L. Apt. — San Francisco (Californie
Le genre Mandane demande de nouvelles études; les espèces que Kinberg y range ne présentent que d'une manière incomplète le caractère générique important, celui d'avoir deux paires de « tubercules ventraux ». La position de la ceinture, là où elle est indiquée (4. litito-
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ralis K., anneaux 12-16), celle des orifices génitaux mâles à où Kinberg les a vus (4. Patagonicus K., anneaux 46 et 48) indiquent des animaux à orifices génitaux postclitelliens. Si l'on admet, ce qui est probable ?, que, dans toute l'étendue du genre, la ceinture et les orifices génitaux occupent la même position, on sera frappé de la ressemblance que présentent sous ce point de vue les Handane de Kinberg avec nos Acanthodrilus; néanmoins nous ne pouvons admettre la confusion des deux genres, les caractères fournis par Kinberg n'étant pas suffisants pour permettre de l’établir avec certitude. D'ailleurs nos Acanthodrilus ont quatre pénis chitineux fort remarquables, fort visibles et dont Kinberg ne fait pas mention. Nous placerons donc les Yandane x côté de nos Acanthodrilus, en attendant que de plus amples informations nous permettent de mieux juger des relations de ces deux coupes.
Kinberg cite trois espèces de Mandane, elles proviennent du port Famine (Patagonie), de l’île de Magala et d’un étang du voisinage de Montevideo.
La seule espèce de Geogenia de Kinberg présente de singulières affinités avec notre Rhinodrilus; mais le segment céphalique est transverse au lieu de former une sorte de trompe, comme chez ce dernier. Les mots: « Cingulum fossis ventralibus duobus instructum » semblentindiquer que les orifices mâles sont situés sur la ceinture, et cette opinion est corroborée par le grand développement des soies ventrales de cet organe, chose que l’on voit aussi chez le Rhinodrilus. D'ailleurs, les soies dans les deux genres sont pourvues d'ornements qui ne différent que dans leur forme. Ajoutons enfin que, dans tous les deux, les orifices des organes segmentaires sont situés dans le voisinage des soies dorsales : ils sont en avant chez les Rhinodrilus, Kinberg les place en
arrière chez les Geogenia. C'est là une position singulière, dans l’état
4. Nous y sommes autorisé, comme on le verra par l’étude des genres postclitelliens que nous avons eus à notre disposition.
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actuel de nos connaissanees, et qui nous paraîtrait suffisante pour distinguer les deux genres, même en l'absence de la différence qui résulte de la forme du lobe céphalique, forme à laquelle les zoologistes me semblent avoir attaché une importance un peu exagérée.
Quoi qu'il en soit, les Geogenia, qui proviennent de Natal, doivent évidemment être placés dans le voisinage des Ahinodrilus, parmi nos Lombriciens intraclitelliens.
Le genre Alyattes, distingué dans le tableau synoptique, est confondu avec les Lombrics dans le texte du mémoire; ildoit évidemment en être séparé. La disposition de ses soies rappelle celle que nous aurons à décrire plus tard dans notre genre Tilanus; mais les Alyaites me paraissent avoir leurs orifices mâles avant la ceinture. Je maintiendrai donc leur séparation ; ils proviennent de Buenos-Ayres.
Les Eurydames différent des Alyattes par la forme de leur segment céphalique; je ne sais trop où les placer n'ayant aucun renseignement sur la disposition de leur appareil génital. Ces deux genres font, dans l'esprit de Kinberg, la transition aux Hypogeons de Savigny, dont il paraît ne pas admettre la neuvième rangée de soies dorsales.
Je n'ai pas vu de vrais Hypogeons; mais Grube et d'Udekem admettent ce genre tel qu'il a été délimité par son auteur. Ce n'est donc que très-provisoirement qu’on doit considérer comme lui appartenant les deux espèces: (4. Havaicus, de Oahu, et #. Atys, de Buenos- Ayres) que Kinberg y range. D'ailleurs, la position reculée de la ceinture chez l’une de ces espèces me fait pencher à rapprocher les Vers en question des Lombriciens à orifices génitaux mâles antérieurs à la ceinture.
Le genre Hegesipyle, fondé sur un Ver de Natal (H. Hanno), est encore un passage des Lombrics aux Hypogeons sous le rapport de la disposition des soies dont les dorsales sont écartées en avant, comme elles le sont toutes en arrière, les ventrales demeurant rapprochées
en avant. Malheureusement, Kinberg n'a vu ni ceinture ni tuber-
cules ventraux; voilà donc encore un genre aux ncertæ sedis.
Restent les genres Amyntas, de Guam; Witocris, de Rio-laneiro; Pheretima, de Tahiti et de la Californie; Æhodopis de Java; Lampito, de Mauritius, tous créés par Kinberg, qui ajoute encore à la liste un Perichæta de Oahu. Ces genres ne sont que des variations sur le thème des Perichœæta de Schmarda. Des différences de nombre entre les soies antérieures et postérieures, d’autres dans la forme du segment céphalique en font les frais. Nous croyons qu'avant d'accepter définitivement ces genres, une étude plus approfondie des animaux qui les composent serait à faire. Il nous paraît difficile de restreindre le genre Perichæta aux espèces qui ont le même nombre de soies sur tous les anneaux du corps; qu'il y en ait davantage sur les anneaux antérieurs que sur les anneaux postérieurs, ou que ce soit l'inverse, le type de la disposition n’en demeure pas moins le même ; ces différences du plus au moins sont évidemment de peu de valeur. D'ailleurs, dans tous ces genres, les orifices mâles sont postclitelliens, comme chez les Perichæta. Nous ne ferons, en conséquence, des cinq derniers genres de Kinberg qu'un seul genre, celui des Perichæta, mais, par prudence et pour conserver, jusqu'à plus ample informé, l’œuvre d'un auteur consciencieux qui a sur nous l'avantage d’avoir vu les animaux en litige, nous diviserons le genre Perichœæta, de Schmarda, en sous-genres, correspondant aux genres de Kinberg.
L'importance du travail que nous venons d'analyser est des plus grandes. L'auteur y décrit onze genres nouveaux, tous exotiques et permet de se faire une idée plus juste de la répartition géographique de deux genres déjà connus. Malheureusement, il n’a pu éclairer son travail par des recherches anatomiques: sur beaucoup de points, les documents qu'il nous fournit sont encore trop insuffisants pour donner une idée bien nette des animaux dont il nous parle. II n’en est pas moins vrai que c'est là que nous trouvons la première esquisse géné-
ale des modifications que peuvent présenter les Lombriciens exotiques ;
LOMBRICIENS TERRESTRES. 37 c'est Kinberg qui a le premier signalé les variations de position de ce qu'il appelle les « tubercules ventraux »; il avait vu, en 1865, leur disposition chez les Perichæta, disposition qu’en 1869 M. Vaillant”, qui ne connaissait pas encore le travail de Kinberg, a signalée de nouveau, On verra, par la suite, que les dispositions de cet orifice constituent un caractère d'une grande valeur pour la détermination des grandes coupes de la classe des Lombrics.
Il nous reste à parler maintenant du mémoire publié en 1869 par M. Léon Vaillant’ et ayant pour titre : Note sur l'anatomie de deux espèces de PERICHOETA et essai de classification des Annélides Lombricines.
Nous avons déjà fait connaître la partie anatomique de ce travail. Nous allons nous occuper maintenant de l'essai de classification tenté par M. Vaillant.
Dans la classification de M. Vaillant, l'Ordre des Annélides Lombricines est divisé en deux familles : celle des Lumbricina propria et celle des Naidea. Chacune de ces familles comprend deux tribus, à savoir les Lumbricina propria et les Enchytræina, pour la première ; les Vaidea propria et les Chætogastrina pour la seconde.
Ces divisions sont uniquement établies sur le caractère de la simplicité des soies ou de leur division en crochet double à leur extrémité. Nous dirons plus loin ce que nous pensons de cette division.
Bornons-nous pour le moment à la tribu des Lombricina propria qui fait l’objet de notre travail. M. Vaillant la décompose en onze genres; mais, ainsi que nous l'avons dit, il n’a pas eu connaissance du travail de Kinberg, publié trois ans avant le sien, sans. cela il eût certainement admis quelques-uns des genres de cet auteur; de plus, il n’a pas cru devoir tenir compte des particularités présentées par les échantillons de la collection du Muséum, qu'il a examinés, et parmi
lesquels il n'a signalé qu'une espèce nouvelle, déjà étudiée par
1. Annales des Sciences naturelles, 5° série, t. X, pag. 225 et suiv.
d'Udekem, mais inédite, le Perichiela posthuma. Ça été là, comme on le verra par la suite, une réserve un peu exagérée. Si nous ajoutions aux onze genres admis par M. Vaillant et dont un — le genre Æchinodrilus — est nouveau, les six genres de Kinberg que nous admettons provisoirement, cela porterait à dix-sept les genres de la famille des Lombricint propria, connus en 1869.
Mais ce nombre doit être diminué. En effet, M. Vaillant appelle Lombriciens proprement dits tous les vers dont les soies sont simples. Or cette définition est on ne peut plus artificielle à notre point de vue. Nous en donnons la preuve :
I n’y a pas de genres qui aient plus d’affinités que les Euaxes de Grube et ses Lunbriculus. Le renflement médian des soies des Euaxes se retrouve chez la plupart des soies de Naïs tandis que je n’en connais pas d'exemple chez les Lombriciens. A part le crochet terminal qui est simple au lieu d’être double, ces soies rappellent exactement celles des Lumbriculus, dont les Euares ont d’ailleurs toute l’organisation.
Eh bien, M. Vaillant est conduit par sa méthode à classer les Euaxes parmi les Lombriciens tandis qu'il reporte les Lumbriculus aux Naïdiens. C’est là évidemment une séparation d'autant plus malheureuse que Grube, qui a soigneusement étudié les deux genres et qui attachait lui aussi une grande importance aux soies, avait laissé les Lumbriculus et les Euaxes parmi ses Lombriciens proprement dits. bien que les Lumbricülus rappelassent par leurs soies les Naïs. Nous avons dit les raisons qui paraissent avoir déterminé la manière de voir de Grube. Pour nous, nous n'hésitons pas à faire des £uaxes et des Lombricules des Naïdiens à cause de la simplicité relative de leur appareil vasculaire, de l'absence du gésier dans leur appareil digestif et de la conformation de leurs soies qui se rapprochent de celles des Naïs, malgré l’analogie apparente qu'on est tenté d'établir entre celles des Euaxes et celles des Lombrics. ,
C'est donc là, à notre avis, une modification fâcheuse que M. Vail-
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lant a introduite dans le système de M. Grube. Ou il fallait laisser les Lombricules et les Euares avec les Lombrics, ou il fallait reporter ces deux genres avec les Naïs, ce qui nous paraît la meilleure solution, comme M. Vaillant l’a parfaitement senti lui-même en ce qui concerne les Lombricules.
Nous avons dit précédemment notre opinion au sujet des Phreoryctes, Helodrilus, Criodrilus de Hofmeister et des Trichodrilus, de Claparède : nous ne reviendrons pas sur ce point.
La création du genre Echinodrilus était nécessaire, comme l'indique très-bien M. Vaillant.
Voyons maintenant sur quelle base ce savant à assis sa classification.
Pour lui les caractères extérieurs tirés de la conformation et de la disposition des soies doivent actuellement primer tous les autres. Il repousse, en conséquence, les caractères tirés de la disposition des organes génitaux dont les orifices sont pourtant, avec la position de la ceinture, la forme du lobe céphalique, celle des soies et leur disposition, à peu près les seuls signes extérieurs auxquels on puisse s'adresser pour l'établissement des coupes.
M. Vaillant rejette ces caractères comme trop variables avec l’âge ou la saison. C’est peut-être là une raison pour un nomenclateur, ce ne pourrait en être une pour un zoologiste qui recherche les véritables affinités. La disposition des organes génitaux n’a peut-être pas une très-grande importance chez les animaux supérieurs, quoique dans ses grands traits elle présente néanmoins une assez grande constance et que tous les naturalistes en aient tenu compte. Mais chez les animaux inférieurs la conservation de l'individu cède le pas à la conservation de Fespèce; l'appareil génital prend une importance toute particulière; il envahit parfois toute l'économie et l’on ne peut songer à négliger les caractères qu'il fournit et qui d’ailleurs s'imposent d’euxmêmes. En particulier, la classification des Nématoides dé Dujardin
n'est-elle pas presque entièrement fondée sur la disposition des organes génitaux, et n'est-elle pas encore aujourd’hui acceptée par tous les helminthologistes?
D'ailleurs, nous devons le dire, ce sont précisément les particularités que nous avons remarquées dans la disposition extérieure des orifices génitaux des Lombriciens du Muséum qui nous ont conduit à entreprendre le travail que nous publions en ce moment. C’est done, après l'exposé de nos recherches, que lon pourra mieux juger de la
valeur des caractères fournis par ces organes.