CHAPITRE XII
DE l'ÉRETHISME OCULAIRE.
Quoique cette affection ne soit pas très fréquente , il arrive quelquefois qu'après les opérations de cataracte, n'importe le procédé mis en usage , il se manifeste dans l'œil opéré un surcroît dévie, une exaltation de la sensibilité, telle que le malade ne peut nullement supporter la lumière, et se trouve réduit à l'état d'héliophobie la plus fatigante. Non seulement les corps éclairés lui causent des sensations pénibles , mais encore ceux qui sont dans l'obscurité lui paraissent éclairés par une lumière anormale, au pointdepouvoir lire dans l'obscurité. J'ai vu un homme qui avait acquis une puissance visuelle si prononcée, que dans la plus profonde obscurité il lisait facilement , tandis que j'avais, moi, la plus grande peine à découvrir le lit où il était couché. Cet état ne fut que passager , tandis que l'individu dont (1) Béer raconte l'histoire , put lire et écrire plusieurs mois pendant la nuit sans lumière, et ne parvint à supporter celle-ci qu'en accoutumant graduellement ses yeux à son action,
(1} Béer, Dus auge ï'ienn , l8i3, page 13 et 14.
et en portant des verres de lunettes très colorés. Il faut combattre cet état lorsqu'il est compliqué de pléthore , par les saignées de pied , les sangsues au siège , et surtout par l'usage intérieur de la jusquiame et celui extérieur de la pommade dont nous avons donné la formule à l'article Iritis page 92. Peu à peu l'on accoutumera le malade à l'action de la lumière jusqu'à ce qu'il puisse sortir , en conservant toutefois, pour quelque temps encore, des lunettes colorées.
Il ne nous reste plus à parler maintenant , en fait de symptômes morbides compliquant en général les opérations de cataracte, que du dérangement des fonctions de l'estomac, que quelques personnes attibuent à des sabures gastriques , tandis que d'autres n'y voient qu'une irritation sympathique du gaster. On ne peut révoquer en doute l'étroite sympathie qui unit les fonctions digestives à celles de l'organe de la vision ; elle se révèle chaque jour par l'influence qu'exercent sur l'œil des substances introduites dans l'estomac. M. Lœbstein (1) a décrit avec beaucoup de soin ces sympathies dans son ouvrage sur la sémeiologie de l'œil, et Assalini (2), Larrey (3), Herbeer, et après eux Clot-Bey (4)
(1) Lœbstein-Lebel. Traité de la sémeiologie de l'œil. Strasbourg, 1818 , 676 et suiv.
(2) Assalini. Manuale dichirurgia militare , page 111.
(3) Larrey. Histoire chirurgicale de V armée d'Orient rag£
(k) Annales de la médecine physiologique. 1833.
avaient observé que l'ophtalmie d'Egypte se liait presque toujours à une maladie ou à un dérangement antérieur du tube intestinal.
C'était donc pour combattre les effets de l'intime relation de l'estomac avec les yeux que la plupart des ophtalmologues faisaient précéder l'opération de la cataracte d'un traitement préparatoire dont la diète et le régime constituaient la base, et qui, par conséquent, devait avoir une grande action sur ce viscère; l'expérience a prouvé cependant que, malgré ces précautions, il se manifestait souvent des phénomènes gastriques, et que ceux-ci cédaient bien plutôt à l'usage de tartre stibié en lavage, ainsi que l'enseignait l'illustre Scarpa , qu'à l'emploi des évacuations sanguines locales. Cependant, il est des cas où la maladie se propage au cerveau , et peut produire des accidens tellement graves, qu'ils entraînent quelquefois la mort, et qu'il importe de surveiller de près. Nous entrerons dans de plus amples détails à ce sujet, en parlant du traitement consécutif de l'opération.