‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracte selon les divers procédésChapitre 40 sur 60 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Les plaies de la cornée sont, en général, peu dangeureuses, cependant Langenbeck, et avant lui Schindeler, avait observé qu'après l'opération de la kératonyxis , cette partie s'enflammait , devenait trouble , et souvent conservait pour toujours une teinte grisâtre qui rendait l'opération presque infructueuse. Après avoir vu faire plusieurs opérations de kératonyxis, Schindeler demeura convaincu que la fréquence de cette inflammation était due aux causes suivantes, qui rendaient la blessure de la cornée bien plus grave que dans un cas fortuit.

Ainsi 1° quand la cornée a été traversée, l'humeur aqueuse s'échappe toujours, la chambre antérieure se trouve alors diminuée, et l'iris est refoulé par le cristallin contre la cornée, où sa présence n'est pas sans danger pour l'opérateur quand il retire l'aiguille, ce qui nécessite souvent une manœuvre qui n'est pas sans inconvénient pour l'iris et la cornée.

2° Quand l'opérateur divise le cristallin et cherche à faire passer les morceaux dans la chambre antérieure, la plaie de la cornée est tiraillée en tous sens, et en rammenant les fragmens à travers la pupilie on les fait heurter avec force la tunique de l'humeur aqueuse.

3° Si au contraire on pratique le renversement, la solution de continuité de la cornée sert inévitablement d'hypomoclion à l'aiguille , et les efforts toujours répétés que Ton est obligé de faire pour abattre le cristallin n'en tourmentent que plus le point d'appui de l'aiguille. Je suis convaincu que dans le plus grand nombre des cas l'inflammation de la cornée n'est que sympathique de celle de l'iris et celle de la tunique de l'humeur aqueuse. En effet, quand on a étudié avec soin la marche des symptômes, si surtout l'on a vu la maladie à son début, on restera convaincu que l'obscurcissement de la cornée a surtout son siège dans sa partie concave. Et en comparant ces phénomènes à

ceux décrits par Wardrop , pour l'inflammation spéciale de la tunique de l'humeur aqueuse, on restera convaincu de ce que je dis, ce que nous examinerons ci-après.

Quant à l'évacuation de l'humeur aqueuse, Saunders y avait remédié par l'usage d'une aiguille épaisse, cylindrique, qui avait la facilité d'obturer en entier la plaie de la cornée, et de s'opposer à la sortie de l'humeur.

Ce n'est pas tout: rien n'est plus fréquent que de voir la cataracte fixée a la pointe de l'aiguille, suivre obstinément tous les mouvemens, et n'en pouvoir être détachée qu'au moment où l'on retire l'instrument. Cet accident est surtout fort commun lorsque l'on se sert d'une aiguille à pointe recourbée. Il résulte de ce contre-temps que la cataracte peut êlre ramenée dans la chambre antérieure, y être maintenue par un iridio-spasme et y déterminer les accidens que nous avons décrits pour la scléroticonyxis. Si elle reste à cheval sur l'iris, elle y produira des phénomènes morbides graves : enfin, son arrêt dans la chambre postérieure fera perdre en partie les bénéfices de l'opération. Alors une seconde opération deviendra indispensable.

Dans quelques cas, la plaie faite par l'aiguille, s'enflamme, suppure et on voit tout à coup surgir une petite hernie de l'iris, connue sous le nom de myocéphalon, qu'il est important de suivre

de près , sans quoi ia vue serait compromise d'une manière plus ou moins grave : on en peut juger par le fait suivant.

Un jeune homme, âgé de 17 ans, portait à l'œil gauche une cataracte accidentelle, et dont il était bien aise d'être débarrassé, en courrant le moins de chances possible. On pensa que la kératonyxis pourrait remplir ce but, d'autant plus facilement que les signes rationnels et physiques fesaient espérer que la cataracte était molle. L'opération fut pratiquée par mon ami le docteur Mortier, chirurgien-major désigné de l'Hôtel-Dieu de Lyon, et qu'une mort prématurée a enlevé à la science. Présent à l'opération, il me fut facile de voir que toutes les prévisions avaient été mises en défaut; car la cataracte, non seulement était dure, mais encore accompagnée d'une opacité de la partie postérieure de la cristalloïde. Il fut donc indispensable de multiplier les manœuvres, de doubler les efforts pour déprimer la lentille que l'on n'avait pu rompre, et pour broyer la capsule qui aurait été un nouvel obstacle à la vision. Quoique le malade eut souffert fort peu pendant l'opération, il se manifesta une violente inflammation de l'œil, accompagnée de douleurs lancinantes et de battemens très vifs dans le globe de l'œil : des saignées générales, abondantes, des ventouses scarifiées, appliquées aux tempes et a la nuque, ne furent point suffisantes pour empêcher l'obscurcissement com-

plet de la cornée , une suppuration des bords de la plaie, la sortie de l'humeur aqueuse et une petite hernie de l'iris. Je conseillai alors à mon ami Mortier , d'exciser Firis et de pratiquer une cautérisation sur la solution de continuité : on y procéda après avoir mis le malade à l'usage intérieur et extérieur de la belladone. Le myocéphalon fut détruit, mais il resta une cicatrice opaque à la cornée qui rendit l'opération presque infructueuese.

L'inflammation de la tunique de l'humeur aqueuse a été pendant long-temps révoquée en doute ; mais grâce aux recherches de Wardrop, elle est aujourd'hui admise par tous les ophtalmologistes. Cette maladie est toujours d'une nature fort grave , soit parce qu'elle détermine un obscurcissement de la cornée à sa partie interne, soit encore parce qu'elle est presque toujours suivie d'exsudations lymphatiques ou purulentes, de productions membraneuses et d'iritis consécutif.

Trois ou quatre jours après et même moins, après que la cornée a été blessée, il se manifeste dans l'œil un sentiment de plénitude, de tension qui accroît avec une grande rapidité. Cet état est accompagné d'une sensation de poids et de resserrement fort incommode, aux tempes et sur le front. Ces douleurs cessent brusquement, puis reviennent tout à coup, et le malade fait des soubresauts dès leur retour, comme si on lui enfonçait des ai-

quilles dans l'œil ou les pourtours de l'orbite. Dans la plupart des cas, il ne se manifeste aucun signe d'inflammation de la conjonctive ou de la sclérotique ; mais on aperçoit dans Fintérieur de la chambre antérieure de l'œil, un léger obscursissement, accompagné de reflets chatoyans, produit par la transparence extérieure de la cornée. Peu à peu l'humeur aqueuse perd de sa transparence et paraît avoir une teinte opaline. Il devient alors assez difficile de s'assurer de l'état de l'iris , qui paraît comme entouré d'une nuage floconneux. Les douleurs intenses qui accompagnent cet état pathologique revêtent quelquefois une forme périodique assez semblable aux accès des névralgies que nous avons décrites dans la première partie de cet ouvrage. Pour peu qu'elles soient intenses et rebelles, elles provoquent presque toujours des symptômes d'affections gastriques.

Ce n'est en général que lorsque la maladie commence a prendre un peu d'intensité que la phobtophobie prend un caractère prononcé: dans le commencement la réaction inflammatoire se transmet h la glande lacrymale qui sécrète alors une grande quantité de larmes chaudes et acres. Si la maladie persiste, la cornée s'entoure d'un cercle de vaisseaux qui n'arrive qu'à cette époque de la maladie, symptôme caractéristique différenciel de l'inflammation syphilitique dans laquelle le lacis des vaisseaux apparaît en même temps que les si-

gnes généraux et constitutionnels de l'affection spécifique. Cette maladie ne peut durer long-temps sans se propager à l'iris, alors apparaissent tous les symptômes propres à cette affection, telle que la déformation de la pupille, la décoloration de la membrane, les exsudations lymphatiques, symptômes admirablement décrits par Schindier dans sa Dissertation (1).

L'inflammation de l'humeur aqueuse est en général plus à redouter que celle qui affecte simplement l'iris, il est donc fort important de l'attaquer d'une manière très active. C'est ici le cas de recourir aux saignées générales aux pieds et à la jugulaire. Je ne saurais assez recommander de ne pas recourir à la section d'un rameau de l'artère temporale, parce que le bandage en nœud d'emballeur, que l'on est forcé de placer pour arrêter le sang, comprime la tête, entrave la circulation, et augmente presque toujours les douleurs. Après les déplétions générales on passe aux locales, à l'application des ventouses scarifiées à la nuque et aux tempes : puis l'on recourt aux applications froides d'eau distillée de laurier-cerise, lorsque l'œil peut supporter le froid : dans le cas contraire , on emploie l'eau distillée de cette substance, chauffée au bain-marie. Il est des cas où toutes les applications humides sont intolérables, on les remplace alors

(i) Schindier, op. cit.

par des compresses fines , chaudes ; on élève la température de la chambre. Souvent on se trouve très bien de l'application de petits sachets contenant des fleurs d'arnica et des feuilles de jusquiame.

Il faut administrer intérieurement l'eau distillée de laurier-cerise , la teinture de digitale pourprée: si l'estomac est fatigué on donne cette dernière en lavement; enfin, on insiste sur le traitement indiqué pour l'iritis phlegmoneux.

Tous ces moyens sont loin souvent d'arrêter les progrès du mal , et de la rapide augmentation de l'humeur aqueuse qui fait éclater la cornée. Pour remédier à cette funeste terminaison, il faut se hâter de recourir *à l'évacuation de l'humeur aqueuse; en suivant les préceptes que j'ai donnés dans la Gazette médicale (1), pour que cette opération se fasse sans danger , et puisse être renouvelée selon l'occurence, car l'humeur aqueuse se régénère très facilement.

(1) Gazette médicale citée.

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