‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracteChapitre 29 sur 59 · DE LA CATARACTE CAPSULAIRE PRIMITIVE ET SECON- DAIRE · texte numérisé non relu

DE LA CATARACTE CAPSULAIRE PRIMITIVE ET SECON- DAIRE

Nous avons déjà prouvé qu'il y avait erreur matérielle de la part de ceux qui avouent que les cataractes capsulaires sont très fréquentes, et en rétablissant la véritable proportion , il sera facile de se convaincre qu'il n'y a pas d'erreur possible, parce que nous l'avons établi dans les cas où l'on avait pratiqué l'extraction.

Je me suis aussi convaincu que la fréquence des cataractes consécutives était due principalement à la manière dont quelques opérateurs pratiquent l'extraction, ainsi cette terminaison de l'opération par ce procédé, qui en fait perdre presque tous les avantages, est très fréquente dans la pratique de M. Roux, tandis que celle de M. Maunoir aîné n'offre que très rarement une complication de cette nature. Une différence aussi tranchée dans les résultats estévidemment due à une cause spéciale que nous examinerons plus tard. Veut-on avoir une idée de la fréquence des cataractes capsulaires, a la Charité : voici des chiffres: sur 1 67

opérations, l'on trouve 15 cas de cataractes membraneuses bien tranchées, sans déformation de la pupille ; 6 dans lesquels le champ de la pupille était envahi par un corps opaque qui était évidemment produit par les accompagnemens du cristallin resté en place.

Or, cette fâcheuse terminaison de la cataracte , est dans la proportion suivante : 21 : 169 :: 1 : 8. Je me suis convaincu postérieurement que si l'on pouvait examiner les malades plusieurs mois après, la proportion défavorable augmenterait encore. Il est évident pour moi, et tous ceux qui ont vu opérer M. Roux , sont convaincus aussi qu'il faut attribuer à la manière dont ce chirurgien exécute le manuel opératoire, la cause de tant de cataractes capsulaires, et qui rendent si souvent infructueuse une opération qu'il pratique avec une dextérité si remarquable, enviée par tous ceux qui pratiquent la chirurgie oculaire : en effet, si on se rappelle que M. Roux ne dilate point la pupille avec l'extrait de belladone, et qu'il ne fait à la cristalloïde antérieure qu'une simple incision, d'autant plus difficile à pratiquer, que le spasme de l'iris à rendu la voie plus étroite , les résultats de cette manière de faire, sont évidens. Dans un grand nombre de cas, il n'y a qu'une simple énucléation du cristallin , et la capsule peut rester dans Fœil et y devenir opaque. Ce contre-temps n'arrive point lorsque l'on a largement dilaté la pupille , et que par ce moyen on a attaqué la

capsule sur plusieurs points , comme le conseille Béer, ou comme je l'ai indiqué plus haut, en l'incisant clans sa grande circonférence. Dans cette manière de procéder, la capsule antérieure est presque toujours entraînée par la hernie du cristallin. Aussitôt que le cristallin est sorti, il faut encore inciser la capsule postérieure, car je partage l'avis de la plupart des anatomistes , et je crois qu'elle existe indépendamment de la hyaloïde qui forme le plancher de la fossette destinée à contenir la lentille.

Si la fréquence des cataractes capsulaires consécutives à l'extraction du cristallin est un accident fréquent, c'est aussi, sans contredit, un des moins fâcheux , puisqu'il est facilement réparable. Il existe plusieurs procédés pour y remédier; les principaux sont: le broiement sclérotidien, celui pratiqué à la méthode de Giorgi, une nouvelle incision à la cornée , enfin la kéralonyxis.

Nous allons les examiner sommairement. Rien n'est plus facile, en général, que de détruire une capsule opaque en introduisant, par le lieu d'élection pour l'abaissement ordinaire, une aiguille à cataracte, au moyen de laquelle l'on déchire, brise et accroche le voile opaque en le projettant en divers sens; mais en général, il reste presque toujours par ce procédé quelques lambeaux suspendus qui fatiguent la vue. C'était pour obvier à cet accident que le chirurgien d'Imola fit construire un couteau-pince, dont nous donnerons la description

plus tard, et au moyen duquel, après avoir pénétré dans l'œil, il pinçait la capsule, la détachait par de légers mouvemens de bascule , et l'attirait au dehors.

Ce procédé est assez facile à exécuter , et il est bien supérieur au précédent. Quant à l'extraction de la capsule, elle n'est point sans danger; on doit cependant y recourir quand les autres moyens ont échoué : elle fut très heureusement appliquée et exécutée dans le fait suivant.

OBs.Unejeunefille, nommée Virginie Pollet, âgée de 1 1 ans, fut atteinte, à l'âgede dix-huitmois, d'une double cataracte : à quatre ans elle fut admise à l'Hôtel-Dieu de Paris, où elle fut opérée par M. Dupuytren, aux deux yeux. Elle retira peu de bénéfice de ces deux opérations, car elle y voyait à peine pour se conduire : l'œil droit était affecté de cataracte capsulaire complète , tandis qu'à l'œil gauche, elle n'était que partielle. M. Dupuytren tenta de nouveau de détruire l'opacité secondaire ; l'opération n'eut aucun résultat apparent. Une troisième opération eut le même sort, et la capsule de l'œil droit devint de plus en plus opaque. Ainsi que nous l'avons dit, la vision de l'œil gauche était tout au plus suffisante pour guider ses pas. Elle resta dans cet état pendant sept ans. 11 y a trois ans environ qu'elle fut reçue dans le service de M. Veîpeau, à l'hôpital de la Pitié. Le 3 décembre de cette année (1831), ce chirurgien, après avoir fait à la partie inférieure de la cornée une légère incision , introduisit à tra-

vers cette ouverture une petite pince à crochet el fit l'extraction de la capsule opaque. L'opération fut longue et laborieuse, mais son résultat fut assez avantageux pour la jeune fille , le 3 janvier 1832 : elle sortit de l'hôpital avec une assez bonne vue.

Toutes les fois qu'il n'existe pas des adhérences entre la capsule et l'iris il faut, pour détruire celle-là, pratiquer la kératonyxis avec l'aiguille tranchante d'Adams. Après avoir dilaté l'iris autant que possible, on introduit du côté externe de la cornée, dans son diamètre transversal et à deux lignes de son union au tissu scléreux , l'instrument dont nous venons de parler ; alors l'opérateur en décrivant un grand cône, dont la pointe est au point d'entrée de l'aiguille et la base dans la chambre postérieure , attaque la grande circonférence du voile opaque et le détache : ceci terminé il le prend avec le tranchant , et le porte dans la chambre antérieure, où il ne tarde point à être complètement absorbé. L'aiguille d'Adams est si déliée , si tranchante , que son introduction se fait avec la plus grande facilité et sans danger. J'ai été à même de mettre souvent ce procédé , qui m'est propre , en pratique , et cela avec un succès complet.

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