CHAPITRE III
Inscription du Pronaos (TAntœopoUs , gravce sur le listel de la corniche , sous le règne de Ptolèmée yi , dit Pllilométor; et transportée sur l’architrave au temps des empereurs Marc-Aurèle et V érus.
L’ancienne ville d’Antæopolis renfermait, entre autres édifices, un beau temple au dieu égyptien Antée : il n’en reste plus que le pronaos ; le reste a totalement disparu <l). L’entablement de ce pronaos est en grande partie renversé : trois des colonnes étant tombées, les architraves qu’elles soutenaient se sont écroulées avec leurs supports. <2)
L’architrave de la façade portait une inscription grecque, dont les fragmens ont été fort heureusement retrouvés, soit en place, soit au pied des colonnes. En rapprochant les différens blocs qui portent des lettres, on obtient l’inscription toute entière: il ne reste à faire que de très courts supplémens , qui ne laissent aucun doute fondé.
Avant d’examiner les diverses particularités de cette inscription curieuse, composée de deux parties qui se rapportent à deux époques éloignées l’une de
<t) Jomard , Description d’ Antceopolis , § IV , p. 1 4* — ® td. p. 16.
TEMPLE d’aNTÆOPOLJS. 4^
l’autre d’environ trois siècles , il convient d’analyser les matériaux qui nous mettent en état d’en proposer une restitution complète.
5 I. Texte et restitution de l’Inscription grecque.
Pocockc est le premier qui se soit attaché à recueillir quelques débris de cette inscription mutilée. De son temps , elle était dans le même état où l’ont retrouvée depuis les Français et M. Hamilton, c’està-dire, que les deux extrémités seules se voyaient en place j mais le milieu , qui en forme environ les deux tiers, était tombé au pied des colonnes. Des trois fragmens, vus à terre par M. Hamilton, Pococke n’en trouva qu’un j dans la copie qu’il nous a donnée , il s’est contenté de mettre ce fragment unique, entre les deux autres restés en place $ et il en est résulté, comme on le pense bien , une inscription indéchiffrable , que voici :
XIITOAEM| [.U0l]lUTPSeEnNEni<l>ANflNK| £ai] eyxah STUN IAIÏIAK.A| EUS A AEA<W1EOI<I<I A | MIIT0I’ES
ONANTAin] TOIS2KAlïEPK£AYPH|oiANTONIN "ZSEP . rro] TIIAAETOr. . .E.TAB..TO.|nI6.
C’est M. Hamilton qui , dans ses Ægyptîaca a>, a donné tout ce qui existe de ce précieux monument : 11 a eu le bonheur en 1801 de retrouver les quatre
blocs inscrits, tandis que deux ans auparavant l’au-
(l> Ægjplinca, p. a68.
leur de la description d 'Antæopolis n’en avait vu que deux ; <u ce qui prouve qu’il n’avait pas eu le temps de bien chercher les autres. Pour rétablir l’iuscription, il n’y a donc presque rien à faire qu’à mettre bout à bout les fragmens que le savant voyageur anglais a recueillis : ils offriront la disposition du n* i , où je conserve exactement la place relative que M. Hamilton a donnée à chacune des lettres.Eu rapportant à cette copie, qui est la plus complète, les seuls fragmens qui ont été copiés par Pococke et l’auteur de la description d’Antæopolis , nous aurons une indication exacte de ce que ces deux voyageurs ont fait, et de ce qu’ils ont laissé à faire. Voyez les n° ii et m.
Les fragmens dont se compose la copie de M. Hamilton fournissent, comme on voit, une inscription presque complète; et M. Walpole n’a pas eu beaucoup de peine à la restituer K) dans sa presque totalité. Seulement, il a négligé la dernière lacune entre tetaito et A Mo, et il n’a tenu aucun compte de ces quatre dernières lettres qui ne sont pas sans importance : la restitution de l'auteur de la description d’Antæopohs est bonne en quelques parties, et vicieuse en quelques autres. Quoiqu’il ne parle pas des secours qu’il a pu tirer de la copie de Pococke, elle lui a évidemment servi.
(,) p. 16. = w Travels in varions paris , etc., II, p. 59a.
L’idée «le placer bout à bout les fragmens de M. Hamilton, en conservant exactement aux lettres la place qu’elles occupent sur chacun d’eux, m’a fait de'couvrir une singularité très-frappante ; c’est que plusieurs lettres n’y occupent pas la place qu’elles devraient avoir , et que certains mots sont coupés par des intervalles ou des lacunes dans lesquelles on ne peut placer aucune lettre. En effet à la seconde ligne du premier fragment, on ne peut séparer ka de eohatpa ; ni riTOAEM de Aior, à la première ligne du second ; de semblables lacunes existent à la seconde ligne du second, du troisième, et du quatrième fragmens ; et elles sont de deux à trois lettres.
Pour expliquer cette particularité, la première conjecture qui vient à l’esprit, c’est que M. Hamilton, s’attachant surtout à copier exactement les lettres qu’il voyait, ne s’est pas astreint avec assez de scrupule à leur conserver leurs places respectives. Cette conjecture tombe tout-à-fait, lorsqu’on songe que ces lettres appartiennent à des fragmens placés sur des blocs séparés, en sorte que, quand même on supposerait que M. Hamilton n’a pas donné exactement la position relative des lettres sur chaque bloc, on est obligé de convenir qu’il n’a pu mettre sur un bloc, les lettres qui étaient sur un autre: or, c’est ce qu’il faudrait admettre. Prenons pour exemple la seconde ligne; si vous voulez rapprocher EonATPA de KA, il faudra poiter ces lettres sur le premier fragment; ou si les laissant à leur place.
TEMPLE d’àNTÆOPOLIS.
vous en rapproche*, iaizzaka, il faudra faire la même opération sur u tôt baziaeoï et sur «maomhtopeï; or, la conséquence de ces changemens, serait qu'aucun des mots ne resterait sur le fragment où M. Hamilton l’a vu 5 et que le cinquième fragment qui est encore en place , n’aurait point de seconde ligne. Tout cela est presque impossible.
D’ailleurs, remarquons que, dans toutes les parties communes à la copie de M. Hamilton et à celle de M. Jornard, les lettres ont, à très-peu de chose près, la même position relative. Or, une telle coïncidence, sur un fait qui serait faux en lui-même , ne pourrait s’expliquer qu’en disant que M. Jornard n’a point copié ces fragmens sur l’criginal , et n’a fait que reproduire la copie de M. Hamilton. Mais cette explication, outre qu’elle inculperait la sincérité de ce savant, serait inadmissible de tout point; car s’il eût voulu copier le voyageur anglais, pourquoi n’auraitil donné que deux des quatre fragmens que ce voyageur a vus ? Pourquoi aurait-il eu la bonne foi de convenir qu’il n’a trouvé à terre que ces deux fragmens ? Que lui en aurait-il coûté de dire qu’il les avait trouvés tous les quatre ? Personne assurément n’aurait pu le démentir ; car il est tout simple qu’il ait pu voir ce que M. Hamilton a bien vu deux ou trois ans après, en 1801. A ces argumens, péremptoires en eux-mêmes, ajoutons une dernière raison, tirée de la leçon de Pococke , qui dans toutes les parties conservées est presque conforme aux deux copies des voyageurs qui ont vu le monument après lui:
les petites différences qui s’y trouvent avec celle de M. Jomard , attestent que ce dernier n’a copié ni Pococke ni M. Hamilton.
Ainsi les coïncidences entre les parties communes aux trois copies , bien loin de prouver que l’une d’elles est prise sur les autres, montrent au contraire que les trois voyageurs ont dessiné tout ce qu’ils ont pu voir : et la conséquence inévitable de ces observations , c’est que le monument présente , sans nul doute, la singularité que nous a conservé, d’une manière si évidente, la copie de M. Hamilton. Nous verrons tout à l’heure que ce fait, maintenant bien constaté, peut se lier à l’objet d’une des deux parties de l’inscription ; mais il faut d’abord remplir le petit nombre de lacunes qui existent.
Les deux premières ligues n’offrent aucune difficulté. Au commencement il faut nécessairement lire : baïiaet et kàibax. Dans le cours de la seconde ligne, M. Jomard a lu iitoaemaiot baxiae&x, afin de remplir la place vide ; mais le nom ütoaemaioy serait une répétition tout-à-fait insolite et du plus mauvais effet en cet endroit, attendu qu’il est déjà plus haut; d’ailleurs la leçon de M. Hamilton, h tôt basiaeas, prouve le peu de fondement de cette restitution.
La troisième ligne commence par aon, dans la copie de M. Hamilton ; par AON, dans celle de M. Jomard; et ce dernier lit en conséquence Tonpom]AON ; mais comme l’édifice qui porte l’inscription est certainement un pronaos, la leçon AON est évidemment la bonne, et on devra lire avec
TEMPLE D’ANTÆOPOLIS. 49
M. Walpole, tohponJaon 0> ; seulement ce savant a placé les six premières lettres à la fin de la ligne précédente, sans égard à la position des lettres aon sous iaiz , qui prouve que six ou sept lettres manquent au commencement de la troisième ligne.
La lacune, dans atph..oi, ne peut être remplie que par ayph[ai]oi; ce nom pluriel, suivi de àntoninos, annonce que la ligne suivante commence par kaibhpIoz ou KAiorup]oz, comme lit M. Jornard; leçon bien préférable à etzebeiz proposé parM. W al pôle, et qui ne peut avoir de sens dans cet endroit. Pour le reste de la ligne, M. Jornard avait proposé : aneneuxan thn TorNEorerpiAA ou bien thn ztethnkai thn ©vpiaa: ces deux restitutions sont détruites par la leçon de M. Hamillon : aneneûïant . thn zteta. tpiaa , et il n’y a pas moyen de lire autrement que «vmwoav to rr,v çzyaçpiïct , comme l’a fait M. W alpole.
tetapto est évidemment tetaptot ; vient une lacune de dix lettres; ensuite les lettres ANie, que M. Jornard lit n]ANie[EAi]. Cette restitution est inadmissible ; parce que jamais, dans les inscriptions de ce genre , le nom du Dieu ne se lit après la date de l’année : à cette raison péremptoire s’en joint une autre qui ne l’est pas moins ; c’est qu’il ne peut être ici question d’une divinité quelconque, attendu que ce dieu est mentionné plus haut: celte réparation du temple & Alitée ne pouvait être faite qu’en l’honneur de la divinité de ce temple , et non du dieu
<0 Et non ton npoNAON , par les raisons développées à l’article du Pronaos de T en ty ris, cliap. i , de la section suivante.
So INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
Pan , cpii n’a rien à faire en cette circonstance. Il est donc de toute certitude qu’on doit trouver ici le nom du mois et son quantième. Indépendamment de ces motifs , j’observe que les lettres Nie terminent la quatrième ligne du cinquième fragment qui est encore en place ; ce fragment a souffert dans la partie où il tenait au bloc n« 4 > parce que ce bloc en tombant a fait un arrachement dans celui qui reste; mais les extrémités des lignes sont intactes dans toutes les copies, et la pierre n’a subi aucun dommage en cet endroit. Or, aucun des voyageurs n’a vu de vestiges de lettres après Nie, ce qui prouve qu’il n’y en avait aucune ; et qu’ainsi l’addition des trois lettres Eni , outre les difficultés que j’ai signalées, est par elle-même inadmissible.
Je lis donc en toute assurance nAime , le ix de Païni : la lacune de dix lettres qui restent à remplir, a juste la longueur qu’il faut pour le mot sebaitûn : ainsi on lira ETorrrETAPTo[rxEBA2TnNii]AiNie: l’an ir des Augustes , le 9 de Païni ; formule analogue à celle d’une des inscriptions de Tentyris : Ërois aâT Keuaapoi 0wv6 aeëxçfi. Nous possédons maintenant une restitution exacte de celte inscription ; je l’ai placée au-dessous de la copie de M. Hamillon , n° iv, pag. 45.
On la lira de cette manière en caractères courans : IlTo).Efia[(o]; ILroXepaiov x[ai] KXeoiftfrpac Beûv Èr.ivavüv z[ai] Eii^xpiçuiv [/.ai (ixoQheaa KXemccxpct r> toü P*cnXéwî ùdù.tfri , 5eoi 4>i).[o];o!Top£s, [to jtp6v]xav Avtaiw xai xoî; avvveioii Seat;. Aùroupârope; Kcuaxpeç
TEMPLE D’ANTÆOPOLIS. 5l
Aùp>i[)u]oi Avruvtyof [xai Oùi5p]o; atSaç(,[l ctujevtcüTavT [o] rr>v çeyxçptâz. Etouj m«lpTo[u liêaçûv Il]aïvi ë\
« Le roi Plolémée, fils de Ptolémée et de Cléo- » pâtre, dieux Épiplianes et Eucharistes, et la reine » Cléopâtre , sœur du roi , dieux Philométors [ ont » fait] ce pronaos à Antée et aux dieux adorés avec » eux dans le même temple.
»Les empereurs Césars Aurèles, Antonin etVerus, » Augustes, en ont réparé la corniche. L’an iv des » Augustes , le 9 de Païni. »
Cette inscription est double, et se rapporte à deux époques bien différentes. Je vais les examiner l’une après l’autre.
§11. Première partie de V Inscription. — Titres d’Kpiphanc et Euchariste. — Inscription inédite. — Secours donnés aux Lyciens par Èpiphane. — Titres de Archisôma tophy lax , Grand-Veneur, des premiers Amis. — Erreur d' rippien.
La première partie se rapporte au règne de Ptolémée Pbilométor , comme celle de Parembolé : cette attribution se reconnaît non-seulement aux mots dieux Philométors , mais de plus au nom des dieux Épiphanes et Eucharistes , qui sont Plolémée Épiphane et Cléopâtre, dont Pbilométor était le fils. Le double surnom que porte Epiphane dans ce monument lui a été donné aussi dans l’inscription de Rosette, à une époque où il n’était pas encore marié : et delà comparaison de ces deux monumens, il résulte la preuve que les reines prenaient les titres que leurs maris portaient avant leur mariage.
Si INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
Un troisième exemple du double surnom d’Épiphane existe dans une inscription inédite qu’on lit sur une plinthe de basalte vert, faisant partie de la collection de M.Drovelti. Elle a été copiée à Livourne par le savant antiquaire M. Millingcn, qui me l’a communiquée. Je vais la rapporter ici , parce qu’elle nous fait connaître plusieurs particularités intéressante pour l’histoire.
11TOAEMAION TON APXISHMATO'I'VAAKA K AI APlKTTfHTON TON ÜTOAEMAIOT TON I1POTON 4>I AON KAI APXIKTNHrOT TION TO KOINON TON AYKII1N APETHZ ENEKEN KAI EYNOIAZ HS O nATHP AYTOY AIATEAEI nAPEXOMENOS E1S TE BASIAEA IITOAEMAION KAI THN AAEA<J>HN BASIAISSAN KAEOIIATPAN «EOYZ EIIt4>ANEIS KAI EYXAP1STOYÏ KAI TA TEKNA KAI EIS TO KOINON TON AVKIfiN.
nToXef/tatov, x«v àpyia<t>p.a.zaf'j).axa xai àpy^ixivriyov , rèv IlroXefxaèou xûv Trpwxuv fiXwv xai àpytxuvrr/o’j ùiov , zi xotvôv toiv Auxèaiv àpEzfii ivexEv xai eiivo taj ri; ô ~azr,p aùxoû (haxeXet TcapEyop-Evo; eÏî ze (Zaatlca 11 xoMuaïov xai ztiV à$sl<pr,v fiaatXicaea) KX£orr«Tp*v, S'ecù; Excpaveïç xat Eù/apiçouç, xai xàxéxva, xai ec’î xo xoivôv xtûv AuxètdV.
C’est-à-dire :
« La communauté des Lyciens [honore par ce -» monument , cippe ou statue] Ptolémée, comman- » dant des gardes-du-corps , grand-veneur , fils de » Ptolémée, un des premiers amis et grand-veneur,
TEMPLE d’àNTÆOPOLIS. Ù3
» à cause de sa vertu , et du dévouement qu’il mani- » feste ,‘aus cesse em ers le roi Ptolémée, la reine w Cléopâtre sa sœur10 , dieux Épiphanes et Eutha- » ristes, et leurs erifans; et envers la communauté » des Lyciens. »
La date peut être fixée approximativement au moyen -de la circonstance exprimée par xaù ri Tc'xva. Épiphane épousa Bérénice, fille d’Antiochus, dans la treizième année de son règne, en l’an iq3 avant J.-C., et il mourut en 181 , son fils aîné Philométor étant encore très-jeune. Les chronologistes ont admis que ce prince n’avait alors que cinq ou six ans , quoique l’histoire n’en dise rien : ils ont conclu le fait, de l’époque assignée à l’inauguration de Philométor, qui paraît avoir eu lieu en 17 1 , et de l’opinion généralement adoptée, que la majorité des rois d’Égypte commençait à quatorze ans ; or, cette opinion ellemême 11’est qu’une présomption vraisemblable , mais sans autorité réelle l3) ; aucun texte ne prouve que l’époque de la majorité de ces princes n’était pas un peu plus tardive j ainsi rien n’empêclie que Philométor eût déjà sept ou huit ans à la mort de son père ; et eu conséquence qu’il fût né vers 187 ou 188 avant J.-C. , cinq ans après le mariage d’Épiphane. Ainsi la date peut éfre renfermée entre les années 188 ou 187, à 181. La fixation de cette date conduit à
10 Elle n’était point sa soeur-, voyez ce que j’ai dit à ce sujet, |>. 8. = m Annales des Lagides , II, p. 139. = w Visconti , Jconogr. grecque , p. 5o5 , n. a.
faire un rapprochement qui n’est pas sans intérêt. Cette inscription, où l'on voit que la communauté des Lyciens honore un personnage à cause de son dévouement pour le roi Épiphane, a précisément le même objet que celle delà ville deCitiumen Chypre, publiée souvent :i) et expliquée par Chishulltt). Elle est ainsi conçue : « La ville [de Citium honore] Hagias, » de Crète , fils de Damothète , commandant des » gardes-du-corps, et gouverneur de la ville, pour » sa vertu et pour son dévouement envers Ptolémée , » la reine Cléopâtre sa sœur, dieux Philométors , et » ses enfaus; et pour ses bienfaits envers elle-même.»
V oici le texte :
H néXiç kyla'J AauoSéxov Kpijxa, àpyia(apaxofQ.ay.a , xai èiti tü; TiôXfu;, àpexïji bextv xai eiwoiat xni fi; |3aaü.éa nToXepatov xai Çtaaû.icaav Kltoxiocxpav , x r,v ààù.— f>,v , S loin Qùopivxopaç , xai x a xéxva avxûv , xai xvi £t’î aitxr.v dttpyicta;.
L’ile de Chypre , comme on sait , malgré les démarches d’Évergète et ses voyages à Rome, resta toujours sous la puissance de son frère Philomélor ; c’est au nom de ce prince qu’Ilagias était gouverneur de Citium ; aussi les habitans l’honorent pour son dévouement envers Philométor, qui était leur roi.
Le sens de l’autre inscription , indépendamment de l’analogie , porterait également à penser que la Lycie appartenait aux Ptolémées à cette époque du règne d’Épiphane; et que le personnage qu’elle ho-
(1) Pococke, Jnscr . Antiq., p. 4a. — Champ.-Figeac , Annales «/i .i Lagùles , II , p. 4o6 , etc. = M Jn Antiq. Aiiat. , p. 89.
TEMPLE d’aKTÆOPOLIS. 55
noie pour récompenser le dévouement de son père à l’égard de ce priuce , était un gouverneur ou un officier général envoyé dans le pays par ce prince. Mais celte induction serait en opposition formelle avec le témoignage de Polybe. Selon cet historien , la Lycie , après la défaite d’Antioclius-le-Grand, en 189, fut donnée aux Rhodieus <u ; les Lyciens se refusant à cette domination réclamèrent auprès des Romains, afin d’être considérés comme alliés des Rhodiens et non comme leurs sujets (i) ; il s’en suivit une guerre dans laquelle les Rhodiens, aidés des secours d’Eumène l3), eurent l’avantage: cette guerre, commencée vers 188 ou 187^'tait terminée en 177 M,s néanmoins les Lyciens •blinrent ce qu’ils demandaient C5) ; et enfin plus lard, en i4G, la Carie et la Lycie furent déclarées libres (c).
D’après cet enchaînement historique, il est impossible d’admettre qu’entre les années 187 et 181 , les villes de Lycie aient été sous la domination d’Epipliane : cependant il est certain que ces villes honorèrent un personnage pour son dévouement à Plolémée Épiphane ; d’où il résulte nécessairement qu’elles devaient avoir un intérêt quelconque à rendre cet hommage au roi , dans la personne d’un de ses officiers. Cela s’explique , ce me semble, d’une manière toute naturelle, si l’on fait attentiou que la date de notre monument tombe pendant la guerre
Poljb. XXII, 7 , 7. = w ld. XXIV, 3. = ® Id. XXV, 5, i3. = l4) Jd. XXVI , 7, 1. = ® Id. ib. = w Id. XXX, 5, 1a et 16. — XXXI , 7, 4.
des Lyciens et des Rliodiens. Il est vraisemblable que Plolémée donna des secours aux premiers , de même que le roi de Pergame aux seconds ; et les Romains, bien loin de blâmer cette conduite de leurs alliés , devaient l’approuver secrètement , puisque leur intention véritable, comme l’insinue Polybe, était que les Rliodiens consumassent dans cette lutte une partie de leurs forces et de leurs trésors 0>. Nous avons donc tout beu de présumer que le Ptolémée, qu’ils honorèrent d’un monument, était le principal officier qu’Epiphane avait envoyé auprès des Lyciens , sans doute à la recommandation ou par les conseils du père de cet officier , d^pt les Lyciens reconnaissent la vertu et le dévouement pbur un prince qui venait à leur secours.
Le fils , en l’bonneur duquel ce monument a été élevé , est qualifié de apyiaupaxo^-aS et àpyixjv»yo;. Le premier mot se rencontre encore dans l’inscription de Citium , citée plus haut, où il désigne l’officier que Plolémée Philométor avait institué gouverneur de cette ville; et dans celle des Cataractes tt>, où ce titre est donné au commandant militaire sur la frontière de l’Egypte ( àpyjaufiaroifjlx^ xai çpxvnyôç) ; en outre, c’est un archisômatophjlax quePtole'mée Philadelphe députe à Éléaxar , pour traiter de la traduction des livres saints <3). Ces divers exemples me donnent lieu de présumer que ce mot , dont la signification littérale serait commandant des gardes . rolyb. , XXVI, 7, 7. = Seconde partie de cet ouvrage, chap. 2.= <5> Ap. Joseph. , Antiq. Jud. , XII ,2,4.
TEMPLE d’ANTÆOPOLIS. 5j
du corps , doit moins s’entendre de fonctions effectives , que d’un grade militaire conféré à des personnages occupant des places dans l’état , différentes de celles que ce titre semble désigner ; je le prendrais dans un sens analogue à celui de lieutenantgénéral , de maréchal, grades supérieurs qui n’excluent pas les fonctions de commandant de ville, de province ou même qu’il faut posséder dans l’armée , pour être aptes à remplir certaines fonctions.
Quant au terme ip-^ixwrr/o; , littéralement grand veneur , je ne pense pas que la langue grecque en fournisse d’autre exemple. Je ne saurais dire en conséquence si cette charge existait avant Epiphane à la cour des Ptolémées , comme il est vraisemblablede le croire. Ceux qui supposcraicntqu’elle avait été instituée par Epiphane, pourraient s’appuyer de ce qu’il était, au témoignage de Polybe, un chasseur ardent et habile u> ; aussi voulut-il qu’on le représentât sur des médailles avec l’arme dont il se servait contre les bêtes féroces w). Mais cette raison ne serait pas suffisante. Pourquoi cette charge n’auxait-elle pas existé sous les prédécesseurs d’Epip liane? dans la pompe de Bacclius, qui eut lieu sous Ptolémée Philadelphe, nous voyons figurer deux chasseurs , avec des dards dorés, suivis de deux mille quatre cents chiens <3). L’éditeur d’ Athénée, trouvant ce nombre de deux chasseurs disproportionné
0> Polyb. XXIII , i , 8 et 9. = (3> Visconti , Iconogr. grecq. p. 586. = w Callixen. ap. Alhcn. V, p. aoi. B.
avec celui des chiens, propose de lire deux mille. Pour moi , je ne changerais rien ; et je verrais dans ces xwnyot des àp%ix\>vnyot ou grands veneurs , ayant sous leurs ordres un nombre plus ou moins considérable de chasseurs , conduisant les deux mille quatre cents cliiens.
Le père de Ptolémée , archisômatophjlax et grand-veneur , jouissait, comme son fils, de celte dernière charge; conclure de cet exemple unique qu’elle se transmettait de père eu fils, serait un peu hasardé. Le même personnage porte un autre titre, celui d’un des premiers amis tüv n pwtwv ytXwv. Cette locution se retrouve dans une autre inscription ü) , qui contient l’expression d’un hommage rendu à Ptolémée Evergète n par Apollodore fils d’Aétès, un des premiers amis ( xûv -npdrtmv ytluv ) , et intendant du corps des cavaliers étrangers. Enfin Démétrius dePhalère, intendant de la bibliothèque d’Alexandrie, est qualifié par Plutarque de Tipürtoi tcüv llTo’kcpaun yil.aiv <J) ; ce qu’on peut assimiler à la locution twv jrpwrwv tpCkuv.
Il me paraît évident que ces mots expriment un litre honorifique y analogue à celui de parent que nous trouverons ailleurs sur des monumens do cette époque 0> ; on pourrait même conjecturer que le nom à' amis était donné à un corps de personnes qui formaient le conseil intime du prince.
(l> Expliquée dans la seconde Partie , chap. 3. = ® Plut'arch. de F.xsilio. p. 601. = Expliqués au chap. 3 de la seconde Partie.
TEMPLE d’aîITÆOPOLIS. 5<J
On lit, dans Josephc, que les Juifs désirant que Philométor voulût bien décider de quelques différons qui s’étaient élevés entr’eux, lui demandèrent de les juger entouré des amis u> ; et le roi fit en effet assembler les amis pour prendre leurs conseils, 6 pèv ouv Sxài ).îù; iroXXoù; vm cfChav et; avtxëw}. ùxv icapa'kaë'j>vm ....
Josepbe envoya des présens aux amis et à toutes les personnes puissantes à la cour d’Epiphanc,™?; ytXot; y. xi toi; rrepi xù).r,v iïuvxzoï; a). Les amis étaient reçus à la table du prince, de meme que les parens u), et le roi mettait en eux toute sa confiance (i>. Ces amis , ou plutôt, je pense, ces conseillers intimes , étaient chargés de diverses fonctions dans l’ordre civil et militaire ; mais ils ne manquaient jamais de joindre au titre de cette fonction, celui d'amis ou de premiers amis , comme chez nous les préfets ou les commandans de division militaire, qui sont en même temps conseille rs-tT étal , n’oublient point de se donner ce dernier titre.
On retrouve des indices d’un usage semblable à la cour des Séleucides , dont le cérémonial et la constitution paraissent avoir eu la plus grande analogie avec ce qui se passait à la cour des Ptolémées. ?ious voyons Lysias, général d’Anliochus Epiphane, choisir parmi les amis du roi, les chefs de l’expédition en Judée, âv$px; iuvx roù» tgJv toù (3aai).£u;
(,> Joseph. Antiq. J, ai. XIII , 3 , 4. = w Id. ib. = » Ici. XII, 4 , 5 , 7 et 9. = Ce mot sera expliqué ciaus la secoude Partie, au chap. 3. — w 3 Maccab. V , 36, 3g.
mscnirnoKS des temples.
Go
ifCkuv (,). Ce prince lui - même , au moment Je mourir dans l’Elymaïdc, réunit autour de sa personne les amis ou les conseillers qui l’avaient accompagné dans son expédition m. Antiochus Eupator envoie ses généraux et amis pour assembler des troupes , roù; riyepovai xctt ipCkovz U) ; ce sont les amis qu’il place à la tête de son armée C4) ; le roi Alexandre inscrit Jonalhas au nombre des premiers amis , iypaÿev ainiv twv irpwTuv <pt7.wv u) j ce Jonatlias obtint le même honneur de Démétrius, xai t<ù>w rpwTuv yAwv xaleleOat (6). JNuménius, ambassadeur de Pliilométor et d’Evergète, était un des amis , eh tiw tpO.uv m; de même que Denys, épistolographe d’Antiochus t8).
Je crois que l’institution des amis , est un emprunt fait par Alexandre, comme celle d esparens0) , à la cour des rois de Perse ; elle me paraît assez bien répondre à la classe des ôpônpoi qui remplissaient près de ces monarques , les fonctions de gardes du corps, d’introducteurs, de conseillers Cl0). Ces amis,
ll> Joseph. Antiq. Ji/d. XII, 7, 3.— w Id. XII, 9 , i.=0> Id. ib. § 3.= w Id. ib. § 4.= ® 1 Maccab. X, 65. — cf. Joseph. XIII, 4 , a. — w Id. XIII ,5,4- De* manuscrits donnent rôv irpüTGv... ptlov ; la première leçon est préférable : ce n’est pas que la loculiou jrpüToc fàoç ne soit connue ; nous trouvons vtpùToj yü.o; toü (ixvùitüt ( I Paralipom. XXVII , 33.) , et Polybe a dit Avvtëst{... sv.... f'ù.o; At ioGo’j npinoç (I,44> 1 • ;• M. Schweighaeuser voudrait retrancher npüToç, comme embarrassant, je n’en vois pas la raison , vrpüro; julot ne signifie rien autre chose que o pdûtça t£iv qChuv. ( 3 Maccab. , V , 3. ) = 4 * Polyb. XXX , 11. — ® Id. XXXr, 3, 16. — w Voyez la seconde Partie , chap. 3. = <l0) Brissou- de rvgio Persar. appar. I, p. i33.
TEMPLE d’anTÆOPOLIS. 6l
me paraissent très-différens des itoûpoi , qui composaient Yagéma des rois de Macédoine10, et c’est pourquoi je pense qu’il en faut chercher l’origine dans la Perse. . ,
Après avoir fait ressortir les points les pins curieux de cette inscription inédite, je n’insisterai plus que sur les surnoms Epiphanes, Eucharistes , qui désignent Ptolémée Epiphane, et Cléopâtre; ce nouvel exemple , qui est de la fin du règne de ce prince, concourt avec l’inscription de Rosette, qui se rapporte au commencement de ce règne , et avec celle d ' Antœopolis y gravée après sa mort, pour prouver qu’Epiphane n’a jamais porté d’autre titre officiel. Ainsi Appien , qui le désigne toujours par le nom de Philopator m , a commis une erreur manifeste en le confondant avec son père ; car il n’est plus possible de chercher à excuser celte erreur, comme l’a fait un très-habile critique <3) , en supposant qu’Epiphane a pu porter aussi le surnom de Philopator.
La date de l’inscription d’Antæopolis ne peut être fixée avec plus de certitude que celle de Citium (4), c’est-à-dire, qu’on doit la renfermer entre l’année du mariage de Pliilométor et celle de sa mort, qui sont les années i64 <5> et 147. Il ne faudrait pas essayer de
10 Sainte-Croix, Examen des hist. d Alex. , p. 45 1. — Boissonaile, sur Diogène t Notices des manuscrits, T. X, p. 23g. = w Bello Sjrr. § i, 2,4-= Schweigh. ad Appian. Bell. Maced. , p. 5o8 , T. III. = w Supra , p. 54 — w Supra , p. 38.
Gî
restreindre cet intervalle, par la considération que le nom des enfaus de Philométor ne se trouve pas mentionné. Cette circonstance, décisive dans la formule uit ep êxaîXéa»; , ne signiGe plus rien quand les noms du roi et de la reine sont mis au nominatif ; car il ne s’agit plus alors d’une formule indiquant un vœu pour le salut de la famille royale , formule dans laquelle on ne pouvait jamais se dispenser de comprendre les enfans du roi et de la reine, quand ils en avaient : il s’agit d’une opération, résultat de la volonté des chefs du gouvernement, à laquelle les enfans pouvaient n’avoir aucune part : c’est ce que prouve l’inscription de Canope, inscrite à une époque où Ptolémée Evergète, marié vingt-trois ans avant la mort de son père, avait déjà des enfaus.
Tout ce dont nous pouvons être certain en conséquence, c’est que l’inscription est du temps où Philométor resta seul possesseur de la couronne.
Le second objet, qui doit attirer notre attention, dansla première partie del’inscriplion d ' Antœopolis , c’est le nom de la divinité , à laquelle le pronaos est dédié , Avraetw xat toi; ovvvtxon 5«ot{. On a dit et répété u> que les Grecs avaient voulu dédier le temple d 'Antœopolis à un personnage de leur mythologie , à un héros grec. Malheureusement pour cette explication, il est certain que la divinité quelconque, désignée par le mot grec Antéc , appartient à la religion du pays. En effet, qu’est-ce que le personnage Antée dans la mythologie grecque? Rien qu’un <!> Chain poil ion- Figcac, Annales des iMgides , II, p. 119, 161.
i by Qïoogle
TEMPLE d’ANTÆOPOLIS. 63
être insignifiant, qui n’y a trouvé place, que parce qu’il se liait au mythe d’Hercule. Ce personnage n’a jamais été l’objet en Grèce, je ne dirai pasd’un culte, niais de simples hommages héroïques; aussi parmi les innombrables ci ppes, autels , temples, sur lesquels on lit des dédicaces grecques ou latines , on n’en trouve aucune qui fasse mention d’honneurs rendus à Antce. Comment donc supposer que les Grecs en Egypte lui auraient dédié le pronaos d’un temple Egyptien. Or, dans l’hypothèse que nous combattons, Antéc n’aurait pas été honoré par les Grecs seulement comme un héros, il l’aurait été comme un dieu , et un dieu principal, xvpiwTaïo; Sîo; ll), auquel on oonsacrait un temple en lui subordonnant d’autres divinités, selon la formule xat t dii mvvdoi; Seoïç qui se trouve ici , de même que dans toutes les autres inscriptions dédicatoires aux divinités de l’Egypte. En voilà déjà plus qu’il n’en faut pour établir qo’Antée est une divinité égyptienne, sous mie dénomination grecque par la forme. D’autres preuves ajoutent à la démonstration, principalement le nom même d ’Antœopolis. C’est un fait reconnu par tout le monde <a>, que les noms égyptiens des villes de l’Egypte avaient été rarement pris des divinités qui y étaient adorées, du moins, on en cite peu de ce genre, tels que Cliemrnis, Chnubis , A tarbechis , Mendès, etc. ; la plupart de ces noms n’avaient point de rapport au culte : les Grecs, au contraire, en conservant à
<1) Siiprà t p. 3i. = ® Champollion jeune, l’Égypte sous les Pharaons, I,p, Q, 10.
quelques-uns de ces lieux leurs noms nationaux , sauf uue désinence hellénique , dénommèrent en grec les autres villes, d’après le culte particulier à chacune d’elles , traduisant le nom de la divinité locale, par celui de la divinité grecque dont les attributs leur parurent analogues : delà les noms d’Hermopolis , A pollonopolis , Panopolis , Aphroditopolis, Diospolis, etc. H est impossible de citer un seul exemple qui puisse autoriser à penser qu’ils aient changé le culte établi dans un lieu ; et en efleL , cette tentative de changement eut été à la fois impolitique et inutile j d’où l’on voit que les dénominations grecques des villes de l’Egypte nous prouvent la nature du culte qu’on y professait avant l’arrivée des Grecs. Il s’en suit que du seul nom d ' AntœopoUs on devrait nécessairement conclure qu’on y adorait une divinité égyptienne, dont les Grecs out cru reproduire le nom dans celui d 'Antée, quand même nous n’aurions pas fait voir l’impossibilité de trouver dans cet Antée une divinité grecque. Enfin, pour dernière preuve, nous citerons Diodore de Sicile qui raconte, d’après le rapport des prêtres du pays, qu 'Antée fut, comme Hercule, un des lieutenans d’Osiris, et que ce dieu lui confia le soin de la Libye et de l’Ethiopie, lorsqu’il partit pour sa grande expédition (,) : Antée, ou le personnage quelconque auquel les Grecs ont donné ce nom , appartient donc évidemment à la mythologie égyptienne, et se lie, comme le remarque Jablonski, {1) Diod. Sic.
TEMPLE d’àNTÆOPOLIS. 65
aux fables de l’Hercule Egyptien et d’Osiris. Ainsi Antée a pu jouir des honneurs divins. On ignore si son nom est une traduction analogique, semblable à celle d 'Athor ou de Nephthjs , par Aphrodite ; d 'Horus ou d ’Arueris, par Apollon ; de Chemmis, par Pan ; de Chom, par Hercule , etc.; ou si ce n’est qu’un nom Egyptien, tel qu 'Entes ou Antes avec une terminaison grecque, opinion que préfère J ablonski (1); mais ce qu’il y a de certain, c’est que ce nom ne désigne point et ne peut désigner une divinité grecque , puisque les Grecs n’ont jamais accordé des honneurs ni divins , ni simplement héroïques à l’Antée étouffé par Hercule.
La construction grammaticale, qu’offre l’inscription d 'Antceopolis, est précisément la même que dans celle de Canope <2) ; on trouve successivement le nom des princes, celui de l’édifice (izp ôvaov), et celui du dieu; le verbe est également sous-entendu. Le monument de Canope , indépendamment de l’usage constant dans les inscriptions de ce genre, nous a démontré que l’idée sous-entendue, en pareil cas, est celle de construction et non simplement de dédicace.
On ne peut donc traduire autrement que [ ont élevé] ce pronaos à Antée. Cette traduction , qui résulte nécessairement du texte même, est appuyée par des considérations qui sont développées dans une autre partie de cet ouvrage. Dès à présent , la consé-
Panthéon Æ.gypt. Il , 7. i5. = (3Î Suprà , p. 18.
quence immédiate que nous tirons de l’inscription seule, c’est que le naos d’Antée, maintenant totament détruit, était resté sans pronaos extérieur jusqu’au règne de Ptolémée Philométor ; que ce prince, probablement lors d’un voyage qu’il fit dans la haute Egypte avec Cléopâtre sa femme, voulut faire terminer cet édifice, en y ajoutant un pronaos qui en complettât la décoration ; et qu’il le fit construire par des artistes égyptiens , dans le système d’architecture et de décoration, suivi pour le reste de l’édifice. Au reste, l’idée comprise dans les mots ont élevé ne suppose pas nécessairement que rien n’était préparé pour cette construction ; on peut croire que les matériaux du pronaos avaient été préparés et rassemblés soit par les prédécesseurs de Philométor, soit par les derniers rois de la dynastie des Pharaons, et qu’une opération, qu’avait interrompue la conquête des Perses, fut enfin terminée dans le second siècle avant notre ère.
§ III. Seconde partie de l’Inscription relative à Marc-Aurèle et y crus. — j tes Romains réparent à neuf la corniche du Prouaos, et font graver la double Inscription sur l’architrave.
Le sens de cette seconde partie , que j’ai restituée plus haut, ne laisse aucun doute ; on y voit que Marc - Aurèle et Virus ont fait une certaine réparation au temple (TAntée , dans la quatrième année de leur ligne , le j) de Pa'ini : Cette date répond au g juin de l’an i6.j de notre ère.
TEMPLE d’aKTÆOPOLIS. 6j
L’idée de réparation est indiquée par le verbe àvevidyja vro qui, appliqué à l’architecture, signifie refaire à neuf une partie détruite ou fort endommagée par le temps; aussi Procope (l> parlant des réparations faites par Justinien aux murs des villes grecques, depuis long-temps ruinés , emploie le mot àvaveoûaSxi (tou; iteptSôXou; àvxveMaâpt.evOi âr.av rat;' xazsoEpE (“K zcxv yàp r.oï.hp Tpirepov ) : dans une inscription , recueillie par Spon U), on trouve iv w xaieaxeûxatv xal àvsveûxjocxo à~ù ttoXueto us ypiv o'j ‘Kezovr^.ôzx yvpjatj ko (lisez zù «ejrovy]xo'Ta ). Quant à c-y^Cpk, il n’existe point d’exemples de ce mot employé substantivement : il n’est connu que comme adjectif (rEyaràp, au féminin çeyaçpk'), avec le sens de qui couvre, sert à couvrir , à défendre des injures de l’air. L’analogie m’avait fait conjecturer, ainsi qu’à M. Walpole, que ce mot signifie toit ou toiture ; et j’avais présumé qu’il s’agit ici de la réparation de la toiture du pronaos ; je dis du pronaos seulement, parce que les auteurs de l’inscription ayant employé le mot çeyx?piç , sans autre désignation de la partie de l’édifice à laquelle ce mot s’applique, ce ne peut être que la même qui a été mentionnée dans la première partie de l’inscription, c’est-à-dire, le pronaos.
Un examen plus attentif m’a fait douter que tel fut le sens du terme çtyxçpk. Il serait assez étrange que, pour exprimer l’idée si ordinaire de toit ou
(l> De /Edifie. IV, a , p.7 i.A. = m Miscell. Erudit., p — cf. Vandale, dissertât. , p. 627.
toiture , on eût employé un mot insolite, qui ne peut être qu’un terme technique, quand on avait, dans la langue commune, plusieurs mots, ?eyri, çiyanim. , xxzxç-éyacfxa , Spoyos , oootpri , qui l’eussent rendue si clairement. D’ailleurs la terminaison de ç-tyaç-ptç indiquant ou un diminutif on un dérivé, nous montre que ce mot est un terme dont le sens doit se rattacher à l’idée générale de couvrir.
Je suis presque persuadé que le mot si rare ÿ ç-gyxçpii est. un terme d’architecture désignant ici l’extrémité de la toiture, c’est-à-dire , la corniche qui, dans l’architecture égyptienne, comprend la partie placée au-dessus du tore de l’architrave. C’est ce qu’Hérodote ü) exprime par le terme rcapupoyi; (dérivé de i'poço; ) , en parlant du monolithe de Buto , dont la corniche avait quatre coudées de hauteur , {ëyoiV rhv nxpupotpi^a Tezpximyvv) , et non pas de saillie, comme l’entendent les traducteurs d’Hérodote ; les quatre coudées sont le dixième de la hauteur du monolithe; or la corniche dans les monumens égyptiens est la neuvième ou la dixième partie de la hauteur totale. Les fragmens qui restent de la corniche montrent qu’elle était formée de blocs de pierre peu larges placés au raz du tore de l’architrave, ensorte que leur aplomb pouvait être facilement dérangé par suite de quelque vice de construction ou d’un tremblement de terre. Après un laps de plus de 320 ans , elle avait déjà sans doute été endommagée en plusieurs endroits; peut-être même quelques pierres en étaient Kerod.II, i55.
TEMPLE d'AîiTÆOPOUS. C)Cf
tombées, et les Romains firent remettre «le nouvelles pierres en place, raccordant les sculptures à celles du reste de l’entablement ; c’est ce dont il est impossible de juger maintenant , attendu qu’il ne reste de cette corniche que des fragmens informes.
Le sens que je viens de donner au mot ç-eyctç-pli , et l’indication que j’en tire, sont confirmés d’une manière frappante par les circonstances que l’auteur de la description d’Antæopolis a observées avec soin et décrites avec précision ll).
La double inscription est placée sur l’architrave, et non sur le listel de la corniche , à la place qu’occupe ordinairement le globe ailé ; et ce fait est d’autant plus remarquable que l’exemple est unique parmi les inscriptions des Ptolémées. Si le pronaos a été construit sous Philomélor , comme je le pense , il faudra admettre que l’entablement n’a point reçu l’ornement d’usage, et qu’on a gravé l’inscription grecque à la place où il aurait dû être $ mais un autre lait s’oppose invinciblement à cette conclusion, et semble prouver , contre mon opinion , l’existence antérieure du pronaos. D’après mon idée sur le sens de l’inscription grecque, on devrait croire que la frise n’a point reçu cet ornement indispensable. Mais les extrémités des pennes du globe ailé, qu’on aperçoit encore d’un côté de l’inscription grecque , sont une preuve manifeste que ce globe a été effacé par ceux qui ont gravé l’inscription grecque j
ll) Joroard , Descript. d’ Antœopolit , p. 17.
la conséquence de celte observation capitale serait que l’cdifice existait déjà quand on a gravé l’inscription, et qu’ainsi elle ne peut exprimer que la consécration d’un édifice construit long-temps auparavant.
Mais une autre observation, que nous devons à M. Jomard, détruit radicalement cette conséquence^ c’est que la seconde partie de l’inscription, gravée en iG4 de notre ère, est du même temps que la première partie ; les lettres ont la même forme , la même hauteur ; ce voyageur a remarqué également avec raison que ceux auxquels il faut attribuer cette première partie, n’auraient point écrit sur deux lignes et demie, pouvant disposer de quatre, et laissé un vide très-choquant, sans exemple en pareil cas n>.
Il est donc prouvé que la totalité de l’inscription actuelle a été inscrite à la même époque , c’est-àdire , sous le règne des empereurs Marc-Aurèlc et Ve'rus : d’où il résulte avec évidence que la première partie, transportée sur la frise à cette époque, occupait autrefois une place différente sur le monument. Or cette place ne peut avoir été que le listel de la corniche , seul endroit de la façade qu’occupent toutes les dédicaces de ce genre , jusqu’au règne de Tibère inclusivement. C’est là , sans nul doute, que du temps de Ptolémée Philométor , on avait gravé la détlicace que les Romains ont transportée plus tard sur l’architrave. Pourquoi ce changement? La raison en est simple , d’après le sens que j’ai donné au mot çeya^piî : la corniche avait souffert , elle clait
ld. . p. j8.
TEMPLE d’a.NTÆOPOLIS. 7 I
endommagée, plusieurs des pierres furent remplacées et sculptées de nouveau. Si les auteurs de ces réparations avaient voulu se contenter de reproduire l’inscription des Ptolémées , ils l’auraient sans doute gravée de nouveau dans les parties réparées à neuf: niais ils voulaient y joindre la mention de leurs propres travaux , et la place ne suffisait plus. C’est alors qu’ils choisirent l’architrave, en commençant par effacer le globe ailé qui en décorait le milieu. 11 est indubitable que les choses se passèrent ainsi, ce quiappuie l’interprétation que j’ai donnée du mot çeytxçpt;.
On ne pourrait s’étonner sans doute que, dans le second siècle de notre ère, les Romains, ou ceux qui travaillèrent par leur ordre , eussent gratté un symbole de la religion égyptienne. Toutefois une circonstance digne de remarque achève d’expliquer cette circonstance. J’ai constaté plus haut que les auteurs de l’inscription ont laissé cinq lacunes de de deux à trois lettres en différons endroits de l’in scription. Cette particularité ne peut absolument s’expliquer que d’une manière ; c’est en admettant que les graveurs ont voulu éviter quelques cassures de la pierre ; on sait qu’en pareil cas ils transportaient toujours la lettre de l’autre côté de la cassure , ne pouvant graver dans la cassure même. Or , ces cassures attestent que l’architrave avait un peu souffert dès cette époque. Les £r agmeos de b corniche eu tombant avaient endommagé le globe ailé qui était dessous, et il en était résulté des éclats dans la pierre. Remarquons que les lacunes n’existent que dans la partie
supérieure ; car la troisième ligne est pleine, et la quatrième n’offre qu’un seul vide d’une lettre [2tetaï . tpiaà] , ce qu’on peut rejeter sur la copie de M. Hamilton, la seule qui nous guide en cet endroit. En effet, dans mon hypothèse, c’est à la partie supérieure que se trouvait la partie la plus saillante du globe ailé, et que les arrachemens de la pierre ont pu être sensibles. Selon une autre observation de M. Jomard , l’inscription est sur le plan même des hiéroglyphes conseryés ; ainsi la frise n’avait été grattée qu’autant qu’il fallait pour faire disparaître les vestiges du globe ailé, en sorte que la pierre pût encore conserver les traces de quelques-unes des cassures, et les graveurs furent obligés de laisser des interstices entre des lettres qui, sans cela, auraient dû se suivre immédiatement.
On voit l’accord qui existe dans toutes ces circonstances ; concluons-en que la partie réparée par les Romains fut la corniche du pronaos, et que le globe ailé, déjà un peu endommagé à cette époque , fut tont-à-fait rasé par eux , lorsqu’ils transportèrent sur l’architrave l’inscription qui occupait auparavant le listel de la corniche.
Les recherches précédentes nous mettent à portée d’apprécier l’opinion de ceux qui ont cru que l’inscription d 'Anlœopolis pouvait servir à l’histoire des monumens de il Égypte , et ont si fort insisté sur son importance à cet égard : comme il est évident qii’on a gravé la totalité de l’inscription actuelle sous les Romains, il l’est également ; i° que les
TEMPLE d’aüTÆOPOLIS. 7-3
Ptolémées eux-mêmes l’avaient l'ait graver sur le listel de la corniche; a0 que l’architrave qui, au temps de Pliilométor, était ornée du globe ailé, fut grattée plus tard ; 3° que cette inscription , ne prouvant ni plus ni moins que les autres de ce genre, doit cire rangée dans la même classe et expliquée d’après la même théorie.
Je terminerai ce chapitre par des remarques qui viennent à l’appui de ce que j’ai déjà dit sur la manière successive dont se sont formés les temples égyptiens <0.
Ce que j’ai dit de la construction des propylons peut s’appüquer encore à d’autres parties de ces temples, et principalement à ce que je crois devoir appeler le pronaos extérieur. Si l’on jette les yeux sur le plan d’un naos ou temple proprement dit , on le trouve composé de deux parties qui paraissent ajoutées l’une à l’autre. D’abord le naos proprement dit, composé de plusieurs pièces , dont une centrale à laquelle, par analogie, on peut donner le nom de cella , et qui paraît être le sccos ou sanctuaire dans la plupart des temples égyptiens a>. Une autre division à l’entrée présente une pièce soutenue par des colonnes , qui répond assez bien à ce que dans les temples grecs on appelle pronaos. G; naos forme un édifice séparé, ayant sa façade ornée d’une corniche, d’un tore, enfin de tout ce
(l> Suprà, p. a6. = ® Comme à Edfou ( I , pl. 5o , flg. t. ) , à Teutyris ( IV, pl. 8, fig. i.) , au graud temple de Carnak l III, pl. 54, lig. a.) etc.
qui constitue une façade égyptienne. Sur ce naos est ordinairement appliquée une autre construction , dont les murs sont plus élevés , les colonnes plus hautes , la largeur plus grande , en sorte qu’elle déborde sur le naos 0>, et même qu’elle l’enveloppe en partie , en sorte qu’il paraît comme enchâssé. « Ces deux parties sont tellement distinctes, qu’on ■» pourrait abattre la seconde, sans que la première » en lût endommagée et moins complète (-i>. « Or , presque tous les grands temples égyptiens qui ont le pronaos extérieur, ont Y intérieur.
Il me paraît certain que le plus souvent cette construction ajoutée n’est point entrée dans le dessin primitif du temple, puisqu’il est complet sans elle, ayant son prouaos , sa façade ; en sorte que la plupart des naos, maintenant précédés du pronaos, ont dû être pendant long-temps privés d’une construction qui semble laite uniquement pour augmenter l’efl’et imposant de l'édifice. Delà vient qu’elle est ordinairement si peu eu harmonie avec le reste ; on voit à Philæ que les murs latéraux du pronaos ue sont point parallèles ni entre eux, ni avec ceux du naos <3) ; disposition qui existait à Jléliupolis, comme nous l’apprend Strabon ; le
w Excepté au temple de Fbilæ. (Pl. 5 , fig. i.) — W Description de Philœ, p.a8. — de Tbèbes , p. 1 26-117.= ® Descript.de l’Égypte ( A,Pl. 5, fig. 1 ). C’est une remarque que j’ai faite le premier , et qui avait échappé à l’auteur de la Descript. de l liil.e. ( Journal des Savons, 1 8 1 3, p. 5o4*3 1 o ; et traduct.Jranç. de Slrnb , T. v, p. 388. )
TEMPLE d’aNTÆOPOMS. ÿ5
temple de Dakkeh en Nubie nous présente même ce cas particulier que le pronaos est séparé du naos par un intervalle , et qu’il n’est point contigu avec le corps de l’édifice: enfin, il arrivait même que l’on ne se contentait pas de ce pronaos extérieur, et qu’on en élevait encore un autre devant , comme à Hermouthis w> , qui n’a jamais été terminé, ainsi que le prouvent les chapiteaux.
Il résulte de ces observations qu’un temple égyptien a pu exister, pendant un temps quelconque , saus que le pronaos extérieur, que nous lui trouvons maintenant , fût élevé en avant du naos.
La dissertation contenue dans ce chapitre était déjà composée et en épreuve, lorsque M. Gau m’a appris que , lors de sou voyage en Egypte, dans le cours de l’année 1819, le pronaos d’Antæopolis s’est écroulé entièrement durant l’inondation considérable qui eut lieu cette année. Ce malheur avait été presque prédit par M. Jomard, comme assez prochain u> , et sa prédiction ne s’est que trop bien vérifiée. Il ne reste donc plus rien maintenant de ce beau pronaos que des monceaux de décombres j sans les dessins des savans français , sans le relevé exact de l’inscription grecque , nous ignorerions toujours et la disposition qu’avait présentée cet édifice , et les faits importans qui s’y rattachent.
0> Descript. de l’Ègypt. Antiq. fl. 4j> T. i.= (J> Dcs:rip. d'.tntœopolis , p. 8.