‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracteChapitre 10 sur 59 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

DES NEVRALGIES SUS-ORBITAIRES ET AURICULO - MAXIL- LAIRES QUI SE DÉVELOPPENT APRES L'OPERATION DE LA CATARACTE.

Parmi les phénomènes morbides qui suivent quelquefois l'opération de la cataracte, il en est que les ophtalmologues modernes ont tout à fait négligé d'étudier, quoique les anciens les eussent déjà signalés à l'attention des praticiens; je veux parler ici des névralgies sus-orbitaires et auriculomaxillaires.

En effet , Bartisch , dans son Ophlalmo graphie , imprimée à Dresde, en 1583, page 15, rapporte qu'il a vu survenir , à la suite de l'opération de la cataracte, des accidens nerveux à la face, tellement graves et si douloureux, que l'on fut obligé de lier les malades, et que plusieurs d'entre eux succombèrent à la véhémence des accidens. Maître- Jean et Saint- Yves racontent des faits analogues , et

ce dernier place le siège de la maladie dans la duremère. Les faits rapportés par les auteurs que nous venons de citer, et la fréquence des phénomènes nerveux dont il est ici question, m'engagent à signaler une maladie qui, abandonnée à elle-même, non seulement peut faire échouer l'opération de la cataracte, mais encore compromettre l'existence de ceux qui en sont attaqués.

Les douleurs névralgiques qui se développent à la suite de l'opération de la cataracte, sont plus fréquentes qu'on ne le pense en général, et elles sévissent ordinairement contre les sujets mélancoliques , hypocondriaques , doués d'une peau vulnérable et d'une constitution délicate. Elles arrivent très souvent chez les femmes hystériques , irritables et en proie à une constipation opiniâtre. Ces douleurs se manifestent sans autre cause connue que l'opération, surtout lorsque l'on pratique l'abaissement; mais , je les ai observées aussi un grand nombre de fois chez des individus qui avaient été soumis à l'extraction. C'est de vingtcinq à trente-cinq ans que leur apparition est le plus souvent commune ; et les femmes y sont, en général, plus exposées que les hommes; cette affection est très-insidieuse, puisqu'elle débute tout à coup au moment même où l'opéré va très-bien , et quand tous les phénomènes inflammatoires sont dissipés. C'est ordinairement vers le quinzième jour que la maladie se déclare, quand on a pratiqué l'abaissement ; tandis que c'est vers le sixième ou

- G6 — le septième jour que les malades eu éprouvent les premiers symptômes, quand on a mis en usage l'extraction. Tout à coup l'opéré est saisi d'une douleur violente ayant son siège tantôt vers la racine du nez, tantôt dans les régions frontales et orhitaires, tantôt à la tempe. D'autres fois elles occupent l'angle inférieur du nez , les arcades sus est inframaxillaires ; d'autres fois , c'est l'oreille qui est affectée. Ces douleurs paraissent le plus ordinairement tous les jours a la même heure , et augmentent, en général, rapidement d'intensité.

Elles débutent, dans un grand nombre de cas, par un léger engourdissement dans la partie, et souvent par un mouvement convulsif de la joue ou de la paupière. Peu à peu , et à chaque accès, les douleurs augmentent, au point que le malade, ne sait plus où se placer; son angoisse est extrême ; il se frappe la tête avec les mains , pousse des cris aigus; ses yeux sont larmoyans , rouges , injectés ; la lumière leur est insupportable ; le moindre ébranlement communiqué au lit ou à la chambre, provoque des douleurs atroces , et tend à renouveler l'accès lorsqu'il est sur son déclin. Les paupières sont affectées de blépharospasme , et la pupille se trouve extraordinairement contractée. Dans d'autres cas, l'œil est exempt de phénomènes morbides ; toute la douleur se concentre derrière l'oreille d'où elle s'irradie aux alvéoles, aux dents, qui deviennent exessivement douloureuses, et paraissent augmenter de volume : on observe en même temps de légers

— G7 — mouvemens convulsifs dans la mâchoire inférieure. Les phénomènes se manifestent quelquefois tous les jours à une heure donnée. Dans d'autres circonstances , les paroxismes reviennent tous les trois, quatre, cinq ou six jours ; je les ai observés mettant entre eux une intermittence de quinze jours. Tantôt le malade est en proie à une fièvre violente avec le pouls dur, la face animée, accompagnés d'augmentation de chaleur à la peau; tantôt il est sans fièvre, même au plus fort de l'accès. J'ai reconnu chez un grand nombre de malades, entre autres, sur une dame que m'avait fait opérer M. le docteur Chavernac, que les accès se renouvelaient chaque fois qu'il se manifestait une grande absorption des fragmens du cristallin mou que j'avais broyé. Quoique cette affection soit en général peu dangereuse , il est important de s'en occuper aussitôt, car, d'un côté, l'on a à redouter les phénomènes qui pourraient se transmettre au cerveau , et menacer l'existence ; et d'un autre , ceux qui se développeraient dans l'œil , pourraient compromettre par là le succès de l'opération. Ces douleurs, au reste, font horriblement souffrir le malade, altèrent sa constitution, et lui rendent la vie à charge ; en faut-il davantage pour s'en occuper sérieusement.

Les causes qui produisent la maladien'étant point connues , les phénomènes morbides ne se présentent pas toujours de la même manière, et les malades étant loin de posséder le même tempérament et la même constitution, il seraitaussi impossiblequ'irra-

tionnel de fixer une méthode unique de traitement pour celte affection. C'est pourquoi , lorsque l'on a affaire à des individus pléthoriques sujets à des hémorragies, ou si c'est une femme près de l'âge critique, ou mal réglée, quand le pouls est dur et vibrant , il faut recourir à la saignée du pied , que les anciens avaient reconnue être si avantageuse dans les affections du cerveau et de ses annexes.

Cette émission sera d'autant plus abondante que les malades seront plus vigoureux. On sera souvent forcé de réitérer celte déplétion , parce que la première, bien loin de diminuer les douleurs, semble, au contraire, les rendre plus aiguës. Il n'est pas rare qu'il faille appliquer en même temps les sangsues derrière les apophyses mastoïdes ou-le long du trajet de la veine jugulaire. L'on frictionne simultanément la tempe et le pourtour de l'orbite avec de l'extrait de belladone. Si l'estomac est en bon état, on doit donner de légères doses de calomel et de jaîap, pour provoquer des garde-robes. Les bains de pieds sinapisés, et les cataplasmes chauds, en forme de bottines, constituent le complément du traitement destiné à diminuer et à calmer les douleurs. Car il ne faut pas se dissimuler que cette espèce de névralgie offrant des accès intermittens plus ou moins réguliers, il est nécessaire de recourir à des médicamens capables de suspendre le retour de ces accès. On emploiera doncavec avantage les préparations de quina et ses sels. Le docteur Hutchinson s'étant servi avec succès du carbonate

de fer contre la prosopalgie faciale, on tenta à la clinique ophtalmalogique de Pavie de combattre par ce moyen les àccidens nerveux qui accompagnent la cataracte, et dont nous venons de nous occuper. L'on verra dans les observations qui suivent , qu'un plein succès couronna ces tentatives.

J'ai vu feu le professeur Carron, mon père , faire disparaître instantanément les accès de cette espèce de névralgie, en faisant prendre aux malades , au moment où ils éprouvaient les premiers symptômes, de hautes doses , souvent répétées , de potion effervescente de Rivière. Plusieurs faits de cette nature ont été communiqués par lui à la société de médecine de. Paris (1).

Malheureusement Ton a souvent affaire a des enfans qui refusent de prendre l'es médicamens amers et de mauvais goût. C'est alors le cas d'employer la cinchonine pure, qui est sans goût, et que Ton rend fébrifuge en faisant avaler, quelques instans après , un verre d'eau sucrée , acidulée avec une ou deux gouttes d'acide sulfurique. Ce moyen sur lequel je me suis étendu plus au long dans le Bulletin de Thérapeutique , opère avec autant de sûreté que le sulfate de quinine lui-même, et a fourni à un pharmacien de la capitale, M. Boutigny, la base d'un grand nombre de formules fébrifuges,

(1) Jacques Carron, observation sur l'efficacité de la potion de Rivière, Journal de la Société de médecine de Paris, LXXXIIL page 26.

destinées spécialement aux enfans. Quelquefois les préparations de quina échouent complètement, et les douleurs deviennent , de plus , de jour en jour plus atroces. Je pense qu'on pourrait avec avantage employer la méthode endermique -, ce que pourtant je n'ai jamais eu occasion de faire. Les vésicatoires et les autres rubéfians appliqués sur le point souffrant, ou dans ses alentours, augmentent en général les accès; cependant, j'ai vu M. Maunoir obtenir d'heureux résultats de la médication suivante: on dénude, au moyen d'un petit vésicatoire, et mieux encore avec la pommade de Gondrel, dans la largeur d'une pièce de deux francs, l'épidémie dans les régions sus et infra-orbitaires qui correspondent aux trous du même nom. Puis, plaçant sur la partie supérieure dénudée un disque de la pile deVolta au pôle positif , tandis qu'inférieurement on place un disque négatif; ces deux corps métalliques sont mis en rapport au moyen de deux fils de laiton. Aussitôt que le courant est établi, on ne tarde pas à observer la sécrétion très abondante d'une sérosité limpide, transparente, qui s'échappe des surfaces dénudées : les accidens nerveux se calment instantanément : c'est surtout sur le blépharospasme que cette médication exerce une influence aussi prompte qu'efficace. Il est rare de rencontrer des névralgies qui résistent à deux ou trois applications de cette nature.

Voici mailenantdes faits.

Obs. ï. — En 1822, M. le chevalier d'Andujar et madame la supérieure de la Visitation de Sainte- Marie , de Lisbonne , m'adressèrent une jeune portugaise atteinte de cataracte congéniale à l'œil droit, et de cataracte accidentelle à l'œil gauche, et datant de cinq ou six mois seulement, mais assez complète pour nécessiter l'opération. Je me décidai cependant à commencer par l'œil atteint de l'affection congéniale, parce que j'avais la certitude que la cataracte était entièrement fluide. Cette conviction influa aussi sur le choix du procédé opératoire, car je pratiquai la kératonyxisparla méthode de Saunders, avec la seule différence qu'après avoir vidé la capsule, je ne la laissai point en place comme lui ; mais après l'avoir détachée dans sa grande circonférence , elle fut brisée en fragmens, et jetée dans la chambre antérieure pour y être abandonnée à l'absorption.

L'opération fut pratiquée le 1er mars 1822, en présence du docteur Andréa Torres, parent de la malade et de MM. Àndujar et Ferrai, amis de sa famille. L'opération n'offrit rien de remarquable ; elle fut peu douloureuse , et la malade aperçut très distinctement la lumière et les reflets métalliques. Tout se passa sans accident jusqu'au quinzième jour, époque à laquelle l'opérée fut tout à coup atteinte de douleur sus-orbilaires tellement atroces, qu'elle poussait des cris perçans. La face était rouge, animée, le pouls dur, vibrant; on pratiqua une saignée au pied, de deux fortes palettes; en

même temps on frictionnait le pourtour de l'orbite et la tempe avec de l'extrait de belladone. La douleur fut calmée, mais elle revint deux jours après, à la même heure et avec non moins d'intensité.

Je pensai alors à combattre cette névralgie accidentelle par l'administration d'un remède qui avait si bien réussi à mon père dans les névralgies ordinaires ; je veux dire la potion effervescente de Rivière. Aussitôt que l'accès fut calméy la malade reprit sa sérénité habituelle , et n'éprouva pas la moindre souffrance jusqu'au moment où elle ressentit de nouveaux signes avant-coureurs du paroxisme. Alors je lui fis prendre tous les quarts d'heure demi-once de la potion effervescente sus nommée. L'accès ne fut presque pas douloureux; il se manifesta seulement par un épiphora abondant etpardublépharospasme. Deux jours après, légers prodromes d'accès qui sont dissipés par la même prescription. A dater de ce moment, la guérison fut complète, et au moyen des précautions généralement usitées, la malade obtint tous les bénéfices qu'elle pouvait attendre de son opération. Elle est maintenant fixée à Madrid , jouissant de la vue dés deux yeux; car celui qui avait été subsidiairement affecté de cataracte accidentelle , a été opéré avec succès par un oculiste voyageur, que je crois être M. Luzardi.

Obs. II. — Prosper Bartoluzzi, âgé de soixante ans , d'un tempérament triste et mélancolique, fut

— 73 — • reçu à l'hôpital de Pavie dans les premiers jours de mars 1823. Cet homme, originaire de Savone , avait exercé dès son enfance la profession de vitrier, et commis de nombreux actes d'intempérance par l'usage des boissons alcooliques. Lorsqu'il fut reçu à l'hôpital , il disait que sa vue était embrouillée depuis long-temps, et le professeur Flarer , après l'avoir examiné, diagnostiqua deux cataractes lenticulaires, dures, compliquées d'ophtalmie chronique catarrhale; les yeux étaient excessivement enfoncés dans l'orbite. Le professeur dont nous venons de parler, après avoir combattu l'ophtalmie chronique par de légers astringens , pratiqua l'abaissement le 2 mars. L'opération fut rapidement terminée , et le malade déclara avoir parfaitement reconnu les corps environnans. Dans la soirée, il se plaignit d'un sentiment de douleur dans l'œil opéré, accompagné de larmoiement. Le pouls étant dur et fréquent, on pratiqua une saignée d'une livre, et le malade prit intérieurement , toutes les deux heures, une cuillerée d'une émulsion qui contenait six grains d'extrait de jusquiame. Les quatre jours suivans, on fut obligé de revenir à trois nouvelles saignées ,. suivies de l'application de douze sangsues derrière les oreilles; en même temps, on pratiquait sur le pourtour de l'orbite des frictions avec l'extrait de belladone: à l'intérieur, on donnait des poudres composées de trois grains de calomel et de quinze grains de jalap, afin d'entretenir la liberté du ventre. Ce traitement fut continué jusqu'au dix-

— 7* neuvième jour; le malade était sans douleurs et voyait assez bien. Tout à coup, le vingtième jour , il fut repris de nouvelles douleurs, qui se renouvelèrent les vingt-unième et vingt-cinquième jours , à des heurs fixes et en forme d'accès. C'est en vain qu'on leur opposa les moyens antiphlogistiques, les frictions de belladone, les révulsifs intestinaux et les autres remèdes appropriés, elles persistèrent, et devinrent aussi aiguës qu'une violente douleur de dents. Pendant leur durée, qui était environ d'une demi-heure , le malade voyait des étincelles, des rubans de feu , accompagnés de spasmes dans les paupières, dans les sourcils et dans les joues. Après avoir vu tous les trailemens échouer , et même la maladie acquérir de l'intensité, on eut recours au carbonate de fer, employé avec tant de succès par le docteur Hutchinson. Le remède fut donné sous la formule suivante : on mêla deux scrupules de carbonate de fer à deux gros de sucre, pour faire dix poudres à prendre dans la journée. L'on commença l'usage de ce médicament le 20 avril; le 21 , on reconnut une diminution notable dans l'intensité et dans la fréquence des accès; quelques jours après, le malade était radicalement guéri. Cependant, pour consolider sa guérison, on continua l'usage du carbonate de fer jusqu'aux premiers jours de mai. On songea alors à pratiquer l'opération à l'autre œil par le même procédé; l'opération réussit parfaitement. Quelques jours après, le malade ayant été assailli de nouveaux

phénomènes nerveux, on les combattit instantanément par le carbonate de fer avec un plein succès: le 10 juin, Bartoluzzi sortit de l'hôpital, ayant recouvré la vue aux deux yeux.

Cette observation prouve jusqu'à l'évidence l'efficacité du carbonate de fer pour combattre les accidens nerveux qui avaient résisté aux traitemens les plus rationnels employés jusqu'alors.

Obs. III. Marguerite Massa, de Pavie, âgée de trente ans, de faible constitution, sujette aux accès hystériques, avait été souvent atteinte de fièvre nerveuse et rhumatique. C'est après un violent accès de cette nature, ayant son siège dans la tête., qu'elle fut affectée de cataracte aux deux yeux. Celle-ci paraissait de consistence dure ; l'œil était sain, seulement la pupille était un peu contractée. Le 15 novembre 1822, elle fut opérée par abaissement, des deux côtés.

L'opération fut prompte et facile ; les yeux furent momentanément recouverts de légères fomentations froides que l'on suspendit à l'entrée de la nuit, vu l'état général de la santé de la malade. Tout à coup , au milieu de la nuit , elle fut attaquée de douleurs extrêmement violentes dans la région sourcilière, accompagnées d'un sentiment de chaleur excessive. Le lendemain matin , le pouls était dur, fréquent, les yeux larmoyans , ce qui nécessita une saignée de neuf onces, ainsi que l'emploi de la jusquiame unie an nitre et prise intérieure™

ment, en même temps que l'on fomentait les yeux avec de l'eau froide. Ce traitement soulagea légèrement la malade ; mais, vers le soir , les douleurs ayant repris avec une nouvelle intensité, on fit placer des sangsues en assez grand nombre derrière les oreilles. Cette évacution sanguine améliora la position de la malade; les douleurs diminuèrent un peu; la cornée était transparente et sans injection , et l'irritation de la conjonctive était presque nulle. Tout à coup il survint un accès hystérique, accompagné de contraction et de délire; cet accident renouvela les douleurs , quoique moins intenses. On prescrivit de nouveau les sangsues; on ajouta à cette médication des pilules de calomel, et des frictions de jusquiame et d'opium pratiquées dans la région sourcilière. L'effet de ces prescriptions fut tel , que le sixième jour après l'opération , la malade enleva son bandeau , et put se convaincre que cette opération serait heureuse. La vue était parfaite, quoiqu'il restât encore un peu trop de sensibilité à la lumière. On suspendit peu à peu l'usage des médicamens. Le 26 novembre, la malade se promenait librement dans l'hôpital. Mais ayant fatigué ses yeux à force de les essuyer, elle fut prise d'une nouvelle irritation que l'on combattit de nouveau par les sangsues. Elle continua à se bien porter jusqu'au 2 décembre, époque où elle fut en proie à des douleurs violentes dont le siège principal était, il est vrai, dans le sourcil et au fond de l'orbite , mais qui en même temps s'irra-

diaienl dans la narine et l'occiput. La malade poussait des cris aigus, se prenait la tête avec les mains, s'accroupissait vers la terre, qu'elle frappait du pied. Les douleurs étaient si lancinéanles , qu'elle les comparait à des coups d'instrument tranchant. L'œil, gonflé et saillant, était baigné de larmes acres et abondantes : la moindre lumière renouvelait les souffrances : ces phénomènes étaient accompagnés de loquacité , de délire , de spasme et de divers autres symptômes hystériques. Lorsque l'accès était fini, la malade se trouvait sans douleurs , excessivement fatiguée; cet état persistait jusqu'à un nouvel accès qui se reproduisait avec toutes les mêmes phases. L'état du pouls ne permettant plus l'emploi des évacuations sanguines, on eut recours aux purgatifs composés de jalap et de calomel ; ensuite l'on appliqua trois vésicatoires à l'occiput; ceux-ci étant sans effet, on passa à l'application de moxas sur les apophyses mastoïdes, le tout sans succès. Cependant on frictionnait l'œil avec des substances narcotiques, à l'intérieur, on donnait des émulsions nitrées, des pilules composées avec la jusquiame et le sulfure doré d'antimoine. Ces moyens se trouvant aussi complètement inutiles que tout ce qu'on avait fait jusqu'alors, on administra le quinquina uni aux poudres de Dower, aux pilules et aux lavemens d'assa-fsetida camphrée. De là on passa aux frictions d'onguent napolitain et aux fomentations d'eau distillée de laurier-cerise. Sous l influence de tous ces moyens, les douleurs

diminuaient, mais ne disparaissaient point; l'usage prolongé du sulfate de quinine était le seul médicament qui pût éloigner un peu les paroxismes et en affaiblir l'intensité. Dans les premiers jours de mars 1823 , cette malheureuse femme quitta l'hôpital dans l'espoir que le changement d'air pourrait améliorer sa position. Vain espoir ! à peine fut-elle en son domicile , que les douleurs reparurent avec une intensité sans égale, et que la malade se vit obligée de rentrer à l'hôpital en toute hâte ; car deux saignées qu'on lui avait pratiquées chez elle n'avaient fait qu'exaspérer ses souffrances ; la vue, du reste, avait considérablement diminué. Ce fut alors que le professeur Flarer, encouragé par le succès obtenu sur Prosper Bartoluzzi , mit en usage le carbonate de fer. Treize doses, d'un scrupule chaque , mélangées avec du sucre , suffirent pour détruire cette affection si rebelle. La vue se rétablit, et la malade resta encore un mois à l'hôpital pour se confirmer dans la certitude d'une guérison radicale. Après cette époque , elle reprit ses occupations habituelles; et quelles qu'eussent été les intempéries de l'atmosphère auxquelles elle s'exposa, la névralgie ne se manifesta plus.

Voilà deux cas remarquables de guérisons obtenues par l'emploi du carbonate de fer dans des névralgies rebelles, et qui, par i'acuité des douleurs qu'elles produisaient, auraient pu irrévocablement compromettre le succès de deux opérations faites par un chirurgien aussi habile et aussi heureux

que le professeur Flarer. Ces faits, joint à ceux qu'a publiés le docteur Elliotson, et qui sont rapportés dans l'Annuaire médico-chirurgicalde \ 826 et 1 832, sont de nature à fixer de plus en plus l'attention des gens de l'art sur cet agent thérapeutique.

S'il est des cas où le sulfate de quinine a échoué dans le traitement des névralgies accidentelles ou traumalique, il en est d'autres où son usage a produit le plus heureux résultat.

Obs. IV. Madame B***, demeurant rue Bassedu-Boulevart des Capucines, n° 32 , me fut adressée par M. le docteur Chavernac, Cette dame portait à l'œil droit une cataracte complète, survenue pendant sa dernière grossesse : l'opacité cristalline était complète , et paraissait de nature caséeuse , quoique, l'œil gauche fut sain. Madame B***, voulait se faire opérer, parce qu'elle s'apercevait que la vue de l'œil sain était vacillante , amblyophique, toutes les fois qu'elle tenait l'œil cataracte ouvert, et que ces accidens disparaissaient aussitôt que l'on suspendait complètement Faction de la lumière sur l'œil cataracte.

Madame B***, fut opérée par abaissement le 26 juillet, en présence de MM. Chavernac, Branzeau, Pauly et Therrin ; la cataracte molle, ainsi que je l'avais annoncé, fut broyée et réduite en pièces, ainsi que la capsule; mais comme elle était de nature gélatineuse , il me fut impossible d'en faire passer les fragmens dans la chambre antérieure;

j'éprouvai la même difficulté pour les immerger dans le cristallin. Je me résignai donc, ainsi que l'a recommandé Barbette , à les laisser en place pour attendre leur dissolution par l'humeur aqueuse. Les premiers jours de l'opération se passèrent sans accidens : une large saignée fit justice de quelques légers malaises. Tout à coup, vers le vingtième jour environ, la malade fut prise de douleurs analogues à celles que nous avons décrites dans les observations précédentes ; elles furent d'autant plus vives que l'opérée était plus impressionable et douée d'un tempérament éminemment nerveux, ces accès s'étant renouvelés périodiquement à cinq ou six jours de distance, et augmentant d'intensité, M. Chavernac, médecin ordinaire de la malade, fit placer douze sangsues derrière les apophyses mastoïdes , qui donnèrent issue à une grande quantité de sang. La malade en fut. soulagée, mais les accès reparurent avec la même régularité ; on fit placer un vésicatoire au bras, et en même temps l'on prescrivit les pilules de sulfate de quinine et des lavemens de même substance. Ces prescriptions suspendirent entièrement les accès jusqu'au cinquantième jour après l'opération, époque où ils parurent de nouveau, et furent de rechef combattus par le sulfate de quinine. L'action de ce médicament fut aussi héroïque que la première fois , et en en continuant l'usage pendant quelque temps, l'on obtint une guérison radicale.

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