‹ Recherches pour servir à l'histoire de l'hydramnios (pathogénie)Chapitre 6 sur 18 · EXPÉRIENCE · texte numérisé non relu

EXPÉRIENCE

Le 3 juin 1881, nous prenons une lapine pleine qui devait mettre bas huit jours plus tard.

Après avoir ouvert la cavité abdominale et mis à nu l'utérus, nous injectons, avec une sering-ue de Pravaz, sous la peau de trois des fœtus quelques g-outtes d'une solution de ferrocyanure de potassiupi. Il est facile, avec un peu d'exercice, de saisir le fœtus sur ses parties latérales et d'appliquer son dos contre la paroi utérine; on peut alors lui faire aisément une injection sous-cutanée.

Au bout de quatre minutes, nous ouvrons un des œufs et prenons le fœtus, nous pouvons nous assurer que l'injection a été faite sous la peau du dos au niveau de l'omoplate. La vessie contient quelques gouttes d'urine qui, traitées par le perchlorure de fer, se colorent fortement en bleu. Les reins traités par le même réactif prennent ég-alement une belle couleur bleue. Sept minutes après l'injection, nous prenons les deux autres fœtus ; sur l'un, l'injection avait été faite dans là région fessière ; sur l'autre, elle avait f)énétré dans la plèvre droite.

Dans ces deux cas, les reins étaient imprég-nés de ferocyanure despotasium; l'urine qui se trouvait dans la vessie, en contenait ég-alement, comme nous avons pu nous en assurer, en la traitant par une solution cle percblorure de fer.

Nous avions donc la certitude que bien quun très court laps de temps se fût écoulé entre le moment de t injection et celui de V autopsie, le ferrocyanure de potassium avait déjà passé dans les urines, ce qui nécessite un fonctionnement actif des g-landes rénales.

Pour donner plus de certitude à notre expérience, nous avons cru devoir faire Texamen histolog-ique des reins.

Nous avons adopté la technique suivante.

Immédiatement après les avoir retirés du fœtus, nous mettons les reins dans de l'alcool au tiers ; au bout de deux heures, il est possible d'en fairedes coupes ; celles-ci faites^ il faut avoir soin de ne pas les placer dans l'eau, mais de les porter directement sur une plaque de verrealors on les traite avec une solution de perchlorure de fer au centième.

Dans notre cas, nous vîmes la préparation se colorer en bleu. A l'aide d'un faible g-rossissement, il était possible de voir que c'était à l'iraprég-nation des cellules des tubes urinifèrespar dubleude Prusse, qu'était due la coloration nouvelle prise par la grande rénale, sous l'influence du perchlorure de fer.

En employant un objectif n" 8 et oc. n° 2 (Verrik), nous avons obtenu l'aspect qui est fig-uré pl. 1, fig-. 3.

Le ferrocyanure s'était infiltré dans les cellules qui

tapissent les tubes urinifères, et qui après la réaction du sel de fer sont devenues bleues.

Cette coloration est surtout accentuée à la périphérie des cellules.

Dans les tubes les plus larges, la lumière est libre; mais c'est là une disposition artificielle, due à l'action de l'alcool, car on peut voir, dans la préparation, un g-rand nombre de tubes de calibre étroit, dont les cellules sont parfois peu colorées, mais dont la lumière est obturée par une petite masse bleuâtre.

De cette expérience, on peut conclurequ''une substance liquide absorbable etdiffusible injectée dans la circulation fœtale passe rapidement dans les urines ; si au bout de4 à 7 minutes, le ferrocyanure de potassium a pu traverser l'épithélium des canaux urinifères pour se mêler à l'urine, n'est-ce pas une preuve que les reins sécrètent et même sécrètent avec une activité comparable à celle des glandes rénales chez un homme adulte, puisqu'il faut le même temps chez un fœtus et chez un adulte, pour qu'un corps étrang-er dissous dans le sang et entraîné par la circulation générale apparaisse dans les urines ?

4° Preuves tirées de la composition chimique du liquide

amniotique.

On a voulu encore chercher une preuvede l'excrétion de l'urine dans la cavité do l'amnios, en comparant la composition chimique de l'urine et celle du liquide amniotique. C'est là une catégorie de preuves auxquelles on ne peut attacher aucune valeur.

En effet, d'après les analyses du liquide amniotique publiées jusqu'à ce jour, ce liquide contient de l'urée. On pourra lire avec intérêt le remarquable article que Prochownick (1) a consacré à ce sujei.

Cet auteur termine ainsi :

« La conclusion certaine que l'on peut déduire de nos recherches est que: 1° le liquide amniotique de l'œuf humain contient de l'urée à tous les moments de la grossesse depuis la sixième semaine.

a 2" Cette urée est un produit fœtal qui est éliminé par la peau et par l(!s reins.

« 3° La quantité d'urée est sûrement, pour le dernier tiers de la g-rosse&se proportionnel à la long"ueur et au poids du fœtus ; vraisemblablement il en est de même pour les deux premiers tiers de la grossesse » (Page 321.)

Les recherches de Prochownick montrent seulement que le liquide amniotique contient de l'urée et des produits excrémentitiels ; mais rien ne prouve que ces substances ont été ^éliminées par les reins ou par la peau.

En effet, Fehling- (2) qui, lui aussi, a fait un certain nombre d'analyses du liquide amniotique et y a trouvé de l'urée, soutient que la richesse de ce liquide en urée n'est pas plus grande que celle des liquides séreux; il compare aux analyses de liquide amniotique, celles du

(1) Beitrage zur Lehre vom Fruchtwasser und seiner Entstehiing, Arch. fùr Gynsek, tome XI, p. 304. Outre les recherches de cet auteur, on trouvera, dans cet article, un historique très complet de la question. Une partie des tableaux de Prochownick a été reproduite par Pinard, art. Fœtus, du Dict. encyclopédique des sciences médicales.

(2) Loco citato.

Bar, a

sérum du sang (Picard elFeliling*), de la lymphe (Wurtz), du sang- (Wurtz), du liquide contenu dans les kystes de l'ovaire (Schrœder et Sievert); lousces liquides contiennent de l'urée. Aussi Fehling- se sert-il des analyses qu'il a faites pour soutenir que le liquide amniotique est exclusivement produit par la transsudation des parties liquides du sang' fœtal, à travers les parois des vaisseaux ombilicaux et l'amnios.

Fehling nie l'excrétion urinaire pendant la vie intrautérine, parce que le liquide amniotique contient de l'albumine, tandis que l'urine, chez les fœtus vivants, n'en contient pas.

Cette objection est loin d'avoir une valeur aussi absolue que le pense cet auteur; elle prouve non pas que le fœtus n'urine pas pendant la vie intra-utérine, mais seulement que l'excrétion urinaire n'est pas la seule origine du liquide amniotique

Déplus, les analyses données par les auteurs varient dans des limites très grandes ; sans doute, il faut attribuer la plupart de ces variations aux différents procédés opératoires employés par les chimistes, et dont beaucoup ne sont pas à l'abri de l'erreur; mais il faut autjsi tenir compte de la résorption rapide à laquelle est sujet le liquide amniotique, point sur lequel nous insisterons plus loin.

Enfin les analyses n'auront de valeur, qu'autant qu'elles se rapporteront à des cas dont l'histoire clinique sera entièrement connue, et à propos desquels toutes les recherchos anatomiques possibles auront été faites.

Jusqu'à présent, on ne nous a donné que des moyennes, et ces moyennes sont sans valeur.

Gusserow (1) a accumulé arg-uments sur arguments et semble s'être donné beaucoup de mal pour démontrer que le fœtus urine dans la cavité amniotique, non pas d'une manière continue et au fur et à mesure que l'urine arrive dans la vessie, mais d'une manière intermittente.

C'est là une question tout à fait accessoire et qui ne nous semble guère mériter les efforts faits par Gusserow pour édifier une théorie, d'ailleurs bien fragile. (Théorie des réflexes).

(1) Loc. cit. Arch. fûr Gynœck, t. III.

LE LIQUIDE AMNIOTIQUE PETJT-IL ETRE DU A LA SÉCRÉTION DE LA PEAU DU FŒTUS?

On admet g'énéralement que dans les premiers temps de la vie intra-utérine, alors que les reins ne fonctionnent pas encore, les liquides qui viennent s'accumuler dans la cavité amniotique sont un produit de la sécrétion cutanée du fœtus.

A ce moment, il y a très peu de liquide amniotique autour du fœtus. On voit cependant des cas où cette quantité devient très g-rande et est de quinze â ving-t fois supérieure en poids à celui de l'embryon; il est alors bien difficile d'accuser seulement la sécrétion de la peau.

Schatz (1) a soutenu que dans la deuxième moitié de la vie utérine, la peau avait une g-rande influence dans la formation du liquide amniotique.

Après avoir lu une observation concernant laprésence de l'hydramnios dans un cas de g-rossesse double, Schatz émit l'opinion que la peau a une action bien plus g-rande que les reins ; que, sans doute, il n'est g-uère possible de préciser le degré de participation de la peau ; mais il est certain, vu la haute température à laquelle est sou-

(1) Verhandlungen des Gynœk, Section dernaturforscher. Versammlung zu Brcsiau, 187/i. 19 septembre.

mis le fœtus dans la cavité utérine, que l'évaporation et la quantité de la sueur doivent être plus g'randes que chez nous; de plus, la constitution chimique de l'eau de l'amnios montre que la sueur participe plus à sa formation que les reins.

Après quelques objections que lui avaient faites Spieg-elberg-etEbell, Schatz dit d'une maniè^'e formelle qu'il « "place au 'premier rang comme cause de -production du liquide amniotique la peau et non les reins, »

Nous venons de donner tous les arg-uments fournis par Schatz à l'appui de son opinion. Ils n'ont g-uère que la valeur de simples hypothèses. 11 dit en effet que, par suite de l'élévation considérable de la température fœtale, l'évaporation doit être très considérable, et la sueur très abondante. Ce n'est là qu'une vue de l'esprit; il est inutile de la discuter. Un seul arg-uraent peut avoir de la valeur : c'est celui par lequel Schatz prétend que la composition chimique du liquide amniotique montre que la sécrétion de la sueui* joue un rôle plus actif que la sécrétion rénale.

Nous n'avons pu lire qu'un compte rendu, du reste fort détaillé, de la communication de Schatz; nous reg-rettons de n'y avoir trouvée mentionnée que l'assertion de l'auteur sans plus de détails. Dans les analyses du liquide amniotique que nous avons lues, nous n'avons rien vu qui semblât appuyer l'opinion de l'auteur allemand.

Du reste, nous ne croyons pas que l'on ait jamais démontré, par des recherches directes, l'action de la peau comme ag-ent sécréteur du liquide amniotique.

Nous avons essayé d'atteindre ce but en injectant dans

les veines d'une lapine pleine du ferrooyanure de potassium, afin de voir si ce corps, après avoir pénétré dans l'org-anistne fœtal, s'éliminait par la peau pour se mêler au liquide amniotique : nous avons constamment échoué dans ces recherches.

Il est certain que pendant la deuxième moitié de la vie intra-utérine, lesg-landes sudoripares doivent sécréter au même titre que les g-landes sébacées de la peau fœtale.

Mais quelle est l'énerg-ie de cette sécrétion ? La sueur est-elle assez abondante pour que l'on soit en droit de faire de cette sécrétion une des orig-ines du liquide amniotique ?

Nous ne savons rien sur ce point.

Pendant les premiers temps de la vie intra-utérine, avant que les g-landes sudoripares ne soient formées, il y aurait une véritable transsudation des parties liquides du sang" fœtal à travers le tég-ument externe. C'est une chose possible, mais non démontrée ; nous serions heureux de voir d'autres expérimentateurs reprendre les recherches que nous avions entreprises et qui ont toujours été négatives entre \os mains. Elles seules nous paraissent pouvoir jeter quelque lumière sur la question*

LE LIQUIDE AMNIOTIQUE PEUT-IL ETRE PRODUIT PAR LA TRANS- SUDATION DES PARTIES LIQUIDES DU SANG FŒTAL A TRAVERS LA MEMBRANE DE l'aMNIOS?

C'est unedes plus vieilles théories qui aient été émises sur l'origine du liquide amniotique.

On peut dire qu'elle est née le jour où Monro, injectant de l'eau chaude dans les vaisseaux ombilicaux du cordon, vit sourdre du liquide à la surface de l'amnios (1).

Cette expérience montrait, en effet, que des liquides injectés dans les vaisseaux ombilicaux pouvaient traverser les parois vasculaires, franchir la gélatine de Wliarton et la membrane de l'amnios.

On pouvait dès lors supposer, avec une g-rande apparence de raison, que les faits observés dans cette expérience se produisaient aussi pendant la vie intra-utérine, sinon à l'état normal, du moins à la suite de certaines conditions patholog-iques, qui auraient eu pour effet d'entraver la circulation dans la veine ombilicale. Cependant l'expérience de Monro passa pour ainsi dire inaperçue; on ne cita plus la théorie qui pouvait s'en dég-ao^er que pour la rejeter, sans autre forme de procès.

Depuis plusieurs années, des recherches anatomiques

(1) Med, cases at Society of Edinburgh, t. II, p. 168.

ayant été faites, on en vint à attribuer une importance de plus en plus grande à ce mécanisme, au point de vue de la pathog-énie de l'hydramnios.

C'est à Jung-bluth (1) que revient le mérite d'avoir rappelé de nouveau l'attention sur ce point, et on peut dire que sa thèse, qui date de 1869, c'est-à-dire de douze ans à peine, a été le point de départ de tous les travaux qui ont été écrits depuis sur la matière.

Nous ne pouvons song'er à donner l'historique de ce point spécial, qui a suscité beaucoup trop de travaux : nous reproduirons seulement les résultats les plus importants qui ont été obtenus par les auteurs, et nous nous contenterons de placer en face d'eux l'exposé de nos recherches personnelles.

L'expérience de Monro a été reprise en ces derniers temps par Salling-er (2), qui a fait 25 expériences en employant le procédé opératoire suivant :

11 introduit,dans la veine ombilicale d'un cordon frais, une canule communiquant par un tube de caoutchouc avec un réservoir pouvant être élevé à des hauteurs variables suivant le désir de l'opérateur. On peut ainsi avoir un appareil à pression continue. Dans plusieurs expériences, afin d'éviter la déperdition des liquides par la surface utérine du placenta, Salling-er a saupoudré celle-ci avec du plâtre fin. Inutile d'ajouter que dans ces expériences l'auteur a seulement utilisé des pla-

(1) Thèse de Bonn, 1869.

(2) 'J'hèse de Zurich, ISIS.

cenlas sains et n'ayant pas été déchirés pendant la délivrance. Gomme liquide à injection, ii a employé tantôt l'eau pure, tantôt du sang- de bœuf défibriné.

Salling-er a vu le liquide injecté transsuder avec une g-rande rapidité à travers l'amnios.

C'est ainsi qu'opérant sur un placenta double qui provenait d'une g-rossesse g-émellaire, il a vu sous une pression de 125 centimètres suinter en une demi-heure sur le double placenta (l'injection étant faite dans les deux veines ombilicales) 3,675 centimètres cubes de liquide.

Ces expériences ne laissent aucun doute sur la facilité avec laquelle des liquides contenus dans la veine ombilicale, et soumis à une forte pression, traversent les parois vasculaires, pour venir s'épancher à Ja surface de l'amnios.

Nous avons repris ces expériences en nous proposant le double but suivant :

1° Constater si réellement des liquides injectés dans les vaisseaux ombilicaux transsudent facilement (quand ils sont soumis à une faible pression) à travers l'amnios.

2° Déterminer les voies par lesquelles passe le Hquide pour aller de l'intérieur des vaisseaux à la surface de l'amnios.

Pour atteindre ces deux résultats, nous avons employé comme liquide d'injection une solution de ferrocyanure de potassium.

Nous nous sommes arrêté au choix de ce liquide, parce qu'il peut traverser les éléments anatomiques sans les altérer, ni les fixer. Nous nous placions donc ainsi dans les mêmes conditions, que si nous avions

employé de l'eau pure et chaude, par exemple. Cette solution nous a paru en plus présenter de g'rands avantagées ; elle permet de déterminer les voies suivies par les liquides injectés dans leur transsudalion.

On sait que si on verse une g-outte d'une solution de sel de fer dans une solution de prussiate jaune de potasse, on obtient une belle coloration de bleu de Prusse. C'est là une réaction très sensible, et on peut par l'apparition de cette couleur caractéristique déceler des traces de prussiate de potasse.

Nous avons donc pensé que si nous traitions par un sel de fer le cordon et l'amnios, à travers lesquels nous avions vu transsuder une solution de prussiate jaune de potasse, nous verrions la réaction se produire dans toutes les parties par lesquelles avait passé le corps injecté, et que nous n'obtiendrions aucun résultat dans les autres points. Nous espérions ainsi pouvoir déterminer d'une manière précise la nature du phénomène de transsudation que nous observions, et pouvoir dire s'il consiste en un simple phénomène de diffusion et d'imbibition des éléments anatomiques, ou bien si le liquide suit un système canaliculaire spécial.

Nous avouons que sur ce second point les premiers résultats que nous avons obtenus ne nous ont donné aucun ronseig^nement sérieux; mais nous avons pu, après un certain nombre d'essais infructueux, arriver aune technique que nous exposons plus loin, et qui nous a donné de bons résultats, bien qu'elle soit encore à améliorer.

1° Les liquides i?yeclésdam les vaisseaux ombilicaux trans' sudent-ils à travers les parois vasculaires et ïamnios ? J'ai fait trois expériences, en injectant une solution de ferrocyanure de potassium dans une artère ombilicale : la première fut faite sur les annexes d'un fœtus qui était né avec de l'hydramnios (voy. plus loin obs. II, maladies du cœur) ; au bout de 25 minutes, je n'ai vu apparaître aucune réaction caractéristique, en promenant un pinceau chargé de perchlorure de fer à la surface de l'amnios.

Mêmes résultats, en faisant l'injection sur les deux cordons et placentas provenant de femmes n'ayant pas eu d'hydramnios.

Je crois donc pouvoir dire que bien que j'aie exercé une pression assez forte et coniinue, il n'y a pas eu de transsudation des liquides injectés.

2° J'ai fait dans trois cordons et placentas, provenant d'accouchements sans hydramnios, une injection dans la veine ombilicale.

Au bout de cinq à dix minutes, j'ai vu le liquide suinter à la surface du cordon et de la partie de l'amnios qui correspondait au placenla.

En promenant à la surface de ces membranes un pinceau charg-é de perchlorure de fer, j'ai vu apparaître une coloration bleue très intense. L'exosmose semblait se faire surtout au niveau des gros vaisseaux, qui étaient situés à la face fœtale du placenta et que l'on voyait par transparence à travers l'amnios.

J'ai répété dernièrement pour la quatrième fois cette expérience sur un cordon et un placenta provenant d'un accouchement avec hydramnios; pièces anatomiques

que je dois à l'oblig-eance de mon collègue Berthaut, interne de M. Tarnier.

J'ai obtenu les mômes résultats.

De ces expériences dont les résultats sont conformes à ceux donnés par Salling-er, je crois pouvoir conclure :

1° Que, sous une certaine pression, les parties liquides contenues dans la veine ombilicale peuvent transsuder dans la cavité amniotique.

2° Que sous une pression égale, les liquides ne transsudent pas à travers les parois des artères ombilicales.

Quelle est la pression nécessaire pour obtenir ces résultats? Quelle est la quantité de liquide qui peut ainsi transsuder à travers l'amnios? Je n'ai pas fait de recherches spéciales sur ces deux points, parce qu'il m'a paru impossible d'assimiler les expériences post mortem à ce qui se produit pendant la vie, et si une certaine pression est nécessaire pour atteindre un résultat dans les expériences , rien ne prouve qu'une pression semblable soit nécessaire pendant la vie.

La quantité de liquide qui peut ainsi transsuder, m'a paru être assez notable; cependant j'inchne à croire que les chiffres donnés par Salling-er doivent être con siflérés comme exceptionnels, si, dans ses recherches, il ne s'est g-lissé aucune cause d'erreur.

De ces expériences seules peul-on conclure que, pendant la vie, il suffise d'une augmentation de pression dans la veine ombilicale, pour voir une transsudation se produire ? Sans aucun doute, non.

Mais, si on observe une aug-mentation de la quantité de hquide amniotique, quand cette pression est accrue,

on peut admettre que les phénomènes réalisés par l'expérience se produisent ég-alement pendant la vie.

G est de cette idée qu'est née une théorie de l'hydramnios, théorie que nous croyons vraie, en partie du moins, bien qu'on ait voulu à tort l'appliquer à tous les cas. Nous ne pouvons donc séparer dans ce chapitre l'étude des orig'ines du liquide amniotique, de celle de la pathog-énie de l'hydraranios.

La réalité de la transsudation des liquides à travers l'amnios étant admise, quelles sont les conditions nécessaires pour qu'elle se produise?

Nous nous trouvons en face de plusieurs théories très compliquées que nous allons essayer de résumer le plus clairement possible.

1° Théorie de Jungbluth (1). — Cet auteur prétend que sur la face fœtale du placenta, il y a dans la couche membraneuse, immédiatement accolée à la face profonde de l'amnios, un réseau capillaire sanguin, en communication directe avec les vaisseaux ombilicaux, et qu'il a pu voir en l'injectant avec de la gélatine colorée par du bleu de Prusse. Il a donné à ces vaisseaux le nom de vasa propria.

Ce réseau capillaire a une évolution spéciale pendant la grossesse. En effet, pendant la première moitié de celle-ci, les canalicules sanguins qui le constituent sont perméables au sang ; mais, vers le milieu de la gTossesse, on voit ces vaisseaux s'atrophier et devenir im-

(1) Thèse de Bonn, i8fi9.

perméables; si bien qu'au momenL de l'accouchemeut, les vasa propria ont disparu.

D'après Jung'bluth, l'existence de ce réseau capillaire présente une grande importance, au point de vue des orig-ines du liquide amniotique; car, normalement, il y a un excès de pression dans le système de la veine ombilicale, et les parties liquides du sang- transsudent à travers les parois des vaisseaux capillaires, pour venir s'épancher dans la cavité de l'amnios ; cette transsudation abondante serait l'origine du liquide amniotique.

Nous avons dit que, d'après Jungblutli, ces vaisseaux s'oblitéraient à partir du milieu de la grossesse. Donc, plus la grossesse sera avancée, moins la transsudation sera abondante.

Mais supposons qu'à la suite d'un processus pathologique spécial, ces vaisseaux capillaires, au lieu de s'obturer, restent perméables jusqu'à la fin de la grossesse; qu'en résu Itéra- t-il ? La transsudation se continuera jusqu'au moment de l'accouchement, en plus grande abondance qu'à l'état normal ; il y aura exagération de la quantité de liquide amniotique, et par suite hydramnios.

Telle est, dans ses grandes lignes, la théorie de Jungbluth.

A côté de cette théorie, nous devons placer immédiatement, pour poser de suite le débat sur son vrai terrain, la théorie de Salhnger (1).

2° Théorie de SaUinger. — Cet auteur admet que pendant les premiers temps de la vie intra-ulérine, le li-

(1) Thèse de Zurich, 1875.

quide amniotique est un produit d'excrétion de la peau du fœtus. Plus tard, quand l'aninios est accolé au ohorion, il faut tenir compte de la sécrétion urinaire du fœtus; mais c'est la transsudation, qui se fait à travers les parois de la veine ombilicale, qui doit être considérée comme la source principale du liquide amniotique ; il s'appuie, pour soutenir cette opinion, sur les expériences que nous avons citées plus haut. Plus la tension sera ^Tande dans la veine ombilicale, plus la transsudalion sera abondante, plus la " quantité de liquide amniotique produit sera considérable.

Supposons une lésion fœtale d'ordre patholog-ique ou tératolog-ique, qui ait pour effet d'entraver la circulation en retour qui se fait dans la veine ombilicale, et qui aug-mente la pression dans ce vaisseau; la transsudation prendra des proportions anormales, il y aura de l'hydramnios.

Le même résultat sera obtenu, s'il y a un excès de quantité de sang" chez le fœtus.

Il y a entre ces deux opinions un point de contact; les deux auteurs admettent, en effet, la transsudation à travers les parois vasculaires et l'amnios, mais leurs théories diffèrent sur la nature de la cause de cette transsudation.

Jung-bluth pense que le réseau de vasa propria est nécessaire pour que ce phénomène puisse se produire; déplus, iladmet que dans l'hydramnios, c'est laperméabilité continuelle du réseau de capillaires qui est la cause primitive. Si ceux-ci s'étaient atrophiés, il n'y aurait pas eu hydramnios ; ils n'ont pas disparu, cette complication apparaît.

Salling-er nie les vasa propria de Jiing-blulli, et par conséquent le processus décrit par cet auteur. Ce n'est pas la perméabilité d'un réseau capillaire, dont l'existence serait problématique, qui est cause de l'hydramnios ; c'est la présence chez le fœtus d'une lésion patholog-ique, ang-mentant la tension dans la veine ombilicale ; ce sont les différents deg-rés de tension dans cette veine qui expliquent les variations de la quantité de liquide amniotique que l'on trouve à l'état normal, vers la fin de la g'rossessé.

Gomment jug-er ces deux théories que nous qualifierons volontiers de fondamentales, car la plupart des mémoires écrits depuis semblent avoir été consacrés à défendre l'une pour condamner l'autre?

Voici, en quelques niots, comment elles ont été jug-ées par les auteurs. L'opinion de Jung-bluth a g-énéralement reçu en Allemag-ne un accueil favorable, et on semble l'avoir acceptée sans discussion; mais il faut bien le dire, ses recherches ont été peu vérifiées et on paraît les avoir acceptées ou rejetées de parti pris, suivant qu'elles étaient favorables ou contraires aux théories soutenues sur la g'enèse du liquide amniotique. Parmi ceux qui ont eu à cœur de vérifier par des recherches personnelles les théories de Jung-bluth et de Sallinger, nous citerons particuHèrement Winkler (1), Levison(2}, qui a écrit une remarquable thèse sur l'hydramnios et Weil (3), de Strasbourg.

(1) Winkler. Arch. fûr Gynœk, t. IV.

(2) Levison. Bidrag til Laeren our Fastervandet ogden abuorme farogelse of dettes maengde. Copenhague, mai 1873, Thèse écrite en danois. Rseferat. Arch. fûr Gynœk, t. IX.

(3) Thèse Strasbourg, 1877.

Wiukler (Ij nie l'influence des vasa propria de Jungbliith, et, en un point de son mémoire, il conteste même

leur existence.

Il décrit un réseau de canalicu les lymphatiques, auxquels il fait jouer le même rôle que- Jungbluth à ses vaisseaux. Après ce mémoire, Jung-bluth a cru devoir maintenir ses conclusions, sans apporter d'arg-uments nouveaux.

Levison qui a fait des examens histolog-iques des membranes dans plusieurs cas d'hydramnios, se range à l'avis de Jung-bluth.

Weil a fait sa thèse sous l'inspiration de Waldeyer.

Après avoir analysé le liquide amniotique dans un cas d'hydramnios, il admet le réseau de vasa propria, car M. Waldeyer les aurait trouvés dans l'observation n" I de son mémoire.

Puis, ayant à prendre parti entre les deux opinions de Jung-bluih et de Salling-er, il rejette la seconde parce que, dans ses observations, il n'a trouvé aucune cause de troubles circulatoires chez les fœtus.

Entîn, il incline à penser que les troubles circulatoires que l'on observe dans l'org-anisme maternel ou dans l'org-anisme fœtal doivent être considérés comme une conséquence mais non comme une cause de l'hydramnios.

Examinons maintenant au point de . vue critique ces diverses opinions.

Weil nous dit que dans les deux observations qu'il a recueillies, il n'a rien trouvé chez les fœtus qui pût

(1) Arch. fur Gynœk, t. IV.

Bar. 4

occasionner un trouble cirouialoire ; mais sur les deux observations qu'il rapporte, l'une a trait à un enfant mort né d'une femme syphilitique ; l'autre à un enfant qui a succombé 24 heures après la naissance; n'aurait-il pas existé chez ces deux fœtus quelque altération que le microscope eût peut-être permis de reconnaître? L'auteur ajoute en quelques lig-nes, que M. Waldeyer a dans une observation trouvé les vasa propria de Jung*bluth. J'ai à ce sujet consulté M. Waldeyer lui-même, et avec une g'rande oblig-eance l'éminent professeur de Strasbourg" a bien voulu me donner quelques renseig-nements sur cet examen.

Tout d'abord il déclare n'avoir fait aucun examen histolog-ique, aucun coupe, aucune injection ; l'examen à l'œil nu lui a suffi pour trouver, accolés contre la face profonde de l'amnios, des vaisseaux sinueux, g-org-és de sang*, ayant un diamètre très suffisant pour qu'il fût possible de reconnaître leur existence à l'œil nu. Nous sommes loin, on le voit du réseau capillaire deJung*bluth.

Notons que sur les deux observations données par Weil, dans un cas, il y avait les vaisseaux dont nous venons de donner la description.

Dans le second, les recherches ont donné des résultats nég'atifs.

Winkler n'a pas réussi à voir les vasa propria de Jung-blulh bien qu'il ait fait des injections avec soin. Mais il a vu des lymphatiques. Il est difficile de trancher la discussion pendante entre cet auteur et Jung-bluth.

En effet, les partisans de l'opinion de Jung-bluth diront aux expérimentateurs, qui n'ont pas trouvé de vasa

propria, que leur liquide à injection était mauvais, qu'ils ont mal opéré; les partisans de l'opinion de Winkler répondront aux précédents que ce sont eux qui ont mal opéré, qu'ils ont produit une rupture dans une des petites branches des vaisseaux ombilicaux, et que le liquide injecté est passé dans les vaisseaux lymphatiques. Une discussion posée, dans de tels termes, menace de ne s'éclaircir jamais.

11 nous reste à examiner la théorie de Jung-bluth et celle de Sallinger.

Dans les conclusions de Jung-bluth, il faut disting-uer plusieurs points :

1° La description anatomique des vasa propria ;

2° Leur évolution pendant la g-rossesse ;

3° Le rapport qui peut exister entre leur évolution et la production de i'hydramnios.

1° Que senties vasa propria de Jung-bhith?

Cet auteur n'a pas décrit de vaisseaux dans lamnios, comme on l'a souvent répété; son réseau capillaire est situé au-dessous de cette membrane et est seulement accolé à sa face profonde. Pourquoi dès lors donnera ces canaux le nom de vasa propria ? d'autant plus que dans l'amnios de certains animaux, il y aurait de véritables vaisseaux propres (voyez préparation de Gampenon. — Musée Orfila) (1).

Maisleréseau vasculaire décrit par Jung-blutli existet-il réellement? Pour le trouver, nous avons pris six placentas provenant d'œufs arrivés à terme. Dans cinq

(1) Nous n'avons étudié que l'amnios du lapin. Nous n'avons jamais rntXCr^^^" cette membrane, quand elle était .o^^Z

cas, il y avaiteu hydramnios; dans un cas, la grossesse avait été normale.

Des cinq cas où il y avait eu hydramnios pendant la g-rossesse, trois sont rapportés plus loin (voyez deuxième partie, obs. IJ, mal de cœur; obs. II, syphilis du poumon ; obs. II, mal du foie).

Les deux autres observations ne sont pas données dans notre thèse. L'une a trait à un cas de pseudencéphalie avec hydramnios; enfin dans le cinquième cas, nous avons seulement examiné des pièces anatomiques qui nous ont été données dernièrement par M. Tarnier.

Dans aucun de ces cas, nous n'avons trouvé de réseau capillaire, analog-ue à celui décrit par Jung-bluth; mais voici les remarques que nous avons pu faire.

Au niveau de la face fœtale du placenta, on voit, par transparence, les g-rosses branches de la veine ombilicale qui, avant de pénétrer dans le tissu placentaire, cheminent pendant un trajet de longueur variable sous l'amnios, en restant accolées à la face profonde de celte membrane.

Dans leur trajet, ces branches veineuses donnent un certain nombre de rameaux de calibre beaucoup plus petit, qui se ramifient eux-mêmes et s'anastomosent entre eux, formant ainsi des mailles assez larg-es, et elles pénètrent ensuite dans le tissu placentaire.

Dans tous les cas, ces branches veineuses sont visibles à l'œil nu, quand elles sont injectées avec une matière colorante.

Mous avons ainsi trouvé un réseau veineux appliqué contre la face profonde de l'amnios, mais nous n'avons

jamais observé de réseau capillaire. Jamais nous n'avons pu réussir à injecter les vaisseaux de cette nature en employant comme masse d'injection de la g-éiatine colorée avec du bleu de Prusse.

Nous avons, il est vrai, opéré seulement sur des placentas provenant de g-rossesses à terme ; mais, sur les six expériences, il y en avait cinq qui avaient trait à des cas deg-rossesse avec hydramnios.

Remarquons de plus que, dans aucun des cas dont il s'ag*it, la quantité de liquide amniotique ne s'élevait aux g-randes proportions qui ont été quelquefois constatées, 6, 7 ou 8 litres de liquide.

Notons enfin que la description que nous venons de donner est conforme à ce qui a été vu par le professeur Waldeyer (voyez plus haut) et rappelons que dans la première observation de Levison, oii il y avait 1,95S grammes de liquide amniotique, cet auteur n'a pas pu trouver de réseau capillaire.

Malgré ce résultat nég-atif, nous ne nions pas d'une manière absolue l'existence d'un réseau capillaire. Nous pensons que de nouvelles recherches sont nécessaires pour éclaircir ce point d'anatomie, et il est possible que dans certains cas d'hydramnios, on retrouve les vaisseaux capillaires décrits par Jung-bluth.

Nous avons pu, en effet, constater dans la plupart de nos faits, d'hydramnios, une turg-escence considérable des branches de la veine ombilicale; nous avons vu leurs petits rameaux être plus apparenis et plus charg"és de sang-, peut-être même plus nombreux qu'à l'état normal ; nous avons remarquéque dans quelques eus

ils élaient unis à la face profonde de l'ainnios d'une manière assez étroite.

Nous pouvons même aller plus loin, car une fois nous avons trouvé les vaisseaux du chorion plus larg-ement ouverts qu'à l'état normal; mais nous croyons pouvoir conclure de nos recherches que la description donnée par Jungbluth, ne s'applique pas à tous les cas d'hydramnios ; et que la perméabilité des vasa propria jusqu'à la fm de la g-rossesse, ne doit en tout cas pas être la seule cause de production de cette affection.

Donc^ si nous ne nions pas d'une maniè^^e absolue Pexistence du réseau capillaire de Junghluth réseau que nous n'avons jamais observé^ nous croyons pouvoir' rejeter complète ment la théorie de cet auteur :

r Parce que si les vaisseaux s'oblitèrent au milieu de la g-rossesse on ne voit pas comment la quantité de liquide amniotique peut s'accroître d'une manière continue jusqu'au moment de l'accouchement.

2° Parce que nous avons constaté des cas d'hydramnios sans que nous ayons pu trouver de réseau capillaire.

Dans la théorie de Sallinger, il y a une partie qui est toute hypothétique. Cet auteur admet que lorsque la masse totale du sang- du fœtus est aug'mentée, il y a transsudation des parties liquides du sang- à travers l'amnios; mais quand la masse totale du sang- du fœtus est elle aug-mentée?

Nous n'en savons rien.

Acceptons la pléthore du fœtus; pourquoi admettre, dans ces cas, une transsudalion plus facile ? Est-ce qu'un

homme pléthorique a del'ascite et de l'œdème ? Est-ce que la pléthore fœtale peut amener une aug-mentation de la tension dans la veine omioilicale ?

Cette tension ne peut être rég-lée que par le rapport qui existe entre l'apport, c'est-à-dire le sang- qui vient des artères ombilicales, et le débit, c'est-à-dire le sangqui s'écoule par la veine ombilicale. S'il y a un défaut de proportion entre l'apport et le débit; si le premier est plus considérable que le second, il y aura cong-estion passive des branches de la veine ombiHcale, transsudation exag-érée à travers l'amnios, et enfin hydramnios ; absolument comme lorsqu'il y a stase dans une veine, il se produit une exosmose plus ou moins considérable dans le tissu cellulaire, et de l'œdème. Nous ne croyons pas qu'un tel résultat puisse se produire parle fait d'une simple pléthore.

A part ce point, nous croyons que si la théorie pathogénique de Thydramnios proposée par Salling-er explique un certain nombre, peut-être le plusg-rand nombre des cas, elle ne peut s'appliquer à tous. Nous pensons, de plus, que si les vaisseaux qui rampent sous l'amnios, au niveau de la face fœtale du placenta, sont souvent plus volumineux et plus distendus qu'à l'état normal, dans le cas d'hydramnios, cela tient simplement à la stase qui se prorluit dans la veine ombilicale.

Peut-on dire que ces branches veineuses vont en s'atrophiantau fureta mesure que la grossesse approche de son terme; que si la cause qui produit la cong-estion dans la veine ombilicale, et par suite l'hydramnios, débute debonne heure, les petits rameaux veineux

ne s'atrophieront pas, et qu'ainsi leur nombre sera plus considérable qu'à l'état normal? Nous inclinons à le croire; mais ce point aurait besoin de nouvelles recherches.

Quant à l'opinion de Winkler qui attribue au réseau lymphatique sous-amniotique le rôle que Jung-bluth fait jouer à son réseau de vasa propria, nous ne l'acceptons pas telle qu'il l'a formulée.

Les voies lymphatisque ne produisent pas l'eau de Vamnios; elles sont la route que suivent les liquides dans leur exosmose pour passer de t intérieur des vaisseaux, dans la cavité de t amnios.

Au terme de cette long-ue discussion, nous croyons devoir, au risque de nous répéter, résumer nos conckisions.

ï" Quand on injecte des liquides dans la veine ombilicale, et quand on les soumet à une certaine pression, il se produit une exosmose rapide à travers l'amnios.

2° Les mêmes résultats ne sont pas obtenus, quand on fait cette expérience sur les artères ombilicales; tel est au moins ce que nous avons observé.

3° Nous pensons que si à la suite cF un obstacle à la circulation^ la tensiondu sang dans la veine ombilicale est accrue, ïexosmose se fera abondamment^ et 07i pourra voir naître rhydramnios.

4° Par le fait de la congestion de la veine ombilicale, les canalicules veineux qui rampent à la face fœtale du placenla sont ectasiés; g'râce à l'accroissement de volume de ces vaisseaux, l'exosmose se fait plus abon-

damment. Mais cette modification vasculaire est subordonnée à l'existence d'un obstacle à la circulation veineuse et n'est pas la cause primitive de Vhydramnios.

5* Nous n'avons pas vu les vaisseaux que Jung-blutha nommés improprement vasa- propria. Le nombre de faits que nous avons observés est trop peu considérable pour que nous puissionsnier leur existence d'une manière absolue; mais nous rejetons complètement la théorie donnée par Jungbluth à propos de la patlwgénie de l'hydramnios.

6° Nous acceptons, dans les limites données plus haut, la théorie de Salling'er.

7° Y a-t-il exosmose à l'état normal? et peut-on considérer ce phénomène comme étant une des causes de production du liquide amniotique?

Nous ne savons rien de précis sur ce point.

2° Quelles sont les voies suivies par les liquides dans leur exosmose'i Pour résoudre cette question nous avons mis en pratique le procédé opératoire indiqué ci-dessous ; nous étudierons les résultats que nous avons obtenus en examinant : A. le cordon; B. l'amnios.

A Cordon ombilical. -Qun.nà on fait une injection dans la veine ombilicale, le liquide vient suinter à la surface du cordon; si on veut étudier par quelles voies passe le liquide, nous conseillons d'opérer de la manière suivante.

Il faut employer comme liquide à injection une solution de ferrocyanure de potassium au cenlième; quand on voit que la surface du cordon devient humide, on arrête l'opération ; on sectionne le cordon à son Pxtré-

mité inférieure, et on fait passer dans la veine ombilicale un courant d'eau de manière à bien laver ce vaisseau.

On prend ensuite un frag'ment du cordon qui à la coupe a une teinte jaunâtre, et un le place dans de l'alcool au tiers; en faisant durcir la pièce, on a une plus grande facilité pour faire des coupes; mais nous devons reconnaître que l'emploi de l'alcool présente quelques inconvénients, parce qu'à cause de sa g'rande affinité pour l'eau, l'alcool absorbe le liquide qui imbibe les parois du cordon, et le ferrocyanure de potassium qui était dissous se dépose sous forme de petits g-rains. Néanmoins, c'est là le procédé opératoire qui nous a donné les meilleurs résultats.

Une fois la pièce convenablement durcie, on pratique des coupes que l'on porte directement sur une plaque de verre. La préparation étant placée sous le microscope, on fait tomber sur elle une g-outte de solution de perchlorure de fer, et on voit paraître une belle coloration bleue.

Ce résultat obtenu, on lave la préparation dans l'eau distillée, puis on la monte dans le baume ou la glycérine, apès l'avoir préalablement fixée ou non par l'acide osmique.

Sur les préparations que nous avons faites à l'aide de ce procédé, nous avons pu reconnaître les particularités suivantes. La coloration bleue n'est pas régulièrement diffusée dans le tissu du cordon, il est donc certain que le phénomène d'exosmose que nous avons observé n'est pas dû à l'imbibition de tous les éléments constitutifs du cordon ombilical. La couleur bleue est disposée sous la forme de lig-nes s'anastomosant les unes avec les

autres, et formant un réseau dans les mailles duquel on ne peudisting'uer aucun élément anatomique ; la préparation n'ayant été colorée par aucun réactif.

Les mailles de ce réseau sont plus étroites vers les parties centrales du cordon que vers les parties périphériques; c'est là un phénomène qui n'est pas artificiel, car nous l'avons retrouvé dans un certain nombre de préparations.

En examinant avec attention les lig-nes bleues, nous avons remarqué qu'elles étaient constituées par un g*rand nombre de granulations pressées les unes contre les autres. Vers la partie périphérique, les amas sont plus épais que dans les portions centrales.

La fîg^urel de la planche II donne une bonne idée de la préparation dont nous venons de donner la description à un faible grossissement.

Ajoutons que nous avons obtenu ce résultat, en expérimentant sur deux cordons provenant tous deux de fœtus nés à terme.

Dans un cas, il y avait eu hydramnios, dans l'autre, la g-rossesse avait été normale; cette disposition n'est donc pas spéciale à l'hydramnios.

En voyant celte préparation, nous étions déjcà certain que le liquide traverse le tissu du cordon en suivant des voies spéciales. Mais quelle est la nature de ces dernières?

Ce réseau est-il formé par des vasa propria, des vaisseauxlyinphatiques, ou bien la matière liquide suit-elle seulement le trajet des espaces plasraatiques?

Pour répondre à ces différentes questions, nous avons essayé tout d'abord de savoir quelle était la situation

précise du réseau que nous venons de décrire. Pour cela, nous nous sommes servi d'une préparation fixée avec l'acide osmique. (Voy. fig\ 2, pl. II.)

Les lig-nes bleues sont disposées suivant le trajet des travées fibreuses qui cloisonnent la g-élatine de Wharton; elles sont situées sur leur partie moyenne, et[suiventun trajet parallèle à la direction de ces travées.

Avec un fort grossissement, nous avons pu voir que les granulations bleues étaient situées dans des fentes, dans lesquelles se trouvaient des cellules plasmatiques colorées elles-mêmes en bleu. (Voy. fig*. 3, pl. II.)

Nous nous trouvions donc ici en face d'espaces plasmatiques, de lacunes lymphatiques, mais nullement en face de capillaires sang-uins, car il n'y avait pas de g-lobules sang-uins dans leur intérieur; du reste, ces lacunes n'avaient pas de parois bien nettes.

D'après ces recherches, nous pensons qu'il serait intéressant de reprendre les expériences de Fohmann qui avait pu injecter les vaisseaux lymphatiques du cordon, résultat qui n'a été obtenu depuis par aucun anatomiste. Il est probable que Fohmann a réussi à injecter le réseau lacunaire que nous venons de décrire, mais non de véritables vaisseaux lymphatiques. En tous cas, nous croyons pouvoir conclure que le liquide franchit les parois des vaisseaux et vient s'épancher dans un système lacunaire qui est situé sur les parties moyennes des travées du cordon ; il peut être ainsi apporté jusqu'à Vépithélium.

Mais comment le liquide franchit-il cet épithélium ? Car nous avons vu suinter le liquide à la surface du cordon.

Sur ce point, nous n'avons pas obtenudepréparations bien nettes et nous ne pouvons formuler des conclusions.

Nous croyons cependant devoir faire une remarque sur la disposition de l'épithélium du cordon ; on dit g-énéralement que le cordon ombilical se trouve recouvert par l'épithélium de l'amnios, qui est formé d'une seule couche de cellules pavimenteuses. Nous croyons que la proposition formulée dans ces termes estinexacte.

Déjà Koester a émis l'opinion que l'épithélium qui recouvre le cordon est stratifié, et M"" Anna Hotz dit avoir pu compter jusqu'à 5 couches de cellules superposées.

Kolliker admet cette description qui est parfaitement exacte.

En effet, l'épithélium du cordon paraît être la continuation de la couche de la peau, qui conslitue le corps muqueuxde Malpig-hi. Cette couchede cellules stratifiées se continue plus ou moins loin de l'ombilic, et son épaisseur va s'amoindrissant de plus en plus, au fur et à mesure qu'on se rapproche du placenta.

Dans certains caSjl'épaisseurdecetépithélium est bien plus considérable que ne l'a dit M"^Hotz, puisque dans un fait, nous avons pu constater à 10 centimètres environ du placenta, douze rang'ées de cellules superposées les unes aux autres. (Voy. pl. lïl, fig>. 4.)

Sur ces points, le revêtement épithélial du cordon est comparable à celui de certaines muqueuses, de celle de la voûte palatine par exemple.

Kolliker décrit, à la surface du cordon, de g-randes squarnules dont la présence rendrait plus étroite l'as-

similation que l'on peut faire entre l'épithélium du cordon et répiderme. Nous n'avons jamais pu voir ces cellules dont parle KoUiker.

Dans un cas d'hydraranios, nous avons vu que l'épithélium était formé seulement de 2 ou 3 rang-ées de cellules. La faible épaisseur de ce revêtement épithélial étaitil en rapport avecl'hydramnios, et contrihuait-il à rendre plus facile l'exosmose? Nous n'oserions le dire, n'ayant observé qu'une fois cette particularité ; ce point de détail mériterait peut-être de nouvelles recherches.

B. Amnios. — Nous avons étudié la structure de l'amnios à l'aide de deux méthodes, qui nous ont donné de bons résultats.

1° En nous servant du chlorure d'or.

2° En employant la méthode d'injection que nous venons de décrire dans le parag-raphe précédent.

'1°A l'aide du'chlorure d'or, nous avons obtenu de bonnes préparations ; celle qui est figurée pl. II, fig\ 4, provient d'un cas d'hydramnios, que nous avons observé dans le service de M. Tarnier, (Voy. plus loin obs. II, maladie du cœur fœtal).

Les vaisseaux de la face fœtale du placenta étaient très cong-estionnésjle chorion était lui-même parcouru par des vaisseaux plus larg-es qu'à l'état normal.

L'amnios était très épaissi, ainsi qu'on le peut voir sur ce dessin, et il était parcouru par un g-rand nombre d'espaces plasmatiques.

2° A l'aide des injections, nous avons obtenu dernièrement, sur des pièces anatomiques qui nous ont été données par notre maître M . Tarnier , des espaces semblables aux précédents, mais fortement colorés en bleu.

Lafig". IV de la planche 2 est aiialognie à celle donnée par Levison. Elle prouve bien que l'amnios contient des espaces lacunaires dans lesquels peuvent circuler les liquides.

Comment, dans leur transsudation, les liquides traversent-ils Tépithélium de l'amnios ?

Nous avons fait dessiner (fig-. 3 de la pl. III) les préparations que nous avons obtenues, après avoir traité l'épithélium par le sel de fer et l'avoir fixé avec l'acide osmique.

On voit très nettement sur cette préparation et sur ce dessin que la solution de ferrocyanure de potassium a passé entre les cellules, dans le cément intercellulaire et nullement dans l'intérieur des cellules.

Cette préparation nous a paru intéressante, non seulement parce qu'elle nous montrait les points par lesquels passe le liquide, mais encore parce qu'elle semble appuyer cette théorie anatomique, d'après laquelle les voies lymphatiques viendraient s'ouvrir à la surface des séreuses, dans les espaces intercellulaires.

En résumé, nous dii'ons que le liquide, pour traverser l'amnios, suit un système lacunaire lymphaiiquehien décrit d'abord par Léopold, puis par Winkler et Levison, et vient suinter dans les espaces intercellulaires du revêtement épithélial de famîiios.

LE LIQUIDE AMNIOTIQUE PEUT-IL JÈTRE CONSIDÉRÉ COMME UN PRODUIT DE SECRETION DE L*AMNIOS?

L'amnios ncontient aucun org-ane glandulaire; l'épithélium qui le recouvre est pavimenteux, celui qui recouvre le cordon est stratifié. En an mot, l'amnios n'est recouvert que par un épithélium de protection.

A priori, il semble qu'il ne soit pas permis de le rereg-arder comme une membrane sécrétante, et que l'on doive seulement lui faire jouer le rôle de membrane d'enveloppe.

Cependant sur l'homme comme chez les animaux (1), on voit souvent, près de l'insertion du cordon ombilical sur le placenta, l'amnios présenter un revêtement de cellules cylindriques.

KoUiker a rencontré cette disposition très marquée dans un cas oii il y avait beaucoup de caroncules amniotiques. Wous avons pu nous-même voir très nettement ces cellules, à l'extrémité placentaire d'un cordon ombilical.

Quel peut être le rôle de ces cellules? Doivent-elles être assimilées aux cellules pavimenteuses de l'amnios et constituent-elles un simple revêtement prolecteur, ou bien ont-elles des fonctions plus actives, et peuventelles sécréter? On ne sait rien sur ce point.

(1) Voy. Holz. Sur l'épithélium de l'amnios. Thèse Berne, le Kolliker. iïmbryologie de l'homme et des vertébrés supérieurs, p. i

Les caroncules amniotiques que l'on trouve chez l'homme (Winkler, Kolliker, MûUer) comme chez les animaux peuvent-ils jouer un rôle dans la production du liquide amniotique? Nous ne savons rien à ce sujet.

Disons seulement que ces villosités ne doivent pas être considérées comme des vég-étations de la surface de ramnios, recouvertes par une couche unique de celules épithéiiales.

En efïet, dans un cas où nous avons pu en faire une honne préparation, les cellules qui les recouvraient formaient plusieurs couches superposées. Les cellules épithéiiales paraissaient g-onfléeset nullement analog-ues à des cellules pavimenteuses. Nous avons trouvé la même disposition sur l'amnios des lapins.

Nous pensons qu'il ne faudrait pas rejeter a priori l'opinion qui attribue à l'amnios un pouvoir sécréteur; il serait, au préalable, intéressant de préciser la fonction des cellules cylindriques dont nous venons de parler et que d'après M'"^ Hotz on observerait constamment chez l'homme.

Bar.

Page 1