LE LIQUIDE AMNIOTIQUE PEUT-IL ÊTRE PRODUIT PAR L'ORGANISME MATERNEL
Ahlfeld (1) présentant un fœtus très petit, qui se trouvait entouré d'une g-rande quantité d'eau, émit l'opinion qu'il était impossible que ce liquide eût été fourni par l'org-anisme fœtal. Selon lui, le liquide amniotique devait provenir de l'org-anisme maternel ; pour expliquer cette orig-ine, Ahlfeld soutint qu'au début de la grossesse, l'utérus subit une hypertrophie excentrique; la pression dans l'intérieur de la cavité utérine est alors inférieure à celle de la cavité abdominale : la pression reste nég'ative, par rapport à celle de la cavité abdominale, jusque vers la fin du troisième mois, moment auquel l'œuf adhère de tous côtés à la paroi utérine.
D'après cet auteur, ce seraient surtout les vaisseaux de la caduque réfléchie qui seraient influencés par cette différence de pression. Ces vaisseaux cheminent en effet à la surface de l'œuf; le liquide qui s y trouve contenu transsudant à travers leurs parois, traverserait le tissu lâche du chorion et de Tamnios, pour venir s'accumuler dans la cavité amniotique.
A l'appui de son opinion, Ahlfeld rappelle que Redner
(j) Gesellschaft fur Geburtshûlfe in Leipzig, 19 novembre 1877.
a pu suivre les matières colorantes du sang-, qui à travers le chorion s'étaient avancées jusque dans l'épithélium de l'amnios.
Dans cette communication il y a deux points distincts :
r L'assertion de Ahlfeld qui, pour expliquer l'orig'ine maternelle du liquide amniotique, a admis l'influence que pouvait avoii' une pression nég-aiive dans l'intérieur de la cavité utérine.
Il est probable qu'il n'y a là qu'une simple vue de l'esprit. En tout cas, personne n'a encore, du moins à notre connaissance, démontré que la pression utérine, pendant les trois premiers mois de la grossesse, est inférieure à la pression de lo cavité abdominale.
2° A côté de cette vue théorique, qui ne peut avoir que la valeur d'une hypothèse ne s'appuyant sur aucun fait vérifié, Ahlfeld fait allusion aux recherches de Redner.
Si les faits anatomiques avancés par cet auteur sont bien exacts, ils peuvent prouver que l'org-anisme maternel contribue à la formation du liquide amniotique, puisque l'on peut suivre dans l'épaisseur des membranes les matières colorantes du sang* qui, après s'être échappées à travers les parois des vaisseaux maternels, sont venues s'arrêter dans l'épithéliura de l'amnios.
Les études de Léopold sur les lymphatiques de l'utérus g-ravide et des membranes de l'œuf apportent un solide appui à ces rech ;rches.
Léopold (1), après avoir rappelé la disposition des
(1) Verhandlungen der Gynœck section der iialurforscher Versammlung zuBreslau, 1874, 22 septembre.
lymphatiques iju'il a décrite pour l'utérus non gravide, ajoute :
« Sur un utérus g-ravide, la connaissance de la muqueuse utérine est de la plus g-rande importance. On voit que les espaces lymphatiques communiquent entre eux comme sur un utérus non g'ravide.
« Ainsi, toute la caduque qui, aussi bien dans les premiers mois que dans les derniers de la grossesse, entoure l'œuf nomme une enveloppe plus ou moins épaisse, doit être reg-ardée comme un énorme réseau de lymphatiques communiquant les uns avec les autres.
« On peut étudier cette disposition aussi bien sur les œufs expulsés à terme, que sur ceux qui le sont avant leur maturité. »
Ces recherches montrent que non seulement le placenta, mais encore toutes les membranes, et en particulier l'amnios, présentent une structure lymphatique , et que la cavité amniolique peut être considérée comme un sac lymphatique (und die Amnionhohle als ein Lymphsack zu betrachten ist).
Ajoutons que M. Léopold a bien voulu nous montrer les préparations qui font l'objet de cette communication, et, en les rapprochant de celles que nous avons pu faire, il neus semble non seulement qu'il ne peut y avoir aucun doute sur l'existence d'espaces lymphatiques dans la membrane amniotique, mais encore que la comparaison de Léopold est absolument exacte, et que l'amnios est un véritable sac lymphatique.
Ces recherches intéressantes montrent sans doute que les liquides peuvent passer de l'organisme maternel
dans la cavité amniotique ; mais elles ne démontrent pas qiiils passent. Il fallait, pour établir ce point, entreprendre des recherches directes ; elles nous paraissent avoir été surtout faites par Zuntz et par Wiener (1).
Zuntz (2) a injecté du sulfate d'indig-o dans la jug-ulaire de lapines pleines; jamais il n'a trouvé de matière colorante dans le fœtus, tandis qu'il y en avait toujours dans le liquide amniotique. 11 en a ég-alement trouvé dans ce dernier, si avant l'injection le fœtus était mort; c'est-à-dire dans des cas oii on ne pouvait, en aucune façon, faire intervenir la circulation fœtale.
De ses recherches, Zuntz croit pouvoir conclure que les substances peuvent passer du sang maternel dons le liquide amniotique sans avoir à passer par le corps du fœtus, « et que^ au moins pour une partie, le liquide amniotique provient du sang maternel. »
Wiener (3) a repris ces expériences sur une base plus larg*e et a publié les résultats qu'il a obtenus dans un récent mémoire, dont la première partie, entièrement consacrée à l'exposition de ses recherches, nous paraît constituer le travail le plus net et le plus remarquable qui ait été écrit jusqu'à présent sur cette question.
Il se servit dans ses expériences d'une solution de sulfate d'indig-o, qu'il injecta dans les vaisseaux veineux de femelles pleines; il fît 6 expériences qui lui donnèrent les résultats suivants :
(1) II est bien entendu que nous laissons de côté un grand nombre de notes et de mémoires sans importance.
(2) Pflugers, Archiv. Bd XVf.
(3) Ueber die Herkunft des Fruchstwassers. Arcb. fur Gynœck, Bd XVII, p. 24, 188i.
1° Il injecte dans la jug-uliiire d'une lapine une solution de 0,4 0/0. Mort de l'animal une heure après: liquide amniotique coloré, contenu stomacal coloré, les reins n'ont aucune coloration.
2° Lapine, même solution ; mort deux heures et demi après; liquide amniotique coloré : rien dans les reins.
3° Lapine, même solution ; mort demi-heure après : eau manifestement colorée ; le rectum et l'estomac ont un contenu coloré ; reins, rien ; le fœtus a 4 centimètres et demi de long".
4° Lapine, injection de 1 6 ce. d'une solution de 1,5 0/0; celte première injection est suivie d'une seconde de 64 ce. d'eau; mort demi-heure après. Très peu d'eau dans la cavité de l'amnios, mais elle est manifestement colorée. Contenu de l'estomac et du rectum coloré. Reins, rien ; l'examen histolog-ique a été fait.
5" Lapine, injection de 12 ce. d'une solution à 1 0/0 ; au boutd'un quart d'heure, on ouvre une vésiculeamniotique : de la matière colorante y est contenue.
On injecte ensuite 40 ce. d'eau dans la veine jugulaire; la mort survient dix-sept minutes après : il y a de la'matière colorante dans l'eau de l'amnios, mais en quantité ég>ale à celle de l'œuf précédent
Exp. Mêmes résultats que dans la précédente.
L'auleur ajoute qu'il ne pouvait y avoir aucun doute sur la nature de la coloration, car le microscope a montré la présence de g-ranulalions caracléristiques de sulfate d'indig-o dans les hquides colorér,.
Dans tous les cas précédents, la coloration était peu marquée ; l'auteur attribue ce faible passa-e àce qu une
grande partie de la substance colorante, injectée dans les veines, s'éliminait par les reins de la mère.
Aussi a-t-il varié ses expériences, et a-t-il opéré en enlevant préalablement les reins de la mère ; dans ces cas, la coloration du liquide amniotique était très accentuée.
Donc « il est établi, ainsi que Zuntz l'a déjà dit, que des matières colorantes contenues dans le sang- maternel peuvent passer dans le liquide amniotique sans traverser l'organisme fœtal. »
Cette conclusion nous paraît être absolument juste, et être rig*oureusement déduite des expériences que nous venons de rapporter.
Nous avons cru devoir reprendre ces recherches, qui nous paraissaient être trop importantes pour ne pas devoir être vérifiées, d'autant plus qu'elles étaient en contradiction formelle avec les résultats obtenus par d'autres auteurs, notamment par Gusserow(l), etc.
D'autre part, elles s'accordaient avec les expériences de Schauenslein et Spaeth qui, ayant donné de l'iodure de potassium à des femmes syphilitiques, purent trouver de l'iode dans le liquide amniotique, et surtout avec celles de Mayer qui retrouva dans l'eau de l'amnios et le rectum du fœtus des traces d'indig-o et de safran qu'il avait injectés dans les vaisseaux de la mère etc, etc. (1).
Nous avons cru devoir modifier le manuel opératoire mis en pratique par Wiener.
En effet, si bien faites que fussent les solutions dont
(1) Gusserow. Arch. fûr Gynœk, t. III, loc. cit,
(2) Voy. encore Fehling. Arch. fur Gynœk, t. IX, p, 314.
se servait cet auteur, «'était toujours de petites masses, de petits g-rains qui traversaient les membranes. Aussi a-t41 rencontré de grandes diflicultés, quand il a voulu déterminer les voies par lesquelles ce passag-e s'effectuait.
Il trouvait des petits g-rains un peu épars partout, et il lui était impossible de les suivre dans leur marche, à travers les membranes.
De plus, il a conclu de ses recherches que le liquide injecté à la mère transsudait seulement à travers les membranes et ne traversait pas le placenta ; il était possible de se demander, si en ag-itsant avec des liquides ne contenant aucune particule solide, on n'arriverait pas à un résultat différent.
Nous nous sommes donc servi dans nos expériences d'une solution de Prussiate jaune de potasse, et nous avons suivi la méthode que nous avons déjà indiquée plus haut. (Voy. page 43).
Nous avons toujours expérimenté sur des lapines arrivées près du terme de la g'rossesse.
En effet, pendant la première moitié de la g-rossesse, l'œuf de la lapine est tellement différent de l'œuf humain, que les expériences entreprises sur le premier, n'aurait pu avoir g-rande valeur pour déterminer ce qui -^e passe dans le second.
Expérience
Lapine pleine et sur le point de mettre bas. Après avoir fait une incision à la peau du ventre, je mets l'utérus à découvert; puis, le tirant au dehors, j'injecte
dans line des grosses veines utérines qui sont extrêmement dilatées, 60 g-outtesd'une solution de ferrocyanure de potassium à 1 0/0.
Au bout de 30 minutes, je tue la mère.
En traitant le liquide amniotique de tous les œufs par une solution de sulfate de fer, je vois api^araître une belle coloration bleue.
A l'autopsie des fœtus qui tous sont vivants, je trouve que l'estomac est distendu par du liquide qui traité par le sel de fer, prend une coloration bleue.
Chez 2 fœtus seulement sur 8, le bouchon muqueux qui obture l'extrémité inférieure du rectum, devient bleu après avoir été traité par le sel de fer. Je nai pu produire sur aucun des fœ lus, de réaction caractéristique dans les reins.
La vessie contenait quelques gouttes d'urine claire comme de l'eau de roche.
Ce liquide traité par le sel de fer ne ma montré aucune réaction.
La membrane de l'amnios se colorait fortement par l'adjonction d'un sel de fer. L'examen histolog-ique de cette membrane a montré les particularités suivantes.
Par places on voit une teinte bleue généralisée, sans que l'on puisse distinguer aucun élément ; le ferrocyanure semble avoir imbibé toutes les parties de ia membrane, sans aucun point d'élection. Mais sur la plus grande partie de la membrane, il n'en est pas de même, la couleur bleue n'existe que sur des lignes minces et sur ces points la préparation est entièrement identique aux préparations que l'on obtient quand on a traité une membraneamniotique par le nitrate d'argent(voy.pl. 111, fig. 2).
En voyant cette similitude d'aspect, j'avais tout lieu de croire que le ferrocyanure fie potassium était passé dans les espaces qui séparent les cellules épithéliales les unes des autres, espaces qui sont colorés en noir, dans une imprég-nation d'arg'ent et qui ici ont une coloration bleue ; les espaces clairs correspondant aux points occupés par les cellules non colorées.
Pour démontrer que la matière bleue était bien déposée dans les espaces inlercellulaires et non pas dans un réseau spécial indépendant du revêlement épithélial, j'ai tenté de déterminer la nature des éléments contenus dans les espaces transparents, limités par le réseau bleu.
Pour cela, j'ai essayé l'emploi de plusieurs réactifs que j'avais à ma disposition, le picro-carmin, et l'hématoxyline.
Je ne suis arrivé par ce moyen à aucun résultat car : 1° le picro-carmin, à cause de l'excès du sel de fer dont était imbibée la préparation, formait de g-ros grumeaux noirâtres qui obscurcissaient la préparation.
2° L'hématoxyline donnait à la préparation une teinte, bleue qui m'empêchait de disling-uer les dépôts dus à l'action du sel de fer sur le prussiate de potasse.
J'ai ainsi abimé un certain nombre de bonnes préparations. Sur les conseils démon maître iW. Corn il j'ài dû modifier, dans de nouvelles expériences que j'ai faites, mon manuel opératoire.
2® Expérience
Le 6 juin, je prends une lapine nleine, 8 jours avant la mise bas ; j'injecte lentement dans la veine jug^ulaire
20 ce. cubes d'une solution de ferrocyanure de potassium à 8 0/0.
Cette solution était chauffée à 33°. C'est là une précaution importante ; car j'ai souvent vu mourir très vite les animaux dans les veines desquels je faisais des injections froides. Quand le liquide injecté est chaud, les animaux supportent très bien l'opération; et il est rare, pourvu que l'on prenne des précautions suffisantes, de les voir succomber pendant ou après l'opération. 25 minutes après l'opération je sacritîe l'animal.
Le liquide amniotique contenu dans les œufs, traité par une solution de perchlorure de fer me donna une réaction bleue très-manifeste. L'estomac de tous les fœtus contenait un liquide à reflet bleuâtre avant que je n'aie tenté aucune réaction ; le liquide prenait une coloration bleue très-intense, dès que je le faisais tomber dans ime solution de perchlorure de fer.
J'ai fait l'examen des membranes, en employant le procédé suivant.
Tout d'abord j'ai choisi comme réactif le perchlorure de fer ; c'est de tous les sels de fer cehii qui m'a donné les meilleurs résultats; car il ag-it vite, sans laisser de grumeaux, ni de ces cristaux qui étaient fort g-énants quand j'employais d'autres sels de fer.
J'ai choisi une solution de perchlorure de fer à 1 pour 200 parties d'eau. Une solution trop forte est défectueuse, car elle empêche l'action ultérieure de l'acide osmique. Après plusieurs essais infructueux, je me suis décidé à adopter la méthode suivante. ;
J'étale la membrane sur une plaque de verre, ce qui'
est toujours facile, sans que l'on ait besoin de la faire flotter dans nn vase rempli d'eau.
Il ne faut pas en eflet laver la membrane, parce que l'eau dissout très rapidement le ferrocyanure de potassium dont peut être imprég-née la membrane, et on risque d'avoir des résultats nég-atifs et de vicier ainsi les résultats de l'expérience.
La membrane étalée sur la plaque de verre, je porte celle-ci sous le microscope muni d'un objectif faible (objectif 1, ocul. 2 de Verick), puis à l'aide d'une baguette de verre, je laisse tomber une petite g-outte de perchlorure de fer sur la membrane.
La réaction bleue se produit d'une manière instantanée; la coloration est très franche ettrès nette. Quand on voit qu'aucune partie ne se colore plus, on lave la préparation dans de l'eau distillée; pour cela, il suffit de tremper la plaque de verre recouverte de la membrane dans un cristallisoir rempli d'eau; l'excès de perchlorure est chassé, mais la coloration bleue persiste, si on ne laisse pas la pièce plus d'une demi-minut(î dans l'eau. Il arrive quelquefois, quand on veut obtenir la réaction bleue, qu'on voit apparaître par place de petits linéaments ou de petits points de cette couleur, mais très pâles ; si on veut avoir une coloration plus franche, il suffit d'avoir à sa disposition une solution de perchlorure de fer à 1/100; on ajoute alors une g-outte de ce dernier réactif, et la coloration devient plus nette.
Une fois la membrane lavée,on l'expose sous une cloche aux vapeurs d'une solution d'acide osmique au centième, au bout de deux heures, on lave de nouveau la mem-
brane et on la monte soit dans le baume, soit dans la g-lycérine.
L'examen au microscope montre alors que les cellules fixées par l'acide osmique sont uniformément teintées; leur noyau est très apparent. Sur leurs bords, au point où se trouve le cément inter-cellulaire, on voit une lig-ne qui est non plus bleue, mais violacée à cause de l'action de l'acide osmique. On peut constater que c'est bien entre les cellules et non pas dans leur intérieur que se trouvait le ferro cyanure de potassium.
Rappelons que nous avons obtenu les mêmes résultats dans les expériences que nous avons faites, pour constater comment les liquides, injectés dans les vaisseaux ombilicaux, venaient transsuder à travers Famnios.
Ainsi donc, que les liquides qui pénètrent dans la cavité amniotique viennent de l'org-anisme maternel ou de l'org-anisme foetal, pour traverser le revêtement épithélial de l'amnios, ils prennent toujours la r7,iême voie ; tout d'abord, ils passent par le cément intercellulaire; si on arrête à temps l'opération, on ne trouve du liquide qu'en ces points. Ce n'est que plus tard et secondairement que l'on peut observer une coloration bleue de l'intérieur des cellules.
De ces expériences, nous croyons donc pouvoir affirmer que des liquides peuvent passer de l'organisme maternel dans la cavité de l'amnios et cela non pas d'une manière lente, mais assez rapidement pour que l'on ait à en tenir compte, quand on étudie les odgines du liquide amniotique.
De plus, il nous paraît certain qu'il n'est pas d'absolue nécessité que, pour opérer ce passag-e, les liquides passent par le placenta fœtal, l'org-anisme fœtal, et soient éliminé par les urines du fœtus. Ce passag-e peut se faire directement, à travers le chorion et la partie de l'amnios qui ne correspond pas au placenta.
Nous accepterons donc de point en point les conclusions de Wiener; nous nous permettrons de faire remarquer que ces conclusions doivent être d'autant plus vraies, qu'en suivant tous deux des méthodes opératoires différentes, nous avons obtenu des résultats identiques.
Il est possible à l'aide de la technique donnée plus haut d'apprécier les voies par lesquelles passe le liquide. Sur ce point d'anatomie expérimentale, nous sommes en désaccord avec Wiener.
Cela tient aux différents corps que nous avons employés dans nos injections et nous pensons qu'à l'aide de solutions de ferrocyanure de potassium, on obtient des résultats bien plus certains qu'avec des solutions d'indig-o, ainsi que nous l'avons dit plus haut.
La fîg". 2, pl. m, représente la préparation que nous avons laite après l'expérience n° 1.
On voit que l'aspect est identique à celui que l'on obtient à la suite d'une imprégnation de l'amnios parl'arg-ent.
Dans certains points, on trouve des amas bleus plus volumineux et plus foncés; ces amas sont situés aux lieux de réunion de plusieurs cellules épithéliales, là où le cément intercellulaire est plus larg-e ; enfin, il y a des points où les cellules épithéliales semblent manquer;
ces espaces sont limités par une lig-ne plus foncée et plus épaisse.
Après fixation des éléments par l'acide osmique, on a une préparation identique à celle qui est fîg-urée (pl. m, fig-. 3.)
Tout ce que nous avons déjà dit pag'e 65, à propos du passag-e à travers l'amnioc des liquides injectés dans la veine ombilicale, s'appliquerait complètement à ces expériences.
Deuxième section
DE LA QUANTITÉ DE LIQUIDE AMNIOTIQUE A L'ÉTAT NORMAL. — CAUSES DES VARIATIONS INDIVIDUELLES. —DES VOIES DE RÉSORPTION DU LIQUIDE AMNIOTIQUE. - CONCLUSIONS GÉ- NÉRALES.
Nous venons d'éludier les diverses sources du liquide amniotique. Avant d'aller plus loin et de donner une conclusion définitive sur le plus ou moins d'importance que ces sources. peuvent avoir dans la g'enèse g-énérale de ce liquide, nous croyons devoir étudier ce dernier en lui-même, surtout au point de vue de sa quantité.
De la quantité de liquide amniotique à Vélat normal. — On sait que la plupart des auteurs admettent qu'à terme, la quantité normale du liquide amniotique ne dépasse pas un kilog'ramme et demi. Cette quantité est du reste très variable, nonseulement suivant les individus, mais encore selon les diverses époques de la grossesse.
Dans leur Traité de l'art des accouchements, MM. Tarnier et Ghantreuil disent à ce sujet :
« La quantité du liquideamniotique est très- variable. Ce liquide est peu abondant au début de la g-estation; mais àpartir du deuxième mois, il aug-mente d'une façon notable. Le poids du foetus et celui du liquide sont à peu près les mêmes vers le milieu de lagTossesse;
mais, à partir de cette époque, le poids du fœtus est plus considérable et devient au terme de la grossesse cinq ou six fois plus grand que celui du liquide amniotique, qui ne s'élève g-uère au-dessus de 500 g-r., Ainsi l'on peut dire que les eaux de l'amnios augmentent d'une façon absolue jusqu'à la fin de la g-rossesse, mais que relativement au fœtus elles aug-mentent dans la première moitié et diminuent dans la deuxième période de la gestation. Du reste, au moment de l'accouchement, la quantité du liquide amniotique est très-variable suivant les sujets; parfois elle n'est que de quelques g-rammes; tantôt, au contraire, elle dépasse un kilogramme et constitue alors un état pathologique connu sous le nom d'hydramnios. »
Mais cette opinion est loin d'être admise par tous les auteurs. En effet si on parcourt seulement les ouvrag-es classiques, on est frappé de l'immense variété des opinions.
Baudelocque, Capuron, Playfair, Tarnier et Chantreuil pensent que la quantité du liquide amniotique s'accroît rég-ulièrement jusqu'à la fin de la g-rossesse.
Au contraire, Garl Braun pense qu'au septième mois la quantité de liquide ainniolique est double de celle que l'on trouve au moment de l'accouchement.
Cairipana admet que la quantité atteint son maximum du cin(iuième au sixième mois. A la fin de la g-rossesse, elle est réduits de moitié (1).
(1) Voy. aussi Litzmann (Handworterbuch der physiol. von Wagner art. Schwangerschaft, p. 93, t. III),
Scanzoni. Lehrbuch der Geburtshûlfe, p. 95. Ces deux auteurs admettent que la quantité de liquide amniotique diminue pendant la deuxième moitié de la grossesse .
Bar. 6
Pour résoudre ces questions, il fallait faire des recherches directes; le premier auteur qui nous paraisse être entré dans cette voie est Gassner (1).
Gassner a opéré en pesant les femmes avant la rupture de poche des eaux, puis ensuite après la délivrance. Pour avoir le poids du liquide amniotique, il lui suffisait d'ajouter à ce dernier chiffre les poids du placenta et de l'enfant; la différence entre le total et le poids delà femme avant la rupture de la poche des eaux représentait la quantité de liquide amniotique qui s'était écoulé pendant l'accouchement. Malheureusem ent, dans son mémoire, Gassner n'entre jamais dans le détail de ses observations, et se borne à enregistrer des résultats qui, sans aucun doute, doivent avoir été obtenus avec des faits bien disparates, que l'auteur a réunis et confondus ensemble. Voici du reste les conclusions de cet auteur.
Le liquWe amniotique Le poids du fœtus
augmente de augmente de
10 Dans le 8^ mois (lunaire) 0 kii. 375 0 kil. 500
— ge — — 0 kil. 250 0 kil. 750
lOe 0 kil. 250 0- kil. 750
2o Chez une primipare, les poids du fœtus, du liquide amniotique du placenta sont moindres que chez une multipare. La différence est en moyenne de 0 kil. 104 pour l'enfant, de 0, kil. 202 pour le liquide amniotique, et de 0, kil. 016 pour le placenta (2).
(1) Monatschrift fiir Geburtskunde, Bd 19.
(2) Loc. citato, p. 23.
3° Voici enfin la quantité de liquide amniotique aux époques de la grossesse.
la grossesse.
7e mois (lunaire), 8e — — 90 „
Quantité du liquide amniotique.
1004 gr, 1365 gr.
1618 gr.
1877 gr.
Nombre
Pour 1 kilogr
de cas
de femme
observés.
on a
3 cas.
17 gr. 87
24 gr. 40
27 gr.
30 gr.
Si on examine la dernière colonne du tableau qui précède, on voit que Gassner admet un rapport direct entre le poids de la mère et la quantité de liquide amniotique.
Nous avons tenu à donner avec quelques détails les conclusions de Gassner, parce que, dans tous les mémoires consacrés à l'étude de l'hydramnios, on ne manque jamais de citer les chiffres donnés par cet auteur, et de faire remarquer que la quantité du liquide amniotique est plus g'randeà l'état normal qu'on ne le pense g-énéralement.
Nous ne pouvons cependant pas accepter ces conclusions sans faire quelques réserves. Ainsi que nous le di sions plus haut, Gassner n'entre dans aucun détail sur ses observations qui, suivant les époques de lag-rossesse, portent sur des nombres de cas très inég-aux. Enfin quand nous l'avons vu prendre dans ses conclusions, comme unité, 1 kilog". de femme et lui rapporter les différentes quantités de hquide amniotique, nous n'avons pu nous défendre de penser aux sag-es préceptes que donne Claude Bernard sur l'emploi des moyennes en physiolog-ie : « En physiologie il ne faut jamais donner
des descriptions moyennes d'expériences, parce que les vrais rapports des phénomènes disparaissent dans cette moyenne; quand on a affaire à des expériences complexes et variables, il faut en étudier les diverses circonstances. Les moyennes doivent donc être repoussées parce qu'elles confondent en voulant réunir, et faussent en voulant simplifier. En résumé, toutes les applications du calcul seraient excellentes si les conditions physiologiques étaient exactement déterminées. C'est donc sur la détermination de ces conditions que le physiologiste et le médecin doivent concentrer pour le moment tous leurs efforts. Il faut d'abord déterminer exactement les conditions de chaque phénomène, c'est là la véritable exactitude biolog-ique, et sans cette première étude toutes les données numériques sont inexactes, et d'autant plus inexactes qu'elles donnent des chiffres qui trompent et en imposent par une fausse apparence d'exactitude » (1).
Pour toutes ces raisons, le travail de Gassner nous paraît devoir être définitivement écarté.
Tout autre est le mémoire queFehling- a consacré à ce sujet (2).
Fehling- n'a pas employé la méthode expérimentale de Gassner, parce que le procédé de ce dernier ne permet pas de noter les quantités d'acide carbonique et d'eau qui, pendant le travail, s'échappent parles poumons et par la peau : il remarque que ces quantités doivent être plus grandes pendant le travail de l'accou-
(1) Introduction à l'étude de la médecine expérimentale, p. 236-238.
[2) Uber die physiologische Bedeutung des Fruchtwassers. Arch. fiir GyntEk, t. XV, p. 221.
chement qu'à l'état normal, et qu'ainsi la moyenne de 1 kilogr. 500 gr. par jour, donnée parValentin, esX insuffisante.
Pour se mettre à l'abri de cette cause d'erreur, Fehli nga opéré de la manière suivante :
11 déchirait les membranes avec le doig-t, ou les ponctionnait avec un trocart, puis recevait dans un vase les liquides qui s'échappaient. Les eaux qui s'écoulaient ensuite étaient recueillies sur des alèzes étendues sous la malade, et reposant elles-mêmes sur une toile imperméable. Il pouvait, en pesant ces alèzes avant et après l'accouchement et en ajoutant à la différence le poids de liquide recueilli au début directement dans un vase, apprécier exactement la quantité de [liquide amniotique.
Fehling" a fait beaucoup moins d'observations que Gassner, mais il a résumé dans un tableau tous les cas particuliers qu'il a observés, et il y a joint toutes les particularités qui pouvaient être intéressantes.
Voici, du reste, le tableau de Fehling- (Voy. page 88).
A côté des résultats obtenus par Fehling-, nous placerons ceux que nous avons eus dans les quelques expériences que nous avons pu faire dans le service de M. Tarnier.
Nous avons suivi le procédé expérimental mis en usag-e par Gassner, mais en le modifiant sensiblement. Nous pesions la femme une première fois avant son accouchement, et une seconde fois immédiatement après l'expulsion du fœtus, mais avant la délivrance. Il nous suffisait d'ajouter àce dernier nombre celui du poids du fœtus, et de déduire du premier chiffre obtenu le total.
Quantité
OI2i ^Vili
T 1^ M mi ûii 1*
JLjU [l^Uo U.L