CHAPITRE XIX
CATARACTE CAPSULA1RE CONSECUTIVE A L'ABAISSEMENT.
Lorsque la cataracte capsulaire existe au moment où l'on déprime le cristallin, rien n'est plus facile que de la reconnaître et de la détruire en l'incisant en diverses directions et en accrochant les lambeaux avec la pointe recourbée de l'aiguille de Scarpa. Mais quand on a abaissé en masse un cristallin opaque , et que la pupille apparaît entièrement noire, on serait dans l'erreur si l'on pensait que l'opération est terminée et qu'elle sera heureuse: il peut être resté en place une partie de la capsule dont la transparence et la ténuité est un obstacle àce qu'elle soit reconnue. Il faut donc dans tous les cas, aussitôt que le cristallin est abaissé , ramener l'aiguille au centre de la pupille , l'y porter plusieurs fois, en haut, en bas et en avant, en décrivant des cônes ainsiquenous l'avons dit à la page 1 1 6, pour détruire cette enveloppe du cristallin et en faciliterlarésorption.Ilest bien reconnu aujourd'hui queles opérateurs qui déchirent la cristalloïde antérieure comme le proposait Ferrein, afin de rendre le cristallin plus facile à abaisser, étaient beaucoup
plus sujets que les autres à voir leurs opérations suivies de cataracte capsulaire. J'ai déjà dit ailleurs (l)que l'on pouvait, en agissant avec précaution, déprimer la capsule antérieure du cristallin en ayant soin d'appuyer sur la lentille opaque avec le dos de l'instrument, dont la pointe est tournée en avant. Le professeur Panizza(2)a prouvé jusqu'à l'évidence que dans un grand nombre de cataractes molles, l'on pouvait par cette manœuvre, déprimer le cris, tallin avec la capsule antérieure sans briser ni l'un ni l'autre. C'était pour arriver au même but que Lusardi (3) recommandait qu'aussitôt que l'aiguille est arrivée au devant de la cristalloïde, de détacher avec Faiguille la membrane capsulaire dans toute sa circonférence afin de la déprimer en même temps que le cristallin.
Pour peu que ce chirurgien eût réfléchi sur la difficulté de ce procédé, il se fût abstenu d'avancer qu'il était d'une facile exécution; car cette séparation est même difficile pour l'anatomiste quand il y procède après avoir préalablement détaché les membranes de l'œil. D'un autre côté, l'opérateur dans ce cas, doit agir à tâtons, parce que malgré la plus grande dilatation possible de la pupille, on ne peut apercevoir le siège de la zonule ciliaire. Enfin
(1) Bull, thérap., art. cité.
(2) Panizza , ouvrage cité , page 64.
(3) Lusardi, Traité de l'altération du cristallin et de ses annexes , page 187.
lorsque l'on voudrait séparer la cristalloïde de celle-ci on ne manquerait pas de blesser les procès ciliaires, ce qui n'est pas sans de graves inconvéniens. Le professeur Panizza pense que lorsque la pupille estfort dilatée, l'on pourrait dans le premier temps de l'opération faire passer l'aiguille à travers le corps vitré, d'abord derrière le cristallin, puis le porter à la partie supérieure de la lentille, et en seservant peu à peu du dos de l'instrument, rompre petitàpetitlahyaloïdeetlazonuleciliaire en glissant sur les procès ciliaires, jusqu'à ce que l'instrument fat arrivé au centre de la pupille : alors on termiiér ait l'opération comme dans les cas ordinaires, et 'on pourrait immerger, avec une très grande facilité, le cristallin dans l'humeur vitrée.
Au reste, de tous les accidens consécutifs à la cataracte par dépression, la cataracte secondaire est la moins redoutable; car, lorsqu'elle survient, même à une époque très éloignéede l'opération, on peut la détruire par une seconde opération dont nous donnerons les détails en traitant de la cataracte capsulaire consécutive à l'extraction.