ACCIDENS PROPRES A LA KERATONYXIS
La kératonyxis a été mise en pratique il y a bien long-temps, et la citation suivante sera plus que suffisante pour réduire à leur juste valeur les prétentions de ceux qui en réclament l'invention : Mulier angla oculista vidente Mylor Rich , filio comitis IVarwich jam aperuit corneam supra pupillam et humorum aqueum exhausit, sive efflaere sivit , qui turbidus el obscurior factus visionem imminuerat , ita, ut œger quasi per vélum se omnia confuse cerner e crederet (1).
Mais il s'est écoulé un grand nombre d'années
(1) Mayerne Turque t loco cit. Hecher,s annalen. 1). Ges, Band. III , IX. st.
avant que l'opération que nous venons d'indiquer, ait pris rang dans la science comme méthode d'opérer la cataracte. Accueillie avec engouement ; elle a eu le sort de la plupart des découvertes humaines , c'est d'avoir eu de nombreux détracteurs, après avoir été extraordinairement vantée. Ce n'est qu'aux efforts deBuchorn, Saunders, Farre, Langenbeck et Dupuytren, qu'elle a pu résister aux attaques violentes dirigées contre elle. De cette bouillante controverse , il résulte que les principales causes qui font échouer la kératonyxis , sont :
1° L'inflammation de la cornée et son ulcération, et l'évacuation de l'humeur aqueuse;
2° L'inflammation et l'obscurcissement de la tunique de l'humeur aqueuse , et l'exsudation lymphatique anormale ;
3° L'iritis aigu et chronique ;
4° La réascension du cristallin ;
5° Enfin le staphylôme partiel de la cornée et l'albugo.
Quel que soit le point de la cornée attaqué par l'aiguille dans la kératonyxis , il est bien reconnu aujourd'hui qu'il peut survenir, à la suite de la ponc-
tion de cette membrane , une inflammation qui peut quelquefois occasioner des accidens graves , ou des désordres sur la cornée. Personne ne les révoque en doute ; mais de bonne-foi on les a exagérés. Quoi , une simple ponction, pratiquée avec un instrument bien coupant , pourrait occasioner plus d'accidens qu'une section de la cornée qui comprendrait les 9/1 6e de sa circonférence!! Cependant nous voyons tous les jours des lésions traumatiques de la cornée accidentellement produites , souvent avec perte de substances, et l'œil n'être point perdu. Dans le siècle où nous vivons , les attaques et les louanges sont facilement réduites à leur juste valeur. Les hommes de bonnefoi sont les premiers à revenir de leurs opinions exagérées. Ainsi, Langenbeck, après avoir vanté outre mesure la kératonyxis, a professé dans la suite des idées plus en harmonie avec les faits observés. Je suis loin de me déclarer le partisan de cette méthode , mais je crois qu'elle a fourni de trop beaux résultats pour n'être pas étudiée avec soin. En effet, Smaltz(l), Saunders (2), Jœger(3j, Langenbeck et Dupuytren (4), ont été excessivement heureux dans l'emploi de la kératonyxis.
(1) Velpeau, Médecine opératoire , page 716.
(2) Saunders, Atreatise in s ome principal points relatingto the diaseases ofthe eye.
(3) Disertatio de heratonyxidis usu. Vienne, 1802.
(4) Bibliothèque ophtalmologique de Guillié , premier, fasc.
Comme méthode générale, l'opération de la kératonyxis , est limitée à la destruction de la cataracte congéniale , et ses plus chauds partisans , Jœger et Langenbeck ne la mettent en usage que dans des cas d'exception. Lorsque l'engouement qu'elle avait excité a eu subi le contrôle du temps, on n'a pas tardé à se convaincre qu'elle ne pouvait pas être applicable à tous les cas , et que même elle ne remplaçait pas l'abaissement proprement dit.