CHAPITRE PREMIER
Inscription du Propjrlon d’Isis à Tentyris , gravée dans la xxx Ie année du régne d’Auguste u>.
« Parmi les ruines de Tentyris, actuellement » Dendérali, on trouve à l’est celles d’une grande » porte isolée , presqu’entièrement enfouie sous les » décombres provenant de la destruction des inai- » sons particulières, qui, à différentes époques, » ont fait partie de la ville de Tentyris. Sa forme » et scs dimensions sont tout-à-fait semblables à » celles de la porte du nord qui précède le grand » temple. Les sculptures de ces deux édifices ont
» entre elles la pltjs grande analogie u) » Cette
porte, ou propylon, est placée juste sur l’alignement de l’enceinte qui enveloppe les monumciis de
w Cette dissertation a déjà été imprimée dans le Journal îles Savons du mois de juillet 1821. J’y ai fait des additious assez considérables. = ® Dcscript. de Dendérali , p. 5o.
Tenlyris; elle semble en former l’entrée orientale, et avoir été destinée à être en rapport dtc position avec le petit temple d’Isis , situé derrière le grand temple. « Ce propylon est remarquable par une » inscription en beaux caractères grecs , répétée sur » chacun des listels de la corniche. »
Cette inscription, dont nous possédons des copies fort exactes, a déjà été l’objet de plusieurs discussions <0, qui n’ont pas encore conduit à en faire connaître le sens dans toutes ses parties; l’explication que je vais en donner diffère complètement de celles qui ont été proposées; et je crois qu’elle ne laisse subsister aucune des diüicultés qui avaient paru embarrassantes.
M. Denon est le premier qui ait fait connaître ce monument. La copie de ce voyageur présentait plusieurs lacunes qui furent remplies avec peu de succès par M. Parquoy, auteur de la traduction que M. Denon a insérée dans son ouvrage tt). Les restitutions de ce savant, fausses en grande partie, ont égaré d’autres critiques, et les ont empêchés de découvrir le sens général de l’inscription et celui des principaux détails. Heureusement la copie des auteurs de la Description dcDendérah C3) et celle de M. Hamilton M>
w Samuel Henley, Remarques sur le Zodiaque de Dcndêrah; Magasin Encyclopédique VI , 544 suiv. — Chainpollion-Eigcac, Lettre à JH, Fourier , sur l’inscription grecque de Dendérah. Grenoble, 1806. = ® Voyage dans la Haute et Basse Égypte, p. 213, éd. in folio. ® Endroit cité.= w Ægyptiuca , p. 207.
PROPYLON DE TENTYRIS. l5^
sont complètes : grâces à ces voyageurs, toute restitution est désormais superflue; il ne s’agit que d’expliquer le monument tel qu’il est.
§ I. Trailuction et texte.
L’inscription se compose de trois lignes d’une étendue inégale. La première contient quatre-vingts lettres, la seconde seulement soixante-seize; et la troisième, qui est la plus longue, en contient quatrevingt-cinq. Cette inégalité n’a rien qui doive surprendre; on la retrouve dans beaucoup d’autres monumens du même genre. Le texte porte :
**'* mEP AVT0KPAT0PO2 KAI2AP02 0EOT VIOV AIG2 EAEYeEPior SEBAïTor Em nonAior oktavioy nrEMONos ** KAl MAPK.OY K AH AI OV IIOiTOMOV EIII2TPATHIOÏ TPY- <mino2 rrPATiirorNTos oi Ano tiis MHTPonoAEns 3" KAI Tor NOMOÏ TO IIPOnrAON I2IAI 0EAI MEOSTHI KAI TOl2 2YNNA0I2 0EOI2 ETOV2 A K KAI2AP02 0nr» 2EBA2THI.
Je lis et ponctue ainsi l’inscription :
Y ~èp avzoxpoczopo ; Kaiaapo; , 5eoïi uioü, Atoç ÈXeu- Bept'ov, 2 eSoiçoü, £7Tt rioTlXiou ÙxziX’jio'j f,yip6v o;, xcci Mâpxcu K).w<îiou noçépou èziç-potzrr/ou , Tp-jyuvo; çpa- v TJjyoûvTOî , ot arts zvs p.rizpor.61euz xai zoû vopoü zi T.pônvlov IsuJi 3-ex pr/lçri xoti rof; ovwctoiz Seotç. Étouî AA Kafoxpo;, 5ui6 aeêzçÿ.
« Pour la conservation de l’empereur César, fils » du Diviu (César), Jupiter libérateur, Auguste,
» Publius Oelavius étant Préfet, Marcus Ciodius » Postumus étant Épistratège, Tryphon étant Stra- » tège,
» Les habitans de la métropole et du nome [ont » élevé ] ce Propylon à Isis, déesse très grande, et » aux Dieux adorés dans le même temple; la xxxi' a année de César, du mois thoytli le jour d’Au- » guste. »
Dans cette inscription , comme dans beaucoup d’autres du même genre , on distingue plusieurs parties: i° le nom et les litres de l’empereur ou du roi-, pour la conservation duquel est faite la construction ou la dédicace; a0 les magistrats en charge à celle époque ; 3U le nom de l’édifice construit et dédié; 4° celui des fondateurs ; 5° celui de la divinité à laquelle il est dédié; 6° la date de la dédicace.
Chacune de ces parties offre des difficultés qu’il faudra résoudre.
Il en est qui sont communes à d’autres inscriptions : telle est la signification propre des mots stratège et épistratège , noms de magistrats que nous retrouverons ailleurs , et dont je ne puis pas discuter le sens avant d’avoir réuni et fait passer sous les yeux du lecteur les divers monumens où ces noms se rencontrent10. Je me contenterai d’avertir ici que ^yEftwv désigne le préfet augustal , ou gouverneur de l’Égypte; çpazriyàs , le chef du nome, ou homarque ; i^içpxxrryoi , le commandant général de la Thébaïde.
<0 Infrà , II* Partie , jehap. I" , § II cl II.
PROPYLON DE TENTYRIS. l5g
Quaul aux particularités, ou y remarque ; i° le nom de la divinité à laquelle l’édifice est dédié : c’est /sis , divinité égyptienne ; a0 le nom des auteurs de la dédicace : ce sont les gens du nome et de la métropole , conséquemment des Égyptiens. Ainsi les Romains , sous la domination desquels cette dédicace a été laite, n’y ont eu aucune part; les nationaux seuls ont élevé le propylon à lsis ; 3° le nom île l’empereur désigné dans la dédicace; 4° la date précise du monument.
Ces deux derniers points sont les seuls qui méritent que je m’y arrête d’une manière spéciale.
§ II. L'empereur Auguste fut appelé Jupiter libe'rateur.
M. Parquoy et, d’après lui, M. Champollion- Figeajç, avaient traduit ainsi les deux premières lignes : « Pour la conservation de l’empereur César , >» Dieu , fds de Jupiter , auteur de notre liberté , » lorsque Publius Octavius étant gouverneur, Mar- » eus Claudius Postumus , commandant général , et » Tryphon , commandant particulier des trou- » pes, etc. » Cette traduction diffère sur presque tous les points de celle que j’ai donnée plus haut. Il en est de même de celle des auteurs de la Description de Dendérah , qui ont traduit : sous l'empereur César , Dieu , JUs de Jupiter libérateur x Auguste , etc.
Elles ne sont pas plus exactes l’une que l’autre dans leur totalité. Quant aux titres de l’empereur, qui m’occupent en ce moment , on a fait dépendre
iGo INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
«eov de KAisAPOï, tandis que ce mot est certainement le régime de vior qui suit. Cette première faute en a entraîné une seconde. On a considéré aioe eaeveEPior comme régime de viov, au lieu que ce titre dépend de kaisapoï. Dans les formules des inscriptions impériales grecques ou latines , les mots nos et filivs sont placés après leur complément u>. Il est donc certain que le commencement de l’inscription doit être lu et ponctué, ainsi que je l’ai fait: IVèjS avzoxpdzopoi Kaiaapoç , 0£ov i/ioü, Atôç EXeuSepîov , Isëxçoü ; en latin : Pro incolumitate imperaloris Cœsaris , Divi Jilii , Jovis liberatoris , Augusti : et il résulte de cette analyse , que Ato; E?.su- 6sp t&u est un titre de l’empereur régnant , dont le père est simplement désigné par le mot 0£o;.
Tous les savans que je viens de citer avaient reconnu que c’est de l’empereur Auguste qu’il est question dans la première ligne. M. Hamilton a émis une opinion différente que je ne crois pas vraie, mais qui est ingénieuse.
« L’empereur régnant, dit- il, y est désigné » comme fils de Divus Éleutbérius, titre que nous » savons avoir été porté par Adrien, d’après une in- » scription trouvée à Héraclée de Bithynie, d’où » nous pouvons présumer que cette inscription a » été gravée sous le règne d’Antonin-le-Pieux, fils » adoptif et successeur d’Adrien lv. »
W II y a quelques exceptions à cette règle dans les inscriptions grecques (Cf. Pocock. Inscript., p. , u" 3.) = m Ægjrptiaca , p. 107 .
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Cette conjecture ne me paraît pas suffisamment appuyée; de cequ’Adricn a porté les titres de Jupiter Olympien, libérateur ( OWftirios, ÈXei/0épio»), il ne s’ensuit pas qu’il soit le seul empereur qui en ait . été décoré. Le titre de Jupiter , avec différentes épithètes, a été donné à plusieurs empereurs romains* depuis Auguste (,) ; Caligula fut nommé Zeù; én- <f<xvr,i véo; m , Trajan, Zsù; yO.io-, (3) ; Commode et Caligula, Jupiter Latialisli) ; enfin une inscription rccueillieàPhilæ par M. Hamilton (5), donne le titre de Jupiter libérateur, Zeùî ÈXevSépio;, à Septime-Sévère ou à Caracalla. Nous croyons que ce savant voyageur aurait abandonné sa conjecture , s’il eût fait attention que l’empereur régnant n’est désigné que par les mots «ù-oxpaTup K aïvcip Zeëixç-ôi, sans l’addition d’un nom propre, ce qui ne peut absolumept se rapporter qu’à Auguste. D’ailleurs, les mots 0eoû vioü ne laissent à cet égard aucune espèce de doute : quel autre que Jules César a jamais été désigné par le simple mot Beii en grec , divus eu latin? Enfin, la date aâ~, l’an xxxi , ne peut également s’appliquer qu’à ce prince, puisqu’il est le seul, dans la liste des empereurs, qui ait régné plus de trente ans. A la vérité, on a dit que l’année xxxi indique ici l’âge d’Auguste ; mais je prouverai bientôt que cette opinion n’est point fondée.
w Cuper, Apptnd. ad apolh. Hom. , p. 206. = m Philo, ad Ca'ium, p. 5g6. = Spauli., Prcest. Num., II, p. 5oo. = w DioCassius, L1X, 28. — Sueton. Calig. , 5 32 ; ïbî. Casauh. w Voyez l’appendice.
l6‘J INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
Ainsi , il est hors de doute que l’empereur désigné dans l’inscription de Tentyris ne saurait être qu’Auguste, et l’on est également sûr que c’est à ce prince qu’appartient le titre de Jupiter libérateur; il le tenait sans doute de la gratitude des Égy ptiens; et 'c’est un fait dont aucun autre monument ne nous avait jusqu’ici conservé la connaissance. Les Égyptiens ont été fort prodigues de titres magnifiques à l’égard des empereurs ; mais aucun ne les mérita aulaut qu’Auguste , dont la conduite politique envers l’Égypte fut si sage et si bien calculée sur tous les besoins du pays.
S III. Date précise de t inscription. — Années tf Auguste en Égypte. — Jours Éponymes. — Célébration du jour natal <f Auguste.
La date est exprimée par les mots etotï kk kaiïàpox «nre XEBA2THI , dont la leçon ne peut laisser aucun doute.
etotx aâ~ kaiiapox , l'année trente - unième de César. MM. Samuel Henley et Champollion-Figeac ont cru que cette année indique l'âge d’ Auguste. Ce dernier fondait principalement son opinion sur ce que le titre d’ Auguste n’est pas donné à l’empereur dans l’inscription ; or , nous avons vu plus haut que la copie même de M. Denon portait des traces du titre de xebaïtos , et qu’on le trouve dans toutes les copies. Ces savans , d’après l’idée qu’ils s’étaient faite , sont partis de l’année de la naissance
PROPYliON DE TENTYRIS.
d’ Auguste, qu’ils ont prise à l’an 691 de Rome; et ils ont fixé la date de l’inscription en l’année 28 avant J.-C. Cette date les a conduits à plusieurs conjectures sur le séÊs et l’objet de l’inscription en général. M. Henley , par exemple , trouve dans le zodiaque du pronaos de Vénus, lequel n’a rien de commun avec l’inscription du propjlon d’Isis, la clef de la réforme julienne et de celle du calendrier égyptien, qu’il croit avoir été introduite par Auguste dans cette année 28, -mais toutes ces conjectures tombent d’ellesmêmes, parce qu’il est certain que l’an xxxr de César s’entend du règne d’Auguste , et non pas de son âge : ainsi le veut l’usage suivi dans les inscriptions et les médailles des empereurs. Imaginer que les dates qui s’y trouvent exprimées indiquent l’âge de ces princes, ce serait s’exposer à tomber dans les absurdités les plus palpables. Pour le cas particulier qui nous occupe, la fausseté de cette date serait prouvée par un seul fait s’il était nécessaire: c’est le nom du préfet Publius Octavius , mentionné dans notre inscription. On sait que le premier préfet d’Égypte nommé par Auguste après la soumission de l’Égypte, en l’an 3o avant J.-C., fut Cornélius Gallus. 11 eut pour successeurs immédiats Pétronius et Ælius Gallus ; ce dernier administrait encore l’Égypte en l’an 20, époque à laquelle Strabon parcourait ce pays : ainsi entre l’an 3o et l’an 20 avant notre ère , il n’est pas possible de trouver place pour ce Publius Octavius .
Tout sert donc à démontrer que l’an xxxi doit
l(>4 INSCRIPTIONS DES TEMPLES,
sc rapporter au repue d’Auguste ; cette date tombe à l’an i île notre ère : c’est celle d’une inscription trouvée par M. Cailliaud , et qui finit par l. as kaicapoc lu. Une autre, gravée sur l^propylon du temple d’Hermès, à Dakkeh en Nubie , et publiée par Burckliardt tîJ , et M. Light {3) , porte: kaaai-
MAXOS EPMUROZ ZTNHABON K.AI nPOSEKVNIIZA TON ATTOX
beün etotï AB kaizapoz 4>ao4>i : « Moi, Callimaque, » fils d’Hermon , je suis venu [ avec les précédons (,) ] » et j’ai adoré le même dieu [Hermès], la trentc- » deuxième année de César, du mois de phaopbi
» le » La date tombe au mois d’octobre de
l’an o. de notre ère; c’est ce que n’a pas vu l’abbé Boyer 145 , qui l’a fixée à l’an i4 avant J.-C. , comptant les années d’Auguste depuis la mort de Jules César, tandis que , dans toutes les dates égyptiennes, ces années doivent sc compter de l’an 3o avant notre ère.
Venons à la seconde partie de la date de l’inscription, enre zebazthi. Ces deux mots ont été entendus île plusieurs manières bien différentes. M. Parquoy les avait traduits par : Le collège des prêtres à l’impératrice. MM. Samuel Ilenley et Cliampollion-Figeac ont critiqué cette version; et, en effet, ou ne peut deviner le rapport qui existe entre le
t0 Voyez l'Appendice, N° VIII. — l3> Travcls, etc., p. 10G. = Travels in Ægypt , JYubiti , Holy luuul , etc., p. a •jo. = l,) Il parait que cette inscription est placde au-dessous d’une autre , à laquelle elle se rapporte. = w Dans une Dissertation à la lin du voyage de M. Light, p. a^5. *
PROPYLON DE TENTYRIS. lfi:>
mot enve ét le collège des prêtres. Celle qu’ils en ont donnée à leur tour , sans être aussi éloignée du texte , n’est pas beaucoup plus admissible. Le premier a traduit , le mois sacré de Thoth <l> , et son, opinion a été suivie par les auteurs de la Inscription de Tentyris ; mais comme zebazthi est un mot; au féminin, il ne saurait être l’adjectif de eaxe ou de pjvi sous-entendu; an moins devrait-il y avoir XEBArrai. M, Cliampollion sauve cette difliculté par un léger changement, il lit iebaït . m, et traduit le 18 du mois sacré de thoth m ; cette correction , d’ailleurs ingénieuse , n’étant amenée que par L’embarras d’expliquer le mot zebazthi avec sa terminaison féminine , on doit la rejeter et expliquer 4e mot tel qu’il est écrit.
On peut s’étonner que l’idée la plus simple ne soit venue à l’esprit de personne ; car il était tout naturel de penser que zebazthi , placé après le nom du mois , en exprime le quantième ; et en conséquence que ce mot est un adjectif comme dans 2s- ÉLacrj ttoAi; , aeëaçh attetpa, cohors Auguslai3) , Ze&xçàï otxoi , domus Augusta , aeSxçri , vixri ceoaçh <4>. Dans ce cas , le substantif sera sous-entendu , ainsi qu’il l’est ordinairement avec Ttpûvn , ôsuxépx, xpîxri , etc. ; ainsi enre zebasthi, mensis thojrth augusta die, signifiera de thoth le jour auguste , ou d’Auguste ; ce sera donc le jour éponyme de ce prince. L’inscri-
ll) Magasin encyclop. , vol. cité , p. 45i . = Lettre à M. Founer, p. 8.= Act. Apost., XXVII, i . = w Zoega , Num, ;■ Ægjpl . , p-49* 54, 55.— Mionuet. , VI, p. 89, 90.
iGG INSCRIPTIONS DES TEMPLES,
ption de Rosette nous apprend que les Ptolémées donnaient leurs noms à plusieurs jours de chaque mois dans l’année : le nombre de ces jours éponjrmes parait même avoir été assez considérable , comme je l’étabjuai par la suite, en expliquant les inscriptionKle Rosette et de Pile des Cataractes.
Cet usage des jours éponymes existait également en Grèce et en Asie. Une inscription des Attales fait mention du jour du roi Eumène (1) , (e'v (B aai-
Xs'us Eùfxévou; ripépa); et ce jour ne peut être qu’un éponyme. D’ailleurs , il résulte d’une autre inscription du même temps et du même pays , qu’un tel honneur était accordé à de simples particuliers ; car on y voit qu’un certain Craton portera une couronne sa vie durant, et qu’il y aura dans l’année des joum de son nom, eVûyu^ot fip-êpou Parmi les honneurs que les Athéniens prodiguèrent à Démétrius Poliorcète, ils donnèrent son nom au dernier jour de Munie füon (3).
Sans insister ici sur la généralité de l’usage, renfermons-nous dans l’Égypte. Il est certain que plusieurs jours de l’année y portaient le nom du prince. Que cet usage se soit continué sous les Romains , c’est ce dont il serait difficile de douter , quand même un monument curieux ne nous l’attesterait pas de la manière la plus certaine. Dans une in-
0) Ad cale, marmor. Oxoniens. ed. MaiUair. el dans If 'al. pnle's travels , tom. II, Append. , p. In Anliq. Asiat. cd.
ChisLull , p. i4?. = w> Plutarch. , in Demelr . , J ia.
PROPYI.ON DE TENTYRIS. I 07
scription de la grande Oasis , copiée parM. Cailliaud et par M. Hyde U) , nous trouvons l’expression d’une date ainsi conçue : l. b Aotm'ou At&'ou Ztëa.çov 2ouX- •jrizi'ou T oc'Xoa aÙT oxpàxopoi çawyi A IouXi'a azëxçr, ; c’est-à-dire : « La seconde année de Lucius Livius » Sulpicius Galba, empereur, le premier de phao- » phi, Julie Auguste0’.» Il est clair que les mots IouXiy azëx^rj sont une apposition de ç>a TTpûzy : ils indiquent sans nul doute que le premier de phaophi était le jour éponyme de Livie , femme d’Auguste, qui , après la mort de ce prince , prit le nom «le Julia si u gus ta. Ce texte curieux nous apprend que Y éponymie s’exprimait, dans ce cas, par une espèce d’apposition. On disait; de phaophi le premier, Julie Auguste. La date de ce décret est postérieure de cinquante-quatre ans à la mort d’Auguste, et de cinquante-un à celle de Livie : cependant on continuait encore, dans les actes publics, de marquer Yèponymie de cette princesse. Ce rapprochement ne permet pas de douter que les mots SwiQ aeëaçÿ , dans l’inscription de Tentyris, ne doivent s’entendre également d’une éponymie de jour.
La copie en a été publiée dans le Classicn I journal , T. XXIII, p. 1 56.= Cette date se rapporte au 28 septembre
de l’an 68 de notre ère. Galba était monté sur le trône le 9 juin de cette année (Tillcmont, I, 344> ^6o ); il ne régnait donc que depuis trois mois et demi. Cependant la date exprime la deuxième année de son règne; c’est que, selon l’usage des Égyptiens , l’intervalle de deux mois vingt jours écoulés entre le 9 juin et le 29 août ou i°r thot, était compté comme la première année du règne de cet empereur.
l68 INSCRIPTIONS DES TEMPLES.
L’exemjile tiré do l'inscription de l’Oasis , tout en démontrant le lait, donne néanmoins lieu d’hésiter sur le vrai sens du mot Zeëaçf, ; car si ce mot, comme je l’ai déjà dit, peut être l’adjectif du mot ripépsz sous-entendu, il peut être aussi le nom même de Julie Auguste , placé en opposition.
Mais une considération très forte me parait propre à décider la question , en empêchant d’assimiler l’expression des deux dates ; c’est que dans l’inscription de Tentyris , le quantième du mois manque devant sebasthi, au lieu que nous le voyons exprimé dans celle de l’Oasis. Cette différence capitale démontre qu’il ne peut être question d’un des jours éponymes de l’impératrice Liviej dans ce cas, en effet, il eût été d’autant plus nécessaire de joindre le quantième du mois au titre de sebasthi , que plusieurs jours éponymes auraient été consacrés à cette princesse.
On ne peut donc s’empêcher de reconnaître que le mot ïebaïthi désigne un jour éponyme d’Auguste, et un jour tellement connu , qu’il suffisait de l’indiquer par son nom pour que tout le monde sût précisément la date qu’on voulait exprimer.
Je n’aperçois que deux jours qui puissent offrir cette condition nécessaire ; c’est celui de la prise d’Alexandrie et celui de la naissance d’Auguste : il ne me paraît pas difficile de se décider sur le choix.
Le jour de la prise d’Alexandrie fut solennisé par une fête à Rome (t) , et probablement aussi en Égy-
(,) Dio Cassais, LI, 19.
PROPYLON DE TENTYRIS. iGç)
pie, comme1 étant celui qui avait vu la délivrance de la contrée, et le terme des excès dont elle avait été le théâtre. Ce jour pourrait donc avoir été choisi comme éponyme d’Auguste ; mais une circonstance l’exclut: la ville d’Alexandrie fut prise le i" du mois sextilis , nommé depuis Augustus, et ce fut à ce jour qu’on fixa l’anniversaire (,) et les fêtes instituées en mémoire de cet événement. Or, le i" août tombait au 7 mésori fixe, et au i4 mésori vague en l’an i" de notre ère -, or, la condition du jour que nous cherchons est de tomber dans le mois de thoth.
Le jour natal d’Auguste, célébré à Rome et dans les provinces , l’était surtout à Alexandrie et en Egypte avec beaucoup de pompe, de même que celui de ses successeurs ; c’est Philon qui nous l’apprend K>. L’inscription de Rosette montre que le jour de la naissance d’Épiphane était éponyme , et nous avons lieu de conjecturer qu’il en était de même du jour natal des autres Ptolémées: il est donc on ne peut plus probable que les empereurs jouirent du même privilège, et que leur jour natal , célébré avec tant de solennité, fut en même temps éponyme ; or, Auguste était né le 9 des calendes d’octobre <3), ce qui répond au a3 septembre , et au 26 du mois de thoth : cette coïncidence me paraît ne laisser aucun doute sur la vraie date de l’inscription.
De ce rapprochement nous tirons un nouveau fait très curieux ; c’est que la date est marquée selon le
(l> Biauchini, Caméra ed iscrizioni sepolcrali, lab. IV.= Philo, adv. Place., p. 5?9, ed. Mangey. = w Dio Cass., LVI, 3o.
calendrier fixe alexandrin. Eu effet, dans la première année de notre ère, le irr thoth vague correspondait au a3 août; et le ior du mois suivant, ou phaophi, au a 2 septembre : par conséquent le 23 septembre , jour natal d’Auguste, tombait le 2 phaophi vague , tandis qu’il résulte de l’inscription de Tentyrisque ce jour tombait dans le mois do thoth. C’est là le plus ancien exemple connu de l’usage du calendrier fixe alexandrin : mais il est possible qu’on en découvre un jour de plus anciens encore; car rien n’empêche de croire que l’usage public de ce calendrier fixe ne date de l’année 25 avant J.-C. , où le 1' thoth vague correspondit pour la première fois avec le 29 août. Jusqu’à présent, on 11e connaissait pas de traces certaines de l’année fixe alexandrine antérieures au second siècle de notre ère. U)
Les années d’Auguste en Égypte ont commencé , non pas au Ier août, jour de la prise d’Alexandrie, mais au 29 du même mois, Ier thoth de l’an 3o avant J.-C. <2); il s’ensuit que la xxxi® année de son règne, d’après le calcul égyptien , a commencé le 29 août de l’an Ier de J.-C. : la date de l’inscription est donc du 23 septembre de cette même année ; ainsi il y avait vingt-six jours que la xxxio année d’Auguste était commencée. .
Nous voyons par cette date qüe les Tentyrites avaient rattaché la dédicace du propylon aux solennités du jour natal d’Auguste, à peu près comme
(l) I Jeter , Rech. Instar, sur les observ. aslron. des anciens, p. 5i , Irait, de M. Halma.x= ® id. p. aS , 26.
PROPYLON DE TEKTYRIS. ÎJI
chez nous on attend quelquefois le moment d’une fête publique pour poser la première pierre d’un édifice , ou pour en consacrer l'achèvement.
Par analogie avec ce fait , nous sommes en droit de penser que le premier de phaoplii , jour éponyme d eJuliaAugusta , selon l’inscription de l’Oasis, était aussi le jour natal de cette princesse , et en conséquence qu’elle était née le 28 septembre: c’est ce que d’autres monumens pourront nous apprendre plus . tard.
11 ne me reste plus qu’une observation à faire ; elle est relative au nom du préfet d’Egypte. Ce Purblius Octavius est tout-à-fait inconnu dans l’histoire; on s’en étonnera peu, si l’on songe que la série des préfets , depuis Ælius Gallus jusqu’à Æmilius Rectus sous le règne de Tibère, manque absolument : il existe à cet égard une lacune de trentedeux à trente-quatre ans; la préfecture de Publius Octavius tombe précisément dans cet intervalle; c’est donc un nom qu’il faudra désormais insérer dans la liste des préfets qui ont gouverné l’Égypte. D’autres inscriptions m’ont fait connaître plusieurs de ces préfets , dont je m’occuperai ailleurs de fixer la date.