81 — CHAPITRE IX
DE l'oPHTALMORRAGIE.
Lorsqu'un instrument tranchant ou piquant a divisé quelques-uns des nombreux vaisseaux sanguins qui serpentent dans l'œil, il se manifeste une hémorragie qui peut souvent être assez considérable ; quoique on en dise, les règles précises de l'opération, et les notions anatomiques les plus exactes ne sont pas toujours suffisantes pour obvier à cet accident. Cependant, en suivant avec exactitude les principes que nous émettrons pour chaque espèce d'opération, l'on aura moins à redouter l'accident qui nous occupe.
Il est des hommes qui sont plus sujets que d'autres aux hémorragies ; ce sont ceux dont la peau est vulnérable , ou bien qui sont affectés de maladies scrofuleuses , scorbutiques, et chez lesquels l'on rencontre à la peau des taches hémorragiques ( morbus hemorragicus ou purpura liemorragica, Warloff). Les ophtalmies anciennes et profondes de l'œil sont aussi des causes occasionelles d'hémophtalmie , en ce qu'il se forme des vaisseaux sanguins accidentels qui mettent en défaut les connaissances anatomiques les plus exactes. Ainsi, il n'est pas rare de rencontrer une quantité d'adhérences morbides qui unissent la face antérieure du cristallin à l'uvée, et qui sont presque exclusivement composées des vaisseaux sanguins dont on apprécie facilement le caractère
et la forme au moyen des diverses puissances microscopiques. Cette complication peut provoquer un épanchement sanguin dans la chambre postérieure de l'œil sans que l'on ait transgressé aucun des préceptes donnés par les maîtres de l'art. Le moindre effort pour détruire cette synéchie postérieure, suffit pour provoquer une hémorragie souvent plus considérable que celle produite par la lésion d'une des artères ciliaires , si bien figurées par Sœmmering dans son admirable ouvrage à la planche sixième ( 1 ). Quand l'hémorragie est très abondante dans l'opération de la cataracte par abaissement , l'humeur aqueuse s'obscurcit et ne permet plus de suivre les mouvemens de l'aiguille. Cependant un chirurgien habile peut, malgré cela , terminer l'opération. Il se manifeste rarement des accidens graves à la suite de cet épanchement sanguin ; il se résorbe dans la plupart des cas, mais il donne quelquefois lieu à une irilis qui produit une sécrétion accidentelle de lymphe , qui enveloppe le caillot sanguin avant son entière absorption, ce qui occasione souvent alors une espèce particulière de cataracte que les ophtalmologues allemands ont nommée cataracte secondaire grumeuse [calaracta gramosa secundaria ). Quand l'hémorragie est abondante , la chambre antérieure se remplit elle-même de sang
(1) Sœmmering , Samuel Thomas. Icônes oculi humani in Julio , Francoforti. Tabula Vï , fig. 1 .
qui, le lendemain, n'est plus qu'un énorme caillot. Dans ce cas, il ne faut point tarder à faire une légère incision à la cornée pour l'extraire; car cette dernière peut souvent tomber en gangrène , ainsi que l'avaient observé les professeurs Penchiennali et Rossi ( 1 ). Quand on pratique l'extraction, l'hémorragie est souvent due à ce que l'on a commencé l'incision beaucoup trop près de l'union de la cornée à la sclérotique ; on doit aussi attribuer cet accident aux développemens morbides desvaisseauxde laconjonclive. Dans l'extraction, l'hémorragie est moins à redouter, parce que la matière épanchée trouve facilement une issue, et qu'il est plus aisé d'en débarrasser le malade, même artificiellement. En effet , lorsqu'un épanchement de sang a lieu pendant l'opération , il faut en exciter la résolution par des lotions d'eau froide, répétées avant d'ouvrir la capsule du cristallin, et de tenter son extraction, ainsi que le pratiquait Marc-Antoine Petit ( 2 ) . Forlenza arrivait encore plus facilement au même but en ayant recours à de petites injections faites avec une petite seringue remplie d'eau distillée tiède. ( 3 )
(1) Rossi , Elémens de médecine opératoire , page 284, tomel.
(2) Marc-Antoine Petit, ouvrage cité, page 74.
(3) Compte rendu des opérations de cataracte pratiquées à Strasbourg, rédige' par le professeur Flamment, page 9.