‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracte selon les divers procédésChapitre 32 sur 60 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de l'hypopion consécutif a l'extraction.

Lorsque l'opération de la cataracte a été laborieuse, dans le second temps surtout, il se manifeste souvent des phénomènes inflammatoires de l'iris, ou de la capsule de l'humeur aqueuse, à la suite desquels il se forme dans la chambre antérieure, une exsudation tantôt lymphatique, tantôt purulente : cette accumulation d'un produit inflammatoire sécrété, est toujours une complication fâcheuse, et qui mérite d'être traitée avec soin. Dans d'autres circonstances la collection est produite par la suppuration des bords de la plaie; alors l'aspect floconneux du liquide épanché indique assez sa nature. Dans tous les cas, cette sécréction anormale est toujours accompagnée de phénomènes i»flammatoires assez intenses, qu'il faut prendre en considération. Dans l'état aigu , il faut recourir aux saignées générales et aux révulsifs aux pieds, puis aux ventouses scarifiées a la nuque et aux tempes : quand l'inflammation est un peu ralentie, on administre, alors avec avantage, les frictions mercurielles sur le front, sur le pourtour de l'orbite : si le canal intestinal est en bon état , on peut recourir au calomel en doses réfractées : l'expérience des chirurgiens allemands et anglais, a prouvé que cette médication avait de très grands effets pour activer la résorption du liquide épanché :

Dans ce cas , ils avaient coutume de pousser les mercuriaux jusqu'à la salivation.

J'ai été à même de vérifier les avantages que l'on retire de ce traitement ; mais je ne conçois point la théorie sur laquelle nos confrères d'outre-mer et d'outre-Rhin ? basent l'action des mercuriaux dans cette occurence : je veux dire leur action sur la plasticité du sang.

Il est des cas où la collection purulente est si abondante qu'il faut chercher à l'évacuer avant qu'elle se soit elle-même fait jour, à travers la cicatrice qu'elle rompt et déforme alors , au point que la perte de la vision en est presque toujours la suite. Cette petite opération se fait en soulevant une partie du lambeau semi-adhérent de la cornée avec une petite spatule en or : le pus sort alors facilement , le malade est soulagé , et quelque temps après on peut injecter dans la chambre antérieure quelques gouttes d'eau distillée, tiède.

Mais lorsque l'hypopion purulent se forme après la cicatrisation complète de la cornée, il faut alors recourir a une légère ponction pour évacuer la collection purulente; cette petite opération, doit se pratiquer alors avec précaution au côté externe de l'ancienne incision, avec le couteau à pupille artificielle de Jœger. C'est le seul moyen de sauver l'œil des accidens de la suppuration. Je ne puis passer sous silence le fait suivant :

Obs. M. Warms, Américain , me fut adressé ai* commencement de 1832, par un parent de la

jeune espagnole qui faille sujet de l'observation citée à la p. 71. Ce monsieur portait deux cataractes aride-siliqueuses, produites par une violente ophtalmie blennorrhagique. Je l'opérai quelques semaines après son arrivée, en présence de MM. Schmith, Bennati et Branzeau : l'opération pratiquée aux deuxyeuxàlafois, par la volonté expressedu malade, fut heureuse; la cataracte gauche fut cependant un peu difficile à extraire à cause d'une bride restante que je détruisis avec mon kyotôme. Douze jours après le malade ayant commis quelques imprudences, il se manifesta une inflammation très violente de l'iris de l'œil droit : le traitement le plus énergique fut mis en pratique pour arrêter la violence des symptômes : j'atteignis en partie à ce but, mais il y eut dans la chambre antérieure une exsudation purulente qui m'occasionait des craintes sérieuses. La ponction fut résolue pour sauver l'œil : je la pratiquai comme je l'ai indiqué plus haut, avec un plein succès, en la faisant suivre d'une ou de deux injections : le malade guérit parfaitement, et partit, sans nous remercier, le docteur Bennati et moi !!!

Dans quelques cas, si l'exsudation s'est formée lentement, si elle est de nature lymphatique et si elle ne s'accompagne pas de symptômes inflammatoires et douloureux, on peut alors attendre que l'absorption se fasse : il est souvent nécessaire de la faciliter en mettant le malade à l'usage des boissons diurétiques. J'ai vu obtenir de très bons effets de

l'emploi de la teinture de digitale pourprée, administrée en lavemens, concurremment avec l'eau distillée de laurier-cerise. Si l'on a affaire à un individu atteint de maladie rhumatismale, on remplacera la digitale par la teinture de colchique. On verra les effets de cette substance dans l'excellent mémoire couronné par l'Athénée de médecine de Paris (1).

En même tempsl'onadministresur l'œil, au moyen de l'ingénieuse mécanique d'Hymly (2) ou avec celle plus utile et plus simple de M. Charrière (3), des douches tièdes d'eau simple , puis coupée avec un peu d'eau minérale de Pyrmont : peu à peu , l'on augmente la dose de celle-ci, jusqu'à ce que l'œil puisse la supporter pure. On seconde ce traitement par l'application de vésicatoires aux tempes, derrière les oreilles : c'est ici le cas de tenter la pommade de Gondret et son collyre ammoniacal.

La ponction n'estautorisée dans cette espèce d'hypopion, que lorsque tous les autres moyens ont échoué.

(1) Considérations sur l'action thérapeutique du colchique automnal, par le docteur Kuhn , de Strasbourg ; Revue médicale , 1830.

(2) Hymly, Introduction h V étude de V ophtalmologie , ouvrage qui ne se vend pas. Gœttingue, 1830.

(3) Notice sur les instrumens présentés à l'Institut , par M. Charrière.

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