‹ Recherches statistiques sur l'alienation mentale faites a l'hospice de Bicêtre [electronic resource]Chapitre 54 sur 59 · C. Déments · texte numérisé non relu

C. Déments

Éiai civil.

Célibataires,

Mariés,

Veufs,

Afje.

Avant 30 ans, De 2i à 30, De 31 à 40, De 41 à 50, De 51 à 00, De 01 à 70, De 71 à 80, Après 80 ans.

Total.

Ai)

Duj'ée de séjour.

Depuis 43 ans i

28 ans i

22 ans i

20 ans 5

•18 ans 1

17 ans. . • . . 4

14 ans 2

15 ans 4

12 ans 2

11 ans 2

10 ans 5

Depuis 9 ans 1

8 ans 4

î) ans 4

4 ans 8

5 ans 9

2 ans 5

1 an 25

De Tannée. . . . . .87

Total "169

Causes.

Abus des alcooliques. . . 11

Chagrins,

Apoplexie 6

Misère

Mauvaises affaires. . .

Congestion cérébrale. .

Excès vénériens. . . .

Hérédité

Emanations saturnines.

Jalousie

Perle d'argent

Politique

Chute sur la tète. . . .

Erysipèle

Total.

Les déments tiennent le milieu pour le nombre entre les maniaques et les monomaniaques. Il y a presque autant d'individus mariés que de célibatai-

res, et les deux chifïres sont à peu près égaux si l'on assimile les veufs aux hommes mariés.

L'âge a toujours son maximum entre 31 et 50 ans; mais la première moitié de cette période renferme un plus grand nombre d'individus rpie celle de Âi à 50 ans.

Pour la durée de séjour, on trouve une circonstance bien importante à faire remarquer : c'est que la moitié et plus des malades sont entrés cette année, tandis que pour la monomanie nous n'en avions qu'un tiers, et à peine un quart pour la manie. Ce fait ne dépend pas d'une cause fortuite, il est lié nécessairement à la mortalité, bien plus forte dans la démence que dans les autres genres d'aliénation, surtout dans la démence paralytique, qui est l'expression d'une détérioration profonde et l'annonce d'une fâcheuse ef prompte terminaison. Le dément, en effet, ne vit pas longtemps; ceux qui, dans notre recensement, dépassent un âge très avancé, sont pour la plupart des vieillards dont l'intelligence n'est qu'affaiblie; ce sont des déments sans paralysie; et ceux qui comptent plusieurs années de séjour appartiennent presque tous à cette catégorie de malades, au nombre de 59, que l'on a placés dans d'autres divisions de l'hospice, et qui n'offrent qu'un très léger affaiblissement intellectuel.

Mais si la mortalité est précoce dans la démence, et fait que dans les maisons d'aliénés le séjour des individus qui en sont atteints est ordinairement de courte durée, elle l'est davantage pour la démence paralytique; déjà nous en avotis une preuve par le petit nombre de paralytiques qui subsistent dans

la section des incurables. Nous les avons visités à cet effet avec le plus grand soin , et sur la niasse totale de cette portion de l'hospice, nous avons trouvé à peine 22 aliénés chez lesquels la paralysie fût bien évidente. Parmi ces paralytiques, 9 sont entrés cette année, 8 l'année dernière, 2 en 183G, un autre en 1833, et le dernier enfin date de 1830. Cette proportion si petite de paralytiques est tout à fait en opposition avec le nombre que fournissent les admissions annuelles. Ce qui nous prouve deux choses : d'une part, qu'il ne faudrait pas juger de la fréquence de la paralysie calculée seulement sur les aliénés incurables; d'autre part, que cette complication de la folie est une des plus graves, et celle qui amène inévitablement la mort, puisque, sur le nombre très considérable de paralytiques admis cette année dans l'hôpital , il n'en reste plus que quelquesuns après un certain temps, et pas un seul après une dixaine d'années. Nous avons dit à propos des maniaques qu'il existait dans les hospices une foule de causes qui hâtaient le moment fatal. Ces mêmes causes se rencontrent ici; elles ont d'autant plus d'influence qu'elles agissent sur des individus très affaiblis. M. Ferrus a si bien senti cette vérité, que nous l'avons entendu plusieurs fois réclamer la fondation de quelques salles qui seraient destinées à ce genre de malades, et où ils recevraient des soins hygiéniques tout différents de ceux qu'exigent les autres aliénés. Les paralytiques que nous conservons au traitement se maintiennent bien plus longtemps que les autres; ils sont mieux nourris, mieux chauffés , leur constitution résiste, et on ne les voit s'affaiblir que par les

progrès de la maladie. Cette considération, bien que ces malades soient en général incurables dès leur entrée, empècbe souvent M. Ferrus de les envoyer dans les autres sections; maislorsqu'il s'y détermine, faute d'emplacement, nous ne lardons pas à les voir revenir, quelque temps après, extrêmement affaiblis : la paralysie a fait des progrès , les fonctions digeslives s'exécutent mal -, ils ont de la diarrhée, et toute leur économie est dans le plus fâcheux état. Quelquefois un bon régime les rétablit, mais ils meurent le plus souvent -, et nul doute que le défaut de soins dans une section où toutes les variétés de folie sont confondues, n'ait contribué à amener ce funeste résultat.

Nous avons peu de chose à dire sur les causes que nous avons signalées. Parmi elles se trouvent au premier rang les boissons alcooliques, dont l'abus amène nécessairement un affaiblissement graduel. L'apoplexie a été signalée dans plusieurs cas-, tout le monde connaît son influence sur l'intellect et la forme de démence à laquelle elle donne lieu.

D. Imbéciles et Idiots.

État civil.

Célibataires, il à

iMariés , 2

Total,

/VvaiU20ans, 1(>

De 2 l à 30, 51

De 31 il 40 , /i5

De 41. à 50, 31

De 51 à 0.0, 28

De 61 à 70, //

De. 7:1. à 80, l

Total. 176

Durée de séjour.

Depuis 17 ans.. . .

15 ans.. . .

ans.. . .

ans.. . .

4 ans.. . .

ans.. . .

2 ans.. . .

ans.. • .

1 an. . . .

Total

Cfluses.

Convulsions dans l'enfance. 2 | Hérédité 4

Ne voulant point faire l'analyse de leur état psyehologique, nous n oyons pas cru devoir séparer les

imbéciles eL les idioLs, pour ne pas donner à notre travail trop d'étendue, et pour éviter des longueurs qui auraient été de fort peu d'intérêt, relativement au point de vue sous lequel nous avions à considérer ces malades.

Tous^ à l'exception de 2, sont célibataires.

L'âge de nos idiots et imbéciles a son maximum entre 2i et 30 ans, le chiffre diminue successivement dans les âges suivants, en raison de la mortalité et de la cause de l'idiotie qui est tout à fait nulle à cette époque de la vie. L'imbécillité et l'idiotie sont presque toujours congéniales; c'est exclusivement dans la première enfance qu'on les observe. Nous trouverions un plus grand nombre d'idiots avant l'âge de 20 ans, si les plus jeunes n'étaient placés dans un autre hôpital jusqu'à ce qu'ils aient atteint leur dixième ou quinzième année.

La table de la durée de séjour présente un fait qui, au premier abord, semble en opposition avec ce qui est généralement admis sur la mortalité des idiots. Leur vie est chétive, dit-on, et leur fin presque toujours précoce : cela est vrai pour les idiots paralysés, rachitiques, sales et vivant dans l'ordure; mais les imbéciles, ceux qui jouissent de certaines facultés perceptives, vivent plus longtemps, et à moins d'une maladie accidentelle, ils peuvent atteindre un âge fort avancé; tous ceux qui sont âgés, et dont la durée de séjour dépasse un grand nombre d'années, se trouvent dans ces conditions; nous en avons un exemple frappant sur un albinos qui, entré dans le mois de messidor an 3, jouit encore aujourd'hui de la meilleure constitution.

E. KriLKi'iiQLits.

Klal civil.

CélibalaircSj

Mariés.

Veufs,

Total,

De 21 à 30, De 31 à 40, De 41 à 50, De 51 à 60, De 61 à 70, De 71 à 80,

Total,

Durée du séjour.

Depuis 50 ans i

4o ans.

32 ans.

51 ans.

28 ans.

27 ans.

24 ans.

20 ans.

19 ans.

18 ans.

17 ans.

16 ans.

IS ans.

iA ans.

Depuis 15 ans.. .... 2

12 ans.

10 ans.

8 ans 11

7 ans.

6 ans.

5 ans.

4 ans 16

De l'année 37

3 ans.

2 ans.

1 an.

Total.

Causes.

Frayeur

Abus des plaisirs vénériens.

Masturbation

Vue d'une épileplique. . . ^

Coup sur la lête 1

Affection vermineuse. ... 1

Cliagrins Hérédité.

Total

Dans ce tableau, comme dans les précédents, nous trouvons le nombre des célibataires extrêmement élevé j nous avons seulement 25 individus mariés sur 480, c'est le septième environ, tandis que les célibataires y sont pour plus des deux tiers. De ce résultat nous aurions tort de conclure que le célibat prédispose à l'épilepsie ; nous dirons, au contraire, que l'épilepsie est une cause directe de célibat.

Pour l'âge, nous en trouvons un assez grand nombre au-dessous de 20 ans-, c'est dans la première enfance, en effet, que débute ordinairement l'épilepsie; et si les admissions annuelles ne donnent pas un chiffre plus considérable à cette époque de la vie, c'est que chez la plupart d'entre eux les accès sont rares et peu intenses dans les premières années, et que ce n'est qu'à mesure qu'ils se multiplient qu'on voit ces malheureux venir réclamer les secours de la médecine et l'asile qui leur est destiné. Le maximum se trouve dans la période de 30 à 40 ans, et cela probablement par la raison que nous venons de donner, ensuite, à cause de mortalité, qui est en général assez précoce chez eux. Le chiffre tombe graduellement, en remontant vers la vieillesse : deux épileptiques seulement se trouvent dans la période de 70 à 80 ans. La mortalité explique aussi pourquoi, en général, leur durée de séjour ne va pas au-

delà d'un certain nombre d'années. '29 à peine sur 480, sont à Bicêtre depuis plus de dix ans. Ceux nui sont entrés cette année sont les plus noml.reux- le cintrre diminue presque régulièrement à mesure Le 1 on remonte à un terme de scjour plus éloigné. Il ne laudrait pas attribuer ces résultats entièrement ù la mortalité, car il est juste de tenir compte de quelques malades qui sortent après guérison, et de ceux plus nombreux encore qui quittent l'hôpital parce que leur maladie s'est améliorée, ou parce qu'aucun changement n'étant survenu dans leur état, ils renoncent à l'espoir de la guérison. La mortalité, avons-nous dit, est très précoce chez les épileptiques; cette proposition , vraie d'une manière générale, deviendrait fausse dans l'application, si l'on n'avait pas le soin de distinguer les cas auxquels s'apphquent les exceptions que l'on rencontre. En effet, nous en avons quelques-uns qui sont très vieux, et ont de 20 à 50 ans de séjour, mais chez ceux-Ià'jes accès sont simples, éloignés et peu intenses; leur maladie, en un mot, n'a pas cette gravité que l'on retrouve dans une foule d'autres cas. Ceci nous conduit à nous arrêter un instant sur la liaison de l'épilepsie avec l'aliénation mentale, question qui a été traitée longuement par MM. Bouchet et Casauvjeilh.

Voici ce que nous avons trouvé sur nos 180 épilepliques :

Maniaques, 32 Imbéciles et idiots, 30 Déments, 17 Dont i avec paralysie.

Ce qui nous donne 79 épilcptiques aliénés sur 180. MM. Bouchet et Casauvieilh ont avancé que l'aliénation mentale est d'autant plus à craindre que l'épi- Icpsie est, développée chez un individu plus jeune; nous avons plusieurs aliénés parmi nos jeunes épilcptiques, mais nous comptons surtout à cet âge des imbéciles et des idiots : nul doute que l'épilepsie ne puisse arrêter le développement des facultés par les perturbations qu'elle amène dans le cerveau, c'est ce qui fait qu'elle est souvent liée à l'idiotie dans le jeune âge. Peut-être ce qu'en ont dit les auteurs que nous venons de nommer est surtout applicable à ce genre de complication. Quoi qu'il en soit, le chiffre que nous avons donné exprime pour les idiots un rapport très élevé ; il est d'un sixième, comme pour les maniaques, tandis que les déments n'y entrent que pour un dixième à peu près. Ces derniers, dont quatre sont paralysés, sont certainement tombés dans cette dégradation sous l'influence de leurs accès. Les trente maniaques que nous avons notés ne présentent pas tous un délire continu ; quelques-uns seulement sont dans ce cas , mais la plupart ne délirent qu'à la suite de leurs attaques ou par intervalles éloignés, après une période d'accès plus intenses. Le délire dure quelques heures chez les uns, un ou plusieurs jours chez d'autres. Les auteurs ont signalé le degré de violence de leurs accès de délire, nous avons été à même de faire cette remarque chez 7 à 8 de nos malades; et enfin, cette expression de fous furieux, qui était si générale autrefois, n'est plus guère applicable qu'à celte classe d'aliénés. Parmi les causes

notées, la frayeur occupe le premier rang; c'est l'inlluence, en effet, la plus certaine et la mieux constatée dans le développement de lepilopsie; puis viennent deux causes d'épuisement, la masturbation et l'excès du coït. L'hérédité n'a été observée qu'une seule fois.

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