CARACTÈRES DU DAPHNE LAUREOLA
Ce petit arbrisseau croit dans les bois par toute la France. Il fleurit vers le mois de mars et est caractérisé par ses fleurs vertes, odorantes, susbessiles, disposées au sommet des rameaux, dans la rosette terminale de feuilles, en petites grappes penchées de 3-8 fleurs; ces fleurs sont accompagnées de bractées concaves, ovales, caduques. Leur périanthe est glabre, à tube plus court que le limbe divisé en segments ovales et étalés. Le fruit, bacciforme et d’abord vert, devient noir à la maturité.
La tige de ce daphne est d’une hauteur variable, et peut atteindre 10 décimètres. Sa hauteur moyenne est de 60 à 80 centimètres ; presque dès sa base, c’est-à-dire à environ 4 ou 5 centimètres du sol, elle se ramifie, donnant le plus souvent un faisceau de branches de grosseur un peu variable qui naissent presque toutes à la même hauteur, et sont susceptibles de se ramifièr de la môme façon.
Ce mode de répartition des branches sur l’axe donne à cette espèce un port assez particulier : chaque pied forme une petite touffe, et comme le plus souvent plusieurs pieds se trouvent rapprochés, ils forment de petits buissons qui sont d’autant plus faciles à reconnaître au milieu des bois
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qu’à ce port particulier vient se joindre un mode tout à fait caractéristique de disposition des feuilles sur l’axe. Les feuilles en effet, vertes, coriaces, luisantes, glabres, obovées lancéolées, atténuées à la base et presque sessiles, présentent sur la tige un arrangement sur lequel je crois devoir insister.
Cet arrangement diffère avec l’époque à laquelle se fait l’observation. Au moment de la fleuraison, une branche feuillée n’offre point le même aspect qu’au moment de la maturité du fruit. Cette différence tient, d’une part à l’allongement de la branche qui s’opère dans l’intervalle qui sépare ces deux époques, et d’autre part à la persistance des feuilles de l’année précédente. Voici en effet ce que l’on observe :
Sur un rameau pris au ..moment de la fleuraison, les feuilles, en nombre assez restreint, occupent l’extrémité, où elles sont réparties sur une longueur d’environ 9 à 12 centimètres. Éparses sur cette portion de tige, elles y sont cependant disposées avec une certaine régularité, et au premier abord il semble facile de se rendre compte des rapports déposition de ces feuilles et de déterminer l’expression du cycle qui leur est propre. Mais par un examen plus attentif on ne tarde point à constater qu’il s’est produit une torsion de l’axe qui a altéré l’arrangement primitif. Toutes ces feuilles ont cependant des divergences égales ou trèssensiblement égales, et peuvent être comprises dans une spirale génératrice qui se modifie comme on va le voir à mesure qu’elle atteint le sommet de la branche. Vers ce sommet on constate en effet que les tours de spire, d’abord assez régulièrement écartés, se rapprochent de telle sorte
que les dernières feuilles paraissent s’insérer toutes sur un même plan, vertical à l’axe de la tige. Ce n’est là, du reste, qu’une apparence, et l’on peut s’assurer que toutes les feuilles sont bien, en cette extrémité, insérées à des niveaux différents, mais très-rapprochées, vu la diminution notable de la longueur des entre-nœuds. La faible longueur des entre-nœuds au sommet d’une lige est un fait normal, puisqu’il indique que l’extrémité terminale de la tige- n’est, point arrivée à son complet développement. 11 n’en est point, dans le cas présent, tout à fait de même, et c’est pourquoi j’insiste plus que le sujet ne semble peut-être le comporter. Suivons en effet la suite du développement de cette branche. L’état que nous venons de décrire est celui de la plante au mois de mars : les fleurs apparaissent, non point sur toute la longueur de la tige, mais à son extrémité sur une longueur de 3 à 4 centimètres. Elles forment de petites grappes à Faisselle des feuilles .qui, je l’ai dit, ne sont séparées que par de courts entre-nœuds. Laissons le développement s’opérer et le fruit succéder à la fleur, et à ce moment, c’est-à-dire vers le mois de juin, éludions de nouveau la disposition des feuilles. De grands changements se sont opérés. Les fruits qui me servent de points de repère n’occupent pas, comme les fleurs, le sommet de la branche; ils en sont séparés par toute la pousse de l’année, et à l’époque dont je parle, cette pousse a acquis en longueur un développement suffisant pour égaler, à fort peu de chose près, la longueur de la portion de tige qui, au moment de la fleuraison, était couverte des feuilles dont j’ai décrit le mode d’arrangement. Voici, du reste, quelques mesures qui le montreront.
Sur un rameau atteignant 40 centimètres de long, les fruits les plus élevés, ceux qui par suite indiquent où se trouvait le sommet de la tige au mois de mars, se trouvent à 12 centimètres du sommet et à 12 centimètres et demi de la feuille la plus inférieure de cette branche. Sur iln autre rameau de 30 centimètres de long, ils divisent en deux parties à peu près égales* la partie feuillée, longue de 18 centimètres ; sur une autre branche, de 45 centimètres de long, la partie feuillée, longue de 15 centimètres, porte à 7 centimètres du sommet le fruit le plus élevé.
Ces mesures, dont jè pourrais multiplier les exemples, n’auraient pas grand intérêt, si je ne me hâtais de faire remarquer les deux faits suivants :
1° La jeune pousse de l’année porte des feuilles, et cellesci, considérées indépendamment des feuillesplus inférieures qui ont persisté et sont nées sur la pousse de l’année précédente, offrent identiquement le môme arrangement. Comme ces dernières, que l’on étudiait au mois de mars, elles sont éparses sur la tige, ont une divergence à peu près constante entre elles, et sont séparées par des entrenœuds d’autant moins longs, qu’on les considère plus près de l’extrémité de la branche.
2° D’autre part, examinons maintenant comment sont disposées les feuilles inférieures à la pousse qui s’est développée du mois de mars au mois de juin. On pourrait croire que, par suite des phénomènes ordinaires de végétation, la partie de la plante qui était alors son sommet, s’étant allongée, les entre-nœuds qui, par leur peu d’étendue en ce point, donnaient presque aux feuilles l’aspect de groupes verticillés, se sont également allongés jusqu’à atteindre la longueur
des entre-nœuds plus inférieurs, et permettre de construire une spirale qui, passant par tous les points d’insertion, posséderait un écartement constant entre ses tours. Il n’en est cependant point ainsi : les entre-nœuds supérieurs se sont allongés d’une façon presque inappréciable, de telle sorte que les feuilles ont gardé en ce point, qui occupe maintenant à peu près le milieu de la portion feuillée de la branche, la même disposition en rosette qui les distinguait alors qu’elles occupaient le sommet de la tige.
Par suite, au mois de juin, la spirale génératrice comprenant les feuilles de l’année et celles de l’année précédente offre en deux points, c’est-à-dire en son sommet et en son milieu, un resserrement de ses tours, qui donne à l’aspect du feuillage du Daphné laureola un caractère tout à fait particulier.
Il me reste à traiter encore une question avant de tirer des remarques que je viens d’exposer les conclusions qui en découlent.
Il est intéressant, en effet, de rechercher quelles sont les modifications entraînées dans la disposition des feuilles et dans l’allongement de la tige par la suite du développement, c'est-à-dire dans le temps qui sépare le mois do juin, dernière époque considérée, du mois de mars de l’année qui suivra. Pendant ce temps de nouvelles modifications ne se produiront-elles pas ? La question est facile à résoudre. Je ferai remarquer d’abord que, dans tous les échantillons que j’ai entre les mains, le nombre des.feuilles que porte la pousse de l’année est sensiblement le môme que celui des feuilles qui existaient en mars. Ces dernières feuilles, qui ont persisté et traversé l’hiver, sont donc insérées sur la
pousse de l'armée précédente, et comme, d’après les chiffres donnés plus haut, elles occupent un espace de même longueur que l’espace occupé par les nouvelles feuilles, on peut en conclure que ces nouvelles feuilles ne se modifieront pas dans leur arrangement autrement que les feuilles de l’année précédente. Il est possible d’aller plus loin et de montrer que si ces feuilles avaient persisté plus de deux ans, elles auraient toujours conservé la même disposition sur l’axe, et pour s’en convaincre il suffît d’examiner l’épiderme, des branches fouillées. On voit alors, d’espace en espace et à des distances très-régulières, des groupes de cicatrices foliaires qui, au lieu de présenter entre elles l’écartement qui existe entre les autres cicatrices, ne se trouvent séparées que par de très-courts entre-nœuds, offrant ainsi manifestement la preuve de la constance de la disposition signalée plus haut, et cela à travers plusieurs années de développement.
J’arrive aux conclusions que l’on peut tirer des faits que je viens de signaler; elles ont trait au mode de végétation du Daphné lanreola.
Mode de végétation du Daphné laureola. — De l'ensemble de ces faits on peut conclure que l’accroissement en longueur des branches de cet arbrisseau s’opère entre le mois d’avril et le mois de juillet. A partir de cette époque il se produit un arrêt dans l’allongement de la branche qui ne s’accroît plus d’une manière manifeste que dans le sens de son épaisseur. Cet arrêt est brusque; la persistance de la petite dimension des derniers entre-nœuds l’atteste amplement. Il est définitif, car on retrouve sur toute la longueur do la branche ces curieuses agglomérations des cicatrices dos feuilles qui marquent les étapes successives dans
son accroissement en longueur. D’autre part, les petites agglomérations des cicatrices foliaires sont réparties à des distances sensiblement égales, et montrent que chaque année rallongement mesure une même quantité. En les comptant, on pourra connaître l’âge d’une branche.
En résumé, le mode particulier d’arrangement des feuilles d u Daphné laureola est amené par la réunion de deux conditions : l°la formation de rosettes de feuilles par suite du peu de développement, des entre-nœuds à F extrémité des branchés; 2° la persistance des feuilles, grâce à laquelle on peut voir sur la même branche deux séries de rosettes de feuilles que séparent des feuilles à écartement beaucoup plus grand.
Sans insister davantage sur ces faits, on peut voir, en comparant les différents caractères que je viens d’énumérer, que les trois espèces de Daphné se distinguent facilement. Le mode de disposition des feuilles, sur lequel je me suis étendu un peu longuement, va nous donner un bon caractère pour la détermination des écorces de ces plantes.