ANATOMIE PATHOLOGIQUE
L'importance des altérations pathologiques de l'encéphale a donné lieu à de vives discussions, et l'on est encore loin d'être d'accord aujourd'hui. Cette étude comprend deux principales questions :
1" Observe-t-on des lésions anatomiques dans l'aliénation mentale? Quelles sont-elles?
2° En supposant qu'elles existent, rendent-elles compte des phénomènes variés de la folie ?
Cette seconde question, la critique plutôt que la statistique doit la résoudre, et elle a dû être nédigée par nous.
Constater le nombre des altérations, leur nature leur fréquence , tel a été notre but.
-iiiNous av<)flg( exaiïiiné l'encéplmle de 70 aliénés : peut-être, en comparant ce ohiflreâ celui do la mortalité, sera- t-on tenté de tious faire le reproche d'avoir négligé cette intéressante étude. Pour le prévenir, nous ferons remarquer que beaucoup de malades morts cette année étaient dans la division depuis un temps plus bu moins long et que nous n'avions pas Slir eux dés renseignéniénl's qui pussent donner d\î riiitérêt'à nos ail tbpsies^ét rendre nos résultats incontestables. De plus, des causes indépendantes de notre volonté se sont opposées à l'ouverture d'un assez grand nombre de cadavres.
Quoiqu'il en soit, nous avons apporté tout le soin et toute la bonne foi possibles dans l'appréciation des lésions anatomiques. Dans les cas douteux de coloration et de consistance^ nous avons cherché à nous éclairer par la comparaison de cerveaux d'individus non aliénés.
Nous avons successivement noté l'état des enveiloppes crâniennes, de la dure-mère. L'arachnoïde et la pie-mère ont été enlevées avec soin dans toute l'étendue du cerveau. Nous avons pour leur exploration préféré les doigts à la pince, parce qu'en employant cet instrument on entraîne souvent la substance corticale, et l'on s'expose à trouver des adhérences et le ramollissement là où ils n'existent point. Le grattage avec le dos du scalpel , les sections en différents sens, nous ont permis de constater le degré de consistance du tissu cérébral. Les ventricules ont été ouverts par leur partie supérieure au moyen de tranches successives ; les modifications do leur membrane interne ont
été soigneusement notées. Il en a clé dé môme de la quantité du liquide qu'ils contenaient.
La description des altérations a été faite pendant ou immédiatement après l'autopsie.
Nous n'avons constaté les altérations pathologiques que dans la manie, la défnence et l'épilepsie.
14 fois dans la manie.
53 ' démence.
3 l'épilepsie.
A. Manie.
Les lésions observées chez les 14 maniaques dont nous avons fait l'autopsie sont de plusieurs sortes. Nous avons vu les membranes du cerveau sèches, injectées,, couvertes de taches purulentes, infiltrées de sérosité gélatiniforme, présentant à leur surface quelques lambeaux de fausses membranes. Nous avons trouvé de la sérosité sauguinolente dans là cavité de l'arachnoïde 5 les ventricules remplis de sérosité trouble , leur membrane interne granulée ^ le cerveau plus ou moins altéré, les circonvolutions turgescentes; les substances corticale et médullaire, tantôt injectées, tantôt pâles et décolorées-, enlSn , nous avons rencontré un foyer sanguin, un ramollissement étendu et des traces de la méningite la mieux confirmée.;
Voilà certainement des altérations bien manifestes lies organes encéphaliques-, et cette seule exposition sulïirait, ce nous semble, pour faire voir qu'ils ont trop généralisé les auteurs qui ont amncé qu'on ne trou-
vail jamais de lésions dans la manie. Mais cet aperçu général ne peut faire juger de la valeur de chacune de ces altérations, et il est bon pour les apprécier convenablement d'entrer dans quelques particularités. Examinons d'abord le degré de fréquence.
Injection de la pie-mère, o Taches purulentes, 4 Sécheresse de l'arachnoïde, 2 Sérosité gélatiniforme sous-arachnoïdienne, 2 Circonvolutions turgescentes, 2 Injection de la substance corticale , 2 Injection de la substance médullaire, 2 Ramollissement, 2 ^ Ventricules dilatés par de la sérosité limpide, 1 Granulations de leur membrane in teriie, 1 Sérosité trouble^ 1 Sérosité purulente sous l'arachnoïde du cervelet, 1 Sérosité purulente à la base, 1 . Méningite , 1 Absence de toute lésion, i
Mmiie clirotiique.
Absence de toute lésion, 1 y ; jjPâleur de la substance grise , 1
L'état le plus constant a été l'injection de la pie- ^ïh'èrèi^qui s'est rencontrée dans presque la moitié des <^s.' Deux fois les membranes ont été trouvées desèéehées, deux fois il existait une inHltration gélatiniforme, deux fois des taches purulentes. En somme,
les lésions oui été plus communes dans les membranes que dans la substance cérébrale, qui n'a été profondément altérée que dans deux cas.
Nous avons vu deux autres cas où le cerveau et les membranes n'ont oifert aucune modification appréciable dans leur coloration, leur texture et leur consistance, quelque soin que nous ayons mis à les rechercher. Parmi les altérations que nous avons rencontrées, aucune ne s'est présentée constamment, puisque la plus fréquente n'a point été vue dans la moitié des cas. Aucune n'est donc nécessairement liée au trouble cérébral de la manie; mais il ne s'ensuit point non plus qu'elles en soient indépendantes; et nous nous garderons de nier la valeur qu'elles ont pu avoir, persuadés que des états anatomiques différents peuvent produire un effet identique et troubler de la même manière les fonctions de l'organe au milieu duquel ils se sont dév^eloppés. Mais précisons davantage, et cherchons dans chacun de ces cas le rôle qu'il est convenable de leur assigner.
Parmi les 14 aliénés dont nous avons fait l'autopsie, 2 avaient une manie chronique qui durait depuis plus de 10 ans, et sont morts, l'un subitement par asphyxie, l'autre à la suite d'un dévoiement opiniâtre; 10 étaient malades depuis peu de temps, c'étaient des manies aiguës avec agitation qui se sont terminées dans la période d'excitation; les deux autres offraient une manie tranquille, l'un est mort à là suite d'un' abcès du foie, l'autre s'est éteint graduellement par les progrès d'une entérite chronique. .1; Les deux: cas de manie chronique ont été remacr quables par l'absence de toute lésion, si ce n'est la
décoloration tic la substance grise observée chez l'un d'eux; mais est-elle de quelque importance chez un individu mort dans le marasme et un état d'inlillratidn générale? Tous deux étaient, avons-nous dit, aliénés depuis longtemps, et l'un d'entre eux, ancien sculpteur, était remarquable par son incohérence. Chez deux maniaques qui ont succombé à des maladies intercurrentes, nous avons trouvé des granu- Iatix)ns de la membrane veniriculaire-, un état gélatineux sous-arachnoïdien chez l'un, chez l'autre un léger épaississenient de l'arachnoïde et une inliltration séro-purulente au-dessous d'ellei
Dans ces deux cas, il nous est permis de rattacher ces lésions au trouble cérébral, et de regarder celui-ci comme symptomatique des modifications survenues dans l'organe matériel de la pensée. Chez l'un d'eux, quil offrait des hallucinations de plusieurs sens i nous n'avons rien trouvé dans les nerfs spéciaux, le nerf optique excepté, qui était atrophié et réduit à son névrilème. Mais le malade était aveugle depuis plusieurs années, et, chose curieuse, il n'avait point d'hallucinations de la vue. Ce fait vient à l'appui de ce que l'un de nous (M. Aubanel) a avancé dans sa thèse inaugurale {Thèses de Paris, 1839) sur l'indépendance des organes des sens dans la production de cette forme symptomatique de la folie. Il nous reste 40 cas -de manie aiguë qui sont terminés rapidement. Deux d'entre eux doivent être distingués des autres à causé <le l'altération profonde que l'encéphale a présentée : c'était un ramollissement très étendu chez l'un, un foyer hémorragique de récente formation chez l'autre. Les deux malades étaient hémiplégiques. Le délire
avait été consécutif au travail plilegmasique survenu autour de ces lésions, et nous ne devons point les confondre avec les cas dont il nous reste à parler.
Ceux-là, au nombre de 8, ont présenté un délire maniaque des mieux caractérisés ; tous , à l'exception d'un seul, nous ont olfert des altérations ; les principales résidaient dans les enveloppes du cerveau. Chez deux, un état de sécheresse bien prononcé; chez deux autres, des taches purulentes et sérosité trouble dans les ventricules. Chez un, une méningite bien caractérisée. Deux fois turgescence des circonvolutions et injection des deux substances, mais jamais rien dans le cerveau, le cervelet et le mésocéphale. Ce sont toujours de^ lésions périphériques et superficielles que nous avons rencontrées.
H nous reste un cas de manie aiguë, où le résultat nécroscopique a été entièrement négatif. C'était un maniaque remarquable par son agitation et le caractère ambitieux de son délire ; il se disait Charles XI ; et nous l'eussions regardé comme un cas de monomanie, s'il y avait eu dans son affection moins de cette excitation qui fait le caractère des manies aiguës voisines du délire de la méningite, à cause du mouvement fébrile qui les accompagne si souvent. Cet aliène avait été dans ce cas pendant toute la durée de sa maladie.
^ Dans les faits que nous venons d'exposer, nous n avons point trouvé toutes les altérations qui ont été signalées par les auteurs. M. Parchappe, qui a fait le travail le plus complet sur l'anatomie pathologique cfe l aliénation mentale, a donné le tableau des lésions observées par lui.
— ilA —
Hypércmie générale du cerveau et de ses ' membranes (5) , pie-mère (2) , 1 Ecchymoses sous-araclinoïdiennes , 0 Épaississement et opacité de l'arachnoïde, 5 Dureté générale de l'encéphale (i), du cerveau (2) ou de la substance blanche (!), A
Injection pointillée de la surface corticale cérébrale avec (2) ou sans (1) ramollissement, 3
Coloration rose de la couche corticale (1) et de son plan interne (l), 1
Épanchement séro-sanguinolent , purulent et sanguinolent de la cavité arachnoïdienne, 2 Inhltralion séreuse de la pie-mère, i Ramollissement partiel de la couche corticale des lobes antérieurs,
Mollesse générale du cerveau , 1 Altérations nulles, 1 Cinq fois ce sont des altérations des membranes,! six fois des altérations du cerveau, et ces dernières, à l'exception d'une seule, sont bornées à la substance corlicale. Ce résultat, obtenu sur 9 malades, n'est point conforme au nôtre, puisque trois fois nous avons observé une absence complète de lésions et que celles des méninges l'ont emporté sur celles de la substance cérébrale. Enfin, nous trouvons indiquées dans ce tableau des lésions que nous n'avons point notées. Ce sont :
io Ecchymoses sous-arachnoïdiennes ; 2° Dureté du cerveau ;
5" Ramollissement de la substance corticale; 4° Coloration rose du plan interne de la couche corticale j
5° Mollesse générale.
Quoique nous n'ayons point rencontré ces altérations, nous sommes loin de vouloir nier l'importance qu'elles peuvent avoir.
En résumé : i" si l'on trouve des cerveaux de maniaques parfaitement sains, il existe le plus souvent des altérations manifestes;
2° Celles-ci s'observent plutôt dans les méninges et à la superficie du cerveau que dans sa profondeur;
3° Elles n'ont point de fixité; quelquefois réunies sur un même individu, le plus souvent séparées;
4° Quoique variées dans leur forme, elles se rapprochent de celles que nous sommes habitués à rapporter à un travail de nature phlegmasique.
B. Épilepsie.
Nous n'avons ouvert que trois épileptiques, et les résultats de ces autopsies, que nous avons faites avec le plus grand soin, ne paraissent point destinées à jeter quelque lumière sur la nature si inconnue de celte maladie. Deux de ces individus avaient succombé à des maladies intercurrentes, et leur cerveau nous a paru présenter les conditions normales. Un autre a péri à la suite d'accès très rapprochés, à peine a-t-on trouve un peu d'injection de la pie-mère, le cerveau et ses membranes étaient parfaitement sains d'ailleurs: I inflammation chronique de la substance blanche hyperemie, induration, etc., désignées par MM. Boul chet et Cazauvielh, n'ont pu être retrouvées par nous