‹ Recherches pratiques sur les causes qui font échouer l'opération de la cataracte selon les divers procédésChapitre 52 sur 60 · SUR LA CATARACTE CONGEN1ALE · texte numérisé non relu

SUR LA CATARACTE CONGEN1ALE

J'ai été à même de disséquer un grand nombre d'enfans nouveaux-nés et atteints de cataracte congéniale, et je vais donner ici sommairement le narré de quelques faits qui recevront un plus ample développement dans un travail spécial.

Dans l'hiver de 1822 , il succomba , aux Enfans- Trouvés et à la Maternité, un grand nombre d'enfans nouveaux-nés ou dans les premières six semaines de la vie. J'en eus un grand nombre à ma disposition , que je disséquai avec soin , avec le docteur Anthoine , mort depuis à Strasbourg. A plusieurs reprises nous observâmes qu'il y avait un œil cataracte et l'autre non , sans cependant trouver dans l'état de la conjonctive oculaire et palpébrale, rien qui annonçât qu'elle fut plus malade d'un côté que de l'autre. Étonnés de cette différence , nous eûmes recours aux renseignemens , et nous apprîmes que bon nombre de ces enfans avaient succombé à des affections cérébrales qui régnaient alors dans la maison.

Le cristallin sain avait sa consistance ordinaire ,

l'œil était ramolli en consistance de puîjse gélatineuse. Dans tout cela il n'y avait aucune cataracte congéniale , proprement dite , analogue à celles que j'avais observées avec soin à Pavie et aux Enfans-Trouvés de Milan. Enfin, nous reçûmes de la Maternité un enfant né deux jours auparavant , et qui était cataracte. Il nous fut aisé alors de vérifier les observations faites en Italie , et de voir que la cataracte congéniale différait entièrement des autres cristallins ramollis, en ce qu'elle ne consistait qu'en une simple bourse transparente , contenant un liquide latescent , opalin , qui s'épanchait aussitôt que l'enveloppe fut rompue. Une partie de ce liquide, déposée dans une cuvette de verre, placée sous un microscope , laissa voir une, foule de petits globules , analogues à ceux décrits par l'habile micrographe Raspail , et existans dans la fécule de pomme de terre.

Dans la même année , j'opérai une demoiselle atteinte d'une cataracte congéniale ( voir la page 273), et je retrouvai les mêmes caractères que ceux que je viens de décrire. Enfin depuis cette époque , j'ai opéré un bon nombre de cataractes congéniales, ainsi que de celles datant des premiers mois de la vie , et je me suis convaincu que les congéniales ont une physionomie spéciale qui se révèle par une grande mobilité de l'iris , une teinte opaline , un tremblement ou oscillations dans le cristallin non visible a œil nu , enfin par le peu de convexité de l'iris-

Les cataractes des premiers mois de la vie ou des premières années, sont plus foncées , souvent jaunâtres , hydatiformes ; elles s'avancent dans un grand nombre de cas à travers le trou pupillaire et chassent l'iris au devant d'elles.

Ces affections sont presque toujours le résultat d'inflammation grave de l'œil ou de ses annexes. Dans un grand nombre de cas , un des yeux est perdu par la fonte purulente, on l'atrophie.

Ce sont les individus atteints de cette espèce de cataracte , qui , en général , ne perçoivent aucun rayon lumineux et qui n'ont pas de mouvemens rotatoires.

Ceux-ci se trouvent en générai dans des conditions défavorables à l'opération, et il faut alors prévenir leurs parens avant d'y procéder.

Le 15 février 1818, le professeur Scarpa me fit demander chez lui, afin d'examiner M. Lattuada , jeune homme de 25 ans, habitant à Rosalte, dans le Milanais» Dès sa plus tendre enfance , il avait été atteint de strabisme , et ses yeux étaient affectés de mouvemens rotatoires continuels, comme chez les sujets atteints de cataractes congéniales. Quand il fut arrivé à l'âge de 7 à 8 ans environ, on éprouva une grande peine à lui apprendre à lire, parce que ses yeux se remplissaient de larmes et se convulsaient de plus en plus. On opposa en vain à cet état les remèdes caïmans, tel que l'extrait de belladonna; le jeune homme déclarait même que leur usage aggravait sa position

Voici ce que nous observâmes : l'œil droit présentait les phénomènes suivans; la cornée était un peu plus saillante que celle de l'autre œil. Il n'y avait pas la moindre trace d'iris , chose très singulière à voir. La lentille, renfermée dans sa capsule et devenue opaque , surtout dans son centre , était flottante et libre de toute attache avec la zone ciliaire et le corps vitré , et on la voyait se mouvoir dans la cavité de l'œil en diverses directions, tantôt avec beaucoup de vitesse , selon les mouvemens plus ou moins rapides du globe de l'œil, des paupières et de la tête. Lorsque le jeune homme baissait la tête, la lentille, renfermée dans sa bourse , s'avançait presque à contact, et quelquefois tout-àfait à contact avec la cornée. Lorsqu'il inclinait la tête en arrière, on voyait la lentille enveloppée de sa capsule , descendre manifestement au fond de l'œil par un plan incliné d'avant en arrière. Dans la position perpendiculaire de la tête , le cristallin présentait tantôt une face, tantôt une autre. Dans quelques mouvemens il était à peine perceptible ; d'autres fois on le voyait tout entier; un simple mouvement de l'œil ou une contraction des paupières le faisait changer instantanément de place; mais jamais il ne s'arrêtait dans l'axe visuel au point d'intercepter les rayons lumineux. Aussitôt que le jeune homme se couchait sur le dos, on voyait le cristallin se précipiter au fond de l'œil , comme on voit un corps d'une pesanteur spécifique un peu supérieure à celle de l'eau , se précipiter dans ce

liquide par uu mouvement lent et uniforme. Aussitôt que le corps opaque était parvenu au fond de l'œil, M. Lattuada croyait apercevoir un objet jaunâtre pointillé de noir. Jamais la présence de ce corps au fond de l'œil ne parut occasioner la moindre souffrance , lors même qu'il y eût séjourné plusieurs heures, dans le sommeil, par exemple. Quant à l'œil gauche, les altérations n'en étaient pas moins extraordinaires, quoique d'une nature différente. Il existait un petit lambeau dans la région temporale de l'iris. Le cristallin, analogue à celui de l'œil droit, était suspendu par de légers ligamens à la zone ciliaire , à la partie supérieure seulement; de façon qu'à chaque mouvement de l'œil, le cristallin oscillait çà et là, comme le balancier d'une clochette mue en divers sens. Le jeune homme distinguait assez bien tous les objets, mais principalement ceux placés à une petite distance.

Le professeur Scarpa entreprit quelques expériences concernant l'état des facultés visuelles de M. Lattuada. Ainsi, en lui faisant porter des lunettes convexes, n° 5 , et destinées à ceux qui ont subi l'opération de la cataracte, il distinguait les objets les plus exigus ; mais ils lui paraissaient d'un plus grand volume. En plaçant sur son nez des lunettes à embout (1), percées d'un petit trou central, comme celles dont les Esquimaux se servent pour courir sur la neige, il voyait plus distinctement les objets et à une bien plus grande distance. Cette ex-

périence n'était applicable qu'à un seul œil , parce que le corps flottant, suspendu au centre du point visuel de l'œil gauche , empêchait que les rayons lumineux ne vinssent frapper la rétine.

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