‹ Recherches pour servir à l'histoire du système nerveux des céphalopodes dibranchiauxChapitre 13 sur 27 · C. — COMMISSURES · texte numérisé non relu

C. — COMMISSURES

L’étude des commissures qui servent de moyen d’union entre le cerveau et la masse sous-œsophagienne présente chez la Sèche un certain intérêt.

La commissure postérieure est épaisse et large, en partie formée par le nerf optique, qui est d’un volume considérable (1). Comme chez l’Elédone, elle semble provenir du bord inférieur et latéral du cervelet, et surtout de la première bande ; mais ici le cervelet n’ayant pas la même forme que chez ce dernier, et le nerf optique qui lui sert de base en constituant la majeure partie, c’est évidemment ce nerf qui concourt à la formation de cette commissure pour une grande part.

La commissure antérieure part du ganglion en patte d’oie, du point où il s’unit en arrière à la portion moyenne. Elle se dédouble aussitôt. Le cordon nerveux postérieur (k2) est très-court, mince et étroit ; il s’unit au bord latéral de la deuxième bande.

Le cordon nerveux antérieur (3), mince et étroit comme le précédent, est beaucoup plus long, et se porte en avant pour rejoindre l’angle postérieur du ganglion sus-pharyngien, que je considère comme appartenant au cerveau, dont il représente la troisième bande transversale ou bande antérieure.

Nerfs auxquels le collier nerveux donne naissance.

Les deux masses du collier œsophagien fournissent des nerfs nombreux. Ce sont d’arrière en avant, pour le cerveau :

Le nerf optique (k).

Le nerf olfactif (5).

(1) Fig. 49, il0 8.

(2) Fig. 49, n° 4.

(3) Fig. 49,n° 3, elfig. 15.

(4) Fig. 15, n° 3, et fig, 49, n° 8.

(5) Fig. 15, n° 8,

Les nerfs des lèvres (1 ).

Le nerf buccal (2).

Pour la masse sous-œsophagienne :

Le grand nerf viscéral (3).

Le nerf postérieur de l’entonnoir (/i).

Le nerf palléal et son accessoire (5) .

Le nerf ophthalmique supérieur (6).

Le nerf de la grande veine (7).

Le nerf auditif (8).

Le nerf antérieur de l’entonnoir (9).

Le nerf ophthalmique inférieur (10).

Les nerfs antérieurs de la tête supérieur et inférieur (1 1). Les nerfs des bras (l'2).

NERFS FOURNIS PAR LA MASSE SUS-OESOPHAGIENNE

Nerf optique.

Sur la limite postérieure du cerveau, se dirige en dehors un gros cordon nerveux, sur lequel semblent posés les deux tiers postérieurs de la masse sus-œsophagienne du collier : c’est le nerf optique (13). Une partie de ce cordon tire son origine de la portion moyenne de la masse sous-œsophagienne, et aide ainsi à constituer la commissure postérieure.

D’une couleur un peu plus foncée que la masse sus-œsopha-

(1) Fig. 15, n° 5, et fig. 17, n° 2.

(2) Fig. 17, n° 3.

(3) Fig. 16, n° 10, et fig. 49, n° 11.

(4) Fig. 16, n" 5, et fig. 49, n» 16.

(5) Fig. 16, uos 7 et 8, et fig. 49, n° 10.

(6) Fig. 15, n" 9, et fig. 49, n° 9.

(7) Fig. 16, n° 4, et fig. 49, n° 13.

(8) Fig. 16, n° 2, et fig. 49, n° 14. f (9) Fig. 16, n° 3, et fig. 49, n'’ 12.

(12) Fig. 16, n° 1, et fig. 49, u° 16.

(13) Fig. 15,n0 3, et fig 49, n° 8.

jojs.es c héron.

gienne du collier nerveux, le nerf optique pénètre clans le ganglion optique par le sillon qui sépare les deux masses antérieure et postérieure qui constituent cet organe. Il porte sur sa face supérieure, dans l’intérieur môme de ce sillon, un petit mamelon de substance nerveuse, le ganglion olfactif (1), dont la couleur jaune d’or tranche vivement sur les parties avoisinantes, qui sont d’une couleur beaucoup plus pâle.

Ganglion optique. — Ce ganglion (*2) présente, comme chez l’Élédone et le Poulpe, un volume considérable. En dedans, entre deux mamelons séparés par un sillon peu profond, et situés l’un en avant et un peu en dedans, l’autre en arrière et un peu en dehors, le nerf optique pénètre dans cet organe.

Ce ganglion est à peu près deux fois plus large qu’épais. Il four nit en dehors un grand nombre de filets nerveux qui pénètrent dans le globe de l’œil, disposés sur deux rangées suivant deux demi-circonférences parallèles cpii embrassent ainsi la moitié interne du globe oculaire.

Les extrémités des deux masses, dont la réunion constitue le ganglion optique, forment deux longues cornes qui s’avancent en dehors, et fournissent par conséquent les fibres nerveuses les plus externes.

La face inférieure du ganglion ne présente rien de remarquable ; elle se trouve enveloppée, ainsi que la supérieure, par cette masse blanche signalée chez l'Élédone et le Poulpe.

Nerf olfactif.

Le nerf olfactif (3) tire son origine du petit ganglion que l’on rencontre sur le nerf optique et dont je viens de parler en décrivant celui-ci. Il se porte en arrière sur la face interne de l’orbite, puis sur sa face postérieure ; il est maintenu sur ces parois par une membrane fine et transparente. Sa ténuité est extrême.

Il perfore le cartilage, arrive en dehors et en arrière de l’œil,

(1) Fig. 15, n° 7.

(2) Fig. 15, n° 2.

(3) Fig. 15, n° 8.

kl

où il se termine, comme chez l’Élédone, en se divisant en nombreux rameaux très-fins qui entourent une poche membraneuse ouverte au dehors.

Cette ouverture a la forme d’une boutonnière dont les bords seraient un peu écartés l’un de l’autre.

Nerfs des lèvres.

Du bord antérieur du ganglion sus-pharyngien, et en arrière de l’origine des nerfs buccaux, naissent de nombreuses paires de nerfs très-grêles (1). Ils se portent d’arrière en avant dans la membrane transparente qui recouvre immédiatement la masse buccale, et se distribuent aux lèvres en se ramifiant.

Les postérieurs se dirigent en bas d’abord, et en avant ensuite.

Nerf buccal.

De l’angle antéro-externe du ganglion sus-pharyngien ou bande antérieure du cerveau, émane le nerf buccal (2) auquel est intimement accolé, pendant une partie de son trajet, un des nerfs labiaux.

Il se porte sur les côtés de l’œsophage en bas et en avant, vers l’angle postérieur du ganglion sous-pharyngien. Il pénètre sous le névrilème de ce dernier, longe son bord externe, entrecroisant ses fibres avec celles de son congénère. La plus grande partie du faisceau continue son trajet et se porte à la masse buccale, à laquelle ce nerf fournit des rameaux en haut, en bas et en avant.

NERFS FOURNIS PAR LA MASSE SOUS-OESOPHAGIENNE

Grand nerf viscéral.

Si, faisant une longue incision depuis la partie postérieure de la tête jusqu’à l’extrémité du corps, sur la ligne médiane, on enlève la coquille qui est librement enchâssée entre deux mem-

(1) Fig. 15, n° 5, et fig. 17, n° 2.

(2) Fig. 17, n° 3.

.IL'LKS CIIÉRON.

branes, il sera facile, par une deuxième incision, d’arriver au foie et aux autres organes placés en arrière de ce dernier. Saisissant alors avec des pinces le cartilage semi-elliptique qui protège la base de la tête, on entraîne en même temps d’avant en arrière le péritoine qui recouvre la face supérieure du foie, ce qui met cet organe complètement à découvert. Après avoir ensuite coupé l’œsophage au niveau de l’estomac et l’aorte au niveau du coeur, il suffit de détacher les quelques brides membraneuses qui relient le foie au péritoine sur les parties latérales, de couper les deux branches fournies par l’aorte à angle droit, branches qui contribuent aussi à maintenir en place l’organe de la sécrétion biliaire, pour pouvoir soulever et détacher complètement le foie avec le manche d’un scalpel, sans risquer de le rompre.

Cette opération met à nu les nerfs émanés de la portion postérieure de la masse sous-œsophagienne, tels que : les viscéraux, les postérieurs de l’entonnoir, les palléaux et leurs accessoires. Ce procédé permet de voir ces nerfs à leur origine par la face dorsale ; mais ce n’est pas celui qui a été employé pour la préparation reproduite par le dessin (1).

A l’union de la portion de cartilage qui ferme en arrière et en bas la face postérieure de la cavité crânienne, avec la membrane qui complète cette cloison, sortent les deux nerfs viscéraux (2), sur la ligne médiane, dirigés d’avant en arrière, intimement accolés l’un à l’autre.

Un examen superficiel sur un animal frais pourrait faire croire à l’existence d’un seul tronc nerveux au point d’origine ; mais la macération dans l’alcool, et même, sans cela, le secours de la loupe, sont suffisants pour se convaincre qu’il y a là deux nerfs parfaitement distincts, séparés d’abord sur une longueur de deux millimètres à peu près, accolés ensuite, sans se confondre, sous un névrilème commun.

Au sortir de la cavité crânienne, les deux nerfs sont en contact sur une longueur à peu près égale au cinquième de la longueur

(1) Fig. 16.

(2) Fig. 16, n° 10, et fig. 49, n° 11.

du foie, inférieurement avec le péritoine et la membrane musculaire qui le recouvre, supérieurement avec le foie.

Ils traversent ensuite la tunique charnue que je viens de signaler , et , s’écartant l’un de l’autre aussitôt, ils viennent ramper sur la face ventrale (1), longeant les bords de la grande veine, recouverts cette fois par la peau lâche et transparente qui est en contact avec l’enveloppe musculaire.

Au point où le nerf qui nous occupe traverse le voile musculomembraneux en contournant l’extrémité antérieure du foie, il fournit sur la face ventrale un rameau assez considérable (2) qui rampe sur la tunique charnue. Ce rameau se porte en dehors, et se divise pour fournir un nerf profond qui se perd dans l’enveloppe musculeuse et dans le pilier de la tète. La branche principale est superficielle ; elle arrive au pilier de l’entonnoir, le pénètre, et se divise aussitôt en deux rameaux, l’un ascendant et l’autre descendant ; chacun d’eux se subdivise en nombreux filets qui s’épuisent dans ce pilier musculaire. Après avoir pénétré dans ce pilier, la branche nerveuse s’épate légèrement à son point de bifurcation, ce qui, au premier abord, lui donne un aspect ganglionnaire qui n’est pas justifié par l’observation microscopique.

A peu près à l’union du tiers antérieur avec les deux tiers postérieurs de cette portion du nerf viscéral comprise entre le point où ce dernier perfore la tunique du foie, et celui où il se bifurque au devant du conduit urinaire, se détache, sur la face ventrale par conséquent, une branche longue et assez volumineuse, qui se bifurque après un certain trajet. Les résultats de cette bifurcation se portent en bas et en arrière, et sont destinés l’un au rectum, l’autre à la poche du noir, sur lesquels ils s’étalent en un véritable pinceau de filameuts nerveux. Chacun de ces organes reçoit donc un rameau nerveux fourni par le nerf viscéral gauche, un rameau nerveux fourni par le nerf viscéral droit.

Le nerf principal longe les bords de la grande veine, au-dessus du rectum et de la poche du noir. Si, après avoir rompu les

(1) Fig. 16, n° 11.

(2) Fig. 16, n° 12.

JULES CIIÉRON.

membranes qui maintiennent ces organes en place , on les rejette en arrière, il est facile de voir la bifurcation du nerf viscéral au devant du conduit urinaire.

Un épatement assez considérable existe en ce point (1). L’observation microscopique y fait découvrir une certaine quantité de substance ganglionnaire, ce qui permet, vu sa structure et sa situation, de considérer cet épatement nerveux comme l’analogue du ganglion fusiforme observé chez le Poulpe et chez l’Elédone. 11 fournit deux ou trois filets très-grêles destinés au conduit excréteur des organes urinaires.

La branche externe du nerf viscéral longe les parois des organes urinaires, et se dirige, en décrivant une courbe à concavité antéro-externe, vers la base de la branchie. Elle passe sous le candi branchio-cardiaque, s’élargit en un ganglion allongé et peu volumineux, ganglion du cœur branchial (2), au-dessus et en avant du cœur branchial, auquel elle fournit quelques filets ainsi qu’au canal branchio-cardiaque. Après avoir dépassé ce ganglion, cette branche nerveuse reprend son volume sur un espace extrêmement court, et s’aplatit ensuite en pénétrant dans la branchie où elle longe le bord supérieur du ligament charnu, placée au-dessus de l’artère qui suit la même direction (3). La portion de cette branche qui est exclusivement destinée à la branchie' ne porte point de ganglion au niveau de chaque feuillet branchial, comme chez le Poulpe et l’Élédone, mais on trouve des cellules nerveuses avec les fibres, ce qui lui donne la texture ganglionnaire. De nombreux filets s’en séparent et de droite et de gauche.

La branche interne, qui résulte de la bifurcation au devant du conduit urinaire (ü), se porte en dedans, et s’unit à sa congénère pour former une anse à concavité antérieure, placée à la face inférieure de la grande veine à sa bifurcation.

De sa convexité se détachent des rameaux au nombre de

(1) Fig. 19.

(2) Fig. 16, n° 14.

(3) Fig. 16, n° 15.

(4) Fig. 16, n° 13.

huit le plus ordinairement, quatre de chaque côté de la ligne médiane.

Le plus interne de ces rameaux se porte d’avant en arrière au-dessus du rectum, au-dessous des organes urinaires, et, contournant leur face postérieure, donne un filet nerveux au cœur aortique et l’autre au canal branchio-cardiaque.

Les deux rameaux qui sont en dehors de celui-ci se portent en se divisant à la face inférieure des organes urinaires, à la glande ovarienne et aux oviductes ou au pénis, voire même aux glandes nidamentaires.

Le rameau externe se porte plus en dehors, entre la face postérieure des organes urinaires et la face antéro-externe de la glande ovarienne ou du testicule, auquel il se distribue.

Nerf postérieur de l’entonnoir.

Le nerf postérieur de l’entonnoir tire son origine de la portion postérieure de la masse sous-œsophagienne, en dehors et en avant du viscéral, à la face inférieure. ïl s’engage en bas dans un canal creusé dans le cartilage, en arrière et un peu en dehors de la cavité auditive. 11 se dégage par une petite ouverture circulaire, orifice externe du canal dans lequel il chemine, à la face postérieure du cartilage, en bas, très-près de l’enveloppe charnue du foie. Il marche d’avant en arrière (1), parallèlement à l’axe de l’animal sur une petite étendue; puis, contournant de dedans en dehors la partie supérieure du pilier de la tête, entre cet organe et le pilier de l’entonnoir, il marche sous la peau et se réfléchit dans le sillon interne de la calotte (2). Deux branches se distribuent aux parois musculaires de cet organe. Le nerf principal, continuant son trajet, arrive jusqu’à la base du disque creux qui complète l’occlusion de la bourse ; il s’y divise en ramuscules très-grêles.

Dans son parcours, ce nerf donne plusieurs rameaux, parmi lesquels je signalerai celui qui, continuant la direction première

(1) Fig. 16, n° 5, et fig. 49, n° 16.

(2) Fig. 16, n° 6.

52 JULES CI1ÉRON.

du nerf, au point où celui-ci se dirige en dehors pour contourner la base du pilier de la tête, se porte à la partie postérieure de l’entonnoir en traversant l’enveloppe musculaire du foie. Un autre rameau se sépare du nerf principal au point où ce dernier arrive au sillon que présente la face interne de la calotte, passe entre les deux piliers, et se porte aussi vers le disque creux supporté par la base de l’entonnoir.

Nerf palléal.

Le nerf palléal tire son origine de la masse sous-œsophagienne du collier, à la partie la plus élevée et la plus externe de sa face postérieure (1).

Il traverse la membrane fibreuse qui ferme en arrière la cavité crânienne, immédiatement placé à côté de son accessoire qui est en avant.

Il se porte en dehors et en arrière, et longe le bord antéroexterne de la coquille, jusqu’à la rencontre du pilier de la tête, qu’il traverse. Dans ce parcours, il fournit à la partie antérieure de ce pilier un filet très-grêle qui le pénètre en se divisant.

Avant de traverser le pilier dont je viens de parler, le nerf palléal fournit postérieurement une branche d’un volume assez considérable, qui se dirige d’abord en dehors, presque parallèlement au tronc principal. Elle pénètre ensuite d’avant en arrière dans la masse musculaire formée par la réunion des piliers de la tète et de l’entonnoir, et s’y divise en un grand nombre de rameaux. Elle continue son trajet au delà du niveau de la base de la branchie, jusque dans le corps de la bourse, dans lequel elle se perd.

Le nerf palléal traverse le pilier supérieur ou pilier de la tète, obliquement de haut en bas et d’avant en arrière, un peu au-dessus du point où cet organe mélange ses fibres avec celles du pilier de l’entonnôir.

Aussitôt après avoir traversé le pilier de la tête, il se divise en deux branches d’un volume à peu près égal. La branche anté-

(1) Fig. 16, n° 8, et fig. Æ9, n° 10.

rieure se porte au ganglion éloilé (1), qui est placé sur la face interne du manteau, près de ce bord d’où partent les deux membranes qui renferment la coquille.

. Ganglion étoilé. — ■ Le nerf palléal, qui, chez l’Élédone et le Poulpe, aboutit directement au ganglion étoilé sans se bifurquer, présente chez la Sèche une tout autre disposition, due à l’existence de la nageoire, qui reçoit un nerf volumineux résultant de la bifurcation du nerf palléal. Je le décrirai plus loin.

Le ganglion étoilé est à peu près triangulaire , et présente à considérer une face libre recouverte par la peau amincie et transparente ; une face adhérente de laquelle partent quelques rameaux nerveux qui se distribuent au manteau; un angle antéro- interne auquel aboutit la branche du palléal ; un angle postéro-in terne duquel part la branche nerveuse qui s?anasto~ mose avec la deuxième branche du palléal pour former le nerf de la nageoire.

Toute la portion périphérique du ganglion comprise entre ces deux angles en dehors donne naissance à un certain nombre de nerfs, ordinairement limité à quatorze. Chacun de ces nerfs, après un parcours d’un à deux centimètres sous la peau, pénètre dans l’épaisseur de la bourse et donne quelques filets très- fins.

Il se porte, en dehors et en bas, vers la ligne médiane, à la face ventrale, où il se divise en un véritable pinceau. Ces dernières ramifications s’anastomosent avec celles que fournissent les nerfs voisins, de façon que la bourse contient un véritable plexus nerveux dans l’épaisseur de ses parois.

La deuxième branche du nerf palléal (2) qui naît à une faible distance du ganglion, après avoir traversé le pilier de la tête, comme nous l’avons dit plus haut, se dirige en bas et en arrière, et s’unit en dedans du ganglion étoilé, à la branche émise par ce dernier au niveau de son angle postéro-in terne.

11 résulte de cette anastomose une anse étroite et triangulaire, comprise entre les deux angles du ganglion, et en arrière un nerf

(1) Fig'. 16, n° 9, et fig. 31, n° 3.

(2) Fig. 31, n° 2.

JULES CI1ÉRON.

large et considérablement aplati, qui présente un renflement d’aspect ganglionnaire (1).

Il traverse la bourse de dedans en dehors et d’avant en arrière, à la limite externe de l’union des piliers de la tète et de l’entonnoir, et arrive ainsi à la face inférieure de la nageoire, où il se divise en deux branches. L’une, externe (2) , se réfléchit d’arrière en avant et de bas en haut, autour d’un faisceau musculaire fourni par le pilier de l’entonnoir, et se distribue à la portion antérieure de la nageoire sur la face inférieure, fournissant un véritable pinceau à éléments très-divergents. La branche interne, appliquée sur la face inférieure de la nageoire (3), marche directement vers l’extrémité postérieure du corps, et se subdivise dès l’origine en rameaux tous dirigés en dehors. Les rameaux antérieurs de cette dernière branche s’anastomosent avec les rameaux fournis en arrière par la branche antérieure.

Nerf accessoire du palléal ou nerf de la calotte.

Dans la Sèche, la bourse n’est point' unie directement avec la tête à la partie dorsale, comme chez l’Élédone et le Poulpe. L’union de ces deux organes se fait surtout au moyen des piliers musculaires de la tête et de l’entonnoir. Ces deux faisceaux confondent leurs fibres en s’insérant sur la face interne de la bourse, à la base dé la branchie, et fournissent par leurs bords latéraux une expansion musculaire qui recouvre le foie.

Près de la tête, latéralement, entre ces deux piliers, unie à l’entonnoir, se trouve la calotte, comme chez l’Élédone, le Poulpe et le Calmar; seulement, dans le Calmar et la Sèche, il existe comme moyen d’union un disque creux, selon l’expression de Cuvier, situé sur le bord ventral de l’entonnoir, au point où il s’unit à la calotte.

Une éminence musculo-cartilagineuse de la face interne de la bourse est reçue dans cette petite cavité.

(1) Fig. 31, n° 5.

(2) Fig. 31, n° û.

Au-dessus du palléal, tout à côté, par conséquent, de l’angle postéro-supérieur de la masse sous-œsophagienne, émane le nerf accessoire ou nerf de la calotte (1). Il se porte en dehors, et pénètre dans le pilier de la tête. Il se distribue aux parois interne et postérieure de la calotte, après s’être divisé en un certain nombre de rameaux.

Entre ce dernier et le nerf palléal, provenant d’une origine commune, naît un nerf grêle et allongé qui rampe sur l’enveloppe musculeuse du corps parallèlement au palléal.

Ce petit nerf donne postérieurement un rameau qui se perd dans le pilier musculaire de la tête, à sa base ; il continue ensuite son trajet, se divise en deux branches, et s’épuise en se ramifiant encore dans ce même pilier.

Nerf ophthalmique supérieur.

C’est un petit nerf très-grêle qui naît de la masse sous-œsophagienne, en arrière du nerf optique (2).

Il se porte directement en dehors et en haut, en traversant la paroi interne de l’orbite, et donne des filets que j’ai pu suivre jusqu’à la paupière (3). On n’observe pas de ganglion sur son trajet, comme je l’ai vu et décrit chez l’Élédone.

Nerf de la grande veine. *

C’est en avant des nerfs viscéraux, sur la face inférieure de la portion postérieure de la masse sous-œsophagienne, que prennent naissance les nerfs de la grande veine (à).

Ils se portent d’arrière en avant jusqu’au contact des nerfs antérieurs de l’entonnoir, puis ils se réfléchissent d’avant en arrière sur les parois de la grande veine.

Je n’ai pu suivre ces nerfs sur toute la longueur de cet organe. Je le regrette d’autant plus, qu’ayant vu plusieurs fois un filet

(2) Fig. 49, n° 9.

(3) Fig. 15, n° 9.

(4) Fig. 16, n° 4.

nerveux parti de l’extrémité antérieure du ganglion stomacal se porter à la grande veine, j’espérais trouver là une connexion bien manifeste entre le système stomato-gastrique et le système nerveux de la vie animale, à la partie postérieure du corps.

Nerf auditif.

C’est en dehors et un peu en arrière des nerfs de l’entonnoir, que les nerfs auditifs émanent de la portion moyenne de la masse sous-œsophagienne, à sa face intérieure, sur les limites des faces latérales (1).

Au nombre de deux, ces nerfs se portent en arrière, traversent le cartilage, et pénètrent dans la cavité auditive à sa partie antérieure et supérieure, se divisant en deux filets qui embrassent la capsule auditive dans un cercle duquel partent les nombreuses fibres nerveuses qui la recouvrent.

Nerf antérieur de l’entonnoir.

Il naît de la face inférieure de la masse sous-œsophagienne, un peu en arrière de son milieu (2).

Il est séparé de son congénère par les branches de l’aorte. A son origine, il se divise en quatre branches volumineuses qui se distribuent à l’entonnoir en se portant d’arrière en avant.

La plus antérieure de ces branches se porte vers l’extrémité libre du tube, dirigée en dehors, en bas et en avant. Elle contourne cette extrémité, et se termine vers la face ventrale, dans l’épaisseur des parois musculaires, en donnantde nombreux filets qui, sur la ligne médiane, s’anastomosent avec leurs congénères, et en dehors avec ceux de la deuxième branche du môme côté.

La deuxième branche, postérieure à la première, marche entre celle-ci et la troisième, auxquelles elle est unie par un tissu lâche, jusqu’au point où, s’écartant de la première, elle se réfléchit en avant pour suivre à peu près la même direction que cette dernière, seulement un peu plus en dehors. Elle se divise en un

(1) Fig. 16, n° 2, etfig. 49, n° 14.

(2) Fig. 16, n* 3, et fig. 49, n° 12.

grand nombre de filets de plus en plus grêles, qui s’anastomosent avec ceux que fournissent la deuxième antérieure et la branche postérieure.

La troisième m’a toujours semblé plus grêle que les autres ; elle se divise en nombreux rameaux qui se distribuent un peu plus en arrière et en dehors, et s’anastomosent avec ceux qui proviennent de la seconde et de la quatrième branche.

En arrière de la précédente et plus en dehors, se réfléchissant d’arrière en avant comme les trois autres, la quatrième branche du nerf antérieur de l’entonnoir se distribue aux parties latérales et à la face ventrale de cet organe.

Elle fournit aussi des anastomoses à la troisième branche , et, sur la ligne médiane, à la face inférieure de l’entonnoir, elle unit ses rameaux à ceux qu’émet sa congénère.

C’est principalement entre les muscles et la membrane muqueuse qui tapisse l’intérieur du tube que cheminent les nerfs, et que s’anastomosent les ramuscules qu’ils fournissent.

L’étude de ces anastomoses nous a permis de constater qu’à partir de l’union de son quart postérieur avec ses trois quarts antérieurs, jusqu’à son extrémité libre, l’entonnoir est comme enfermé dans un riche plexus nerveux qui rampe dans l’épaisseur de ses parois, se distribuant aux muscles et à la membrane qui les recouvre.

Nerf ophthalmique inférieur.

Du milieu de la face latérale de la masse sous-œsophagienne émane un petit nerf (1) qui traverse la paroi interne de l’orbite et se porte au-dessous du nerf optique, du ganglion et du globe oculaire, se distribuant à ce dernier. Une branche peut être suivie jusqu’à la pupille, une autre jusqu’au pourtour de l’orbite.

Nerfs de la tête.

Nous trouvons, à l’origine du nerf du bras supérieur et à l’origine du nerf du bras inférieur, de petits nerfs qui se portent aux

(1) Fig. à 9, n° 15.

58 JULES CUÉKOft.

parties musculaires cle la tète, comme chez le Poulpe et l’Élédone (1).

Nerfs des bras.

La portion antérieure cle la masse sous-œsophagienne du collier nerveux est formée par les nerfs des bras, qui se confondent à leur origine, enfermant au milieu d’eux un ganglion bilobé. Ils prennent naissance dans la partie postérieure de ce ganglion.

Après avoir formé le ganglion en patte d'oie, ils divergent aussitôt (2) au nombre de dix, en se portant à la face interne de la grande cavité musculaire qui loge le bec (3), maintenus sur ses parois par une membrane fibreuse résistante.

Je parlerai plus loin des nerfs qui se portent aux longs bras ou tentacules.

Chaque bras devant être considéré comme un long cône dont la partie postérieure, au lieu d’être un cercle, s’allonge en une sorte de bec de flûte pour s’unir aux bases des pieds voisins, il s’ensuit qu’après avoir suivi la face interne de la grande cavité musculaire qui loge le bec, sur une longueur à peu près égale à la moitié de celle-ci, chaque nerf pénètre dans l’axe du bras correspondant, dans un canal qui renferme aussi l’artère, en dedans de laquelle le nerf se trouve placé.

Immédiatement après avoir pénétré dans l’épaisseur du bras, à peu près au niveau du cercle palpifère, représentant une sorte de lèvre extérieure, chaque nerf se renfle en un ganglion arrondi, lequel fournit de chaque côté un cordon nerveux destiné aux deux ganglions correspondants à droite et à gauche. De cette façon, un cercle nerveux complet dans lequel se trouvent compris huit ganglions est établi dans la masse charnue formée par la réunion des bras.

De tout le pourtour de chaque ganglion émanent un grand nombre de filets nerveux qui se distribuent aux parties avoisinantes.

(1) Fig. 49. '

(2) Fig. 49, n° 16.

(3) Fig. 16, n° 1.

Nous ne trouvons point ici, comme Cuvier l’avait si bien observé chez le Poulpe, un dédoublement du cercle nerveux formant une anse au devant de chaque nerf des bras. Dans l’Élédone, on trouve la même disposition que chez le Poulpe.

Il n’existe pas non plus de renflements ganglionnaires distincts sur les nerfs des bras de la Sèche.

Au delà du cercle nerveux, chaque nerf est composé de plusieurs faisceaux qu’on peut facilement séparer les uns des autres, ce qui est dû à l’existence de nombreux corpuscules ganglionnaires interposés. Il fournit de nombreux filets destinés aux ventouses et à la masse musculaire qui constitue l’organe dans lequel il est logé.

L’étude des éléments anatomiques de ces nerfs démontre qu’ils sont formés de fibres et de cellules nerveuses, ce qui en fait de véritables nerfs ganglionnaires sur toute leur étendue.

Nerfs des longs bras.

Des dix nerts fournis par le ganglion en patte d’oie, deux sont destinés aux longs bras.

Ils ne diffèrent en aucune façon de ceux qui sont destinés aux huit bras égaux. Accolés l’un à l’autre sur la ligne médiane, dans la portion postérieure du ganglion en patte d’oie, ils se portent obliquement en dehors, de sorte que, en avant, ils semblent placés entre le nerf du troisième et celui du quatrième bras.

Chacun d’eux, après un court trajet au-dessous de la membrane fibreuse, pénètre dans l’axe du long bras, au point où celui-ci, dont la base est unie à celle de son congénère, se redresse pour prendre la direction antéro-postérieure.

Ce nerf est assez difficile à voir par la partie interne de la cavité musculaire qui loge la masse buccale. C’est en découvrant le collier en dessous et latéralement, qu’on parvient le mieux à l’étudier dès son origine.

Il reçoit une branche du nerf du quatrième bras, ou bras inférieur, avant le point correspondant au cercle anastomotique

Après avoir pénétré dans l’axe du long bras, le nerf s’aplatit, fournit desramuscules très- fins, et arrive jusqu’à l’extrémité, qui.

60 JULES C'IIÉROIV.

seule,' porte un certain nombre de ventouses de différente grandeur et pédieulées.

A ce niveau, il prend un volume plus considérable et se dédouble facilement en plusieurs faisceaux, mais il n’existe aucune apparence de ganglions distincts.

L’étude des éléments anatomiques permet de constater l’existence d’un nombre très-considérable de cellules nerveuses, ce qui autorise à considérer l’extrémité de ce nerf comme un long ganglion destiné à fournir de nombreux filets aux cupules et à la masse charnue de l’extrémité de ce bras, qui remplit probablement le rôle d’organe du toucher.

Système nerveux de la vie organique (stomato-gastrique).

J’ai déjà dit quelles sont les raisons qui me portent à considérer le ganglion sus-pharyngien comme faisant partie du cerveau.

Je n’en vois pas une seule qui puisse infirmer cette conclusion.

Cette manière de voir a l’avantage, non-seulement de rendre le collier nerveux des Céphalopodes décapodes parfaitement comparable à celui des Octopodes, mais encore de ramener le stomato-gastrique des uns et des autres à un plan uniforme.

Je considère donc le stomato-gastrique de la Sèche comme formé par deux ganglions et par des filets nombreux.

Le ganglion sous-pharyngien est, comme dans l’Élédone et le Poulpe, accolé à la masse charnue du bec (1), au-dessous du point où l’œsophage y pénètre. L’absence de glandes salivaires antérieures permet de le voir, dès que l’on a enlevé l’espèce de cône musculaire (2) qui enveloppe le bec. Il est symétrique ; je ne le décrirai donc qu’en profil, la meilleure position, du reste, pour bien le distinguer. Yu de cette façon, il a une forme à peu près triangulaire ; en arrière et un peu en haut, il reçoit le nerf buccal, qui lui est plutôt accolé que confondu, car un petit nombre

(1) Fig. 17, a.

(2) Fig. 17, b.

SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. Cl

de fibres seulement traverse la masse du ganglion pour s’entrecroiser avec d’autres fibres fournies par le nerf du côté opposé. Au même point, il fournit une grosse branche qui remonte sur la masse musculaire du bec, se bifurque et pénètre immédiatement dans la profondeur. En avant, il donne un rameau trèsgrêle et un autre un peu plus volumineux, que j’ai pu suivre, jusque auprès du point où le conduit des glandes salivaires (1) pénètre dans la masse buccale. En arrière de son bord postérieur, le ganglion émet quelques filets très-grêles qui se distribuent au pharynx, et deux nerfs destinés au tube alimentaire. Le plus antérieur ne tarde pas à se résoudre en rameaux très-fins, l’autre, au contraire (2), peut être suivi sur l’œsophage jusqu’au ganglion stomacal. Avant d’arriver à cet organe, il se réunit à celui du côté opposé.

Le ganglion stomacal est volumineux et ressemble beaucoup à celui de l’Élédone. Il reçoit à la partie antérieure un nerf résultant de la fusion des deux filets postérieurs du ganglion souspharyngien. Placé à la limite du gésier, de l’estomac spiral et du rectum, il donne de nombreux nerfs à ces organes : 1° par sa partie antérieure et son bord droit, un filet grêle et une branche volumineuse à la face inférieure du gésier, les ramifications de cette branche recouvrent tout le gésier; 2° par son extrémité postérieure, une autre branche qui contourne le gésier en passant entre cet organe et l’estomac spiral, et se résout en filaments sur sa face supérieure; 3° par son extrémité postérieure, à gauche, une branche qui se distribue à l’estomac spiral ; 4° enfin, par son bord gauche, une branche rectale à ramifications nombreuses.

J’ai vu une fois le ganglion stomacal double ; une des masses fournissait les branches du gésier seulement ; l’autre donnait les rameaux de l’estomac spiral et du rectum.

Le filet provenant du ganglion pharyngien se bifurquait pour

, (1) Fig. 17, e.

(2) Fig. 17, b.

Cr2

.3KJE.ES CEBÉRON.

donner une branche à chacun de ces ganglions. Cet état anormal est représenté dans mes dessins (1).

Page 1