PROCEDE OPÉRATOIRE
Après avoir placé le malade dans un lieu convenablement éclairé, Fœil qui ne doit pas être opéré, recouvert avec une compresse retenue par une bande, l'opérateur s'assied devant lui , ayant la tète plus élevée que celle du patient , mais ne faisant pas ombre sur l'œil à opérer, les jambes du malade placées entre les siennes. Un aide, placé derrière le patient , maintient la tête ferme , avec une main posée sur le front et l'autre sous le menton.
En supposant qu'il s'agisse de l'œil gauche , l'opérateur soulève la paupière supérieure avec l'index gauche , et maintient l'inférieure avec le pouce, en appuyant légèrement sur le globe, ou bien il se sert de l'élévateur de Pellier, si l'œil est trop enfoncé , ou le malade trop craintif. Il fait ensuite tourner l'œil vers le nez , et prenant l'instrument des mains d'un aide , l'index posé sur le ressort droit, ensorte qu'il le tienne comme une plume à écrire, il l'introduit par la sclérotique, transversalement, à deux lignes au moins delà
(1) Me?noria sopra un unovo istrumento per operare ïe cate- '•atte, p. 10. ïmola, 1822.
cornée ; lorsque la pointe a pénétré dans l'œil , il agrandit la plaie de la sclérotique avec le tranchant de la lame fixe , jusqu'à ce que l'incision soit suffisante pour permettre les mouvemens de l'instrument et l'extraction du cristallin. Après cela il dirige horisontalement l'aiguille dans la chambre antérieure , et porte la lame à plat sur la cataracte ; puis il exécute sur elle quelques mouvemens accompagnés de pression, comme pour opérer l'abaissement. Si le cristallin n'a pas contracté d'adhérence avec l'iris , il s'abaisse facilement ; alors l'opérateur fait exécuter à l'aiguille un quart de tour, et portant le tranchant de l'aiguille sur la cataracte, il presse le ressort de manière à détacher la lame mobile , et à produire entre elle et la lame fixe , une ouverture suffisante pour y comprendre le cristallin , derrière lequel se placera celle-là, tandis que la lame fixe viendra devant la lentille opaque , entre sa capsule et l'uvée ; cessant alors de presser le ressort , il saisit la cataracte avec la capsule cristalline , et l'entraîne au dehors par l'ouverture de la sclérotique.
Si la cataracte adhère à l'iris , l'opérateur l'en sépare avec le tranchant de l'aiguille, puis remonte l'instrument pour abaisser le cristallin et l'extraire, par le procédé qu'on vient de lire.
Comme il se pourrait , que par l'incision faite à la sclérotique avec le tranchant de la lame , il sortît une portion d'humeur vitrée avec l'humeur aqueuse , la grosseur de la tige qui porte la lame r
empêchera cet effet , en remplissant presque totalement l'ouverture.
L'opération étant terminée , on ferme l'œil , et on y applique une compresse de toile souple, trempée dans l'eau commune , tandis qu'on recouvre l'autre œil d'une compresse sèche; Tune et l'autre sont maintenues par une petite bande qui ne porte que sur le front. Le malade , placé dans son lit, et dans une chambre obscure, pourra s'y tenir dans la position qui lui plaira , sans être obligé d'avoir la tête soulevée et immobile. Ordinairement , il n'est pas nécessaire d'employer d'autre topique, il suffit de renouveler, toutes les 24 heures , la compresse humide , jusqu'au cinquième jour. S'il ne se manifeste point d'inflammation , le malade quittera son lit au bout de huit ou dix jours , espace de temps suffisant pour la cautérisation de la sclérotique.
A cette époque, on couvrira l'œil d'un taffetas noir, et l'on permettra l'introduction d'une faible lumière dans la chambre, dont l'opéré ne sortira qu'au bout d'une vingtaine de jour après l'opération ; alors on substituera un taffetas vert au noir^ et le malade le portera quelque temps encore.
Voici maintenant quelques observations à l'appui du procédé du professeur Giorgi, d'Imola.
Obs. I. Au mois de juin 1817, je fus appelé, dik le docteur Giorgi , chez le noble marquis Guada-
gni, de Monleschi, en Toscane, âgé de 60 ans, d'une complexion robuste , et aveugle depuis cinq ans. Je reconnus que son infirmité tenait à une amaurose de l'œil droit, tandis que le gauche était affecté de cataracte avec immobilité de l'iris , ce qui me laissait craindre, ou complication amaurotique, ou une adhérence morbide considérable de l'iris avec le cristallin : mes présomptions étaient partagées par MM. les docteurs Vignini et Fusioli. Ainsi j'étais peu désireux de tenter cette opération: ce ne fut qu'après avoir été vivement ébranlé par les vives supplications du malade, que je me décidai à y recourir. L'opération fut faite avec facilité , malgré les nombreuses adhérences de l'iris avec le cristallin; elle ne fut suivie d'aucun accident; mais, ainsi que je l'avais prévu, le malade n'y vit point.
Obs. II. Je fus consulté au mois de juillet 1819, par un capucin, âgé de 50 ans, d'une bonne constitution et affecté de cécité produite par l'opacité du cristallin, qui datait de deux ans. L'œil était en bon état et le malade distinguait facilement le jour de la nuit. La cataracte de l'œil droit se trouvant plus avancée que l'autre, je commençai par celleci, l'opération fut parfaitement heureuse.
Un an après , l'œil gauche étant complètement cataracte, il fut opéré à son tour; mais le cristallin se trouvant très mou , il se brisait chaque fois que la pince cherchait à le saisir : je me décidai
donc à le projeter dans la chambre antérieure, pour le livrer a l'action de l'humeur aqueuse dans laquelle il fut promptement détruit.
Je pourrais ici grossir le nombre des faits relatifs au procédé du professeur Giorgi, mais je renvoie pour cela au petit opuscule qu'il a publié à ce sujet. Ainsi qu'il l'avait prévu, son procédé peut servir indistinctement pour l'abaissement et pour l'extraction. Il offre les accidens réunis de la scléroticonyxis et de la kératomie-réclinaison. Ils doivent donc être combattus par le même traitement.
Les avantages de ce procédé ne sont point supérieurs aux autres méthodes , mais je crois que dans les cataractes capsulaires secondaires, il peut être avantageux pour extraire la capsule devenue opaque.