‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 2 sur 84 · POUR LEURS IMPORTANS TRAVAUX · texte numérisé non relu

POUR LEURS IMPORTANS TRAVAUX

Nos qui sequimur probabilia, nec ultra quam id quod reri simile occurrit progredi possumus , et refellere sine pertinacia , et refelli sine iracundia parati sumus. Cic. II, Tuscul. 3.

INTRODUCTION

§ I. Importance historique des Inscriptions grecques et latines découvertes en Égypte.

L’état de l’Égypte, pendant la domination successive des Grecs et des Romains , est certainement une des questions historiques les plus dignes de fixer l’attention des hommes éclairés. Ils aimeraient à savoir ce que devinrent, sous les dominations étrangères, ces usages, ces institutions nées du climat et de la disposition particulière du pays, cette religion antique , ces arts quelle avait créés et qu’ellé maintint dans une si longue enfance. Ils demandent à l’histoire quelle fut l’influence du séjour des étrangers en Égypte; quelle espèce de lutte s’établit entre la civilisation de l’occident et cette autre civilisation dont l’origine touchait au berceau du monde : les conquérans essayèrent-ils d’effacer par la persécution le caractère particulier des institutions civiles et religieuses de l’Égypte? ou bien , dans l’intérét de leur propre conservation, et peut-être aussi par suite de leur tolérance habituelle, respectèrent-ils des usages,

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mie religion , des arts, qu’il était à la fois inutile, difficile et dangereux de détruire?

Ces questions , et d’autres encore d’un ordre aussi élevé, ne pouvaient être résolues complètement dans l’état de nos connaissances historiques. Quelques récits isolés de Polybe, de Diodore, de Strabon, de Josephe, de Tacite, de Philon, de Plutarque, de Dion Cassius , de Pausanias, d’ Athénée, d’Eusèbe, de Porphyre, de saint Jérôme , etc. , composent toutes les sources où nous pouvons puiser des renseignemens. Le canevas chronologique de cette période mémorable; plusieurs des traits principaux du règne de chacun des Ptolémées; quelques faits sur l’esprit de leur gouvernement et sur leur conduite particulière; des notions vagues sur l’administration des Romains en Égypte; les noms de plusieurs des préfets auxquels ils confièrent ce pays- dès le moment, de la conquête ; voilà tout ce que les efforts réunis des critiques les plus habiles ont pu tirer de positif et de certain des auteurs que je viens d’indiquer.

Cette insuffisance des textes anciens rend extrêmement précieuse une autre source historique qui doit devenir de jour en jour plus abon-

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dante, grâce à la curiosité active et éclairée des voyageurs modernes; je veux parler des inscriptions grecques et latines. Les dominateurs de l'Égypte, Grecs ou Romains, ont dù laisser sur quelques monumens des vestiges de leur passage. La langue grecque, étant devenue la langue officielle du pays , a dû servir pour tous les actes publics émanés, soit du gouvernement, soit des autorités locales, soit des collèges des prêtres; en conséquence, des décrets, des édits, des contrats , des dédicaces religieuses , des pétitions, et même des hommages particuliers en l’honneur de telle ou telle divinité, ont dû être déposés en grand nombre dans l’enceinte des temples, des palais, dans les tombeaux, et doivent nous révéler, si nous parvenons à les découvrir , une multitude de notions historiques que les auteurs anciens nous laissent ignorer.

Les recherches successives des voyageurs nous ont déjà Fait connaître un assez- grand nombre de ces précieux débris d’une histoire presque entièrement perdue. L’anglais Richard Pococke est le premier qui se soit attaché à recueillir des inscriptions grecques et latines.

iXTRODLCTIOX.

On doit sans doute regretter qu’il ait mis tant de négligence et de précipitation à les copier; cependant , malgré l’état d’imperfection dans lequel se trouvent celles qu’il a rassemblées , son recueil est encore très important, parce que c’est jusqu’à présent le seul qui renferme la collection presque complète des inscriptions gravées sur le colosse de Memnon.

Après Pococke , les voyageurs en Égypte s’occupèrent fort peu des inscriptions antiques; et nos richesses en ce genre ne prirent de l’accroissement qu’à l’époque de l’expédition des Français. Cette expédition mémorable, qui a produit une si riche moisson de renseignemens curieux, et qui, sous tant de rapports, n’a laissé qu’à glaner après elle, nous a procuré la connaissance d’un des plus précieux monumens paléographiques qu’on ait découverts jusqu’à présent, l’inscription bilingue de Rosette. Les membres de la Commission d’Égypte en ont recueilli quelques autres, mais il faut le dire, en très petit, nombre; et, parmi celles qui ont déjà paru dans les livraisons de leur ouvrage, il n’en est presque aucune qui n’ait été donnée plus exactement par M. Hamilton , dont le Voyage a paru en 1809, c’est-à-dire, la

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même année que la première livraison de la grande Description de l’Égypte. Depuis, les voyageurs en ont découvert beaucoup, et de très importantes, dans les mêmes lieux dont nos compatriotes avaient dessiné les ruines, et jusque sur les mêmes parties d’architecture dont leur crayon habile avait reproduit les formes et les ornemens Cl).

Ce fut immédiatement après le départ des Français que M. Hamilton parcourut l’Égypte, jusqu’à l’entrée de la Nubie. La première partie de sa relation , intitulée Ægyptiaca , contient des recherches curieuses , des observations neuves et des aperçus ingénieux : il a de plus copié à Philæ, à Ombos, à Thèbes , à Tentyris, et en d’autres endroits , des inscriptions dont les unes avaient échappé à Pococke et à ses successeurs, et les autres avaient été déjà recueillies, mais d’une manière beaucoup moins complète et moins exacte. On en verra la preuve dans le cours de cet ouvrage, où j’ai dû mettre en regard et comparer entre elles les diverses copies des inscriptions pour pouvoir les restituer. Je me [>lais à reconnaître ici que, sans

*'* Entre autres celles du temple de Vénus à Philæ, et celles t!u proxiaos cl'Esnc.

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le livre de 11, Hamilton , je n’aurais pu entreprendre le mien à l’époque où je l’ai commencé.

Depuis la publication des Æç'yjtiiuca et des premières livraisons de la grande Description-de l'Égypte, beaucoup de voyageurs ont exploré de nouveau cette contrée fameuse : des découvertes importantes y ont été faites, autour des pyramides, à Pliilæ, dans les ruines de Tlièbes et ailleurs. En me bornant à ce qui intéresse spécialement l’objet de cet ouvrage, je me contenterai de citer le capitaine Caviglia, à qui l’on doit la connaissance de plusieurs inscriptions curieuses trouvées près du grand sphinx j et MM. Cailliaud et Belzoni qui en ont recueilli quelques-unes près des mines d’émeraude, à Pliilæ et dans les carrières de granit à Syène : les premières ont paru dans le Quaterly-Revie w ll) ; les secondes ont été publiées avec les relat ions de ces deux voyageurs. M . Cailliaud , dans son intéressante excursion à la Grande-Oasis, avait aussi copié plusieurs in- • scriptions grecques, dont quatre fort importantes : un autre voyageur , M. Hyde les a

Ton). XIX, p. 41 1 , 4 15. On les trouvera pages 1/^1 . 3^o , de cet ouvrage. = ® Deux d’entre elles sont expliquées dans cet ouvrage, p. 339 - a35 ; a36 - l5<).

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