APPAREIL DIGESTIF
Dans tous les Lombriciens terrestres connus, l'appareil digestif peut être considéré comme un tube droit étendu de l'extrémité antérieure à l'extrémité postérieure du corps et dont les parois se spécialisent en certains points pour l’accomplissement de fonctions déterminées.
C’est ainsi qu'on trouve loujours chez les animaux de ce groupe :
4° — Un pharynx glanduleux, piriforme, très-renflé ; 2 — Un œsophage plus ou moins allongé, à parois minces,
transparentes, légèrement musculeuses ;
3° — Au moins un gésier renflé, en forme de tore ou d'anneau, à parois très-épaisses, très-musculaires et présentant toujours à l'extérieur un aspect nacré, analogue à celui des aponévroses des muscles des animaux supérieurs ;
h° — Enfin, un éntestin proprement dit, présentant souvent un
1, Zeischrifl, loc. cit.
repli intérieur désigné sous le nom de Typhlosolis par Morren et par les auteurs qui l'ont suivi, par Claparède en dernier lieu. L'intestin est plus large que l'œsophage, un peu moins que le gésier; il paraît souvent étranglé à la hauteur de chacune des cloisons interannulaires ou dissépiments. Ses parois sont molles, flasques, glandulaires; elles présentent en outre un lacis vasculaire très-développé qui paraît être ici un appareil d'absorption, bien plus qu'autre chose. Ce lacis se retrouve, comme on sait, chez les Naïdiens, où il est peutêtre destiné à la fois à l'absorption des matières nutritives et à la respiration.
Je n'ai rencontré jusqu'ici aucune exception, par réduction du nombre des parties, au mode de constitution de l'appareil digestif que je viens d'indiquer. Le genre australien que j'ai nommé Digaster présente au contraire un degré de complication aussi remarquable qu'inattendu. Il y a là, sur le trajet de l’œsophage, deux gésiers, musculeux, identiques entre eux, identiques aussi au gésier unique qu'on rencontre habituellement chez les Lombrics. L'un d'eux est situé comme d'habitude immédiatement en avant de l'intestin; l'autre, antérieur, est séparé de ce dernier par un tube membraneux, reprenant le diamètre et la consistance ordinaire de l’œsophage.
Cette disposition nous conduit à celle plus remarquable encore des Woniligaster, dont le deuxième gésier est formé de quatre poches musculaires consécutives et correspond à un nombre considérable d'anneaux.
Les dispositions des parties du tube digestif relativement aux organes génitaux et aux organes d'impulsion du sang sont intéressantes à étudier et d’ailleurs fort remarquables.
Il se présente ici deux cas, suivant que les orifices génitaux sont placés ou non en avant de la ceinture.
Chez les Lombriciens antéclitelliens que nous avons étudiés, le gésier
s’est toujours trouvé placé en arrière des organes génitaux et de leurs
LOMBRICIENS TERRESTRES. 157 organes accessoires, en arrière aussi des anses contractiles ou cœurs latéraux de l'appareil circulatoire. Dans ces Vers, l'œsophage est d’ailleurs très-allongé et la ceinture rejetée relativement très-loin en arrière ; quelquefois presque au milieu du corps.
Au contraire, chez tous les Lombriciens intra ou postclitelliens, le gésier est placé en avant des testicules et des ovaires, C'est-à-dire en avant des organes essentiels de la génération. Il est également en avant des centres d'impulsion du sang, que ce soient des cœurs dorsaux impairs, comme chez l'Anteus, ou des cœurs latéraux, comme chez les autres Lombriciens.
Quant aux poches copulatrices, elles peuvent être situées en avant ou en arrière du gésier. Il ne nous parait pas possible d'exprimer encore par une loi générale leurs rapports de position avec l'appareil digestif. Nous ne saurions trop rappeler d’ailleurs que les lois que nous exprimons ici sont celles qui résultent des faits exposés dans ce travail, elles en sont le résumé et nous ne prétendons nullement que l'étude de plus nombreux Lombriciens ne vienne pas les modifier en quelques points. Mais dans ‘une branche quelconque de la science il est impossible de procéder autrement. Une loi n'est jamais que l'expression des faits connus au moment où elle est énoncée. Il
en est bien peu que le cours des temps n'ait pas modifiées.
Si le tube digestif proprement dit se modifie à peine dans tout le groupe des Lombriciens terrestres, il n’en est pas de même des organes qui lui sont annexés et en particulier de ceux qui sont chargés de l'élaboration des sucs digestifs.
Les seuls dont l'existence puisse être actuellement considérée comme constante sont : le revêtement hépatique de l'intestin et les glandes pharyngiennes, qui sont probablement homologues de ce que l’on est convenu d'appeler glandes salivaires chez les animaux inver-
tébrés et qui prennent une disposition des plus remarquables chez
les Moniligaster. Chez les Perichæta, nous avons vu quel degré de complication pouvaient atteindre les glandes qui s'ouvrent dans l'œsophage. Sur l'intestin même, M. Vaillant a signalé un cœcum qu'il a vu chez le P, cingulata de Schmarda, que j'ai retrouvé sur une espèce originaire du Saïgon, et voisine du 2. posthuma. L. V., et sur toutes les autres espèces. Jusqu'ici, les Perichæta sont les seuls Lombrics qui se soient montrés aussi riches en organes glandulaires. Il ne faut pas oublier cependant que l'attention a été bien peu dirigée sur ce point, et il est probable que ces animaux ne demeureront pas aussi exceptionnels à ce point de vue.
Malheureusement, l'étude des glandes un peu délicates n’est possible que sur des individus frais, que l’ou n'a pas essayé jusqu'ici de se procurer, bien que cela soit relativement facile, les Lombries étant de tous les animaux mous ceux qui résistent le plus facilement aux voyages quand on les laisse dans la terre où ils ont été trouvés.
Il résulte, comme on a pu le voir, de ce que nous venons de dire, que les caractères anatomiques tirés de la situation relative des organes digestifs et des autres organes des Lombrics coincident parfaitement avec le caractère extérieur tiré de la position des orifices génitaux relativement à la ceinture, ce qui semble venir à l'appui du groupement que nous avons adopté dans nos descriptions et dans le classement de la collection du Muséum.
Il semble que les orifices génitaux, en se retirant en arrière, aient entrainé avec eux tout l'appareil génital et aient ainsi forcé les organes essentiels à enjamber le gésier, comme ils avaient eux-mêmes enjambé, plus ou moins complétement, la ceinture.
Nous devons cependant faire remarquer que les poches copulatrices sont demeurées indépendantes de ce mouvement de retrait, puisque chez les Lombriciens intraclitelliens on les trouve aussi bien en avant qu'en arrière du gésier. Nous ne sommes pas certain de leur
existence chez tous les Lombriciens intraclitelliens. Chez l'Anteus, où
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nous avons rencontré quelque chose qui leur ressemble, elles sont morphologiquement en arrière du gésier, bien qu'elles paraissent en avant par suite du refoulement à la hauteur du neuvième anneau, de ce dernier, qui dépend, comme nous l'avons dit, du sixième.
Voilà donc un Lombricien intraclitellien où, par analogie, on croirait devoir chercher les poches copulatrices en avant du gésier, comme cela a lieu chez quelques postclitelliens et où elles sont cependant en arrière. La loi provisoire que nous avons énoncée s'applique donc exclusivement, nous tenons à le préciser, aux organes
génitaux essentiels, aux testicules et aux ovaires.