II. — LOMBRICIENS INTRACLITELLIENS
OU A ORIFICES GÉNITAUX MALES SITUÉS DANS LA CEINTURE GEN. ANTEUS. Nov. gen.
Etym. Antée, géant, fils de la Terre.
Le genre nouveau que nous proposons ici ne comprend jusqu à présent qu'une seule espèce, originaire de Cayenne.
Le Muséum en possède deux exemplaires dont l’un sans indication de provenance, l’autre provenant de Cayenne et donné à la collection par M. Eydard de Saint-Quentin. Ce dernier est le plus beau des deux échantillons. Sa longueur est de 1,16. C’est certainement de tous les Lombriciens connus celui dont la taille est le plus considérable. C’est la raison qui nous à fait assigner au genre le nom que nous avons choisi.
Ne connaissant qu'une seule espèce, nous n'avons pas à donner de caractéristique du genre; la description du ver dont il s’agit en tiendra lieu. Il est bon de remarquer d’ailleurs que nous connaissons trop peu de Lombriciens pour asseoir sur des bases solides la caractéristique des différents genres à établir dans cette classe d'animaux. Tout ee que nous pouvons faire, c’est de signaler séparément et d'isoler en leur donnant un nom générique particulier les Vers qui bien évidemment ne peuvent être réunis dans un même genre. Ce n’est que plus tard, lorsque nous connaîtrons le plus grand nombre des Lombrics qui fouillent nos terres végétales, que nous pourrons grouper Îes espèces qui se rapprochent le plus sous les noms génériques précédemment établis, ou sous des noms nouveaux. Ce groupement une fois effectué, les caractères génériques se signaleront d'eux-mêmes; il n°y
aura plus qu'à les enregistrer.
ANTEUS GIGAS!: Ed. Perr.
L'Anteus, auquel nous donnons le nom spécifique de Anteus gigas, a 1°,16 de long sur 3 centimètres de largeur environ dans la région de la ceinture et 2 centimètres dans la région postérieure.
Si l’on observe l’animal par le dos, la ceinture, au moins dans
les échantillons que j'ai pu voir, ne commence pas brusquement
4 Plex, fig. 19°
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comme dans la plupart de nos Vers. Déjà le huitième anneau est un peu modifié; l’épaississement et l’opacité des parois ne fait qu'augmenter dans les anneaux suivants; toutefois, quand on coupe les téguments, on n'aperçoit une modification bien marquée que dans le douzième ou treizième anneau, qui présente dans son épaisseur une mince couche glandulaire bien distincte. Dans le quinzième anneau l'épaisseur des parois du corps dépasse 2 millimètres; cette épaisseur se maintient jusqu'au vingt-neuvième anneau. Le trentième est bien évidemment hors de la ceinture.
Si l’on observe l'animal par sa région ventrale, la gradation est un peu moins marquée. Le treizième anneau (ÿ compris le segment buccal) présente dans sa région centrale une région plus foncée qui semble indiquer une structure autre que celle du reste de l'anneau ; celui-ci est lui-même partie intégrante du Clitellum si on l'observe par la région dorsale. Petit à petit, à mesure que l’on s'éloigne de la tête, cet espace foncé augmente dans les anneaux suivants et forme dans chacun d’eux comme un îlot conservant la structure ordinaire des téguments quand les autres parties de l’anneau deviennent glandulaires.
Au dix-huitième anneau et jusqu'au vingt-neuvième inclusivement. l’ilot envahit toute la région ventrale. On voit alors une bande ventrale médiane moins consistante que le reste des parois du corps ‘qui, dans l’animal conservé, se retire à l’intérieur de manière à laisser saillants les bords de la portion glandulaire des anneaux, qui forment ainsi, non plus une ceinture complète, mais une sorte de selle, un véritable clitellum. De chaque côté et à égale distance des deux ligues médianes ventrale et dorsale, chacun des anneaux de la ceinture porte sur son bord antérieur un orifice très-distinct. Il est facile de reconnaître que ces orifices sont exactement homologues des orifices des organes segmentaires. Ce sont d'ailleurs les seuls qu'il soit pos-
sible de constater à la surface des anneaux; je «n’ai rien vu qui res-
semblat à des pores génitaux spéciaux; je n'ai pas vu davantage de vestiges de pores dorsaux sur la ligne médiane.
Les soies sont disposées, comme chez le Lombric ordinaire, en quatre rangées de paires, deux rangées sont franchement ventrales, deux latérales. Ces rangées sont constamment parallèles d'une extrémité à l'autre du corps, et les soies de chaque paire sont toujours trèsrapprochées l’une de l’autre. Ces soies ont du reste la forme enS allongée qui se retrouve chez le plus grand nombre des Lombriciens terrestres.
Immédiatement en avant de la soie supérieure de chacune des paires de la rangée supérieure de soies se voit l'orifice des organes segmentaires. Cette disposition est remarquable, car chez tous les Lombriciens terrestres connus jusqu'ici, c’est en avant des rangées de soies inférieures que s'ouvrent les organes segmentaires. Cette exception, toute remarquable qu’elle soit, ne prendra qu'un peu plus tard sa véritable signification, lorsque nous aurons étudié d’autres types; il sera possible alors de montrer quelle est son importance morphologique.
Tels sont les caractères extérieurs de l'animal que nous désignons sous le nom d’Anteus gigas. |
Les caractères anatomiques ne sont pas moins singuliers. Lorsqu'on ouvre l'animal par le dos, on voit que toute la partie antérieure du corps, jusqu'au neuvième anneau inclusivement, est occupée par une masse ovoide, dure, résistante, nacrée, de laquelle semble partir l’intestin et sur laquelle s'appliquent en partie des cloisons parfaitement continues, enfermant les testicules dans un sac complet. Il est difficile de ne pas croire que cette masse n’est pas une sorte de pharynx musculeux résultant de la fusion avec le gésier de toute la partie de l'intestin ordinairement antérieure à cet organe. Mais si l’on vient à fendre longitudinalement la masse en question, on reconnaît bientôt qu'elle est formée par la superposition de toutes les cloisons de la partie antérieure du corps, lesquelles sont épaissies, fibreuses, nacrées comme
des aponévroses et s'emboîtent les unes dans les autres comme une
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série de cornets. Ces cloisons ne présentent d'orifice que pour le passage du tube digestif et pour celui des vaisseaux; elles constituent à la partie antérieure du corps comme une sorte de squelette fibreux qui protége le système nerveux central, le pharynx, l'œsophage, le gésier etune partie de l’appareil génital. Elle donne à cette région une solidité considérable et la transforme en un véritable groin qui permet à l'animal de fouiller le sol sans danger pour les organes plus où moins délicats situés dans la région antérieure de son corps. Dans aucun autre Ver nous n'avons vu d’une manière aussi marquée cette modification protectrice des cloisons.
L'appareil digestif ne présente d'ailleurs aucune modification essentielle. L'appareil protecteur formé par les cloisons une fois ouvert, on peut constater l'existence d’un pharynx à parois épaisses et glandulaires; vient ensuite un œsophage membraneux portant sur ses parois quelques corps glandulaires; enfin le gésier qui est enfermé dans les cloisons limitant le sixième anneau, mais qui se trouve rejeté en arrière à la hauteur du neuvième, entraînant avec lui les cloisons qui le maintiennent. Ces dernières conservant leur point d'attache antérieur se trouvent ainsi transformées chacune en une sorte de dé membraneux; elles s'appliquent exactement l’une sur lautre dans toute leur partie antérieure, tandis que les fonds des deux dés sont distants de toute la longueur du gésier. Cette même disposition se répétant pour toutes les cloisons qui précèdent, on voit que l'appareil cloisonnaire protecteur présente une série de chambres dont la cavité aurait pour section un croissant, tandis que les sommets du croissant se prolongeraient beaucoup en avant. C'est au fond de ces chambres que sont placés les divers organes qui doivent être protégés et sur lesquels nous aurons à revenir.
Ajoutons ici qu'à partir de la cloison postérieure au gésier, les cloisons suivantes, tout en conservant les mêmes caractères histo-
logiques, se redressent peu à peu en s'écartant et constituent des £ > Ï |
b7/ NOUVELLES ARCHIVES DU MUSEUM.
chambres plus vastes qui paraissent indépendantes de la masse antérieure et dans lesquelles se voient les organes génitaux; puis les cloisons s'amincissent et l’on arrive ainsi insensiblement aux minces cloisons membraneuses, planes circulaires, qui, dès le quinzième anneau. ont déjà pris le caractère qu’elles conserveront jusqu’à l'extrémité du corps.
Si l'appareil digestif estconstitué comme chez tous les Lombriciens, il n'en est pas de même de l'appareil circulatoire, au moins en ce qui touche les organes d’impulsion.
Nous ne pouvons donner une description complète de cet appareil, borné que nous avons été dans nos recherches par la nécessité de conserver l'échantillon sans altérer en rien aucune de ses parties essentielles; mais nous pouvons signaler néanmoins quelques intéressantes particularités.
L'appareil vasculaire laisse voir tout d’abord un gros vaisseau dorsal, cylindrique dans la majeure partie de son étendue et contenant du sang coagulé, bleu foncé. Dans chaque anneau, ce vaisseau émet au moins une anse vasculaire qui embrasse étroitement l'intestin; nous ne pouvons rien dire des vaisseaux médians inférieurs ni des anses vasculaires périphériques. Mais le point remarquable est celui-ci : dans les anneaux douze, treize, quatorze, quinze, seize et dix-sept, le vaisseau dorsal se renfle en une série de grosses ampoules remplissant ordinairement chacune un anneau, mais dont quelques-unes pourraient bien être doubles, car nous en avons compté huit bien distinctes non compris les bulbes antérieurs et postérieurs par lesquels les deux troncs du vaisseau dorsal s'abouchent dans cette poche moniliforme. Dans l'échantillon que j'ai disséqué toute cette partie moniliforme avait subi un déplacement considérable au moment de la mort de l’animal; elle s'était repliée sur elle-même, de sorte qu'il était difficile d’assigner la place véritable qu'elle avait dû occuper. Pour avoir une idée de ce déplacement il suffira de consulter la figure 13 où l’on
verra que, tout en correspondant à six anneaux au moins, la poche
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Les parois de ce renflement moniliforme sont bien évidemment musculaires. On doit donc Ie considérer lui-même eomme un cœur véritable. La contractilité, que l’on constate en général dans tout le vaisseau dorsal, s’est ici concentrée én un seul point. If s’est formé là un véritablé cœur impair longitudinal, tout à fait exceptionnel jusqu'ici chez les Lombriciens.
Ce cœur n'est pas du reste le seul organe d'impulsion du sang. Lorsqu'on a ouvert les cloisons’'de la partie antérieure du corps, on remarque dans les poches qui dépendent du septième, du huitième, du neuvième et du dixième anneau deux anses vasculaires latérales, tout à fait analogues à celles qui constituent les cœurs latéraux chez les autres Lombriciens. De ces anses, celle du septième anneau est d’un petit calibre ; au contraire, celle du dixième est volumineuse et renflée en ampoule. Les autres vont graduellement en diminuant de calibre du dixième anneau au septième.
Toutes les quatre ne sont peut-être pas également contractiles, mais elles sont morphologiquement équivalentes. On peut donc diré que l’Anteus gigas possède un cœur dorsal impair moniliforme et quatre paires de cœurs latéraux sous forme d’anses anastomotiques entre le vaisseau dorsal et le vaisseau ventral.
C’est dans le onzième et le douzième anneau, dans la ceinture même par conséquent et en arrière du gésier, contrairement à ce qui se voit chez les vrais Lombrics, que se trouvent les testicules. Cé sont de très-grosses glandes aplaties de haut en bas, refoulant derrière elles les cloisons qui les suivent et attachées à la partie inférieure ét médiané de la face postérieure de la cloison qui les précède. Ces cloisons sont épaisses, nacrées, ne présentent d'autre orilice que celui que traversent l'intestin et les vaisseaux qui lui sont accolés. Chaque paire de testi-
cules est donc complétement enfermée dans une poche parfaitement
close et ne communiquant à l'extérieur que par un seul orifice, celui de l'organe segmentaire.
Ces organes’ présentent d'ailleurs dans ces deux anneaux et dans les sept suivants qui font également partie de la ceinture un calibre plus considérable. Au lieu d'être pelotonnés comme chez la plupart des Lombrics. ils sont simplement un peu flexueux ; leur calibre est suffisant pour qu'on puisse les injecter facilement par leur orifice extérieur, qui est lui-même fort apparent sur la ceinture. Chacun d'eux est terminé par une sorte de houppe formée par une série de replis membraneux implantés sur sa portion terminale libre. Cette houppe constitue le pavillon vibratile au milieu duquel s'ouvre le canal.
Bien que nous ayons soigneusement recherché les canaux déférents, nous n'avons rien vu qui pût en être considéré comme la trace. Nous croyons donc qu'ici les organes segmentaires des anneaux génitaux en tiennent lieu.
Dans les anneaux qui suivent le vingtième, les organes segmentaires sont de bien plus petit calibre, plus ou moins pelotonnés, et leurs circonvolutions sont reliées par une membrane qui fait apparaître chacun d’eux comme une sorte de lame frangée aplatie dont l’apparence n’a, au premier abord, rien de commun avec celle que présentent les organes segmentaires des anneaux antérieurs.
Nous n'avons pas vu d’ovaires. Cette circonstance nous portait à penser que le Ver qui nous occupe n’était pas hermaphrodite, mais il y à dans le septième anneau, au moins, une poche sphérique qui ressemble beaucoup à une poche copulatrice; ce fait nous commande par conséquent une grande réserve en ce qui touche la dioïcité de l'Anteus.
Si incomplets que soient les détails que nous venons de donner,
on voit qu'ils sont plus que suffisants pour justifier l'établissement d’un
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genre nouveau, s’éloignant à bien des titres de tous les genres connus. Le Ver qui en est jusqu'ici l'unique représentant portait dans la collection du Muséum le nom générique d'Aypogeon: mais il ne présente aucune trace de la rangée de soies dorsales attribuée à ce genre par Savigny. Ce n’est donc certainement pas un Hypogeon.
Nous faisons dès à présent la même remarque pour le Ver brésilien dont nous allons maintenant nous occuper et qui doit aussi constituer un genre nouveau.
GEN. TITANUS. Nov. gen.
C'est encore pour un Ver de très-grande taille qu'est fondé le genre dont nous allons parler.
Le Muséum possède de ces Vers plusieurs échantillons venant du Brésil et dont le plus grand atteint 1",26 de long. Tous ces échantillons se rapportent à la même espèce qui est jusqu'à présent unique dans son genre et dont la description tiendra lieu, pour le moment, de caractéristique pour ce dernier.
Nous lui donnerons, à cause de son origine, le nom de :
TITANUS BRASILIENSES!: Ed. Perr,
Longueur, pouvant atteindre un mètre vingt-six centimètres, plus grêle que le précédent, du moins si l’on s’en rapporte aux individus conservés dans l'alcool que j'ai eus à ma disposition; la portion antérieure du corps est moins fortement renflée; l'animal tout entier paraît beaucoup moins robuste.
La ceinture commence après le quatorzième anneau (y compris