‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracte selon les divers procédésChapitre 16 sur 60 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

DU TRAITEMENT CONSECUTIF.

Quoique nous ne soyons plus au temps où Àmbroise Paré disait : « Je le pansay, Dieu te guérira » il est encore malheureusement des chirurgiens qui abandonnent presque aux seuls efforts de la nature

le soin du traitement des accidens primitifs qui suivent l'opération de la cataracte. Tout chirurgien sensé sera convaincu de l'absurdité d'une pareille conduite, puisqu'il est bien reconnu que l'habileté et le bonheur avec lesquels une opération a été exécutée, sont loin de toujours préserver le malade de la gravité des accidens consécutifs : et comme il n'est donné à personne de pouvoir calculer jusqu'à quel point ceux-ci peuvent s'aggraver, il en résulte que c'est une imprudence impardonnable de ne pas s'empresser de les combattre en temps utile , au moment où l'on a un espoir fondé de résolution. C'était dans l'intention d'obvier au développement des symptômes primitifs que le baron de Wenzel et Benjamin Bell faisaient pratiquer, une heureaprès l'opération, une forte saignée au bras : le chirurgien anglais recommandait même d'ouvrir la jugulaire ou l'artère temporale si la première saignée ne faisait pas disparaître les accidens primitifs. Ces deux opérateurs avaient même observé que l'évacuation sanguine , pratiquée peu de temps après l'opération, faisait avorter toute réaction inflammatoire. 31. Lisfranc ainsi que moi , suivons les mêmes principes, et l'on peut se convaincre en fréquentant l'hôpital où il est attaché, des avantages de cette pratique. Ce que nous venons de dire des propriétés préservatives de la saignée après l'opération, pourrait-il s'appliquer à l'emploi d'un vésicatoire à la nuque , posé une heure ou deux avant l'opération , ainsi que le fait

M. Roux ? Si l'on calcule la nature des effets produits dans un grand nombre de circonstances par l'application d'un vésicatoire, chez les personnes irritables surtout, on sera en droit de répondre par la négative. Quel est le praticien qui n'a pas vu survenir à la suite de l'application d'un escharrotique, un mouvement réactionnaire qui passe souvent à l'état fébrile? Ce phénomène sera bien plus évident lorsque viendront se joindre à son action l'excitation et la douleur, suites inséparables de l'opération la plus heureuse et la mieux exécutée. Les raisons que je viens d'alléguer acquerront une plus grande valeur lorsque l'on saura que la plupart des ophtalmologistes allemands rejettent, dans les affections aiguës de l'œil l'emploi des vésicatoires et des sétons , comme capables de donner lieu à une réaction dont on ne peut pas calculer la force et qu'il est souvent difficile d'arrêter. En outre, la douleur locale est un empêchement à ce que le malade puisse facilement se tenir couché sur le dos , position indispensable pendant les premiers jours qui suivent l'opération de la cataracte. Je crois donc que l'action du vésicatoire est nuisible, qu'il doit être exclu entièrement comme moyen préservatif, tandis qu'au contraire il peut servir à combattre les accidens qui ont déjà résisté aux saignées générales et locales. Quand on se rappelle tout ce qui a été dit concernant les divers phénomènes morbides qui entravent le succès de l'opération, on se convaincra qu'il ne faut pas se

fier à la légèreté, à l'absence même des douleurs; car cet état de choses peut persister pendant vingtquatre ou trente-six heures, puis changer de face tout à coup, et compromettre les résultats de l'opération. J'ai toujours observé que, quand les douleurs sont très violentes, l'œil est plus en danger que lorsqu'elles le sont moins. Les chirurgiens les plus heureux ne sont pas, selon moi, ceux qui opèrent le mieux, mais bien ceux qui soignent leurs malades avec le plus d'attention, et qui, par des médications énergiques, arrêtent les symptômes dès leur début. Il est bien reconnu aujourd'hui que , dans les insuccès de l'opération de la cataracte, les phénomènes inflammatoires généraux sont le plus à craindre, et que la plupart des yeux sont détruits par la suppuration. Quoique cette terminaison soit plus fréquente dans l'opération par extraction que dans les autres, on observe cependant la fonte de l'œil à la suite de l'abaissement ou de la kératonyxis. Il se déclare d'abord une inflammation très vive de la conjonctive oculaire et palpébrale : celte membrane se boursoufle considérablement, et forme des villosités qui , en se rassemblant , occasionent un gros bourrelet muqueux qui renverse en dehors la paupière supérieure comme dans les cas de blépharophtalmie. Cette saillie, qui arrive quelquefois à la grosseur d'une noix, se complique bien souvent d'un état œdémateux ou érysipélateux de la paupière. Cette muqueuse , ainsi hypérémiée, sécrète d'abord un

fluide purulent, puis ensuite un pus véritable. Quand on a pratiqué l'abaissement, quelque grave que soit cet accident, on peut cependant espérer d'en arrêter la marche : mais lorsque l'extraction a été mise en usage, cette sécrétion morbide ayant lieu avant la réunion du lambeau de la cornée, la suppuration s'introduit dans l'œil , l'enflamme et presque toujours en amène la dissolution. Aussitôt que l'on apercevra des symptômes de congestion oculaire, il faudra se hâter de recourir aux saignées générales au bras ou au pied, puis à l'application des ventouses scarifiées aux tempes et derrière les apophyses mastoïdes, l'expérience m'ayant convaincu de la supériorité de ce moyen sur les sangsues qui, ainsi que l'a prouvé M. Larrey dans le traitement de l'ophtalmie égyptienne , congestionnentl'œil au lieu de ledébarrasser. Malheureusement ce traitement ne suffit pas toujours pour empêcher la formation du bourrelet ; je crois que , dans ce cas , il faut se hâter de faire une saignée locale , en emportant avec les ciseaux de grands lambeaux de membrane muqueuse pour détruire l'étranglement local, ainsi que le pratiquent les chirurgiens anglais pour l'ophtalmie égyptienne. Lorsque l'on a arrêté les symptômes inflammatoires, il est avantageux de recourir aux collyres astringens ; mais ce moyen n'est profitable, que lorsque l'on a pratiqué l'abaissement ou la kératonyxis. Si, malgré ce traitement, l'œil est envahi par Ja suppuration , il est toujours perdu irrévocable-

ment, et il ne reste plus qu'à évacuer la collection purulente à l'aide d'une incision convenable. Cette maladie ne doit pas être confondue avec le chémosis traumatique accidentel, produit par la lésion des vaisseaux de la conjonctive , et qui ne tarde pas à se résoudre de lui-même. L'expérience m'a appris que l'on combattait plus facilement et avec plus d'avantage, les accidens qui surviennent à la suite de l'abaissement, que ceux qui compliquent l'extraction. J'ai vu des yeux revenir, comme on dit vulgairement , de bien bas , tandis que le contraire arrive dans l'extraction. Au reste, dans tous les cas, le traitement que nous venons d'exposer doit être secondé par un régime et des indications appropriés.

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