‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracteChapitre 18 sur 59 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

DU STAPIIYLÔME PARTIEL DE l'aLBUGINEE.

Autant les staphylômes partiels de la cornée transparente sont fréquens , autant ceux de la sclérotique se rencontrent rarement, et ne sont en général observés qu'à la suite des lésions traumatiques, et des ophtalmies arthritiques, avec inflammation de la sclérotique. Pendant long-temps j'ai cru avoir été le premier qui eût observé le staphylôme partiel de l'albuginée, à la suite de la piqûre faite avec l'aiguille à cataracte. Cette croyance était chez moi permise, puisque aucun ophtalmographe n'en avait fait mention. Si j'eusse eu un nombre de faits sufQsans, j'aurais publié il y a dix ans , un petit travail qui m'eût assuré la priorité dans la description de cette affection de l'œil ; mais, en fait de sciences, il ne faut pas trop se hâter de conclure. Le hasard m'a fait tomber entre les mains une thèse soutenue à Pavie en 1823 , par le docteur Molinari. où se trouve rapporté un fait qui, joint aux deux quej'ai vus moi-même, ne laisse aucun doute sur la nature de la petite tumeur qui s'était formée dans la partie dé la sclérotique traversée par l'aiguille.

Dans le fait observé par M. Molinari , il s'agissait d'un homme qui fut opéré le 1 2 décembre 1 822 par le professeur Flarer. Ce professeur pratiqua la scléroticonyxis sur l'œil gauche d'un nommé Antoine Albiali, âgé de 35 ans , homme d'un tempérament cachectique , et qui avait été tourmenté toute sa vie par diverses maladies spécifiques ou constitutionnelles, telles que les scrofules , les dartres et les affections siphylitiques. Pendant la nuit qui suivit l'opération , il fut pris d'une inflammation de l'œil tellement intense qu'elle dura quinze jours malgré que dans cet espace de temps, l'on eût pratiqué sept abondantes saignées, et que l'on eût appliqué plusieurs fois un assez grand nombre de sangsues. L'inflammation s'étant ensuite un peu appaisée , l'on aperçut, dans le point de la sclérotique correspondant à la piqûre de l'aiguille, une petite tumeur du volume d'un grain de riz , blanchâtre , indolente et immobile. On ne tarda pas à reconnaître qu'elle était produite par un amas de matières , résultant de l'accumulation de la lymphe dans le trajet de la plaie. Cette petite tumeur se rompit et donna passage à la lymphe accumulée, puis, peu à peu , la sclérotique environnante s'hypérémia et s'éleva sous la forme d'une petite tumeur conique circonscrite. Les symptômes d'inflammation ne tardèrent point à diminuer de jour en jour sous l'usage de l'extrait de jusquiame et du caiomel ; l'œil reprit ses fonctions , mais la petite tumeur persista. Le docteur Molinari se demande

quel nom l'on doit donner à cette maladie , et si véritablement on peut la considérer comme un staphylôme partiel de la sclérotique, et quelle pourrait en être la cause.

Les deux faits que j'ai observés étant analogues au sien, je crois pouvoir affirmer que le nom de staphylôme partiel, est légitimement acquis à cette maladie , quoiqu'elle ne se développe pas toujours de la même manière. Ainsi, dans les cas que j'ai remarqués, l'un était un staphylôme proprement dit, immobile , indolent et dur comme un grain de plomb ; l'autre , au contraire , offrait une tumeur moins élevée, entourée de petites veines bleuâtres, et paraissait se déprimer sous la pulpe du doigt. Cet homme qui avait été opéré en 1821, par feu Duchelard , oculiste du roi de Naples , s'aperçut , peu de jours après l'opération , de la formation de cette petite tumeur qui ne lui occasionait , il est vrai , aucune douleur , mais qui gênait quelquefois le mouvement de la paupière. En 1 826 , il succomba à la suite d'une affection cérébrale , et il me fut permis d'examiner l'œil avec soin. Je ne tardai pas à m'apercevoir que cette humeur avait été formée , par quelques veines variqueuses de la choroïde qui avait distendu , aminci et chassé devant elle la sclérotique, et y avait produit une petite tumeur analogue à celles observées et décrites à la partie postérieure de l'œil par Jacobson et Scarpa qui lui avaient donné improprement le nom de staphylôme postérieur de l'œil. {Staphyloma posticum ocali.)

La première espèce de ce staphylôme est sans danger, tandis que l'autre étant le résultat d'une affection phlébectasique des vaisseaux choroïJaux, cet étal peut se propager aux vaisseaux de la sclérotique et de la conjonctive , et produire une cirsophtalmie grave qui peut compromettre l'état de l'œil. Je crois, qu'aussitôt qu'il se forme une petite tumeur lymphatique ou purulente sur le point qui a été traversé par l'aiguille, il faut se hâter d'emporter la conjonctive qui la couvre, avec des ciseaux courbes, puis pratiquer immédiatement une petite cautérisation avec le nitrate d'argent fondu : ce qui selon moi, sera plus que suffisant pour arrêter les développemens ultérieurs de la tumeur. Mais lorsque l'on a affaire à un refoulement de la sclérotique par l'action variqueuse des vaisseaux choroïdaux , il faut pratiquer la compression avec une lame de plomb, placée sur la paupière. Cette médication devra d'autant plus offrir des chances de réussite que, ainsi que nous le verrons plus tard, Forlenza et un grand nombre d'autres hommes de l'art, traitaient les staphylômes consécutifs à l'incision de la cornée transparente par le moyen que nous venons d'indiquer, avec un succès remarqnable : nous reviendrons plus tard sur cette médication.

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