‹ Recherches pour servir à l'histoire du système nerveux des céphalopodes dibranchiauxChapitre 17 sur 27 · COLLIER OESOPHAGIEN · texte numérisé non relu

COLLIER OESOPHAGIEN

En décrivant les centres nerveux de l’Élédone, j’ai fait observer déjà que le cerveau présente des bandelettes de différentes nuances. Les unes sont presque blanches, les autres sont d’une teinte grisâtre.

Une coupe du cerveau, dans quelque sens qu’elle soit faite, montre que cette différence de couleur n’est pas limitée à la surface seule. Il existe dans les centres nerveux deux substances d’aspect différent, l’une blanche, l’autre grisâtre.

L’action des matières tinctoriales, dont les histologistes tirent un si grand parti depuis quelque temps, permet de mieux distinguer ces deux substances. De toutes celles que j’ai essayées, et le nombre en est assez considérable, la dissolution ammoniacale de carmin m’adonné les meilleurs résultats.

Le rouge d’aniline colore les deux substances d’une manière trop uniforme, tandis que le bleu produit presque toujours des taches irrégulières.

L’action des sels d’argent, dont les histologistes allemands commencent à se servir, m’a semblé fort peu constante dans ses effets, et je n’en ai tiré aucun parti.

De tous les liquides colorés par le carmin, la dissolution ammoniacale est donc celui que je préfère. Je m’en suis servi pour

.JC LFS CICÉRON.

colorer des pièces qu’une macération de quelques jours dans l’alcool à 75 degrés avait suffisamment durcies. Après un quart d’heure de contact, faction de la teinture est terminée, et la pièce n’exige plus qu’un lavage minutieux. Mais par ce procédé on ne peut obtenir que des coupes épaisses et opaques, dont le principal avantage est de conserver aux diverses parties leur volume et leurs rapports.

Fn desséchant avec précaution la tête entière, j’ai pu préparer des coupes très-minces du collier œsophagien, au moyen d’un appareil qui me permet de faire des tranches d’un vingtième de millimètre d’épaisseur. Ces pièces ayant repris leur volume dans l’eau, montrent quelquefois une foule de détails très-délicats. La teinture par le carmin ammoniacal leur donne encore plus de netteté, et leur observation par transparence, à l’aide du microscope, est on ne peut plus facile.

Mais la dessiccation a le grand inconvénient de modifier les formes et d’occasionner quelquefois des ruptures ; c’est donc à l’aide des deux procédés, se complétant l’un l’autre, que j’ai pu arriver à la connaissance de la structure intime des centres nerveux.

Les masses de substance blanche contiennent, ainsi que j’aurai l’occasion de le dire, de grandes quantités de cellules unipolaires et de fibres qui sont les origines des nerfs.

La substance grise, au contraire, ne renferme que des noyaux et une matière granuleuse qu’on trouve aussi dans la précédente.

Une coupe longitudinale à peu près médiane par un plan vertical, permet de se faire une première idée de la structure des centres nerveux.

Les masses de substance blanche du cerveau (1), très-compliquées au premier aspect, se laissent fort bien ramener à trois groupes.

Celles de la partie inférieure du collier, disposées d'une manière beaucoup plus simple, appartiennent aussi à trois groupes.

La masse blanche antérieure du cerveau (2) offre, sur la

(lj Fig. 32.

(2) Fig. 32, n° 1.

SYSTÈME NERVEUX DES CÉPHALOPODES. 7o

coupe longitudinale, une forme à peu près triangulaire. Son angle antérieur se prolonge dans les nerfs buccaux et labiaux. Le côté supérieur présente une profonde anfractuosité remplie de substance grise, correspondant au sillon qui sépare la seconde bande transversale de la troisième ou antérieure. Cette masse blanche antérieure correspond donc à la deuxième et à la troisième bande du cerveau.

Une masse blanche volumineuse (1), au-dessous de laquelle apparaît un autre groupe composé de deux parties, dont l’antérieure est plus petite et dont la postérieure est munie en dessus d’un appendice courbe, correspond à la première bande du cerveau.

La masse blanche supérieure et le groupe inférieur sont réunis l’un à l’autre par de nombreux tractus blancs, qui apparaîtraient beaucoup mieux si la coupe était un peu latérale. Les origines sus-œsophagiennes du nerf optique viennent toutes de cette région.

Au cervelet correspond un groupe de substance blanche (*2), qui, sur la ligne médiane, se présente comme formé par une sorte de ruban replié sur lui-même inférieurement.

Les trois masses de substance blanche de la partie sous-œso phagienne du collier sont loin de présenter la complication de celles du cerveau .

En avant, un premier noyau ovalaire (3) correspond au ganglion en patte d’oie et contient les origines des nerfs des bras.

Au milieu, un deuxième noyau (h) étroit et allongé présente sur la ligne médiane, inférieurement l’origine des nerfs antérieurs de l’entonnoir (5). C’est aussi de ce noyau que partent les nerfs acoustiques.

Tout à fait en arrière enfin, une masse à peu près triangulaire (6) présente en bas et postérieurement les origines des

(1) Fig. 32, n° 2.

(2) Fig. 32, n° 3

(3) Fig. 32, n° à.

(4) Fig. 32, n° 5.

(5) Fig. 32, n° 6.

viscéraux (1). C’est elle encore qui donne naissance aux palléaux et à plusieurs autres nerfs.

Des coupes transversales, convenablement conduites, donnent une idée encore plus précise delà structure des centres nerveux.

La première ('2) nous montre le ganglion en patte d’oie et les origines des huit nerfs des bras. La partie sus-œsophagienne du collier offre seulement une coupe de la troisième bande avec les origines des buccaux de chaque côté en dehors, et entre celles-ci les origines des labiaux.

La coupe suivante (3) est faite au niveau de la commissure antérieure. Elle montre au-dessous de l’œsophage la partie postérieure du ganglion en patte d’oie, avec les origines des nerfs des bras, bien plus rapprochées de la ligne médiane que dans la coupe précédente. A la partie sus-œsophagienne, une masse blanche bilobée qui appartient à la portion postérieure du groupe blanc antérieur du cerveau, c’est-à-dire à la deuxième bande transversale.

La coupe suivante (h), faite au niveau de la partie antérieure des nerfs optiques, présente un grand intérêt, car elle nous montre la plupart des origines de ces nerfs et nous fait voir leur ehiasma. A la partie sus-œsophagienne, nous voyons des mamelons qui viennent jusqu’au contact sur la ligne médiane, ils sont au nombre de quatre paires, tandis que, à la partie supérieure, les origines du nerf du côté droit se confondent avec celles du nerf du côté gauche. Outre ces origines sus-œsophagiennes, il existe de chaque côté un gros mamelon blanc qui provient de la portion sous-œsophagienne du collier, de sorte que, à cette hauteur, les origines de l’optique entourent presque complètement l’ouverture œsophagienne, et tout le collier lui-même s’en trouve formé, à.l’exception d’une petite surface triangulaire qui appartient à la masse blanche moyenne inférieure. Les fibres nerveuses naissent dans toute la masse des tubercules blancs, et

(1) Fig. 32, n° 8.

(2) Fig. 33.

(3) Fig. U.

(A) Fig. 35.

se dirigent en convergeant vers les deux points par lesquels émergent les nerfs optiques. Toutefois un groupe considérable défibrés traverse le cerveau de droite à gauche, immédiatement au-dessus de l’ouverture œsophagienne; il reçoit de chaque côté un faisceau oblique qui provient des origines sous-œsophagiennes du nerf et qui se dirige en haut et en dedans. Le chiasma est donc formé : 1° de fibres qui passent directement de l’un des nerfs à l’autre; 2° de fibres qui proviennent des origines sous-œsophagiennes d’un côté pour se porter dans le nerf du côté opposé.

Une coupe postérieure à la précédente, et conduite un peu obliquement, de sorte qu’elle comprenne la partie antérieure du cervelet en haut et l’origine des nerfs antérieurs de l’entonnoir en bas (1), permet de bien voir la disposition des bandelettes blanches du cervelet, au nombre de sept : une médiane et trois de chaque côté. Elles sont noyées dans une masse de substance grise. Au-dessous, deux tubercules blancs renferment les origines postérieures des nerfs optiques; enfin, deux autres, placés de chaque côté de l’œsophage, sont les derniers vestiges des origines sous-œsophagiennes de ces mômes nerfs. Entre les premières et les secondes, on voit encore les fibres postérieures du chiasma. Au-dessous de l’œsophage, une grande masse de substance blanche appartenant au noyau moyen inférieur contient les origines des nerfs antérieurs de l’entonnoir sur la ligne médiane, et celle des acoustiques sur les côtés.

Ces origines semblent d’abord confondues; mais il est facile de voir, sur certaines pièces, que les fibres des nerfs de l’entonnoir marchent presque parallèlement les unes aux autres de haut en bas. Elles croisent perpendiculairement un autre faisceau de fibres dirigé de droite à gauche, dans lequel prennent naissance les nerfs acoustiques. 11 en résulte que, pour ceux-ci comme pour les optiques, il y a un véritable chiasma formé par l’entrecroisement des fibres du nerf de droite avec celles du nerf de gauche.

(1) Fig. 36.

76 «ILXES CHÉUON.

La coupe de la partie tout à fait postérieure du collier ne comprend que la région sous-œsophagienne (1). Une masse blanche de forme triangulaire donne naissance : en haut, aux nerfs palléaux et aux accessoires; en bas, aux viscéraux et aux nerfs postérieurs de l’entonnoir. Un léger trac tus grisâtre sépare les origines des nerfs palléaux de celles des nerfs viscéraux.

GANGLIONS

Ganglion optique. — Les ganglions optiques (2) font en quelque sorte partie du cerveau, auquel ils sont unis par un nerf extrêmement court; aussi l’aspect de leur structure rappelle-t-il celui de ce dernier.

Leurs éléments anatomiques, ainsi que je le dirai plus loin, ressemblent à ceux du collier, mais leur disposition est un peu différente.

Deux groupes de fibres pénètrent dans le ganglion optique; le supérieur, moins considérable, se perd dans le ganglion olfactif, dans un noyau de substance blanche assez mal déterminé qui en forme le centre, tandis que la surface est formée de substance grise en tout comparable à celle du cerveau ; l’inférieur, beaucoup plus volumineux, est destiné au ganglion optique proprement dit, dans l’intérieur duquel il se perd par une série de divisions dichotomiques d’autant plus faciles à bien voir, que des tractus de substance grise les accompagnent jusque dans leurs dernières ramifications.

Ces fibres m’ont paru se perdre dans la substance blanche du ganglion, qui renferme des cellules unipolaires semblables à celles que j’ai trouvées dans le cerveau. La partie du ganglion qui est voisine de l’œil, et de laquelle sortent les faisceaux de fibres qui traversent la sclérotique pour former la rétine, se présente sur une coupe comme une zone claire; elle est uniquement formée de fibres pâles naissant par un grand nombre de fibrilles très-minces, que l’on voit bien au point où se termine la sub-

(1) Fig. 37.

(2) Fig. 8.

stance blanche de laquelle elles sortent. Chacune de ces fibrilles à son origine dans une cellule unipolaire.

Le ganglion optique est donc formé f>ar les cellules unipolaires terminant les plus fines divisions des fibres nerveuses, par celles dont naissent les fibrilles d’origine des fibres de la rétine, et par de la substance grise qui accompagne les divisions dichotomiques du nerf optique et de ses fibres. Une grande quantité de matière granuleuse amorphe entre aussi dans sa composition. Je n’y ai jamais vu de cellules multipolaires.

Ganglions des bras. — À la face interne du nerf, qui est logé avec une artère dans le canal creusé dans l’axe du bras, sont appliqués les ganglions, comme nous l’avons vu déjà. Chacun d’eux correspond à une des cupules à laquelle sont destinés plusieurs rameaux qu’il fournit.

La coupe transversale (1) de l’un de ces ganglions donne une figure à peu près quadrilatère, dont la partie externe est occupée par le nerf aplati et presque divisé en deux. La partie interne ("2) est formée d’un noyau et d’une enveloppe. Le noyau est manifestement bilobé, il est formé par une substance blanche dont l’aspect rappelle celle du cerveau, et qui renferme de nombreuses cellules bipolaires à contenu granuleux (3). Les fibres du nerf se détachent à angle droit sur la ligne médiane, se dirigent du côté interne en divergeant et se perdent dans le noyau. Ce noyau fournit en dedans des nerfs destinés à la cupule, et sur les côtés d’autres nerfs destinés aux masses musculaires du bras. Des quatre angles du noyau sortent des filets nerveux qui se distribuent, les internes à la cupule, les externes aux masses musculaires du bras (à).

L’enveloppe (5) est plus transparente que le noyau, surtout au point où elle touche ce dernier et où se trouvent de nombreuses cellules multipolaires (6). Dans le reste de son étendue, elle est

(1) Fig. 9.

(2) Fig. 9, n° 2.

(3) Fig. 13.

(4) Fig. 9, n° 5.

(5) Fig. 9, n° 3.

(6) Fig. 14.

JULES CUÉRON.

surtout formée de fibres, et elle se termine d’une manière peu arrêtée par un lacis de fibrilles (1) à contenu pâle, singulièrement tortueuses, couvertes de noyaux ovalaires et qui remplissent presque complètement le canal des bras où ils forment un tissu feutré très-peu serré.

Ganglion • étoilé . — Le ganglion étoilé est un organe dans lequel se termine le nerf palléal, et duquel naissent une quinzaine de nerfs destinés à la bourse. Son enveloppe est très-résistante et son contenu est relativement très-solide.

Avant de pénétrer dans son intérieur, le nerf palléal envoie de nombreuses fibres qui passent à sa surface, au-dessous de son enveloppe, et qui vont se distribuer dans les branches qui en partent. Le plus grand nombre des fibres du palléal pénètre obliquement dans le centre du ganglion, où elles m’ont paru se perdre dans des cellules unipolaires. Immédiatement au-dessous de l’enveloppe du ganglion, on trouve une couche de grandes cellules unipolaires (’2) allongées , dont les extrémités convergent toutes vers le centre du ganglion ; ce sont les origines des nerfs qu’émet ce dernier. Ces nerfs sont donc constitués par deux sortes de fibres, les unes fournies parle palléal, les autres émanées directement du ganglion.

Ganglions du grand nerf viscéral. — Ils sont extrêmement petits et je n’ai jamais pu voir dans leur intérieur de zones distinctes. Leur enveloppe est très-solide, et ils ne renferment que de petites cellules et des tubes très-fins qui se réunissent en un certain nombre pour former des fibres larges.

Ganglions du stomato-gaslrique. — Les ganglions sous-pharyngien et stomacal sont recouverts d’une enveloppe résistante et élastique. Lorsqu’on l’a déchirée, on la trouve remplie par une matière demi-liquide, opaque et blanchâtre, dans laquelle nagent de nombreuses granulations extrêmement petites. J’ai toujours échoué quand j’ai voulu chercher dans ces ganglions une cellule quelconque. 11 ne m’a pas même été donné d’y rencontrer des noyaux; mais j’ai vu à leur surface extérieure, des

(1) Fig. 9, n° U.

(2) Fig-. 51.

cellules renfermant des granulations et des gouttelettes graisseuses, ainsi qu’un noyau bien distinct. Un examen superficiel, fait avec le compresseur, m’avait fait croire d’abord à leur existence dans l’intérieur des ganglions. Je ne crois plus que ces cellules fussent de nature nerveuse.

La structure des différents ganglions est donc singulièrement variable; mais celle du stomato- gastrique est essentiellement distincte de tous les autres.

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