CHAPITRE XI
DE L'iRITIS CHRONIQUE.
L'inflammation de l'iris ne débute pas toujours d'une manière aussi aiguë que nous venons de le dire précédemment, elle reste quelquefois plusieurs jours avant de se développer; elle commence par de légères douleurs que le malade ressent dans la région orbi taire, accompagnées d'élancemens passagers dans le globe de l'œil. A ces symptômes se joignent un larmoiement très opiniâtre. Dans le commencement de cette affection, l'on croit, de pré-
Ci) Commentatio ophtalmica de iritide chronica ex heratonyxide suborta. Vrastilaviœ. 1820, in- 4 , et Journal de Langenbeck , 3e fascicule.
férence, qu'il va se développer unenévraîgie ; peu à peu la conjonctive rougit, les vaisseaux sanguins de l'iris s'injectent, sa contractilité diminue et sa coloration s'obscurcit quand l'œil est bleu ou gris, et prend un reflet légèrement jaunâtre quand les yeux sont noirs ou bruns foncés. Alors le malade ouvre difficilement les yeux à cause de la contraction spasmodique des paupières, et lorsque le chirurgien veut vaincre ce spasme pour examiner l'œil , celuici se porte en haut et il devient fort difficile de s'assurer de son état. Ces phénomènes sont en tout semblables à ceux que l'on remarque chez les enfans atteints de choroïdite scrofuleuse. Peu à peu la pupille se contracte au point d'être à peine appréciable à l'œil nu ; la phobtophobie se développe graduellement, et avec elle surviennent les douleurs dans l'intérieur du globe. Guillaume Bénédicte) avait observé que l'iritis chronique se déclarait surtout chez les individus qui avaient été affectés de cataracte molle, mixte et dure élastique: parce que ces cataractes demandent, en général , de plus grands efforts pour être abaissées en entier, et que les fragmens, que l'on pousse dans la chambre antérieure, pour en favoriser l'absorption, fatiguent la face antérieure de l'iris , tandis que ceux qui nagent dans la chambre postérieure produisent des effets semblables sur i'uvée. Quoique les
(1) W. Benedict. Monographia cataractœ. Vratislavia?, 1814, page 166.
accidens suscités par l'iritis chronique soienl moins dangereux pour le succès de l'opération que ceux qui sont occasionés par l'iritis phlégmoneuse, je suis loin cependant de partager l'opinion de quelques ophtalmologues allemands qui prétendent, je ne sais pourquoi, que l'iritis se guérit d'autant plus facilement qu'elle se développe plus tard (1). Il suffit de réfléchir un instant et de comparer les faits que l'on a observés pour juger combien cette opération est paradoxale. En effet, combien d'iritis chroniques ne sont-elles pas suivies d'hypopion , d'exsudations plastiques, de suppuration et d'occlusion complète de la pupille ? accidens tous plus ou moins graves et qui compromettent la vue. L'œil s'atrophie aussi quelquefois , et ses humeurs antérieures ne reprennent jamais leur transparence. Il est donc important de s'occuper sérieusement de l'iritis chronique, il faut dès son début, recourir aux évacutions sanguines générales et locales selon l'intensité de la maladie, aux frictions d'extrait de belladone, aux fomentations froides de lauriercerise, puis lorsque la turgescence inflammatoire est évanouie, on retirera de très bons effets de l'application des ventouses sèches à la nuque, des vésicaloires et souvent des moxa et des cautères placés derrière les apophyses mastoïdes ; mais , dans les cas assez nombreux, où il est nécessaire
(1) Molinari. Disse rtatio inauguralls de scleronyxidis sequelis earum que cura. Ticini Regii , 1823, ex T. Bizzoni.
de déterminer une irritation prompte et durable et en même temps graduée dans le voisinage du crâne, les épispastiques ne secondent pas toujours les intentions du praticien ; ils agissent tardivement et avec trop peu d'énergie. Les escharroliques au contraire produisent quelquefois une réaction trop vive: c'est pour cela que le docteur Guillé ( 1 ) recommande de les remplacer par l'application sur le cuir chevelu rasé, d'un emplâtre antimonialcomposé de :
B. Tort. ant. pot. . 3 j.
Empl. citr. (2). . 3 iij.
Fiat. S : A.
Cet emplâtre, qui produit de très bons effets, doit être renouvelé tous les jours jusqu'à ce qu'il apparaisse sur la peau des vésicules noires , que l'on panse ensuite comme un vesicaloire ordinaire.
J'emploie aussi quelquefois avec beaucoup de succès des frictions de pommade slibiée simple ou avec l'alcoolat d'acide Formique et la pommade de Lausanne placée derrière les oreilles.
Pour seconder ce traitement on prescrit intérieurement de légères doses de calomel uni au jalap
(1) Guiilic. Bibliothèque ophtalmologique , page 197.
(2) Emplast citrinum pharmacopeœ Vindebonensts.
R. Therebentinae Venaeta;'
sebi ovis
Resinae \ aa equalem partem.
Cerae fla.vae I
mis f. s. a. E ;
dont on élève la dose jusqu'à l'effet drastique toutes les fois que l'état général des intestins ne s'oppose pas a cette médication. Dans l'iritis chronique on retire aussi les plus grands effets des frictions mercurielles et des préparations d'or. Puis à la fin de la maladie , on peut prescrire des douches en arrosoir, composées avec de l'eau simple, froide, que l'on coupe avec des doses graduées d'eau minérale de Barèges ou de Marienhad : finalement, quand il ne reste plus que de légères traces d'inflammation, on les combat par l'application de vésicatoires au bras , et par l'usage intérieur de la pulsatille noire. Mon père , feu le professeur Carron , recommandait dans ces cas , d'irriter la muqueuse nasale par l'usage de la poudre céphalique et sternutatoire de Saint-Ange.
On peut quelquefois retirer de bons effets en exposant les yeux à la vapeur du baume de Fioraventi dont on provoque l'évaporation en frottant, la paume des mains imbibée de cette substance.
Charles Graefe , pour rendre cette médication plus profitable, a fait construire un petit appareil dont il a donné la description et le dessin dans son Répertoire sur la matière médicale oculaire, page 236(1).
Pendant tout le traitement, il faut exposer le malade à une lumière modérée , et tâcher dé le
(l) Ritter, Cari Graefe, Répertoriant augenârztlicfier .<>/■'formeln. Berlin 1817.
maintenir dans une température uniforme, car rien n'est plus contraire au traitement de l'iritis que les brusques variations atmosphériques.