DE LAMAUROSE , SUITE DE L ABAISSEMENT
Je me suis demandé plusieurs fois si le reproche d'exposer à l'amaurose est bien fondé, quand on
l'attribue au procédé de l'abaissement. Si j'avais ici à faire le parallèle des méthodes, et à fournir des tables synoptiques , l'on serait peut-être bien étonné de voir que l'extraction est malheureusement bien souvent suivie de cette funeste terminaison. Je suis convaincu, du reste , que dans la plupart des cas et dans les deux procédés dont nous venons de parler, il existait déjà, avant l'opération , des symptômes d'amaurose que les effets traumatiques de l'opération ont aggravé. Je ne saurais donc trop recommander de suivre attentivement les préceptes que j'ai indiqués à la page 26, pour acquérir quelque certitude à cet égard.
L/amaurose consécutive à l'abaissement, peut tenir à plusieurs causes, dont les principales sont les manœuvres imprudentes pour abaisser le cristallin , la blessure des nerfs ciliaires , la pression du cristallin sur la rétine , l'inflammation de celle-ci.
Il est malheureusement bien reconnu que des manœuvres imprudentes exercées sur l'œil peuvent déterminer des accidens tellement graves, que cet organe devient le siège d'une inflammation si forte qu'elle peut même compromettre l'existence de l'individu , ainsi que nous l'avons prouvé par l'exemple que nous avons cité page 88.
Nul doute aussi qu'en déprimant le cristallin avec trop de force et avec une aiguille trop longue, on ne puisse contondre ou déchirer la rétine , ce qui, sans contredit, serait une cause plus que suffi-
santé pour produire l'amaurose. Adams (1) croit que dans un grand nombre de cas le poids seul d'un cristallin très dur peut occasioner cet accident, et que lorsque l'humeur vitrée est très fluide, ce qui est très fréquent selon cet auteur , le crisallin sera sans cesse flottant et ira frapper contre la rétine à chaque mouvement delà tête, ce qui produira des douleurs intolérables , l'inflammation de la rétine et enfin la goutte sereine. Daviel en disséquant les yeux de personnes qui n'avaient point recouvré la vue après l'abaissement trouva la rétine et la choroïde déchirées par la pression du cristallin. En général, quand la pression est cause de l'amaurose? celle-ci diminue à mesure que le cristallin s'absorbe ; mais si ce cristallin est dur, osseux ou pierreux, il faut en général renoncer à l'espoir de la guérison: Richter(2j recommandait dans ce cas de secouer fortement la tête du malade et de lui imprimer des commotions brusques, afin détacher par là de faire changer le cristallin de place par cette manœuvre, et alors on peut en tenter l'extraction. Ce moyen ayant été mis en pratique, et l'on peut s'en convaincre en lisant son ouvrage où ce fait est rapporté , page 113. Le hasard produit souvent les mêmes faits; ainsi Béer (3) raconte qu'après
(1) Ouvrage cité, page 108.
(2) OEuvres ckirurg., tome III , traduction italienne.
(3) Praklische Beobacht. liber den gr. staar. Wien., 1791 , tome VIII, page 1.13.
avoir fait avec succès une opération de cataracte par abaissement, chez un homme de trente-quatre ans, celui-ci vit parfaitement les premiers jours; mais à la suite de douleurs excessivement vives , il fut atteint d'une goutte sereine qui lui fil perdre tous les bénéfices de son opération. Un an après, il fit une chute dans un escalier très rapide, et après un long évanouissement il reprit ses sens, et s'apperçut, avee étonnement, qu'il avait recouvré la lumière. Mohrenheim (1) pense que le moyen proposé n'est pas convenable et qu'il vaut mieux exercer des pressions sur le bulbe de l'œil, afin de faire remonter la cataracte jusqu'au niveau de la pupille. Alors on inciserait la cornée, et avec un petit crochet rien ne serait plus facile que d'extraire la lentille. Pour peu que l'on réfléchisse, il est très facile de se convaincre que le conseil donné par Mohrenheim n'est qu'un lapsus de son imagination et que rien ne peut justifier sa théorie. Contre l'amauroseen général, il ne reste d'espoir que dans l'emploi des moyens médicaux sagement combinés et pour lesquels je renvoie aux ouvrages qui en traitent ex professo. Je ramènerai seulement l'attention de mes lecteurs sur deux nouveaux procédés curatifs récemment introduits dans la thérapeutique de cette maladie, je veux dire, la cautérisation
(i) Joseph Morhenheim , Wienn , Beitrach, 1780, îu-fî, page 302.
de la cornée transparente, proposée par M. Serre> d'Usés (1), et dont il a retiré des grands avantages.
J'ai été à même de vériQer la puissance de cette médication, et j'en ai consigné les faits dans le fiépertoire annuel de clinique médico-chirurgicale 1832.
Je recommanderai aussi beaucoup la méthode du docteur Short (2) qui consiste à dénuder, au moyen d'un vésicatoîre, la peau du front ou de la tempe , et d'y appliquer, matin et soir, avec un pinceau à miniature un sixième de grain de strichnine pure ou unie à l'amidon. Il est à ma connaissance que les docteurs Miquel et Bennati ont obtenu de très grands avantages de cette médication. Je terminerai en disant que toutes les fois que l'on a à traiter une affection amaurotique, il faut attendre long-temps la guérison , et n'abandonner une médication que lorsque le temps et l'expérience l'ont déclarée impuissante.
(1) De la cautérisation de la cornée transparente. Paris , 1830. Revue médicale , page 161 , tome III.
(2) The treatment of amaurosis by strichnine. The Edimburgh médical an surgical journal , october 1830. The Lancet , 1830- 1831 , vol. I, page 90.
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