‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 3 sur 84 · VI · texte numérisé non relu

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copiées également sur les lieux mêmes,- et elles ont paru , par les soins de M. Henry Sait C1> , environ un an avant la première livraison de la relation de M. Cailliaud.

Mais ces diverses collections n’approchent pas de celles qu’ont rassemblées MM. Bankes et Gau: le premier, animé du zèle le plus louable pour l’antiquité , très versé lui-même dans l’érudition, a parcouru, pendant plusieurs années, diverses contrées de l’Orient pour rassembler tous ces débris de l’histoire des peuples. Son recueil composé d’inscriptions trouvées, non seulement en Nubie et en Égypte , mais encore en Syrie et en Asie- Mineure , en contient, dit-on, un nombre considérable , parmi lesquelles il y en a plusieurs centaines recueillies dans la seule île de Philæ. Ce savan| voyageur s’occupe en ce moment de publier cette collection, qui doit lui mériter une gloire durable et la reconnaissance du monde savant. M. Gau, architecte et dessinateur distingué , avait pour but, en remontant le Nil jusqu a la seconde cataracte, dè donner une continuation à la partie de l’architecture et de la sculpture dans la grande Description de

Classicnl Journal , mars, juue, 1821, tom. XXIII, i56-

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l'Égypte; il a exécuté ce projet avec le plus grand succès, et le public peut en apprécier le résultat par les premières livraisons des Antiquités de la Nubie , ouvrage digne sous plusieurs rapports de figurer à côté de celui de la Commission d’Égypte. En dessinant les monumens de la Nubie , M. Gau n’a cependant négligé aucune occasion de copier toutes les inscriptions qu’il a pu découvir. Sa collection , dont la majeure partie est encore à Rome , ne concerne que la Nubie et l’Égypte; elle est néanmoins considérable et fort Importante , si l’on en juge par les inscriptions qui sont demeurées entre ses mains , et qu’il a bien voulu me communiquer. U m’a permis d’en citer plusieurs dans cet ouvrage, où l’on remarquera principalement celles dy propylon de Philæ, des temples de Dakkeh et d’Esné, qui répandent beaucoup de jour sur l’histoire de l’art égyptien, et qui donneront, je pense, un vif désir de voir paraître incessamment une si intéressante collection.

Long-temps avant qu’on pût espérer qu’il restât encore tant d’heureuses découvertes à faire en ce genre, la grande quantité de ren-

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seignemens nouveaux contenus dans la seule inscription de Rosette, et les lumières que de bons esprits avaient déjà su tirer de la comparaison du texte grec avec les deux textes égyptiens , m’avaient persuadé qu’au défaut de semblables monumens bilingues , les diverses inscriptions grecques, recueillies en Égypte, devaient contenir des faits nombreux concernant l’état des arts et des institutions de ce pays, à l’aide desquels on arriverait à la solution de questions importantes: c’est en effet, par le secours des Grecs seulement qu’on peut espérer de connaître un jour l’ancienne Égypte; c’est au moyen de leur langue seule qu’on pourra parvenir à comprendre celles de cette conttée , et à déchiffrer ses monumens écrits. Il est peut-être à regretter qu’on n’ait pas été pénétré davantage, lors de l’expédition française, de cette idée simple et juste, qui aurait fait sentir toute l’importance des inscriptions antiques ; si l’on avait mis plus d’ardeur à les rechercher , plus de soin à les re- ' cueillir, les collections de MM. Bankes et Gau, en ce qui concerne l’Égypte, auraient été faites vingt ans plus tôt ; et l’on ne saurait dire combien l’étude des ant iquités égyptiennes pourrait

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être avancée maintenant. Que de rêveries seraient deiheurées dans le porte-feuille ou dans la tête de leurs auteurs! Que de travaux vraiment approfondis auraient depuis long-temps vu le jour, étendu le domaine de la science, et pris la place d’un grand nombre d’ouvrages, où , à défaut de recherches neuves et solides , d’opinions raisonnées, de faits rapprochés avec sagesse , on ne trouve que des conjectures qui, pour être présentées quelquefois avec habilité et esprit , n’en sont pas moins presque ’ toujours arbitraires et inutiles au progrès des connaissances !

Je crus donc que ce serait faire un travail intéressant, et sortir enfin de la roîitè suivie par ceux qui, depuis si long-temps , raisonnent à perte de vue sur les zodiaques et sur les symboles égyptiens, que de rassembler toutes les incriptions grecques recueillies jusqu’alors en Égypte, de restituer celles qui sont altérées,

' et de rechercher ensuite quelle est la nature des notions qui s’y trouvent comprises. Ce travail me fit sentir combien il serait utile d’en former un. recueil, afin d’inviter les voyageurs et les savans, par l’utilité des découvertes et

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des recherches déjà faites, à diriger leur attention vers des observations et des travaux du même genre. C’est là le but que j’ai tâché d’atteindre dans ce volume où j’ai renfermé la plus grande partie des faits que j’ai pu découvrir et tirer de monumens inédits ou que personne n’avait eneôrc expliqués. Ceux que j’y ai rassemblés, restitués et commentés, indépendamment d’un grand nombre de notions nouvelles et de faits importans pour l’histoire et la paléographie, présentent encore un haut intérêt , en ce qu’ils se rattachent tous plus ou moins à l’état de la religion et des arts en Égypte , sous la domination grecque et romaine, et qu’ils fournissent les élémcns principaux d’une des questions les plus intéressantes et les plus obscures de l’histoire ancienne.

Je vais dire en quoi consiste cette question, et indiquer le point où je l’ai prise, et celui où elle se trouve portée. 9

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§ II. Etat de la question de l'antiquité relative des temples égyptiens. — L’époque astronomique des zodiaques ne peut rien nous apprendre à ce sujet. — Inscriptions grecques des temples. — Opinion de l’auteur sur l’histoire de l’art égyptien. — Opinion de MM. J/uyot et Gau. — Découverte faite par M. Chain pollion le jeune.

A l’époque où les Français exploitaient, sur les bords du Nil, la mine si riche des antiquités égyptiennes, on était généralement dans l’opinion que la conquête des Perses avait porté un coup mortel aux arts et aux institutions de l’Fgypte; que dès lors elles avaient rapidement déchu, et s’étaient dénaturées par le contact avec celles des dominateurs du pays; que la religion elle-même avait subi des changcincns considérables ; et que le langage hiéroglyphique s’était perdu d’assez bonne heure, et n’était plus entendu de personne au temps des Grecs. Cette opinion donna lieu de croire que les temples de l’Fgypte, si uniformes dans leur style, si différens de tous les ouvragesgrecs par leur architecture et leur décoration , couverts d’ailleurs de sculptures symboliques, mythologiques et hiéroglyphiques qui ne pouvaient se rapporter

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qu'à la religion égyptienne , pure de tout mélange d’un culte étranger, que ces restes enfin d’un art si original, lié si intimement à toutes les institutions fondamentales du pays , devaient appartenir à l’époque où l’Égypte était gouvernée par ses anciens rois.

Une découverte importante sembla devoir confirmer cette opinion. Dansplusieurs temples égyptiens on trouva des représentations astronomiques qui contenaient des zodiaques ; la disposition des signes par rapport à certains points, qu’on crut être ceux des solstices et des équinoxes, parut annoncer l’effet de la rétrogradation des fixes, et fournir en conséquence une date facile à déterminer.

L’époque reculée à laquelle on crut pouvoir reporter l’établissement de ces zodiaques, sembla concorder avec celle que les inductions tirées de l’exhaussement progressif du sol de l’Égypte , paraissaient donner à la construction de temples égyptiens du même style que ceux où l’on avait découvert les zodiaques. Cette coïncidence donna lieu de confondre ensemble ces deux époques, et de regarder les édifices comme ayant été construits au temps marqué par celle des zodiaques

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qu’on y avait découverts ; or , comme il en résultait une antiquité de vingt-cinq à trente siècles avant notre ère, on fut nécessairement obligé de reconnaître, d’après l’identité du style qu’on remarquait dans tous ces temples, que leur construction devait avoir eu lieu bien long-temps avant la conquête des Perses, et, par exemple, dans cet intervalle de temps, entre trois mille et quinze cents ans avant notre ère, qui paraissait être l’époque de la splendeur de Thèbes : cette opinion est le pivot de toutes les recherches d’antiquités contenues dans la grandi; Description de l’Egypte.

Une théorie fondée sur un tel ensemble de probabilités, et se présentant appuyée de l’autorité d’un grand nombre de personnes habiles, était propre à faire des partisans. Elle trouva cependant des contradicteurs : M. \ isconti et M. W. Hamilton soupçonnèrent que, parmi ces monumens regardés comme si anciens, il pourrait bien s’en trouver qui fussent du temps des Grecs et des Romains ; mais cette idée, n’ayant point été soumise par eux à un examen approfondi, et étant plutôt un aperçu qu’une opinion fondée sur une série de faits rap-

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proches, ne paraissait pas devoir se soutenir en présence des notions importantes rassemblées dans la Description de l’Égypte.

• On contesta également l’antiquité des zodiaques. M. Visconti rapprocha de 1ère vulgaire l’époque de celui de Dendérah. Son système, simple et ingénieux, ne tarda pas à être attaqué à son tour , lorsque les dessins de la Commission d’Égypte eurent fourni un nouvel aliment aux recherches de ce genre. Depuis, nous avons vu paraître beaucoup d’explications des zodiaques, toutes contradictoires, toutes se détruisant les unes les autres. De ces contradictions on ne doit pas conclure qu’il soit impossible de découvrir la véritable explication astronomique de ces zodiaques: mais elles prouvent, du Aoins, qu’au lieu des caractères décisifs qu’on s’était flatté d’y découvrir , ils ne présentent réellement que des indices très incertains que chacun interprète à peu près comme il veut. On ignore quel est le but que se sont proposé les auteurs de ces représentations. Ont-ils voulu reproduire l’état de la voûte céleste à une époque quelconque, ou simplement composer le thème astronomique ou l’horoscope, soit du temple, soit d’un fameux per-

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sonnage? et l’on sait que ces thèmes consistaient à fixer la place qu’occupaient les planètes , à une époque donnée, par rapport aux signes du zodiaque; mais il est d’autant plus difficile #de déterminer cette époque , que tout est encore inconnu dans ces monumens, excepté les signes du zodiaque : car personne n’y a pu discerner les planètes, qui cependant doivent y être ; et, quant aux contellations extra-zodiacales, on ne sait pas davantage comment les Égyptiens les représentaient. Enfin, ont-ils voulu exprimer un sujet purement astronomique , ou bien symbolique et mythologique, ou composé de toutes ces notions réunies? Alors , comment dire dans quelle proportion s’est fait ce mélange? Comment trouver le moyen de séparer tous ces caractères confondus maintenant à m>s yeux?

Un profond astronome, qui n’aimait point les hypothèses, a déclaré la question insoluble et bonne seulement à produire des discussions interminables (,). Quelques personnes ont trouvé trop sévère cet arrêt d'un juge si éclairé; elles ont raison peut-être; mais nous attendrons, pour nous ranger à leur avis, qu’on

(l) Dclambre , Rapport in&cré dans les Nouvelles Annales des Voyapes, T. VIII, p. 389.

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voie deux hommes habiles, n’étant point liés entre eux par des intérêts communs de système ou d’association littéraire, arriver tous deux à la même opinion par des recherches particulières et approfondies sur ce sujet. C’est un phénomène qui n’a point encore paru.

Au reste , Dupuis l’a reconnu le premier (,) , il est difficile de savoir si les zodiaques qui existent dans les temples* égyptiens sont des types primitifs, ou bien des copies d’un type original reproduit pour la vingtième fois par l’ordre de prêtres qui ne permettaient aucune innovation 5 or , de même qu’on ne pourrait absolument rien conclure de l’époque des temples, si elle était connue, pour la date astronomique des zodiaques qu’on y a découverts; ainsi cette date astronomique, quelle quelle soit, ne pourra jamais rien nous apprendre sur l’époque à laquelle ces temples ont été bâtis : et ceux qui ont confondu deux notions si distinctes , ont évidemment fait une pétition de principe et tourné dans un cercle vicieux.

(0 Observations sur le^zodiaijue de Vendérah , p. 572 , dans l' Abrégé de l’Origine de tous les Cultes; Paris, Clias^eriau .

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Dans un tel état 'de choses, il me parut évident que, pour trouver un fondement solide à des recherches sur l’histoire des temples de l’Égypte , il fallait transporter la discussion sur un autre terrain, et tâcher de découvrir des faits d’un ordre tout différent.

S’il est vrai que quelques-uns des édifices égyptiens aient été construits en tout ou en partie sous la domination des Grecs ou des Romains, ils ont dû conserver des traces de l’époque qui les a vu bâtir ou achever. Ces traces, s’il en existe, pourront être écrites dans une langue et marquées par des caractères que l’on sait lire et comprendre. Les monumens des autres contrées soumises aux Grecs et aux Romains, nous apprennent que, quand les habitans du pays construisaient ou réparaient des édifices publics, une inscription , gravée sur la frise ou l’architrave de la façade , attestait ordinairement ces travaux, et marquait l’époque de leur exécution. Pourquoi n’en aurait-il pas été de même en Égypte? Et, dans ce cas, on conçoit que deux lignes de latin ou de grec peuvent nous en apprendre plus, et jeter plus de jour sur cette obscure question, que tous les zodia-

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ques réunis, et que toute cette immense quantité d’hiéroglyphes, d’ornemens symboliques, dont les temples sont couverts ; représentations muettes, dont chacun interprète le silence à son gré.

Déjà Paul Lucas et Pococke avaient rapporté des fragmens d’inscriptions grecques découverts sur la façade de deux temples égyptiens; mais ces fragmens étaient si mutilés qu’on ne pouvait se faire une idée bien juste du sens qu’il y fallait attacher. M. Denon recueillit deux inscriptions dont l’une avait été copiée sur un des édifices de Dendérah ; M. Visconti eut connaissance de cette dernière à l’époque, où il écrivit sa lettre sur les zodiaques, mais il ne s’occupa point d’en examiner le texte , car il se eontenta de dire : « Sur la porte de l’enceinte » extérieure du même temple, est une inscri- » ption grecque qui contient des noms romains » et annonce un César , qui ne peut être » qu’Auguste ou Tibère a>. » Quant à celle du pronaos,* il savait seulement que M. Denon l’avait vue et n’avait pu la copier. Elle ne tut publiée que sept ans plus tard dans l’ouvrage

<0 Yoyei sa Lettre dans la traduction d’Hérodote de M. Larcher , Tom. Il f p. 570 , 571.

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de M. Hamilton. M. Visconti «ajoutait : « Quand » on la connaîtra, on aura des lumières pour » décider la question. » Voilà où cet illustre antiquaire s est arreté; or, la difficulté restait intacte : il ne suffit pas, en effet, de l’existence d’une inscription sur un édifice , pour décider de l’époque à Laquelle il a été bâti ; car elle peut se rapporter à toute autre chose qu’à sa construction et y avoir été mise après coup. 11 faut examiner le sens de cette inscription et déterminer d’une manière précise dans quel rapport elle se trouve avec le monument sur lequel elle est placée. C’est là ce dont M. Visconti ne s’est point occupé; du moins il n’a rien publié à cet égard.

Plusieurs membres de la Commission d’Égypte, qui avaient et pié quelques-unes des inscriptions gravées sur la façade des temples, tâchèrent de prévenir l’objection qu’elles pouvaient fournir; et, dans plusieurs mémoires, ils s’efforcèrent de prouver quelles sont sans autorité, et quelles ont été tracées parles vainqueurs de l’Égypte, qui, à diverses époques, voulurent prendre possession de ces monumens superbes (t>. Depuis la publication de ces

(l> In/rà, p. 44,'44^-

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