‹ Recherches pour servir à l'histoire des lombriciens terrestresChapitre 36 sur 90 · MALES SITUÉS APRÈS LA CEINTURE · texte numérisé non relu

MALES SITUÉS APRÈS LA CEINTURE

Jusqu'ici les Lombriciens dont l'orifice génital est placé après la ceinture sont les plus nombreux que nous ayons rencontrés.

Tandis que nous n’avons rien vu personnellement qui permette de distinguer plusieurs genres dans les Lombriciens antéclitelliens, tandis que les genres de Lombriciens intraclitelliens se réduisent à quatre, {ous Américains, nous trouvons quatre genres bien caractérisés de Lombriciens postclitelliens, et leur répartition conduit à considérer comme probable que ce type est beaucoup plus général que les

deux autres. Nous trouvons, en effet, dans le groupe des postclitel-

liens des vers provenant de la Nouvelle-Calédonie (Acanthodrilus) , d'autres provenant de la Nouvelle-Hollande (Digaster), d’autres de l'Inde et des régions voisines (Perichæta). C'est là une aire de distribution beaucoup plus grande que celle des deux autres groupes. ï

En effet, nous trouvons les Lombriciens antéclitelliens en Europe, dans l'Amérique du Nord et, comme viennent de nous le prouver de récents envois, en Égypte, à Alexandrie, à Damiette; c’est-à-dire dans trois régions qui ont toujours été considérées comme présentant sous tous les rapports la plus grande analogie. L'Amérique du Sud se montre, jusqu'à présent, comme la patrie exclusive des Lombriciens intraclitelliens; enfin en Asie et en Australie, nous trouvons le type type postclitellien. Cette diversité dans les stations est évidemment très-remarquable; en présence surtout de la limitation assez nette des stations des autres types, elle conduit à se demander si réellement le type principal des Lombriciens n’est pas précisément celui dont nous nous occupons ici. Notre Lombric terrestre, dont Claparède avait pris les caractères pour les étendre au groupe tout entier, serait ainsi presque une exception dans ce groupe.

D'ailleurs la position des orifices génitaux n’est pas le seul caractère par lequel les Lombriciens postclitelliens se distinguent des autres animaux de la même espèce. On pourra voir dans les descriptions que nous allons donner quels sont les caractères qui coexistent avec celui-ci et l'on pourra ainsi en apprécier la valeur; mais nous n'insistons pas davantage ici, préférant conserver pour une autre partie de ce Mémoire des généralités qu’il y a avantage à grouper avec d’autres pour bien juger de leur signification.

Dans une précédente communication à l’Académie, nous avons déjà distingué trois genres, dont voici les noms, ce sont :

1° Les Acanthodrilus de la Nouvelle-Calédonie ;

2* Les Digaster de la Nouvelle-Hollande ;

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- 3° Les Perichæla de Java, de l'Ile Bourbon, de Ceylan, de Calcutta, du Pérou, à peu près, en somme, de la région du Pacifique.

Les deux premiers de ces genres sont nouveaux, le troisième est de Schmarda qui lui attribue cinq espèces; M. Vaillant en à créé une sixième; Baird et Grube chacun une; nous en avons étudié une autre, ce qui porte au moins à neuf le nombre des Perichæta connus, sans compter les espèces dont Kinberg a fait des genres séparés. Nous décrirons ici trois Acanthodrilus. Quant au genre restant, il ne contient qu'une seule espèce.

Nous aurons encore à ajouter à ce bilan des Lombriciens postclitelliens cinq nouveaux Perichæta, et un genre très-voisin des Perichæta, et que nous nommerons Perionyr.

Dans les deux premiers genres, les soies sont disposées comme chez les Lombrics; dans le troisième et le quatrième, elles sont nombreuses et disposées en cercle sur les anneaux. Ce caractère particulier, joint à la position des orifices génitaux, aurait pu conduire à éloigner beaucoup les Perichæta et les Perionyx des autres Lombriciens; mais on verra que le caractère tiré de la disposition des soies n’a pas une importance extrême et que ces genres ne diffèrent pas

beaucoup, en somme, des autres genres du même groupe.

GEN. ACANTHODRILUS, Nov. .Gen.

Trois espèces se placent dans ce genre; deux proviennent de la Nouvelle-Calédonie, une troisième de Madagascar. Des deux premières: l'une atteint presque les dimensions des Anteus et des Titanus; l'autre ne dépasse pas la taille de nos Vers de terre indigènes; ces deux espèces sont d’ailleurs, comme on le verra, parfaitement distinctes.

Leur caractère le plus saillant, celui qui frappe tout d'abord,

c'est l'existence de quatre orifices génitaux mâles au lieu de deux.

Par chacun de ces orifices, on voit saillir un faisceau de soïes courbes, d'aspect nacré, très-longues et plus ou moins rétractiles, sans l'être toutefois d’une manière complète. Chacun de ses faisceaux constitue un véritable pénis. C'est la première fois que nous avons à signaler une aussi remarquable modification des soies locomotrices. Toutefois, les Rhinodrilus et même les Lombries nous avaient déjà fait pressentir un rapport entre les soies et l'appareil de la génération.

Les soies sont du reste disposées par paires sur quatre rangées, comme chez les Lombrics. Ces rangées occupent plus spécialement la région ventrale de l'animal.

Les pores dorsaux, que nous n'avons vus ni dans les Anteus ni dans les Titanus, apparaissent ici bien évidents. Les individus que nous avons examinés étaient trop détériorés pour que nous puissions dire rien d’absolument certain sur la position des orifices segmentaires. Cependant, sur l'Acanthodrilus obtusus, le plus grand des deux, il nous a semblé que les orifices s’ouvraient sur la ligne des soies de la rangée supérieure. Toutefois, les téguments présentaient de nombreuses solutions de continuité en forme de pointillé; la cuticule avait en grande partie disparu; il nous est donc impossible d'affirmer la chose d’une manière tout à fait positive.

Nous bornons là ces généralités et nous passons tout de suite à la description anatomique et zoologique des espèces.

Nous appellerons la première : Acanthodrilus obtusus, parce que les soies de son pénis sont arrondies au bout; la seconde, Acanthodrilus ungulatus, parce que ces mêmes soies sont recourbées en forme de Griffe, et la troisième, Acanthodrilus verticillatus, parce que ces soies

semblent présenter une sorte de guillochage disposé en anneau.

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ACANTHODRELEUS OBTESUS sp. nov.!

Longueur, soixante-dix centimètres environ. Corps cylindrique, légèrement atténué en avant et en arrière. Ceinture peu apparente, mais placée avant les orifices génitaux mâles, qui occupent les dixneuvième et vingt et unième anneaux.

Les soies locomotrices ont la forme ordinaire, les soies péniales sont hérissées de pointes à leur extrémité, qui est légèrement recourbée et obtuse. Au centre du carré formé par les orifices entre lesquels elles font saillie, se trouvent les apparences de deux orifices qui me paraissent être le résultat d’une altération de l'animal, mais que je signale néanmoins pour ne rien laisser passer. J’ignore d’ailleurs à quoi de semblables ouvertures pourraient servir. Les pores dorsaux sont très-évidents, situés à la limite de chaque anneau; quant aux orifices des organes segmentaires, j'ai dit dans les généralités relatives au genre tout ce que j'ai pu observer.

A l’œsophage fait suite un gésier musculeux, ovoïde, occupant les anneaux sept, huit et neuf, et sur lequel s’insère obliquement de haut en bas et d'avant en arrière, l'intestin proprement dit, lequel ne présente rien de particulier.

Sur la ligne médiane supérieure se voit le vaisseau dorsal duquel, dans les anneaux dix, onze, douze, treize et quatorze, partent cinq paires d’anses latérales, moniliformes et contractiles qui constituent dix cœurs latéraux analogues à ceux des vrais Lombrics.

Cest au treizième anneau que l’on trouve une paire d'organes glandulaires qui sont très-probablement des glandes génitales. Leur aspect n’est pourtant pas celui que l’on est habitué à trouver aux tes-

ticules, aussi ne chercheraïi-je à rien affirmer à cet égard.

Allen Ge A7:

Aux anneaux dix-neuf et vingt et un se trouvent d’autres organes glandulaires en forme de languettes très-longues et pelotonnées, qui occupent exactement la position habituelle de la prostate, et se prolongent en un tube excréteur contenant les spicules péniens. Sont-ce bien là des prostates ?

Je n'ose pas l’affirmer.

En effet, si j'admets que l'organe glandulaire du treizième anneau est un testicule, que ceux des anneaux dix-neuf et vingt-et-un sont des prostates, il se trouve que chaque testicule aura pour lui seul deux canaux déférents, deux prostates, deux pénis, ce qui paraît peut probable. Il se pourrait donc que les organes du treizième anneau fussent les ovaires ou toute autre chose.

Où seraient alors les testicules ?

L'apparence des organes des dix-neuvième et vingt et unième anneaux rappelle assez bien celle des glandes mâles des autres Lombrics; mais nous aurions alors des testicules directement greffées sur leur canal déférent et sur leur pénis, ce qui, dans l’état présent de nos connaissances, paraît assez contraire à ce que nous savons du type Lombric.

Nous devons donc, au moins en ce moment, accepter avec réserve cette interprétation ; en voici d’ailleurs une autre qui nous paraît possible.

Remarquons en premier lieu que, chez l'individu qui avait servi à nos études, la ceinture n’était pas apparente. L'époque de la génération était donc passée ou à venir. Il est, en conséquence, possible que les testicules ne fussent pas encore développés ou fussent déjà flétris. Ils doivent être d’ailleurs au nombre de deux paires au moins. L'existence des prostates n’est pas une objection à cette manière de voir, car J’étude des Perichæta nous apprend que ces glandes persistent souvent alors que toutes les autres parties de l'appareil génital sont

plus ou moins complétement dans un état momentané d'atrophie.

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Les deux paires de testicules, quand il n'y en a que deux, se montrent d'ailleurs presque toujours avec un égal développement; nous ne croyons cependant pas pouvoir attribuer avec certitude aux organes du treizième anneau la signification d’ovaires.

L'étude histologique de leur substance n'a pu d’ailleurs nous donner aucun renseignement sur leur nature, comme cela arrive trop souvent pour les échantillons conservés dans l'alcool.

Les poches copulatrices sont situées dans les anneaux huit et neuf; elles sont piriformes, sans aucun annexe. La seconde paire est beaucoup plus volumineuse que la première.

Nous remarquons que chez l’Acanthodrilus obtusus les organes génitaux essentiels sont situés en arrière du gésier, contrairement à ce que l’on trouve chez les Lombrics proprement dits.

L'échantillon que nous avons étudié a été donné, en 1865, au Muséum d'Histoire naturelle, par le Musée des Colonies; il est ori-

ginaire de la Nouvelle-Calédonie.

ACANTHODRILUS UNGULATUS nov. sp.

Tout d’abord, cette seconde espèce diffère de la première par sa taille, qui est beaucoup moindre, puisqu'elle ne dépasse pas un décimètre. Les caractères essentiels sont, du reste, les mêmes, mais plus apparents, parce que l'échantillon que nous avons examiné était juste à l’époque de sa maturité sexuelle.

Le corps était fortement contracté par l'alcool.

La ceinture, parfaitement nette, occupe quatre anneaux, les quatorzième, quinzième, seizième et dix-septième. Elle est tailladée dans tous les sens par des incisions obliques provenant, au moins en partie, de la rupture des tissus, brusquement contractés par un alcool trop concentré. Elle entoure, du reste, le corps tout entier; à son bord

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