‹ Recherches statistiques sur l'alienation mentale faites a l'hospice de Bicêtre [electronic resource]Chapitre 53 sur 59 · UECEJSSEMKNTDE LA DIVISION DES ALIÉNÉS AU 1*' DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

UECEJSSEMKNTDE LA DIVISION DES ALIÉNÉS AU 1*' DÉCEMBRE

La division des aliénés, au décembre 1839, renfermait 896 individus, et ce chiffre n'a point subi de bien notables variations. Cependant, si on le compare à celui des premiers jours de l'année, on trouve que la population n'était à cette époque que de 861 , ce qui fait pour l'effectif d'aujourd'hui une différence en plus de 30 malades à peu près. Celte différence est-elle accidentelle et dépendante des fluctuations que les admissions, les sorties, et la mortalité amènent chaque jour dans la division? ou bien est-elle l'expressionde l'augmentation sans cesse croissante du nombre des aliénés? Si l'on tient compte de la proportion relative des malades admis, sortis ou morts, pour chaque mois de l'année, on comprend en quelque sorte ces fluctuations et l'excédant que nous venons de signaler. II meurt, en effet, plus d alienés en hiver que dans les autres saisons; et les admissions étant moins nombreuses, il est tout naturel que IWectif du mois de janvier soit moins fort que celui des mois de l'automne, époque de l'année qui suit des admissions très nombreuses, et où li morlalilé n'est pas encore très élevée. Si ce que nous disons est vrai, le chiffre que nous avons aujourd'hui dmt aller en diminuant pour les u.ois qui vont venir-

déjà une légère diminution s'est fait sentir, comparativement aux quatre mois qui ont précédé celui où le recensement a été fait. L'elfectif, avons-nous dit, est aujourd'iiui de 890; il était en novembre dernier de 902 ; et dans les mois d'août, septembre et octobre, il était monté jusqu'à 908. Toutefois, bien qu'il y ait une légère tendance à la diminution, et qu'il soit exact «le dire que le nombre des malades existant dans la division est proportionnellement moins fort en hiver que daps les autres saisons, il n'en est pas moins vrai que la population augmente chaque année en raison des admissions qui se multiplient de plus en plus. On recevait une centaine de malades au commencement de ce siècle ; en 1830 , les admissions annuelles se sont élevées à 357 ; elles sont aujourd'hui de 5 à 600 à peu près : une progression analogue a eu lieu dans le chiffre de la population, et l'on va pouvoir en juger par le tableau suivant :

Au janvier 1801 337

Ce chiilVe a toujours été en augmentant, chaque année a fourni un effectif plus fort que celui de l'année qui précédait; et si cette gradation se trouve interrompue en 4833 , où le nombre des aliénés a été moindre, cela s'explique par cette épidémie meurtrière, le choléra, qui, quelques mois auparavant, avait sévi aussi bien sur les aliénés que sur les autres habitants de Paris; mais depuis cette époque elle s'est constamment maintenue; et quoique les guérisons soient devenues plus communes, la division serait certainement plus populeuse qu'elle ne l'est, si, à mesure que de nouvelles maisons s'élèvent dans les provinces, on n'avait soin d'y envoyer les aliénés incurables qui sont étrangers au département de la Seine.

Les 896 malades que renferme la division" se distinguent en deux grandes classes : les curables, et les incurables. Les premiers , placés dans les sections du traitement, sont, au moment où nous écrivons, au nombre de 309; les autres, au nombre de 587, sont dispersés dans trois autres sections, et ne viennent au traitement que pour les maladies accidentelles. Parmi ces derniers, 59 sont pour ainsi dire étrangers à la division ; ce sont pour la plupart des vieillards infirmes ou déments, que l'on a placés avec les indigents de l'hospice, et qui ne comptent que par mesure administrative dans l'effectif général de la division.

Le premier travail qui a dû nous occuper a été de classer les divers genres d'aliénation que nous avions sous les yeux. Nous avons consulté pour cela les registres ; nous avons visité chaque malade en parti-

culier pour juger des cliangemcnts qui pouvaient s'être opérés dans son état, et nos reclierclies nous ont amené à établir le classement suivant sur les 896 malades que nous avons'observés :

Maniaques, 274

Monomaniaques, 97

Déments , 469

Imbéciles et idiots, 176

Épileptiques , 180

Total. 896

Ce classement diffère quelque peu de celui qui est adopté dans les registres de la division. On ne compte, par exemple, que 110 imbéciles, tandis que nous en avons trouvé 176. Cela dépend de ce que beaucoup d'entre eux sont regardés comme fous, de même que quelques aliénés ont été rangés à tort dans la classe des idiots. Ce qui nous conduit à faire remarquer le peu de confiance qu'il faut accorder â ceux qui prennent les registres des hôpitaux pour base de leur statistique. Aux médecins seuls qui ont observé les malades appartient le soin de ce genre de travail-, et on conçoit comment les personnes étrangères à la médecine qui ont voulu s'y livrer ont dû tomber souvent dans de grandes erreurs , malgré tout le zèle et la bonne foi qu'ils ont pu avoir.

Nous nous contenterons d'exposer les résultats que nous aurons obtenus relativement à l'âge, à l'état civil, aux professions de nos aliénés et aux causes qui ont pu déterminer leur folie-, nous y avons ajouté le temps qu'ils ont passé dans la division, pensant que celte circonstance ne serait pas, sous plusieurs rapports,

dénuée d'intérêt. Pour l'âge, l'état civil et la durée de séjour, nous avons séparé chaque genre d'aliénation 5 mais relativement aux professions, qui sont très variées, nous avons craint de trop multiplier les tableaux en les étudiant séparément pour chaque espèce de folie; et, convaincus que celte distinction ne nous aurait amenés à rien de bien satisfaisant, nous avons cru devoir les réunir en un seul faisceau et n'indiquer, comme l'a fait M. Esquirol, que celles qui se sont présentées au moins quatre fois

Sur nos 896 malades, nous en avons trouvé 693 dont les professions étaient indiquées, et 203 qui étaient sans état. Ce dernier chiffre exprime toute la population des imbéciles et des idiots, et, de plus, les aliénés et les épileptiques qui, entrés fort jeunes dans l'hospice, n'avaient point encore pu embrasser de profession. ' ^ '''^

Voici celles que nous avons "trouvées rangées suivant leur ordre de fréquence. '

Journaliers.

Ouvriers en bois.

Cordonniers.

Ouvriers en fer.

Tailleurs.

Militaires.

Peintres.

Ouvriers en or et argent, j Employés.

Ouvriers en cuivre.

Maçons.

Horlogers.

Domestiques.

Cuisiniers.

Paveurs.

Boutonniers.

Chapeliers.

Pâtissiers.

Tanneurs.

Commissionnaires.

Marchands dé y,\^s,\

Couvreurs.

Manouvriers.

;;Çullivateurs.

■> Imprimeurs.

'.Instituteurs.

.^Perruquiers.

,'Bonneliers.

Boulangers.

Marchands.

Ouvriers, divers geinros.

Total des deux colonnes.

A. Maniaques.

État civil.

Célibataires, Mariés , Veufs,

État civil non indiqué , Total.

Age.

Avant 20 ans, De 21 à 30 , De 31 à 40, De 41 à 50 , De 51 à 60 , De 61 à 70, De 71 à 80,

Total.

Durée de séjour.

Depuis 36 ans 1

25 ans 3

22 ans 1

21 ans 2

19 ans 1

18 ans 2

17 ans 2

16 ans 1

15 ans 4

14 ans 3

13 ans. . . u>u/> 3

12 ans. ...... 5

7 ans.. . .

1 an. . . .

l'année.. . .

Total.

Causes.

Àbus des alcooliques. ... i4

Misère g

Hérédité . g

Chagrin 7

Excès vénériens 4

Revers de fortune 3

Àmoui' cbnti-arié ; 2

Mauvais traitements. ... 2

Masturbation 1

Ambition j

Malheurs domestiques. . . 1

Mauvaise éducation.. ... i

Apoplexie j

Total. . . . 54

Parmi les maiiiaqués, le plus grand nombre n'est pas marié ; cela s'accorde assez avec ce que les auteurs ont établi au sujet de l'influence du célibat sur la folicj et avec ce que nous avons pu observer nousmêmes»

L'âge des maniaques nous a donné un maximufn que l'on retrouve dans presque toutes les statistiques; c'est la période de 31 à 50 ans qui en offre le plus, elle renferme à elle seule prés des deux tiers des malades. Le nombre diminue de moitié pour la période décennale qui suit 50 ans, et celle qui précède 30 ans. M diminue de plus en plus en avançant vers la vieillesse; mais la diminution est encore plus rapide audessous de 20 ans.

v Le temps depuis lequel ces maniaques sont renfer^ mes dans l'hospice comprend une échelle de 36 ans. On a dit que les aliénés vivaient peu de temps, qu'ils arrivaient rarement à un âge fort avancé. Cette proposition nous paraît juste; nous n'avons, en effet, que 4 maniaques sur 274 qui aient passé l'âge de 70 ans, et la table de la durée de séjour nous prouve que leur existence n'est pas très longue, puisque prés de la moitié de la population est toute récente, et n'a ete admise dans l'hospice que depuis 2 ou 3 ansceux qui comptent plus de 15 ans de séjour ne fori

ment qu'une très petite partie de ia division. Cela nous donne une idée du mouvement qui s'opère dans l'hospice par suite de la mortalité; mais ce que l'on a dit sur la brièveté de la vie chez les fous est plus rigoureusement applicable à une autre forme d'aliénation, à la démence paralytique, dont nous nous occuperons bientôt. Du reste, parmi les causes de mort chez les aliénés , il ne faudrait pas tout attribuer à la maladie, et il est juste de tenir compte des conditions fâcheuses où les place le séjour de l'hôpital; elles n'ont pas moins d'influence que l'affection mentale elle-même pour hâter une funeste terminaison. • ;^ :• ■ I^'M; ' •

; On ne s'étonnera point trouver le chapitre des cîâusessi incomplet, si l'on fait attention à la difficulté que nous avons dû avoir à les rechercher chez une foule de malades incapables de donner le moindre renseignement. Nous avons été réduits, la plupart du temps, à consulter les notes qui étaient consignées dans les registres d'entrées, et nous avons trouvé seulement M malades pour lesquels les causes aient été signalées. Nous voyons les boissons alcooliques occuper un chiffre élevé. Les causes morales viennent après, puis la misère, dont l'influence est aussi physique que morale, et enfin l'hérédité.

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B. MONOMANJAQUES.

^État civil.

célibataires,

Mariés,

Vaii fc

T Cil lO j

Total.

Avant 20 ans.

De 31 à 40,

De 41 à 50,

De 61 à 70,

I>^(?t.vàj80

Total.

Durée de séjour.

'"iepiiik 28 ans

1 Depuis 9 ans, : . . . 2"

21 ans. i J^^-^^^-^J'î

i5 ans 3

14 ans \

J nni : 26' ausii .r>ol. oii f » lu /

1» ans. . . . : . 4 -g .^v, » r.;^,r>^

<-r „ * o ans. ...

TotahL :. >u?iiar

Causes.

théines morales, . . . . . 4

Education mal dirigée. . 4

Misère 4

Politique 2

Excès de boisson 2

Perle d'argent 2

Hérédité i

Religion i

Onanisme 1

Total 721

Les mono manies , au nombre de 97, sont dans une proportion bien minime relativement aux autres formes de la folie. Ce résultat, qui est si peu en harmonie avec les statistiques de plusieurs auteurs, et celle de M. Esquirol en particulier, se trouve d'accord avec les relevés que nous avons faits sur plusieurs années, et dont nous avons eu Toccasion de parler dans un autre endroit.

L'état civil nous offre, comme pour les maniaques, une prédominance très marquée en faveur des célibataires-, elle est de trois quarts à peu près sur le chiffre total des monomanies.

Pour l'âge , le plus grand nombre se trouve aussi entre 31 et 50 ans^ la moitié, à peu près, est comprise dans cette période de 20 années; le reste est réparti presque également dans les autres âges de la vie, à l'exception toutefois de la première jeunesse, car avant 20 ans nous n'en avons point observé un seul cas. Nous avons déjà vu que les manies étaient rares à cet âge; les monomanies doivent l'être davantage, en raison du caractère du délire qui les constitue. i,^^f^

La plupart de ces malades sont entrés depuis peu à l'hôpital; \A d'entre eux appartiennent à l'année dernière; le plus ancien n'a que 28 ans de séjour,

tandis quo pour les maniaques nous en avons trouvé un qui comptait déjà 36 ans. Nous ne conclurons point de cela que le monomane vit moins longtemps que le maniaque; le contraire arrive nécessairement à cause du trouble des diverses fonctions de l'économie ordinairement plus marqué dans la manie (|ue dans les délires partiels. Peul-ôlre cela tient-il à ce que la monomanie offre généralement peu de chances de guérison, où à ce que les malades dont le délire est isolé peuvent quelquefois rentrer dans la société, tout en conservant les fausses idées qui constituent leur affection.

Les causes que nous avons rencontrées sont presque toutes morales; elles doivent avoir plus d'influence que les causes physiques qui, à leur tour, produisent plus souvent la manie. II y a dans la monomanie une fausse idée dans l'esprit, et rien d'essentiellement matériel ne paraît avoir présidé à sa formation, mais dans la manie c'est un trouble général, et dans la manifestation de ce délire, on semble saisir une modification organique qui aurait concouru a son développement.

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