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DES SOIES ET DE LEUR DISPOSITION

M. Grube et après lui M. Léon Vaillant ont pris pour base de leur classification des Lombriciens la nature et la disposition des soies locomotrices de ces animaux. Il est donc nécessaire de bien établir ici quel est le genre de services qu'il faut attendre de ces organes en ce qui touche les classifications.

Voyons d’abord ce qui est relatif à la forme des soies.

Il est admis d’une manière générale que les soies des Lombriciens terrestres sont des soies simples, c’est-à-dire en forme de bâtonnets légèrement recourbés comme le serait une S majuscule très-allongée. L'extrémité périphérique est terminée en pointe obtuse, l'extrémité interne plus ou moins arrondie. Jusqu'ici ces soies étaient les seules

que l’on eût observées chez les Lombriciens et la constance du caractère était telle que M. Grube, professeur à l'université de Breslau, et à sa suite M. Léon Vaillant, avaient cru pouvoir en faire un véritable critérium de l’ordre des Lombriciens terrestres. C’est ainsi que ces auteurs se sont trouvés conduits à classer les Enchytreus parmi les Lombriciens terrestres dont ils constitueraient une simple -

tribu.

Je ne sais trop quelles autres analogies ont pourrait invoquer à

l'appui de ce rapprochement.

Si les Enchytrœus sont terrestres ou du moins vivent dans la terre humide comme les Lombrics, si leurs soies ne présentent jamais de crochet terminal, il n’en faut pas moins reconnaître que ces soies présentent , elles aussi, des caractères spéciaux qui les séparent des soies de tous les vrais Lombriciens terrestres connus jusqu'ici. Au lieu d’être recourbées en S, comme les soies locomotrices des Lombrics, celles des Enchytréens sont droites d'abord, puis recourbées brusquement à angle droit à leur extrémité interne, etje n'ai pas été peu étonné de retrouver ce caractère des soies des Enchylrœus européens sur un ÆEnchytrœus provenant de Cochinchine et que j'ai dù, comme tant d’autres choses, à l’obligeance de M. Houllet, chef des serres au Muséum d'Histoire naturelle de Paris.

Or, ces différences ont tout autant de droit à l'attention des natu-. ralistes et tout autant de valeur, comme caractère, que l'existence ou la non-existence d’un double crochet terminal. Je ne crois donc pas qu'on puisse s’en servir pour justifier le rapprochement tenté par MM. Grube d’une part et Vaillant de l’autre.

De plus, si l’on considère que les téguments des ÆEnchytrœus, la constitution de leur ceinture, leur appareil génital, leur appareil circulatoire sont autant de points qui les rapprochent des Naïs, je crois que la considération des soies, telles que la présentent les auteurs dont je viens de parler, n'a guère d’autre valeur que celle qu’avaient les

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caractères artificiels, si ingénieusement employés du reste par les naturalistes anciens.

Sans confondre pourtant les £nchylrœus avec les Naïs dont les éloigne leur genre de vie, la forme jusqu'ici*spéciale de leurs soies et quelques caractères anatomiques secondaires, je ne crois pas non plus qu'il soit permis de les unir aux Lombriciens terrestres proprement dits.

Il y a tout avantage à les séparer, à en faire un groupe à part, un ordre si l’on veut, équivalent à celui des Lumbricina, à celui des Naïdea et qu'on peut appeler l'ordre des Ænchytreïda. C'était là, du reste, la manière de voir de d’Udekem, dont l'autorité, en pareille matière, n'avait d'égale que celle de Claparède. Ce dernier allait encore plus loin puisqu'il réunissait les Enchytrœus aux Maïs.

Je crois avoir montré, d’ailleurs, qu’en ce qui concerne la simplicité des soies, il faut être prudent. Ce que nous connaissons des Lombriciens terrestres me paraît être insignifiant relativement à la masse de renseignements à recueillir. J'ai trouvé au Muséum seulement quelques dizaines d'espèces au plus, recueillies pour ainsi dire au vol sur toute la surface du globe. Sur ces quelques individus épars se trouvent déjà une dizaine de types nouveaux, modifiant beaucoup des idées qu'on s'était faites jusqu'ici du groupe des Lombrics. Et parmi ces types j'en trouve déjà dont les soies locomotrices présentent des complications spéciales de structure (Rhinodrilus), et d’autres qui se modifient profondément, se hérissent de pointes et se recourbent en crochet de manière à jouer un rôle tout nouveau pour elles, celui de Spicules copulateurs. N'est-ce pas là une sorte d'avertissement que des études plus suivies nous montreront des formes de soies différentes de celles que nous connaissons. N'est-ce pas tout au moins une invitation à la prudence?

Si, d’ailleurs, l’on veut absolument trouver dans les soies des

caractères différentiels entre les Lombries et les Naïs, il n'est pas sans

intérêt de rappeler ici certains faits que j'ai observés chez le Lombric terrestre et chez les Perichæeta d'une part, chez le Dero oblusa et chez quelques Waïs de l’autre.

Chez ces derniers", âux dépens d’une même masse de protoplasma granuleux, se forment des sphérules qui sont les premiers indices nonseulement des matrices des soies, mais encore des muscles destinés à les mouvoir. Ces masses, d’abord identiques ou à peu près, se différencient de plus en plus. Les unes s’allongent graduellement en fuseau, ce seront plus tard les fibres musculaires; les autres se gonflent en demeurant sphériques. Bientôt un noyau brillant, très-réfringent, apparaît à leur centre; puis un autre se forme à côté. Ce ne sont pas autre chose que les pointes du crochet double de chaque soie bifurquée. La hampe de la soie ne se forme qu'après, de sorte que celle-ci apparaît d’abord par son extrémité périphérique, qui ne se modifie plus et grandit par son extrémité interne. Dans tous les cas, il semble qu'elle se forme aux dépens d’une cellule unique; tout au moins est-il impossible de décomposer en éléments plus simples la masse protoplasmique au sein de laquelle apparaissent les premiers rudiments des crochets.

Chez les Lombries et chez les Perichæta, les choses se passent autrement.

Les plus jeunes matrices de soies que j'aie vues étaient composées de cinq grosses cellules, irrégulièrement triangulaires, pourvues d'une épaisse membrane d’enveloppe, d'un noyau très-réfringent, nucléolé et entouré d’une masse granuleuse *. Ces cellules, en s’accolant, forment un follicule à l’intérieur duquel se voient, chez le Lombric, une lame transparente en triangle isocèle, homogène et incolore. L'une des cellules recouvre comme un chaperon la base du

1. Voir : Archives de Zoologie expérimentale, dirigées par M. de Lacaze Duthiers. —

Janvier 1872.

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