‹ Recherches pour servir a l'histoire de l'Égypte pendant la domination des grecs et des romains, tirées des inscriptions grecques et latines relatives a la chronologie, a l'état des arts, aux usages civils et religieux de ce paysChapitre 35 sur 84 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Inscription du pronaos du temple de Nephthys ou Vénus à Tentyris , gravée entre les années xix et xxui du règne de Tibère <l>.

Le grand temple de Tentyris n’est pas moius célèbre par son architecture magnifique et sa ri cire sculpture, que parles bas-reliefs astronomiques qui décorent deux de ses plafonds. C’est sur le listel de la corniche du pronaos qu’on lit l’inscription qui fait le sujet de ce chapitre : comme celle du propylon de Tentyris, elle est en trois lignes ; et à l’exception des noms propres , et de celui de l’édifice, ces deux inscriptions sont toutes deux absolument identifiques dans leur contenu j aussi la première offre-t-elle des secours pour restituer la seconde.

S I. Texte et traduction.

Nous en possédons trois copies j l’une insérée dans la Description de Tentyris <2) ; l’autre dans les Ægyptiaca de M. Hamilton <3) ; la troisième a été prise par M. Gau , et ce voyageur a bien voulu nous la communiquer.

ll> Ce mémoire a paru dans le Journal des Savons , mars 1 8a i . = Pag. 5-j. = w Pag. ao6.

PROPYLON DE TENTYRIS. • 1 y3

Ces trois Copies sont semblables entre elles; elles ne dilFèrent que par quelques lettres de plus ou de moins, dans les lacunes considérables qui existent sur la pierre. La plus complète est celle de M. Hamilton ; je vais donc la prendre pour base de mon travail: •

"• rriEP AYTOKPATOPOC TIBEPIOY KAICAPOC NEOV CEBAC-

TOV BEOT CEBACTOY YIOY EU1AV WOriA.OV4>A AIKOV

O.APAniflNOC

TPYXAMBOY CTPATHrOYNTOC 01 Ano TIIC MHTPO 3e IIOAEOC KAI TOY NOMOV TO IIPOnYAON AGPOAITHI fc»EAI MEP1CTHI KAI TOIC CKTHNA01C BEOIC

Cette copie ne diffère de celle de MM. Jollois et Devilliers que par la fin de la première ligne; ils ne donnent que EniAr . . oy<i>aaikoy, et indiquent uqc lacune de plusieurs lettres à la suite de ce dernier mot, après lequel M. Hamilton dit qu’il ne manque qu’une ou deux letîres.

Dans la copie de M. Gau, on ne trouve aucune trace de lettres après cebactoy tioy e ; et, selon ce voyageur , le reste a été effacé au ciseau ; mais les deux autres copies paraissent contraires à cette assertion ; puisque la plus grande partie des lettres qui terminent la ligne sont encore tellement distinctes, qu’on a pu les copier d’en bas, c’est-à-dire, à jilus de cent pieds de distance. (1>

M. Niebuhr , qui a insère cette copie dans ses Inscriptiones JVubienses (p. i3.), partant du renseignement que lui avait donnd M. Gau , a vu dans ces lacunes un nouvel exemple de noms eifaeds par la haine : et comme , parmi les préfets

A la fin de la troisième ligne, aptes beoic, il manque dix-sept à dix-liuit lettres, selon M. 11amilton.

Cês élémens posés , il faut aborder la restitution de ce précieux monument.

Première ligne. •

Cette ligne n’est incomplète qu’à la fin , dans toutes les copies. MM. Jollois et Devilliers, dans la double traduction latine et française qu’ils ont donnée, l’ont rendue ainsi : Sub imperatore Tiberio Cœsare, novo Augusto, Divi Augusti Jilio , sub

. . ... Ouphalico et en français : Sous le

règne de Tibère César, nouvel Auguste , Jils du

qui ont gouverné l’Égypte sous Tibère, Flaccus est celui dont les déprédations ont dû exciter la haine des Égyptiens, M. Niebuhr pense que c’est le nom de ce préfet qui a été effacé à dessein. Si l’on admettait que le tjfn» de Flaccus eût été raturé, quoiqu’il soit encore lisible, il faudrait admettre la même chose, et à plus forte raison, pour le commencement delà seconde ligne , et pour l’extrémité de la troisième, dont il ne reste rien : or , cette extrémité était certainement remplie par le nom de l’emperenr et par la date, et l’on ne comprend pas pourquoi les Égyptiens auraient effacé ce nom à la fin , quand ils le laissaient intact au commencement. La disparution de tputes ces lettres est donc probablement fortnitc. Ainsi M. Niebuhr a été conduit, par une idée dont le fondement était erroné , à proposer une conjecture qui se trouve vérifiée par les vestiges de lettres qu’il ne connaissait pas, et qui m’avaient fourni le moyen de restituer le passage avec certitude, plus de deux ans auparavant; j’ai écrit cette restitution sur la copie dé M. Gau à Paris, en janvier i8at , plusieurs mois avant que la dissertation de M. Niebuhr lût connue dans cette ville.

i>RONAOS DE TENTYRIS. 1 7 £>

divin Auguste .... Ouphalicus , étant , etc. Sans m’arrêter ici à la traduction fautive, sous F empereur , au lieu de pour la conservation de l’empereur U) , je passe à la fin de la ligne. Les auteurs de la Description de Tentyris ont réuni or avec 4>aaikoy, et Us en ont fait le nom monstrueux Ouphalicus.

Il suffit d’avoir jeté les yeux sur l’inscription du propylou de Teutyris, pour être assuré qu’on doit trouver ici le nom du préfet d’Égypte «yspàv. En cherchant parmi les préfets, sous le règne de Tibère, on en trouve un dont le nom existe évidemment dans les lettres conservées. En effet, au lieu de

Eni AV ... . MOnA . ÔYfcAAIKOY qui ne voit sur le champ qu’il faut lire,

Eni AY[lAAJOY] nOIIAIOY 4>AAK.KOY

Sous Publius Avillius Flaccus.

C’est le célèbre ennemi des Juifs, dont Philon a peint les persécutions sous des couleurs si vives , et probablement chargées.

Le nom Avillius est écrit Aoui).Xcoc dans le texte de Philon; mais une inscription donne ayiaaios tt> ; de même, au propylon de Tentyris , on lit oktariox, et non pas oktaoyios (3) : on sait que le v des latins est rendu tantôt par y, tantôt par or; ainsi la restitution du mot entier, d’après les initiales ay, ne laisse aucun doute. On pourrait s’étonner de voir

<l> Supra, p. i59-= ® Marmor. Oxon,, XLI. = Siprà , p. 137.

le prénom Publius après le nom Avillius, si l’on ne savait que les Grecs intervertissent quelquefois l’ordre des prénoms romains; ainsi : Ma'py.io; Faïoî au lieu de Caïus Marciiis 10 , Aécov Ko'ïvto; au lieu de Quintus Leoa); de même pour les noms etsurnoms, Baauoî KaixtXio; a) , au lieu de Cœcilius Bassus ; Tfnavôç Sioi C4) pour Flavius Tilianus ; Oùeanaauzviç <P).<zëioi l5> pour Flav. Vespasianus , etc. Les Romains euxmêines disaient: Gallus Fabius , Balbus Cornélius , Macer Licinius , Papus Æmilius, etc. <6). Nous verrons ailleurs aktaa CATOVPNeiNOC oyctpanoc.

Quant à la restitution de <i>aakkôy , au lieu de ♦aaikoy, elle ne laisse aucune espèce d’incertitude; on a confondu A et a , et les traits latéraux du second kappa 11’out point été distingués.

Après ce mot, il manque une ou deux lettres, selon M. Hamilton ; ce sont évidemment les premières du mot r,ytp.6voç qui se trouve dans l’inscription du propylon ; ainsi toute la ligne devra se lire :

Yntp avzoy.peézopoz Ttëepiou Kaiaapoç , véov leëtxçov , Seoû 2e$a<-ov vloj , izti Ai/tXkîov IIoTrXiou 4>).axxov rr/e [pôvo; à l’autre ligne] ; d’où l’on voit que la première ligne avait quatre-vingt-huit lettres.

Seconde ligne.

Le premier mot de la partie conservée de cette ligne, CAPAniûNOC, est placé au-dessus des lettres

W Diod. Sic., XVI, Bi. = ** Cliandler, Inscr. , I, 53.= ® Strab., XVII, p. 75a. = w Dio Cass., LXXVII, 21.= ® Id LX, 20. = J. G. Vossius, de Anatogid, I, 7.

PRONAOS DF. TENTïRJS. I77

NEOT CEBACTOr qu’on lit à la première ; ainsi il manquerait trente-deux lettres , si elle a commencé de niveau avec la première , et vingt-neuf à trente , si elle a commencé un peu en retraite, ce qui est possible , cette ligne étant plus courte que l’autre de dix lettres ; car la première ligne , depuis véou , contient de cinquante -six à cinquante-sept lettres; la seconde, depuis lapxm mvoï, n’en contient que quarante-cinq : sur ces trente à trente-deux lettres, il y en a dix-sept qu’on peut restituer avec certitude : ce sont d’abord les lettres monoc , qui terminent le mot wyrpo'vo;; ensuite venait le nom inconnu de l’épistratège, et enûn le mot EniCTPATaror : reste donc au milieu unelacune d’environ quatorze à seize lettres, qui était occupée par un nom propre que nous ne pouvons connaître. La seconde ligne doit être en conséquence

restituée ainsi : p.ovos èr.t-

ç-paxrjyov, Tpùçwvo; Tp'jyâpêov rpar>)yo5vToç, 01 <n:oT>jç fxrrrpo [ 7To).rw; à l’autre ligne.]

Troisième ligne.

Cette ligne est complète jusqu’à la soixante-septième lettre. Après 0EOic , MM. Hamilton, Jollois et Devilliers n’ont rien découvert : la lacune , dit le premier de ces voyageurs , est de dix-sept à dixliuit lettres : elle peut être plus considérable ; car la première ligne contient quatre-vingt-sept lettres ; la troisième a donc pu en contenir quatre-vingt-sept ou quatre-vingt-dix.

M. Gau a seul aperçu quelques traces, ainsi dis-

jyS INSCRIPTIONS UES TEMPLES.

posées, oeoic *■ La lacune est de six

lettres ; en se reportant à l’inscription du propylon, on demeure convaincu que ccs lettres appartiennent au mot. . . . kai]capo[c, et faisaient partie de l’expression de la date en année, mois et jour, comme dans l’inscription du propylon : . . kai TOlï STNNAIOE 0EOIX ETOYZ AA KAI2APOZ QUT© ZEBA- ZTHI W>.

Le nom du préfet Avillius Flaccus donne le moyen de renfermer la date de l’inscription dans des limites assez resserrées ; car Pbilon nous apprend que Flaccus gouverna l’Égypte pendant six années , dont cinq sous Tib 'ere, et une sous Caligula U). D’après cette autorité positive , la date se trouve comprise entre les années 3a et 37 de notre ère, qui sont les années 19 à a3 de Tibère , ou les cinq dernières de son règne.

La première lacune est de cinq lettres ou six au plus, dont trois formaient le commencement de KaiVapo? î reste la place de deux ou trois lettres, qui ne peuvent être que l (XuxatôavTOî) et une ou deux lettres numériques, telles que 10, K, ka, kb, ki\

Le reste de la ligne était occupé par le nom de l’empereur, par le mois et son quantième. L’analogie peut nous les faire retrouver. Nous avons vu que les Tcntyriles avaient choisi le jour de la naissance d’Auguste , pour faire la dédicace du propylon qu’ils venaient d’acbever l3). Il est présumable qu’on aura

CD Suprà , p. i5-j. == m Advenus Flaccum, p. 5i8, ed. Monge r. = « Suprà, p. 170 , 17 1.

PRONAOS DE TENTYRIS. I79

également choisi le jour de la naissance de Tibère pour la dédicace du pronaos ; on pouvait difficilement prendre un jour plus agréable au prince, dont le nom devait être inscrit sur le monument. Tibère mourut le 26 mars de l’an 790 de Rome , après avoir vécu soixante-dix-sept ans , quatre mois , neuf jours (1> : il était donc né le 17 novembre , jour auquel on devait célébrer ses généthliaques à Rome, et dans tout l’empire. Le 17 novembre répond au ai d’atliyr du calendrier Gxe alexandrin. Ainsi la lacune peut avoir été remplie entièrement par les vingt-cinq lettres suivantes : K..KAl]CAPO[c TIBEPIOT A0ÏP KÂ"]

La troisième ligne , composée d’environ quatrevingt-dix lettres , se lisait donc :

r.fàeu; xxi toü vojaoü tô irpévaov, Aypoôïnj peyiçri xai rôti ovvvâot s Stoti' L.. Kataapo; TiSepîou, AS ùp KÂ".

Cette leçon ne donne lieu qu’à une observation , relative au neutre zô itpôvxov, qui existe dans les copies de MM. Hamilton et Gau : ces deux autorités sont contraires à celle de MM. Jollois et Devilliers, qui lisent tov Ttpévxov : je crois que c’est une inadvertance ou une correction. A la vérité, le mot Tpovxo; est ordinairement du masculin ; ainsi l’emploient Strabon C2), Lucien t3>, Pausanias(,), et cette forme est plus analogique; mais les autorités des deux voya-

“> Dio Cass., LVIII, 38.= w Strab., XVII, p. 8o5. = De Ded Sjrid, $ 3o. = w Pausan., VIII, 3a.

l8o INSCRIPTIONS DES TEMPLES,

geurs me paraissent prépondérantes ; je puis y joindre l’inscription de Gunakli , dans la grande Oasis ü), où se lit tô TT pivaov , de même que dans le scholiaste de Sophocle m ; et c’est le genre neutre que les latins ont donné à ce mot quand ils l’ont latinisé dans pronaum a\

Nous pouvons donner maintenant le texte complet , sauf un nom propre :

"ÎCtcip «ÙTOxpatTopoî Tifcpt'ou Kataapoî , vécu liêaçoO , 2tov leëaçoû vtoû,

iiti Aviïh'ou Ilonh’cu $>.«'xx ou r,yefi6vot imrpx-

rfyov , lapon: iwvoç Tp'jyâfj£ov ç-parryoüvroç , o! àiti tüî prrpo7to').f6>î xai tou vopoù to itpo'vaov,

À fpo&rn 5eà peyiVx xai tok cuvvaoi; Seoi;'

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