonstances particulières ont empêché les fondateurs de terminer les constructions nouvelles, ainsi qu’ils avaient rintcnlion de le faire. M. Gau a remarqué la même différence d’époque dans les constructions du temple de Dakkeh en Nubie ; la pièce centrale du temple est la
(l> Ægypltaca , p. 43. = Renseigncmcns connu uni qu es. = w Antiquités de la Nubie , pl. 4< = w Fl. a.
aa INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
plus ancienne ; les autres sont d’une époque plus récente, et le pronaos a été ajouté après coup, ainsi qu’on peut s’cn convaincre d’après la vue de cet édifice (1>.
S I. Des mois Propylon et Pylâne. — Conjectures sur la formation successive des diverses parties d’un temple égyptien.
L’antiquité beaucoup plus grande de la cella de ces temples s’accorde avec cerae la raisonseule devait faire soupçonner sur la manière successive dont se sont formés quelques temples égyptiens, et peut-être tous sans exception. 11 est bien peu vraisemblable, en effet, que ces immenses édifices, composés de tant de constructions diverses , soient le résultat d’une composition unique , exécutée sans interruption ; tout nous annonce qu’ils ont commencé par n’être qu’un petit édifice, bâti dans un lieu qui était devenu l’objet d’une grande vénération ; la population et les richesses de ce lieu augmentant peu à peu , le temple primitif, consacré par un culte ancien , servit en quelque sorte de noyau à des constructions placées tout autour et liées à cet édifice : ce qui formait d’abord le temple tout entier devint la cella du temple agrandi; bientôt le naos fut précédé du pronaos extérieur qui, dans la plupart des temples dcl’Egypte, paraît être une construction sur-ajoutée; enfin, ces grands massifs, appelés propylorts, furent élevés dans tous les sens , et décorèrent toutes les avenues du vaste et magnifique édifice.
(l> ri. 36. A,
TEMPLE DK PAREMBOLÉ. St3
On trouve en Grèce quelque chose d’aualogue, et l’on ne peut s’en étonner ; car dans ce pays, comme en Égypte, ou conservait avec une vénération tellement religieuse les anciennes images des Dieux , qu’un temple offrait souvent dans son enceinte les inonumens de plusieurs âges de l’art w>. En effet, quand les progrès de l’architecture, ou la vénération pour un lieu sacré , portaient à remplacer une antique chapelle par un temple plus vaste et plus somptueux, l’édifice primitif, religieusement conservé, formait la colla, ou le sanctuaire du nouveau temple. C’est ce que fit Adrien pour le temple de INeptune Hippius , en Arcadie, construit en bois par Agamède et Trophonius; selon Pausanias, il ordonna de respecter l’ancien édifice , et le nouveau fut construit tout autour; Ttipt!; $z i/.i~ktuz tov v«ôv <7ç>Æ; oixoô'ouetffGat zôv xaiviv 0) : c’est ainsi qu’il faut entendre le passage où le même Pausanias parle du temple de Cérès Mysienne qui n’avait pas de toit , parce qu’il renfermait un autre temple en briques cuites et couvert C) ; celui-ci était Y ancien , autour duquel on en avait construit un nouveau. Or ce qui se faisait du temps d’Adrien se pratiquait à plus forte raison dans les temps reculés, où les traditions et' les habitudes religieuses exerçaient sur les esprits un plus puissant empire.
Si le temps nous avait conservé quelques-uns de ces temples doubles , dont je viens de prouver l’exis-
(1) Quatremèrc de Quincy , Jupiter Olympien , p. 6, suiv. = * Pausau. , VIII , io,p. 3oi. Clav,— Ici. II, p. 44.5- Cia*.
tenceen Grèce, nous pourrions non seulement discerner l’âge diffèrent des constructions, mais encore en assigner l’époque approximative, parce que l’iiistoire et la marche de l’art chez les Grecs nous est assez bien connue. Eu Egypte, la distinction est très difficile à faire, parce que, de temps immémorial, l’art, intimément lié à la religion, a été fixé sans retour dans ce pays j en sorte que les ouvrages d’architecture et de sculpture, exécutés par les Égyptiens sous la domination grecque et romaine, ont dû très peu différer de ceux qui dataient d’une époque plus ancienne. On conçoit, d’après cela, que des siècles ont pu s’écouler entre la construction première et l’achèvement d’un temple égyptien ; ou peut-être n’y avait-il pas déraison pour qu’un temple fût jamais achevé, en d’autres termes , pour qu’il ne fût plus possible d’y rien ajouter.
Ce point de vue, pris dans la nature même des choses, se trouve confirmé par ce que les anciens rapportent sur les propjrions dans les temples égyptiens. Le sens de ce mot grec est parfaitement connu d’après son étymologie seule ; car il signifie porte avancée y porte servant d’introduction, r, tiaefo; (n , synonyme de izpoOùpov lî), employé dans le même sens par les Septante (3) : de là le nom de TtpoTtû/ata , ou même au singulier nponulov H> , donné aux édifices qui formaient l’entrée principale de la citadelle d’Athènes. Quant à son application à l’architecture
tl> Pollux, I, 6.= ht., I, 77. = H> Ezccliiel , VIII, 16. = <4> Vlin , XXXV , 1 o , p. 699 , 5.
TEMPLE DE PAREMBOI^Ê. 0t5
égyptienne, elle est déterminée par l’iuscription grecque, placée à Tentyris <w sur une de ces grandes portes isolées, constructions étrangères à l’architecture grecque , mais qui servaient de portes d’introductiou dans les temples égyptiens. Le fait, démontré par l’inscription de Tentyris, est conforme à la disposition que Strabon a donnée au temple d’Héliopolis , en faisant entendre qu’elle se trouvait dans d’autres temples , quoique soumise , selon les lieux, à quelque modification. Cet auteur indique quelles sont les diverses constructions ou objets de décoration qui précédaient le naos ou temple proprement dit : « Après les Sphinx, dit-il, on trouve » un grand propylon , puis un second ; puis un
» troisième ensuite s’élève le naos , etc. (v » Le
commentaire de ce passage existe dans le plan du temple de Parembolé, donné par M. Gau(3) , où nous voyons que le naos est précédé de trois portes isolées, placées en avant l’une de l’autre, depuis la première qui forme l’entrée de l’hiéron dont elle ouvre l’enceinte : toutes sont alignées sur la porte du naos , et de hauteur égale au-dessus du sol, qui va toujours eu montant depuis le Nil. Le temple de Vénus à Tentyris est précédé de même d’une porte isolée, appelée par les F rançais Porte du nord , alignée sur le naos ; il est assez vraisemblable que cette porte d’introduction n’était pas la seule autrefois , et que
10 Voyez le chap. I delà section suivante. =w Strab. , XVII , p. 8o5. — de ma trnd. , T. V.,p. 3a5. = ® Anliq. de la JYuùiet pl. a.
d’autres grandes portes la précédaient ou étaient placées entre elle et le naos. Il est clair que ce sont des constructions de cette espèce que Strabon a vues à Héliopolis : l’identité du terme dont il sc sert et de celui qu’on trouve dans l’inscription de la porte de l’ouest à'Tentyris, ne permet pas d’en douter.
Nous voyons par-là dans quel sens il faut prendre les passages d’Hérodote et de Diodore, relatifs à la construction des propylées ou propylons du temple de V ulcain à Memphis. Mœris construisit les Propylées du nord (,) ; un grand nombre de siècles après, Psanimitique construisit les propylées ( irpomiXaia ) du midi wy et le j>rojylée ( ttoot: j'/.aiov ) de l’orient a); enfin l’on prétendait que le plus beau propylon (irpo-uXov) avait été construit par Dédale <4) , et probablement c’était celui de l 'occident. C’est ainsi qu’Amasis construisit au temple de Minerve à Sais de magnifiques propylées <s). Remarquons qu’llérodotc se sert constamment du pluriel îrpoiruXata (n , tandis que Diodore emploie les trois formes, irporctiXaia, npomXaiov , T.pir.uïov, ces mots désignaient donc des constructions indépendantes du temple même , élevées dans des positions toutes différentes par rapport à cet édifice, placées au nord , à l’est , au sud , à l’ouest , et érigées à des époques très éloignées les unes des autres ; en sorte que tous les édifices dont se composait le temple de V ulcain , par exemple , élevés successive- Herod. II , loi . — Oiod. Sic. 1 . 5 1 . = ^ Ilerod. Il , i53. = Oiod. Sic. I, 67. = l,> Id. 1 , 97. = ® Herod. II , 175. = ” Comme Elien : iv toïç roît 3s oii nporrAxtoi; ( Hist. animal. XII ,
7 , p. 3 80 , ed. Schn. )
TEMPLE DE PAREMBOLÉ. ‘X’J
ment, avaient coexisté bien long-temps après la construction du noyau de ce grand ensemble.
Du reste , il est naturel de penser que le terme un peu vague de propjrlon , a pu être appliqué par les Grecs , non - seulement à des portes isolées, semblables à celles de Tentyris et de Parembolé , mais encore à ces énormes massifs , tels qu’on en voit à Edfou et à Tlièbes c,), auxquels, dans les belles descriptions de ces deux villes , on a donné le nom de Pylônes , non sans raison. Le mot Ifu- Xùi/ signiGe proprement une porte principale, une grande porte , un portone , comme disent les Italiens ; car la désinence wv est très-souvent augmentative en grec. Aussi emploie-t-on ordinairement ce mot flbXwv pour désigner la grande porte des maisons particulières m , ce qu’on appelait aussi itpôOupx tov oïy.ou m ; mais principalement les portes d’une ville , au lieu du pluriel rcvXsu : ainsi Diodore désigne par ce mot les portes de Syracuse H) , Bérose celles de Babylone te), saint Jean, celles de la cité divine <c> ; et je crois que Sophonias entend par oî TrjXwve; axrcTti , les portes de Niuive (7), et que dans Jérémie, ri TcpôQupa twv Bvpüv rüs ito'Xews ® , est la même chose que ot rvXûvEs tüî itoXewî ; une inscription recueillie à Athènes fait mention des portes (mi-
<0 Descript. de Thèbes. — d’Edfou , sect. V, § 3. = w A et. Apostat. XII , 1 3 , 14. — Luc. XVI , 20. = w Ezechiel , VIII , 16. = w l)iod. XIII , 75.= w Ap. Joseph, contr. Apion. T. II, p. 45 1. = w Apocal. XXI, ai. = ^ Sophon. II, i4* = w Jcrcm. XIX , a.
) de la citadelle (1) j enfin les Septante l’emploient egalement , quand ils veulent désigner les portes principales du temple de Jérusalem ü>. Ce mot grec était donc tout-à-fait propre à représenter ces énormes massifs qui s’élèvent en avant do quelques temples égyptiens ; aussi Diodore de Sicile s’en est-il servi, comme l’ont très-bien remarqué les auteurs des descriptions de Thèbes et d’Edfou (î,j en effet on ne peut croire qu’il lui donne un autre sens, en parlant du tombeau d’Osymandyas u>.
D’une autre part, il est démontré par l’inscription de Cjsis, expliquée plus bas <s>, que le nom de pylône se donnait aux mêmes portes isolées qu’on désignait , comme nous l’avons dit, par le mot propjlon. Cette double application de llu).wv peut faire supposer qu’il en était de même de l’autre mot, et que tous les deux s’employaient indifféremment l’un pour l’autre dans cette double signification, comme représentant, le premier l’idée de construction avau cée; le second, celle de grande porte ou porte principale. Mais il est vrai de dire que les exemples connus du mot propjlon ne se rapportent qu’à la signification de porte isolée , comme celle de Tcntyris et
(l) Elle sera expliquée dans la seconde Partie de cet ou-vrage. = M 1 Paralip. XXVI , i3 ; a , III , n. = M. Jomartl cite, à l’appui de son opinion sur le sens du mot jrv>i»» , F.xod. XXVI, 36.— XXIX, 3a.— Levit. VIII, 3i. — Ad. Apost. XIV, ■ a. Ces citations sont inexactes : ou ne trouve dans les passages allégués rieu qui se rapporte au mot nuXùv, — Itiod- , 1,47.= (i) chap. 3 de la Section suivante.
TEMP1E DE PAREMBOLÉ. 3<)
île Parembolé, et qu’en conséquence c’est celui qu’il convient de choisir pour les désigner ; aussi je m’eu servirai constamment dans le cours de cet ouvrage.
5 U. Restitution de l’inscription grecque.
On a vu que les trois propjrlons de Parembolé sont au nombre des constructions plus récentes qu’offre le temple ou hiéron de ce beu. Or, c’est l’un de ces propjrlons qui porte l’inscription grecque que M.Hamilton a recueillie: elle était gravée sur le listel île la corniche ; et il n’en a trouvé que deux fragmens ainsi disposés :
> rriEPBAïlAEasnTOAEM ÏIAIÏ2H2KAEOÏIATPAS
KAirrNAiKOïaEnNWAo •pniraiiiKAisr.
Il restitue les lacunes de celte manière':
» rnEPBAIIAEft2nTOAEMA[lOVK.AlBA]ziAIÎSnSKAEOnATPAS [TOYBAÏIAEnSAAEA<î>Hx]
* KAirrriAIK0S8EûN$IA0[MHT0]PÛNIZIAIKAlSï[NNA0IS 8E0IZ-]
Cette restitution me paraît très-exacte pour le sens ; mais je ne crois pas qu’elle représente l'original sur tous les points : la deuxième ligne est trop courte. Si ces déux lignes avaient dû être aussi inégales , la seconde n’aurait pas commencé de niveau avec la première ; cela est encore prouvé par l’usage constant des inscriptions.
INSCRIPWOHS DES TEMPLES.
Dans la première ligne, le mot baziaeoz doit être précédé de thz qui est indispensable, tandis que tôt est inutile.
Dans la seconde ligne, les lettres zr ne peuvent être les initiales du mot ztnnàoiz, parce que rrsNAois oeoiz ne saurait se passer de l’article toi s : il me paraît donc évident que zr doit se lire sa, commencement du mot SAPAniAi.
D’après ces deux observations, il faudra rétablir ainsi les lacunes :
* rnEPBASIAEÛSIlTOAEM [aIOTK A1Ba]zIAIZZHIK AE0I1ATPA2 [THIBASIAEftSAAEA<J>HZj
» KAinrNAIKOSeEûN'HAôfMHTO]mîüïIAlKAnA [PAHIAIKAI TOIZZTNNÀOIZeEOlZ.]
Tirèp fiaaû.icûç Tlrolepaiov xai (3«aiXtoj>jî lQsojtarpaî , t»5î (iaailéusî àiïO.fnç xai yvvaixèi , Qtûv Qikoprrtipwv , ïài$t xai Zapâr.iàt xai toT; auvi/iot; Bcoïî.
La première ligne contient 63 lettres et la seconde 6a. On verra plus bas que le propylon de Bérissé a été dédié de même à Sérapis et à Isis. Le nom de la déesse se trouve ici placé le premier; ainsi, dans l’inscription de Rosette, on lit toujours 6 inoç xai Ôaîpioi vt 6i M) , comme dans cette autre inscription; 1CIAI ocipiai anotbiai u> ; d’autres portent isidi serapidi 0) et 1CIAI CEPAniM
w Lin. ii, a6. — ® Reines. I, i33.= 01 Muralori. LXXIIf, 5. — LXXIV, 3 ; — Reines. I, i3a. = w S pou. mise. Erudit. , p 3^0 , n. LTX. et Murat. CXXIV, 3.
Digitiz
TEMPLE DE PAREMBOLÉ. 3l
Nous traduirons en conséquence :
« Pour la conservation du roi Ptolémée et de la » reine Cléopâtre , sœur et femme du roi, dieux » Philome'tors, à Isis, à Sérapis, et aux divinités » adorées dans le même temple. »
La formule xattof; auvvstot; Seoîj se retrouvera dans presque toutes les inscriptions qui suivent : pour la bien entendre, il faut se souvenir que les temples de l’Égypte étaient ordinairement consacrés à une divinité principale, que j’appellerais éponyme (telle qu’Isis, Sérapis, Osiris, le Soleil, Hermès, etc.), qui donnait son nom à 1 ’hiéron tout entier. Mais, après cette divinité, on en honorait d’autres dans ces temples : ce sont celles-là que, dans nos inscriptions dédicatoires , ou désigne, sans les nommer, par les mots **« rois cruvvaoi; 5eo f;, tandis que la divinité éponyme est toujours désignée nommément. L’inscription de Rosette est précise à ce sujet; car il me semble qu’on ne peut entendre d’une autre manière le passage où il est dit que la statue du roi sera placée dans F endroit le plus apparent de chaque temple, près de la divinité principale , y ( et’xovc ) T.aLptçr^vzai ô KVPUiTATOï 0EO! toü Upov u) : xvptû T*roç 3eôs est la divinité qui donnait son nom au temple, par opposition avec celles dont le culte était subordonné au sien dans ce temple seulement ; parce qu’à raison de la diversité des cultes locaux eu Egypte, le dieu qui était Eponyme dans un temple, ne l’était pas dans les autres: et, par exemple, Hermès, adoré w Lin. 3g ; soyez ma note.
3a INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
comme xupiwraToç Seài à Hermopolis , pouvait n’êlre que ovvwcoî à Diospolis ou ailleurs. Dans les temples d’Isis , cette déesse était en première ligne , puis venaient Osiris , Horus ou bien Arucris ; dans ceux d’Arueris, au contraire, cette divinité était la première , Osiris et Isis n’étaient que ses parèdres ; c’est ce que prouve l’examen des sculptures dans diff'érens temples de l’Égypte. Mais le culte des mêmes divinités parèdres accompagnait-il toujours celui des mêmes divinités éponymes ? je l’ignore; et je ne suis pas bien certain en conséquence , s’il faut traduire la formule y.ati to?î auvvaoi; 3rotî , par aux dieux ado tés dans le même temple , ou bien, dans ce sens particulier, et aux dieux adorés avec elle dans ce temple. Comme ce dernier serait favorable à mon opinion sur l’objet de toutes les inscriptions de ce genre , je craindrais , en l’adoptant , de paraître abonder trop dans mes idées , et je choisirai l’autre qui convient également aux deux opiuions.
D’après la restitution que j’ai proposée, on voit que le temple de Parembolé était consacré à deux divinités éponymes: le cours de ces recherches fera connaître plusieurs autres exemples du même fait.
§ III. Date de l’inscription. — Textes de Porphyre et d’Eusèbe
rectifiés. — Époque du mariage de Plolàmée PhUomélor. —
Objet du monument.
Les princes mentionnés dans cette inscription sont Ptolémée Pliilométor et sa sœur Cléopâtre , tous doux enfans de Ptolémée Epiphane. La date du mo-
TEMPLE DE PAREMBOLÉ. 33
nument dépend de celle du mariage de ces princes ; et la de'ternnnalion de cette dernière est une conséquence des faits exposés dans deux passages d’Eusèbe et de Porphyre; comme les chronologistes ont laisse des nuages sur la manière d’entendre et de concilier ces deux textes , dont le résultat touche à plusieurs points de mes recherches , je dois m’y arrêter quelques instans.
Ptolémée Épiphaue mourut dans l’année i8ï avant notre ère : il laissa deux fils, Philométor et Évergète, et une fille, Cléopâtre. Le premier, encore mineur à la mort de son père, lui succéda comme étant l’aînc ; à la onzième année de son règne , la couronne fut partagée entre son frère et lui. C’est ce que racontent Eusèbe et Porphyre dans deux passages altérés en plusieurs endroits, et qu’U importe de restituer. Tout récemment l’auteur des Annales des Lagidcs qui les a discutés avec soin, n’ayant point apprçu les altérations que ces textes ont subies, a tâché d’expliquer, par des rapprochemens ingénieux, des discordances qui n’existent réellement pas.
« Selon Porphyre, dit ce critique, Pliilométor » régna seul pendant onze ans : alors Antiochus » ayant envahi l’Égypte, Évergète fut proclamé roi >> par les Alexandrins r et conserva ce litre jusqu’à » la seizième année comptée du règne de Philo- » métor; après cela, les deux frères occupèrent le >» trône ensemble pendant deux années; et les Ro-
» mains ayant fait la part à chacun d’eux, Évergèlc » gouverna la Libye, et Philométor l’Egypte.
n Selon Eusèbe, la première partie du règne de » Philome'tor fut de onze ans j Antiochus ayant » alors conquis l’Égypte, les deux frères régnèrent » en même temps jusqu’à la dix-septième année de » Philométor j et celte association dura huit ans, n la dixième année de Philométor étaut la première » d’Évergète, et la dix - septième du premier se »» comptant pour la huitième du second U).
Tel est l’exposé de M. Champollion : il en résulte qu’entre les deux textes, il existe plusieurs différences qui portent principalement sur les mots seizième année dans Porphyre, et dixième année dans Eusèbe.
Le texte de Porphyre est ainsi conçu : âpyn jiiv yip 6 4»t>opfrMp Ttpàxepoi êuaiv êvSixa ptavoc. Avxioy&u SI
èniç-pazeveavxoi Âiyvjtr» ot Aks^avipsïi tw veuxspro
ixtexpetyaev ri xxpxypxxx, xxi dioi^avre; Avrio^ov èpèûaavxo tôv tyikopèxopa. , y.ai iypr\p.âxiotv aùxoî; <I>i).opxopoi iç , Eùepyétou dè iv m , c’est-à-dire « Philomé- » tor règne le premier et seul pendant onze ans.
i> Antioclms étant venu attaquer l’Égypte les
» Alexandrins confièrent les rênes de l’état au plus » jeune : ils poursuivirent Antiochus et délivrèrent »> Philométor j et la seizième année de Philométor, » fut comptée la première d’Évergète ».
W Annales des Lagidcs , II, p. i35, w Ap. Kusrb. ,
p. sa5. ed. Scalig.
TEMPLE DE PÀREMBOLÉ. 35
On trouve ici une incohérence palpable, puisque c’est à la onzième année de Philométor qu’Antiochus le fit prisonnier, et que les Alexandrins mirent Évergète sur le trône, il est clair que la première année d’Evergète dût correspondre à la douzième et non pas à la seizième de son frère : ainsi on doit lire sans hésiter, dans le texte de Porphyre, Qdopmopo; iS', au lieu de iç-'. C’est en effet la leçon que portait ce texte au cinquième siècle, puisque la version Arménienne donne le nombre douze «> ; et il est étonnant que l’auteur des Annales des Lagides n’y ait pas fait attention.
Voilà déjà une des difficultés résolue. Celles du texte d’Eusèbe tiennent à des erreurs non moins évidentes : llpwto; yàp 6 Qdopfoup pôvos , a é€a~
oûeveev, «fat ûttô Àmo'Zou iÇeSXiiQr,, xpareï TÛV
■npa.yp.zzuv Urolepaïo; i E hpyérvs 6 veûzepoç yV(ipr,
zù>v kltfaSpiuv. Airixetai Si xai kvxioyoç, hjQpuÔiinâ' x«i toû $tXop5topos , xai ëaadsvouotv oi Sùo. Àni to! J' ïxovi iuî TO V t £ ïzoui, ixpnpehiaav eivat zzapà hefavSpew, Ta aekath toû QdoprÎTopoç fai npùrov iroç zou E vepyezou. xai iëaadeuov oi Sùo cv épovotz ami toutou toû iS" ftouî toû <lnlcpvzopoi, iu; toû izovç «ùtoû, £'xtou Si Eùepyézou «. La phrase x«< fi«riX«tfownv ci Sic jusqu’à Eùspyétou offre plusieurs difficultés , dont la première consiste dans le mot tw Sex dry qui doit être lu SuSexcizç). La preuve évidente en est dans lo membre àzi toû ,6 etou« Eu; toû tÇ (nVç qui précède ;
» Euseb. P.mpb .Armen. ed. Aucher. p. ,3g. - cd. Maio et Zohrab. p. 1 16.= « Euseb. tiræc. p. 54.
cl dans cet autre qui vient immédiatement après : tSacrtXeuov oi Suo iv opovo ta «rro toutou toû i S ; ils attestent qu’Eusèbe avait écrit plus haut aiiaekatu.... Itm ; enfin ce qui achève de le démontrer , c’est que l’auteur ajoute : la dix-septième année de Philométor fut la sixième d’Evergète; or, cela ne peut avoir eu heu que parce que la première de l’un fut la douzième de l’autre j ainsi, rien de plus évident que la leçon tL^exarw toû <1>iX. hti trpcôrov tro; EùtjsyéTou.
M. Champollion, qui a raisonné d’après la fausse leçon iendczta , a été obligé de dire que la dix-septième année de Philométor fut la huitième d’Évcrgète , mais le texte porte £xtou et non pas 6y$6ov. La phrase n’offre aucun sens , comme elle est imprimée; il faut lire : xat (3affiXeûouoiv oi iûo* àiro toû Itouî éwç toû t£" «Trou;', £/p»!fxa Ttaav eni U) irap’ ÀXe£avJpeûai , Stoisxdxw toû <J>tXojjD7Topos èrît Ttpwrov ixoç toû Eùepyétou ; et l’on traduira tout le passage: « Car Philométor régna » seul le premier pendant onze ans , ensuite il fut
» chassé par Antiochus PtoléméeÉvergètele plus
» jeune monte alors sur lç trône, du consentement
^ Je Iis trr, au lieu de l'infinitif tlïat qui est absurde en cet endroit : dans le style d’Eusèbe et de Porphyre , le verbe xpnpzrtCnv a souvent le sens de sc nommer , prendre le nom , appliqué à l’a/ 1née, «roc , qui en est le sujet ; ainsi : iyjpnp.àxiet x'o riurtov itoç KXtojriTpae to xac jrpwrov IlToJ.tpatou ( Porph. ap.Euseb. p. aa6 1. io. ) et xai fypr.pàxtat/ aux oï; ( ÀXiÇavcfpf Oui) ‘foXopr, ropoc iç , EûspyJTou Ji îv ( Id. p. ii5 , 1. i g.) ; ce que Porphyre exprime ailleurs par npoxayoptùtxai (1. aû.)
TEMPLE DE PAREMBOLÉ. 37
» des Alexandrins ; on poursuit Ànliochus, Pliilom métor est délivré , et les deux frères régnent eu- » semble , depuis la douzième année jusqu’à la dix- >1 septième ; les Alexandrins comptèrent les années en » faisant répondre la première d’Évergètc à la dou- » zième de Philométor ; et les deux rois régnèrent » ensemble de bon accord depuis cette douzième » année de Philométor jusqu’à la dix-septième du » même, qui fut la sixième d’Évergète, etc. »
D’après ces observations sur l’accord complet des deux textes de Porphyre et d’Eusèbe , il est clair que tout moyen de conciliation est désormais inutile, et qu’il faut renoncer aux inductions historiques, d’ailleurs ingénieuses, que l’auteur des Annales des Lagides avait tirées de ces prétendues discordances.
Le fait qui résulte uniformément de ces deux textes, c’est que Philométor régna d’abord seul pendant onze ans ; puis avec son frère pendant six ans; c’est-à-dire, jusqu’à la dix-septième année inclusivement ; que pendant cet intervalle de six ans , les deux princes furent nommés dans les actes publics , la douzième année de l’un étant assimilée à la première de l’autre, et ainsi de suite, jusqu’à la dixseptième de Philométor, qui fut la sixième de son frère : et si l’on trouve quelque jour un acte public se rapportant aux anuées 170 à iG5, il portera le nom des deux rois, à peu près de celte manière (supposé qu’il soit de l’an xiv ) fixailevôvvM Iholzuv.Mv ~ü>'j ààiXytLv , «tiX&p/iTÔpojv /.ai Eùepystûv , erou; IÂ" tov «air
De ce fait constaté , on doit tirer la conclusion que tout monument où Philométor seul se trouve mentionné, est antérieur à l’an douze ou postérieur à l’an dixsept de son règne ; et nous pouvons juger en conséquence combien est incertaine 10 l’attribution que les numismatistes ont faite , à Ptolémée Philomélor , des médailles portantla date des années 12, i3, 24 w>, i5, 16 et 17.
Il est facile de voir maintenant que l’inscription de Parembolé est postérieure à l’an 17 du règne de Philométor ; car il n’a pas pu se marier avant l’an onze de son règne, il eût été trop jeune. L’époque du mariage de ce prince n’est pas déterminée d’une manière positive^ maisM.Champollionlaplaceàl’an 18 de Philométor, d’après des raisons très-plausibles dont j’adopte le résultat, parce qu’elles sont confirmées par notre inscription j d’un autrecôté, il prouve très-bien que Cléopâtre , sa fille, dût naître l’année suivante, puisque, dès l’an 3l de son règne, il la donna en mariage à Alexandre, roi de Syrie a) } elle était dans sa douzième année.
Cette circonstance nous fournit le moyen de déterminer l’année de notre inscription : il faut remarquer en effet que les mots kai ton teknon ne s’y lisent point, tandis qu’on les trouve dans toutes les inscriptions du règne de Philométor et des autres
W Remarque de M. Champollion-Tïgcac (Annal, des Ixigides , II, p. 1 47*) = Uac médaille de l’au XIV, porte le nom de Philométor , mais les numismatistes reconnaissent qu'elle a été Irappée & Ptolémaïs de Phénicic.= w Ouvrage cité, II , p. i5y«
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princes, où la formule i/nèp se rencontre.
Cette omission prouve que la formule xi xUva ou xm xixvuv n’était point une forme constante, uniquement consacrée par l’usage et le protocole, ainsi qu’on l’avait présumé (l> ; mais qu’elle indique certainement qne le prince avait des enfans à l’époque où l’on traçait une dédicace. Cette omission constitue donc un caractère chronologique qu’il ne faut pas négliger j et nous devons conclure de l’inscription du propylon de Parcmbolé , que Pliilométor était déjà marié , mais que Cléopâtre ne l’avait pas encore rendu père. Or, d’une part, la formule du monument prouve qu’il est postérieur à l’année 17, la dernière du règne simultané des deux frères j de l’autre, l’omission du nom des enfans prouve qu’il est antérieur à l’an 19, où naquit la fdle de Philométor : nous tirons de ces deux faits la preuve que Pliilométor n’avait point d’enfans lors de la rupture de l’union entre lui et son frère j ce qui s’accorde avec l’idée qu’il ne s’est marié que l’année suivante. La conséquence de ces deux observations combinées, c’est que 1’inscription de Parcmbolé date de l’an 18 du règne de Pliilométor, ou de l’année même de son mariage.
La détermination de cette date qui, si elle n’est pas certaine , est du moins appuyée sur de grandes probabilités, nous apprend que ce monument est sans doute lié au fait même du mariage de Philomélor ; et l’on peut présumer avec beaucoup de w Champollion-Figeac , ouvrage cité, II , p. 161.
vraisemblance que le fnopjlon fut élevé en cet le occasion à Isis , à Sérapis , et aux autres divinités du temple, à l’effet d’appeler leur protection puissante sur la tête des nouveaux époux.
Je dis que le propylon fut élève, non pas seulement dédie , parce que l’idée de simple dédicace est ici tout aussi difficile à comprendre que pour le temple d’Osiris à Canope : il est hors de toute probabilité qu’on eût dédié à Isis et à Sérapis un des propylons, déjà construit, du temple qui leur était dédié dans sa totalité : imaginer qu’on aurait consacré à ces divinités un des propylons du temple d’autres dieux, ne serait pas moins invraisemblable. Au contraire, il est tout simple qu’à l’occasion du mariage du prince, on ait ajouté un troisième propj lon aux deux qui existaient déjà ; et qu’on ait consacré par une inscription ce nouvel hommage rendu aux divinités du temple, Isis, Sérapis, et autres.
En vain, objecterait-ou qu’il n’est pas question de construction dans le texte de l’inscription grecque : il n’en est pas question davantage dans celle du Phare d’Alexandrie <l> , qui offre précisément la même tournure : Zwr paro? Kvého; A Seûi 2wrüf7iv vr.ip twv i:Xuï{op.£vwv, ce qui veut dire nécessairement : « Sostrate de Cnidc [ a bâti cette tour ] » aux dieux Sôters [Ptolémée et Bérénice ], pour le » salut des navigateurs.» Le substantif sous-entendu
W Visconti, Iconographie grecque , p. 5f>4- — Trait, franc, de Slrab. , Tom. V, p. 3oo, n° i.
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est toujours l’objet même qui porte l’inscription; et quant à l’idée qu’exprime le verbe sous-entendu , elle résulte , comme on le voit par l’inscription de Sostrate , de la nature même du style lapidaire , qui , dans sa concision , ne permettait jamais qu’on pût suppléer deux idées différentes. {u
L’inscription du Phare offre une circonstance de plus que celle de Parembolé , c’est le nom de celui qui a élevé l’édifice. Plusieurs des inscriptions qui seront rapportées plus bas , présenteront une omission semblable, et nous verrons qu’en pareil cas, il est toujours suffisamment entendu que les auteurs de la dédicace sont les gens du pays. Ainsi la tournure elliptique de l’inscription de Parembolé représentait à ceux qui la lisaient la proposition complète que voici : « Pour la conservation du roi » Ptolémée et de la reine Cléopâtre , dieux pliilo- » métors [ les gens du pays ont élevé le propylon ] à » Isis, à Sérapis , et aux dieux adorés dans le même » temple. »
Infrà , l’art, tl , chap. V , art. I , § i.