‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracteChapitre 36 sur 59 · MÉTHODE DE GIORGI · texte numérisé non relu

MÉTHODE DE GIORGI

Ainsi que nous l'avons dit plus haut, rien n'est perdu pour un homme de génie, et un accident sur les causes duquel on a médité , donne souvent naissance à une méthode ou à un procédé destiné à rendre de grands services.

(1) La Clinique , tome I, n° 73.

Le professeur Giorgi , d'Imola , pratiquant une opération à Ficule , territoire de la légation de Pérouse , sur un individu cataracte depuis longtemps , s'aperçut qu'il avait traversé le cristallin de part en part , dans son diamètre transversal , avec son aiguille , et que tous ses efforts n'étaient point capables de la débarrasser ; ensorte qu'il ne pouvait exécuter la dépression. Enhardi sans doute par l'exemple de Béer et Earl , il tenta d'extraire le cristallin par la sclérotique ; saisissant alors un kératotôme de Wenzel, il confia l'aiguille à un aide , après l'avoir retirée jusqu'-au point où elle était accrochée au cristallin ; puis , faisant à la sclérotique une incision transversale , il tira légèrement sur l'aiguille et amena le cristallin sans accidens. Il s'échappa par la plaie une grande quantité d'humeur aqueuse , quelque peu d'humeur vitrée , mais rien n'entrava la guérison , et le malade recouvra parfaitement la vue.

En réfléchissant à ce qu'il venait de faire , le professeur Giorgi pensa que , dans un grand nombre de cas , ce procédé serait applicable , surtout si on trouvait les moyens de le simplifier au point de n'avoir besoin que d'un seul instrument. Après avoir mûri cette idée, il fit construire un instrument dont voici la description : « Je fis faire, dit-il, une aiguille droite, à deux lames, coupant des deux côtés, unies de manière à représenter une seule lame; l'une d'elles, immobile et plate, l'autre, mobile et convexe h l'extérieur-, toutes les deux

dentelées à la face interne , comme une lime , et portées sur une tige métallique passablement grosse ; la lame immobile porte à sa partie inférieure une ouverture , ou fente , dans laquelle se loge le pied de la lame mobile , qui est plus courte que la lame immobile , de manière qu'elles restent dans un contact parfait.

« Pour séparer ces deux lames , lorsque l'instrument a pénétré dans la chambre postérieure , un petit ressort courbe , sur lequel pose un ressort droit fixé au manche, que l'index presse, pousse insensiblement le pied de la lame mobile , laquelle fait alors saillie en sens inverse ; un contre-ressort courbe, placé de l'autre côté de l'instrument , maintient le pied de la lame mobile, de manière à ce qu'elle ne puisse pas s'écarter au delà de ce qu'on désire, et régler ainsi l'ouverture formée par Pécartement des deux lames; il suffit de cesser de presser avec l'index le ressort droit, pour que la lame mobile reprenne sa première position et s'applique exactement sur la lame immobile , comme l'indique la planche gravée , avec le détail nécessaire.

« Ainsi construite , mon aiguille droite me servit d'abord à faire quelques essais sur les yeux des cadavres et des animaux, en y produisant une cataracte artificielle, comme le prescrit Troja ; je l'employai ensuite sur le vivant, avec un succès que prouvent les observations suivantes , où sur dix

cataractes et deux pupilles artificielles, la vue a été rendue à neuf individus (1). »

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