Pl. 1, fig. 1 à
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triangle et des stries granuleuses partant de son noyau se dirigent vers cette base. Fignore si quelque chose d'analogue se retrouve sur les autres cellules, je ne l'ai point observé.
Quoi qu'il en soit, cette lame triangulaire grandit, sans s'élargir par sa base, en même temps que son sommet s’épaissit, se colore en jaune et prend peu à peu l'aspect de la pointe d'une soie. À un certain moment, la lame basilaire arrive ainsi à ressembler à une palette rectangulaire se raccordant par l’un de ses côtés étroits à la moitié externe d’une soie ordinaire. Ici donc la soie n'apparait pas tout d'abord, elle est précédée d'une formation spéciale sur laquelle elle semble ensuite se former. D'ailleurs, quand la soie à acquis une certaine longueur, sa palette basilaire, loin de continuer à s’accroître, commence à se résorber et finit par disparaitre sans laisser aucune trace.
Chez les Perichæta, au lieu d’une palette, c’est une sorte de bourrelet rugueux qui apparait d’abord, et la soie se montre au centre de ce bourrelet.
I ya, d'après cela, une différence essentielle entre la formation des soies chez les Lombriciens et les Naïdiens que j'ai étudiés, et l'on voudra bien reconnaître que ces différences ne semblent pas être purement accidentelles. Les faits recueillis sont encore trop peu nombreux pour permettre une généralisation ; cependant si la distinction que je signale venait à se confirmer, il faudrait, pour avoir le droit de rapprocher les Enchytræus des Lombriciens terrestres, en se fondant sur la forme de leurs soies, démontrer que chez eux les soies se forment comme chez ces derniers. Cette démonstration est encore à faire. 11 est possible qu'elle confirme le rapprochement que je critique en ce moment; mais tous ceux qui ont examiné des soies d'Enchytrœus voudront bien reconnaître qu'à leur aspect on est plus tenté de les rapporter au mode de formation des soies des Naïs qu'à celui
des Lombries.
Voyons maintenant quels caractères nous fournit la disposition des soies sur le corps.
I semble évident jusqu'ici que la disposition dominante des soies est celle que l’on peut constater chez notre Lombric indigène; elles forment le long des côtés du corps quatre bandes longitudinales dans chacune desquelles les seies sont disposées par paires. Il y a là quelque chose qui rappelle la disposition des pieds chez les Annélides.
Néanmoins, cette disposition est loin d’être la seule. Nous avons vu que l’écartement graduel des soies d’une même paire nous fait passer chez les Titanus à une disposition nouvelle, les soies sont géminées et en quatre bandes à la partie antérieure du corps, isolées à la partie postérieure du corps de l'animal où elles forment huit bandes équidistantes.
D'après Kinberg, on retrouve cette disposition dans les genres qu'ilnomme Àlyatie et Eurydame, originairesdes îles voisines de l’isthme de Panama ; au contraire, une disposition inverse s’observe, toujours suivant Kinberg, dans le genre Hegesipyle qui provient de Natal. Enfin l’écartement des soies d’une même paire, de manière à former huit bandes latérales équidistantes pour un même côté, se trouve réalisé dans toute l'étendue du corps chez les Hypogeons de Savigny, si l’on en croit cet habile observateur; de plus, une nouvelle rangée dorsale viendrait ici s'ajouter aux huit premières.
Toutefois, Kinberg n'admet pas l'existence de cette neuvième rangée que nous n'avons jamais rencontrée; cela ne l'empêche pas de conserver le genre Æypogeon de Savigny.
De nouvelles rangées peuvent cependant venir s’intercaler entre celles qui existent généralement. Et cela peut avoir lieu soit surtout en avant, comme dans le genre Lampito (Kinberg), de Mauritius, soit principalement en arrière comme dans les genres Amynthas, Nitocris, Pheretima, Rhodopis également de Kinberg et qui viennent, le premier de Guam, le second de Rio-Janeiro, le troisième de Californie et de
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Taïti, le quatrième de Java. Enfin, si cette addition se fait uniformément dans toute l'étendue du corps, nous obtenons le genre Perichœæta de Schmarda, auquel nous conduisent ainsi une série de modifications graduelles et pour ainsi dire ininterrompues. Les soies nouvelles peuvent d’ailleurs s'ajouter aux faisceaux de soies de deux paires sans que ceux-ci cessent de former quatre rangées longitudinales; on retrouve ainsi le Lumbricus mullispinus de Grube, pour qui M. Vaillant a proposé le genre £chinodrilus.
Nous venons de supposer le cas d’une complication graduelle; mais. au lieu de s’écarter de l’autre, l'une des deux soies d’une même paire peut avorter et l'animal ne plus présenter que six soies sur chaque anneau comme les Tritogenia de Kinberg, ou même que quatre rangées de soies simples, comme cela arrive chez les Phreoryctes, si bien étudiés par Leydig.
Enfin, on trouve encore signalées dans les auteurs deux autres modes de disposition des soies.
Les Pontoscolex de Schmarda ont les soies alternes d’anneau en anneau, et cette disposition s’observe encore, mais à la partie antérieure seulement du corps, chez les Geogenia de Kinberg, originaires de Natal. Nous avons signalé une disposition analogue chez nos Urochæta. Les Megascolex de Templeton les ont rassemblées sur des papilles à la région dorsale.
De ces genres, le dernier surtout aurait besoin d'être étudié de nouveau; Baird confond les Wegascolex avec les Perichæta.
Quoi qu'il en soit, on voit combien peuvent être variées les dispositions que présentent les soies des Lombrics. D'après lPexamen des individus du Muséum et les indications fournies par Schmarda et Templeton, j'avais pressenti qu'on devrait trouver un grand nombre de dispositions intermédiaires entre les Lombrics et les Perichæta d'une part, les Lombrics et les Pontoscolex de Schmarda de l’autre. Les descriptions données par Kinberg comblent
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en partie ces lacunes sans qu'il cesse d'être probable que des combinaisons nouvelles seront découvertes. Malheureusement, Kinberg parait s'être arrêté à l'examen extérieur des animaux, de sorte qu'il est impossible de savoir quels rapports peuvent exister entre les dispositions des soies qu'il indique et l’organisation intérieure de ses Lombrics. Il est tout à fait impossible, à mon avis, de reconnaître sûrement des genres uniquement fondés sur la disposition des soies, celles-ci pouvant être disposées exactement de la même manière chez des animaux très-dissemblables, les Lombrics, les Acanthodrilus et les Rhinodrilus, par exemple. Il est d’ailleurs permis de se poser cette question : Ÿ a-t-il un rapport quelconque entre ces divers modes de disposition et l’organisation interne des Lombriciens de telle sorte que ces dispositions puissent prendre à posteriori une importance que tout d’abord on ne voit pas de raison de leur assigner ?
Jusqu'ici, la réponse à cette question paraît devoir être négative. Nous venons de voir, en effet, la disposition à quatre rangées de paires persister dans les types les plus divers; inversement des animaux que tout porte à considérer comme voisins, les Perichæta et les autres Postclitelliens, par exemple, diffèrent tout à coup sous ce rapporc.
Nous croyons donc devoir considérer comme très-artificielle une classification exclusivement fondée sur la disposition des soies, de même que nous croyons assez secondaire le caractère de simplicité invoqué par Grube pour caractériser sa famille des Lombriciens proprement dits et adopté plus tard par M. Léon Vaillant qui paraît d’ailleurs n'avoir pas connu à ce moment le mémoire de Kinberg, mémoire publié en suédois et par conséquent peu consulté; ce caractère est tout au moins insuffisant pour justifier le rapprochement sous un même titre d'animaux aussi dissemblables d'ailleurs que les ÆEnchy-
trœus et les Lombriciens proprement dits.
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Il nous semble que si quelque chose différencie bien nettement les Lombriciens vrais, c'est la nature de leurs téguments constitués par une cuticule et une couche hypodermique parfaitement décrite par Claparède', tandis que l’on trouve à la place, chez les Naïs, un épithelium formé d'une couche unique de cellules nucléées et que le nitrate d'argent rend aussi nettes que possible; c’est la complication de leur appareil vasculaire constituant sous la peau un réseau très-complexe qu'on ne retrouve ni chez les Naïs ni chez les Enchylrœus; c’est enfin leur appareil digestif constitué sur un plan
des plus uniformes et s’écartant d'une manière bien nette de ce que l’on trouve chez les autres membres de la classe des Lombriciens.
C'est cet appareil digestif que nous allons maintenant étudier.