‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracteChapitre 12 sur 59 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

DE l'iRITIS.

De tous les accidens qui surviennent à la suite de l'opération de la cataracte, n'importe le procédé mis en usage, le plus formidable et le plus commun est, sans contredit, l'inflammation de l'iris. Celte maladie que l'on nomme iritis , peut exister à l'état aigu ou chronique. Rien n'est plus désespérant, en effet, pour un chirurgien, que de voir une opération exécutée avec promptitude et habileté, échouer à la suite des phénomènes inflammatoires qui se développent sur l'iris , et souvent s'irradient dans toutl'œil, ainsi qu'on l'observe très souvent dans l'opération de la cataracte par extraction et plus rarement, lorsqu'on a mis en usage la scléroliconyxis. Le maladeestbien disposé, d'une santé générale parfaite , aucun des principes fondamentaux , aucune règle générale de l'opération n'ont été transgressés, la constitution atmosphérique et les soins hygiéniques ne laissent rien à désirer, et cependant l'inflammation se manifeste sans qu'on puisse lui assigner une cause. Il est néanmoins des cas où il est facile de reconnaître les circonstances qui ont provoqué l'inflammation de l'iris à la suite de l'opération. Les unes dépendent souvent du tempérament du malade et de sa mauvaise constitution, de l'irritabilité ou de l'extrême pusillanimité de son caractère. Les individus cacochymes , dartreux , scorbutiques , gou-

teux et scrofuleux sont disposés plus que tout autre à être affectés d'iritis. Cette prédisposition sera augmentée par la transgression des lois hygiéniques , un pansement défectueux , ou par les manœuvres de l'opérateur.

Il ne faut point se dissimuler que le chirurgien n'entre pour beaucoup dans les causes qui produisent l'iritis ; en effet, si en pratiquant l'abaissement, il a mal choisi le point par où doit pénétrer l'aiguille ; si celle-ci est trop grosse et trop volumineuse, s'il la maintient trop long-temps dans l'œil , et s'il fatigue celui-ci par des mouvemens imprudens et peu mesurés ; s'il a laissé à cheval sur l'iris de trop gros fragmens de la lentille brisée, destinée à être projettes dans la chambre antérieure , ou lorsque le cristallin a passé en grande partie ou en totalité dans celle-ci; enfin si l'opérateur ou son aide presse trop sur le bulbe afin de le contenir en place, l'on ne sera pas étonné de voir surgir une inflammation grave que les pathologistes allemands nomment iritis phlegmoneuse.

Les mêmes symptômes seront produits également par les imprudentes tentatives d'extraction de la cataracte , lorsqu'il existe un iridiospasme violent ou des adhérences anormales entre l'uvée et le cristallin. La lésion de l'iris avec le kératotôme , le kyslitôme , Fairigne sont aussi les causes fréquentes de l'inflammation traumatique de l'iris ; c'est surtout quand on est obligé plusieurs fois de porter la curette dans la chambre postérieure pour

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Il est donc important d'étudier avec soin les symptômes qui peuvent faire reconnaître la complication dont nous nous occupons, afin de lui opposer en temps utile, un traitement énergique et rationnel capable delà combattre. Ainsi, toutes les fois qu'un homme opéré de cataracte est pris , quelques heures après son opération ou même beaucoup plus tard , d'une douleur dans l'œil ou ses annexes, plus ou moins violente, et qui tend à s'agraver, l'opérateur est en droit de craindre qu'il ne survienne un iritis : ses craintes seront d'autant plus fondées que la douleur ira en augmentant , qu'elle commencera vers le point où l'œil a été blessé, et que la sensation ressemblera aune pression incommode, lancinante, s'irradiant aux régions supra et infrà-orbitales , et envahissant peu à peu la moitié de la tête. Les paupières sont atteintes de blépharospasme, la glande lacrymale s'irrite et secrète des larmes abondantes , acres , brûlantes, qui fluent sans interruption (1); peu à peu la conjonctive palpébrale se gonfle , les paupières deviennent œdémateuses, la joue du côté

(1) Il ne faut pas confondre le larmoiement avec l'épiphora périodique qui se manifeste quelquefois dans les premiers jours après l'opération , et qui n'est due qu'à un surcroît d'activité de la glande.

correspondant se rubéfie, le bulbe dé l'œil est le siégede douleurs pungitives , lancinantes, brûlantes, accompagnées de sentiment de tension dans l'organe, et de phénomènes fantastiques , scinlillans , phosphorescens , qui se renouvellent h l'instar des commotions électriques. La fièvre s'allume, la moindre lumière devient insupportable, la soif et la douleur sont extrêmes : les carotides battent avec force, et occasionent des lintemens dans les oreilles. Tous ces symptômes généraux sont souvent accompagnés de douleurs violentes dans l'intérieur du crâne , de vomissemens et de délire.

Je crois , sans contredit , que c'est cette irradiation de l'inflammation locale au centre nerveux qui produit la mort , car comment expliquer celleci autrement? Dans les autopsies des personnes qui ont succombé aux accidens primitifs survenus après l'opération de la cataracte , l'on a toujours trouvé des traces non équivoques de l'inflammation du cerveau et de ses enveloppes. Quant a moi, j'ai vu pratiquer un nombre prodigieux d'opérations de cataracte à l'étranger, et je n'ai jamais vu qu'elles fussent suivie de la mort. Cependant cette funeste terminaison n'est pas rare à l'hôpital de la Charité, ainsi qu'on peut s'en assurer en suivant les opérations que l'on y pratique. La personne qui en recueille pour moi les histoires , m'a transmis plusieurs résultats promptement mortels qui seront consignés dans* la thèse de mon ami Théodore Maunoir. La Lancette française rapporte en outre un cas

où l'opération pratiquée par M. Guersent fils, dans le service de M. Bougon , fui rapidement suivie de la mort (1).

En général, dans la maladie en question, l'iris change de couleur, perd ses facultés contractiles , ou on les voit s'exalter à un degré extrême, phénomène qu'il est du reste fort difficile de constater, vu le haut degré de phoptophobie dont est tourmenté le malade , ainsi que par l'obscurcissement qui s'empare de la cornée aussitôt que la maladie acquiert un certain degré d'intensité, et qui est due à l'inflammation de la tunique de l'humeur aqueuse.

Une affection aussi douloureuse , aussi rapide que promptement funeste au succès de l'opération de la cataracte, demande une médication énergique et en rapport avec la gravité des symptômes. La moindre hésitation au début du traitement peut taire naître les plus déplorables résultats. Si l'on considère ici la nature de la maladie , les symptômes éminemment inflammatoires qui la caractérisent, les cadses traumatiques qui l'occasionent , la fièvre générale qu'elle allume , les désordres qu'elle produit dans la circulation, l'on ne balancera point à recourir à un traitement franchement antiphlogistique. Ainsi , les saignées des pieds abondantes seront l'un des premiers moyens

(1) Lancette française . tome Ier, page 14, année 1829.

qu'il faudra employer toujours largement, et qu'il conviendra de réitérer en raison de la gravité des symptômes et des forces de l'individu.

Les évacuations sanguines générales, quelque avantageuses qu'elles soient, ne remplissent pas tout à fait leur but , et devraient être poussées à un degré extrême, ce qu'il n'est pas toujours permis de faire ; il faut donc avoir recours aux déplétions locales qui produisent alors un effet merveilleux. Il ne s'agit que de choisir le moment opportun : l'application des ventouses à la nuque et aux tempes calme très rapidement les douleurs. Les praticiens anglais préfèrent, cette médication à l'application des sangsues qui est, selon eux, plus incertaine et moins énergique. Aussitôt que les accidens généraux et violens seront appaisés, l'on prescrira Ses applications d'eau froide , soit en affusion , soit en plaçant , sur la région oculaire , des linges légers qu'on en a imbibés. J'ai vu ce moyen produire de merveilleux effets à la clinique ophtalmologique de Pavie. Mais , pour obtenir les avantages dont nous parlons, il i'aul renouveler et continuer celte application pendant long-temps. L'inflammation qui ne serait pas assez grave pour entretenir la suppuration de l'œil, ou l'altération de ses humeurs intérieures, serait plus que suffisante pour produire l'occlusion complète de la pupille , soit que cet accident fut occasioné par l'adhésion des bords pupillaires entre eux , soit qu'il devint le résultat de la sécrétion d'une lymphe coagulable

qui pourrait engendrer des membranuies et autres produits accidentels capables d'empêcher la vision. 11 faut donc, par tous les moyens possibles, tenir les bords de la pupille éloignés , en cherchant à effectuer le plus grand degré de dilatation possible de celte ouverture , au moyen de doses suffisantes d'extraitdejusquiame, prises intérieurement et employées en frictions. Quand on craint que l'absorption ne se fasse trop lentement, il faut introduire dans les narines des tempons imbibés d'extrait de belladone. Mais ou doit bien se garder d'appliquer immédiatement le remède sur la conjonctive oculaire ; il produirait des effets en sens inverse de ceux que l'on désire. Depuis plusieurs années, j'emploie, avec beaucoup de succès, l'eau distillée de laurier-cerise à haute dose , intérieurement et extérieurement; elle remplace, avec avantage, l'eau froide, surtout quand on a soin de la frapper légèrement de glace. Rasori , Borda , Fabini ont constaté la qualité contre-stimulante de cette substance , ainsi que je l'ai prouvé dans un travail spécial (1). Quand l'état de l'estomac ne permet pas l'injection des substances médicamenteuses , on les administre alors par la voie du rectum; les lavemens mucilagineux, contenant quelques gouttes de teinture de digitale pourprée, et un gros d'eau distillée

(1) Carron du Villards, Mémoire , couronné par l'Athénée de médecine de Paris , sur l'emploi thérapeutique du lauriercerise. Revue médicale. Paris, septembre 1830.

de laurier-cerise , servent merveilleusement à calmer l'éréthysme général. Il faut surtout insister sur l'emploi des narcotiques toutes les fois que l'on a du pratiquer de nombreuses évacuations sanguines, générales et locales, car celles-ci, en détruisant l'équilibre nécessaire entre les systèmes sanguin et nerveux , il se manifeste quelquefois des phénomènes nerveux qui sont indépendans de la maladie, et qui, non-seulement fatiguent beaucoup le malade , mais encore alarment singulièrement ceux qui l'entourent. Cet érélhysme nerveux se révèle par une excitation générale , par l'insomnie, une loquacité apyrectique et un sentiment de vide très-incommode dans le cerveau : le malade est fatigué par le moindre bruit, quoiqu'il soit sans douleur, et la phobtophobie est extrême. Cet état qui a très-bien été décrit par Béer et Jûngken , se dissipe facilement sous l'influence des narcotiques à haute dose. Il est aisé de voir que ce n'est qu'un symptôme , et que c'est à tort que M. Lisfranc le considère comme une ophtalmie nerveuse ( 1 ). Lorsque l'on a à redouter la sécrétion de la lymphe coagulable, ou que l'inflammation ne passe pas à l'état chronique, il faut pratiquer des frictions sur le front et la base de l'orbite avec un demi-gros, matin et soir, de la pommade suivante :

(1) Clinique chirurgicale de la Pitié, recueilli par M. P. Boyer„ Gazette Médicale , 1832.

R. onguent neap. dup. ... 3 j.

Extr. belladon 3 j.

Olei essent laur. ceras gUs. . rv.

Fiat secundum art unguentum.

Le professeur Âmmon, de Dresde, a retiré de" très grands avantages de cette prescription dont je n'ai aussi qu'à me louer. A l'intérieur, on prescrit quelques légères doses de calomel, et si le tube intestinal est sain, il sera fort avantageux de procurer une dérivation sur les intestins, au moyen de quelques médicamens légèrement drastiques; il faut insister sur la diète pendant que persistent la fièvre et la douleur.

Schiantarelli(l), dans un ouvrage publié àBrescia , en 1819, prétend que le moyen le plus sûr de prévenir les accidens inflammatoires, après l'opération de la cataracte , ou de les combattre lorsqu'ils sont survenus, consistent à placer sur les yeux de petits tampons de charpie imbibée de teinture de thébaïque. Pour peu que l'on réfléchisse à l'action de la teinture thébaïque sur la conjonctive, aux phénomènes qu'elle produit, à la douleur et au larmoiement qu'elle provoque, n'est-il pas aisé de se convaincre que l'empirisme le plus aveugle peut seul mettre en usage une médication de celte nature, qui peut être la source des plus graves accidens ?

(ç) Schiantarelli. SuW ago da cateratta sul methodo di cura dopo l'operazione. Brescia , 1819. Page 84.

Les traitemens divers que nous venons d'indiquer ne sont pas toujours suffisans pour arrêter les phénomènes inflammatoires de Tirais ; la conjonctive oculaire se boursouffle, forme un véritable chémosis , les humeurs de l'œil se troublent, et souvent il s'y forme une suppuration abondante, accompagnée de production de fausses membranes. La vue alors court de grands dangers, et il faut traiter chacune de ces complications fâcheuses par les moyens que chacune réclame, et qui sont indiqués dans tous les auteurs. On consultera , avec fruit , les ouvrages de Béer, et la dissertation de S. B.Schindler(l).

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