PI. 11, fig. 26, vs
. PI. 11, fig. 27 et 28.
Le
LOMBRICIENS TERRESTRES. 75 lui une sphère assez peu volumineuse, quelquefois deux qui présentent alors un aspect un peu différent. Je n'ai pu examiner ces derniers corps que sur deux individus conservés dans l'alcool, l'un depuis 1826, l’autre depuis 18353. Mais cet examen ne peut laisser aucun doute; ce sont là des ovaires dans lesquels il est encore possible de reconnaître des œufs avec tous leurs éléments caractéristiques ‘.
Le membre vitelline assez épaisse a conservé sa forme sphérique ; le vitellus s’est un peu condensé et ramassé d’un côté; la vésicule transparente est encore bien nette et contient une, deux ou trois taches germinatives.
De plus, chaque œuf paraît entouré d’une couche granuleuse assez épaisse que je m'abstiendrai d'interpréter à cause des chances d'erreur que présente l'examen histologique de pièces conservées, surtout depuis si longtemps. Il n’en demeure pas moins constant que les ovaires sont ici greffés sur un appareil qu'on ne peut considérer que comme une poche copulatrice.
Je décrirai comme espèces distinctes les £udrilus de provenance différente que j'ai eus à ma disposition, bien que les caractères extérieurs qui les distinguent soient assez fugitifs. Il me semble que les dispositions anatomiques spéciales que je vais avoir à signaler moti-
vent suffisamment cette distinction.
EUDRILUS LACAZAEH:. Edmond Perrier.
La longueur de ce ver est médiocre; sa partie antérieure est
aplatie et se termine par un lobe céphalique simple; la partie posté-
A. PI. 1v, fig. 76.
2. Je dédie cette espèce à mon savant et excellent maître M. H. de Lacaze Duthiers, membre de l’Institut, professeur à la Sorbonne, ancien professeur au Muséum et à l'École normale, où il a bien voulu m'appeler à lui succéder.
rieure va en s'amincissant beaucoup, elle -est bien plus grêle que l’antérieure.
Comme dans les autres espèces je ne signalerai que les caractères dont je n'ai pas eu à parler en définissant le genre.
La ceinture, peu marquée, occupe les anneaux 13, 14, 15, 16, 17 et 18, en tout six.
Les pores génitaux femelles du quatorzième anneau sont situés très-nettement en avant des soies supérieures qui sont bien distinctes.
Le gésier, assez allongé, est situé à la hauteur du sixième anneau, sans que je veuille affirmer d’une manière bien positive qu'il lui appartient. les cloisons correspondantes se trouvant détruites.
On trouve des vaisseaux latéraux contractiles dans les anneaux 5, 9 et 10, peut-être 7.
Les anneaux 11 et 12 contiennent chacun une paire de testicules bien développés; il y en a une autre, mais beaucoup plus petite, dans le dixième anneau.
Dans le quatorzième anneau, sur la base de la poche copulatrice, on ne voit à l'extérieur que le petit tube tortillé et à l’intérieur, c'est-à-dire vers l’axe du corps, un petit ovaire sphérique.
Le canal déférent se rend à la bourse du pénis sans se tortiller sur lui-même; sur cette bourse sont grelfés la longue poche en forme de saucisse et l’'appendice en Y, qui tous deux ont un aspect fibreux très-caractérisé.
Dans tous les anneaux, même dans ceux qui contiennent les ovaires, il ÿ a un organe segmentaire.
Ces organes, à partir du quinzième anneau, se font remarquer par leur coloration jaune=orangé. Cette coloration répond à une portion glandulaire de l'organe; celui-ci se prolonge vers l'axe du corps en un petit tube transparent, entortillé à l'extrémité duquel j'ai cherché, sans l'y voir, un pavillon vibratile. Ces organes reposent sur la
face postérieure de chaque cloison.
LOMBRICIENS TERRESTRES. 77
Il y au Muséum deux échantillons de l’£Eudrilus Lacazii, tous deux sont en assez mauvais état.
Ils ont été rapportés de la Martinique par M. Plée; l'un date de 1826, l'étiquette de l’autre ne porte pas de date.
EUDRILUS PEREGRINUS!:. Edm. Perrier.
L'Eudrilus peregrus est plus grand que le précédent; son lobe céphalique, bien distinct, entame postérieurement et très-nettement le segment buccal.
La ceinture occupe cinq anneaux ; ses anneaux extrêmes sont le quatorzième et le dix-huitième.
L'extrémité postérieure parait moins rétrécie que dans l'espèce précédente.
Les pores génitaux femelles du quatorzième anneau sont moins distincts, peut-être un peu plus reculés, et je n’ai pu distinguer à la loupe les soies qui doivent se trouver derrière eux.
Pour ne pas trop détériorer l'échantillon unique du Muséum, je n'ai pas voulu découvrir le gésier qui se trouve avant le huitième anneau. Cet anneau contient une anse cardiaque ainsi que les deux suivants; ces derniers sont les plus développés.
Les testicules sont situés aux onzième et douzième anneaux; je n'ai vu dans le dixième anneau qu'une sorte de toute petite masse glandulaire, absolument indéterminable.
Dans le quatorzième anneau, les organes femelles comprennent : la poche copulatrice, le petit tube entortillé qui est extérieur, une masse glandulaire située en face de lui, intérieurement et dans
Ca
laquelle je n'ai pas vu d'œufs; enfin au-dessous du tube tortillé et exté-
1. Je donne à ce Ver l’épithète de peregrinus à cause de sa provenance assez éloignée des Antilles, d'où proviennent les deux autres.
rieurement à lui, mais greffé comme lui sur le pédoncule de la poche copulatrice un ovaire bien distinct et que j'avais sous les yeux quand j'ai parlé des ovaires des £udrilus dans la description du genre.
L'appendice en Y de la bourse du pénis est formé de deux branches très-inégales en longueur, appliquées l’une contre lautre, tandis qu'elles sont égales dans l'espèce précédente.
Il n'existe dans la collection du Muséum qu'un seul individu de cette espèce ; il a été rapporté de Rio-Janeiro, en 1533, par M. Gau-
dichaud.
EUDRILES DECHEPHEM®% Edm. Perr.
Ce ver a été recueilli dans la terre d’un envoi de plantes des Antilles par M. Houllet, chef des serres au Muséum, qui m'avait déjà remis quelques jours auparavant plusieurs échantillons d’une espèce nouvelle de Perichœta et qui avait bien voulu, à ma demande, porter son attention sur la terre de l’envoi des Antilles qu'il venait de recevoir. M. Houllet continue d’ailleurs à surveiller le dépotement des plantes qui lui sont envoyées, et il n’y a pas de doute que, grâce à lui, la collection de Lombriciens du Muséum de Paris ne s’accroisse rapidement et que l'histoire de ces singuliers animaux ne s’enrichisse de faits nombreux.
A l’époque où cet £udrilus me fut remis, je n'avais encore étudié avec quelque soin que nos Lombrics indigènes et les Perichæta. Je ne connaissais de Lombriciensayant leurs orifices génitaux mâles non situés en avant de la ceinture que ces derniers et, comme les soies ne sont pas toujours très-visibles au premier coup d'œil, je crus d’abord avoir affaire à un Perichæla, ce qui aurait beaucoup augmenté l'aire d’extension de ce genre. C'est à cause de cette erreur momentanée que j'ai nommé le ver qui nous occupe : £udrilus decipiens. Quant au préfixe £u
dont j'ai fait précéder le mot grec qui veut dire ver, il provient de ce
LOMBRICIENS TERRESTRES. 79
que le premier Lombricien terrestre chez qui un véritable appareil copulateur ait été signalé est précisément l’£udrilus decipiens; ce ver me semblait donc à ce moment plus parfait que les autres. Nous verrons que les Acanthodrilus sont aussi pourvus de pénis, autrement constitués d’ailleurs que ceux que nous avons décrits chez les divers Eudrilus : nous avons vu aussi des Lombriciens chez qui l’organisation atteint un plus haut degré de perfection ; néanmoins il n'y a pas d'inconvénient sérieux à conserver le nom primitif que nous avons choisi et qui se trouve déjà consacré d’ailleurs par une communication faite à lAcadémie le 13 novembre 1874.
La taille, la couleur, l'aspect général de l'£udrilus decipiens sont, en tout, ceux de nos Lombries. La bouche s'ouvre franchement audessous du lobe céphalique qui est très-aigu. Les soies forment quatre rangées; il m'a semblé que, assez souvent, chaque faisceau contenait plus de deux soies parfaitement développées; mais il faudrait examiner sur plus d’un individu si ce fait présente quelque constance ; nous ne l’inscrivons ici qu'à titre de renseignement. La ceinture occupe les anneaux treize, quatorze et quinze; elle est continue. Les orifices génitaux mâles sont situés au dix-septième anneau, c'est-à-dire sur le deuxième anneau après la ceinture; ils se font remarquer par leur netteté et par l’aréole opaque et blanchâtre qui l'entoure.
L'animal ayant été plongé vivant dans une solution faible d'acide chromique, nous avons vu sortir par l’un de ces orifices une sorte de crochet charnu à concavité tournée vers le bas et à pointe mousse beaucoup moins large que sa base. Au-dessous de ce crochet et en continuité de tissu avec lui se trouvait une poche sphérique également sortie au dehors et présentant le même aspect nacré. Nous avons cru d’abord à une simple hernie avec retournement en doigt de gant du canal déférent, mais un examen attentif nous a bien vite montré qu'il y avait là une spécialisation plus grande d’une partie
du canal déférent et que nous avions affaire à un véritable pénis
rétractile. Du côté où le pénis n’était pas sorti spontanément, nous pensions le voir au dedans du corps, mais nous n'avons vu à Sa place qu'un empâtement discoïde assez épais, sur lequel venaient s'insérer le canal déférent et le canal excréteur de la poche allongée et fibreuse; nous avons dès lors pensé que cet empâtement, qui était beaucoup moins visible de l’autre côté, n'était autre chose qu'une bourse à l’intérieur de laquelle devait se trouver le pénis rétracté; nous avons donc déchiré les parois de cette bourse et nous avons trouvé à son intérieur le second pénis charnu recourbé autour de la poche”. Cela confirmait notre première observation : à savoir que bien réellement les £udrilus ont un pénis charnu distinct de toutes les autres parties de l'appareil génital, rétractile à la volonté de l'animal et enfermé quand il est rentré en dedans dans une poche particulière que nous avons déjà nommée bourse du pénis. C'est Ià un organe pour ainsi dire à demi externe, que l’on peut observer presque sans dissection et qu'à ce titre nous avons décrit en même temps que les autres caractères zoologiques.
Voyons maintenant les caractères anatomiques *.
Le tube digestif se compose, comme d'habitude, d'an pharynx musculeux, qui occupe ici les cinq premiers anneaux, puis d'un œsophage très-court qui commence vers la moitié du cinquième anneau et se termine au commencement du septième; dans ce dernier se trouve le gésier qui l’occupe entièrement sans le dépasser, enfin vient l'intestin proprement dit.
De l'appareil circulatoire je n’ai vu qu'un vaisseau dorsal et deux paires de cœurs latéraux dans les septième et huitième anneaux.
Les anneaux neuf, dix et onze contiennent chacun une paire de
testicules. Ces testicules ont la forme de langues recourbées au-dessus
1 Pl'rr fig. 27ret28: