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POUR SUPPRIMER L ÉSCLAVAGE. 171 Superstitions? Quélles notions peut avoir de la justice l'homme qui travaille sans salaire ; qui est puni sans jugement, qui, demain; sera échangé contre du bétail ou une roue de moulin, ou qu’on arrachera des lieux qui l'ont vu naître pour le vendre, argent comptant, sur l'odieuse table des enchères ? Quelle crainte salutaire dés puissances conservatrices de la société peut avoir celui qui, avec cent compagnons partageant ses projets de vengeance , tient à sa discrétion ,au milieu d'un désert, un blanc privé de toute assistance, et même de l'espoir qu’un jour on découvrira les causes mystérieuses de sa mort? Et comment se résignera-t-il aux exigences de l’état social, celui qui croit fermement qu’un éternel loisir doit être l'apanage de l’homme libre; et que le travail n’est bon que pour esclave?
Il faut le dire: tout est à faire pour ces populations malheureuses. La vie exceptée, il faut tout leur donner; il faut leur créer une existence religieuse, morale et intellectuelle. Il faut par ces bienfaits les conduire à l'appréciation de la liberté; il faut par la liberté les rendre dignes de ces bienfaits.
C’est faire peu de chose pour les esclaves que de les affranchir, sans avoir préparé leur admission dans la société, sans avoir aplani les obstacles qui les tiennent en dehors de la vie ci-
72 NOUVEAUX MOYENS vile, sans avoir ouvert leur esprit à la connaissance des devoirs envers la famille, la cité, le pays et l'humanité.
Les moyens de leur inculquer ces importantes notions ne diffèrent que dans les détails de ceux employés pour retirer de l'ignorance les plus rudes populations de l’Europe. Mais le régime de l'esclavage s'accorde mal avec toute espèce
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d'instruction; et ce n’est qu’à fur et mesure que de nombreuses émancipations relàcheront les liens de la servitude, que l’on pourra développer des mesures d'enseignement, surtout parmi l’enfance et la jeunesse. |
Nous devons donc chercher le moyen d’ef-
fectuer ces émancipations d’après un système général , qui les soumette aux conditions rigou-
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reuses que nous avons déjà posées, et qui venlent que l’atfranchissement soit opéré dans nos colonies sans danger pour la paix publique, sans perte notable de propriété pour les maitres, Sans une attente trop prolongée pour les esclaves, et , s’il est possible, qui s’accorde avec leur initiation aux nécessités de la vie sociale.
Le travail nous paraît devoir être la clef de ce système. C’est lui qui doit donner aux esclaves leur liberté, aux maîtres l'indemnité qu'ils réclament justement, aux colonies une population
pour ainsi: dire nouvelle, éprouvée par un labeur actif et intelligent.
Pour arriver à ce grand objet , il faut :
1° Une force humaine disponible, suffisante pour des travaux dont les produits seraient destinés à l'affranchissement des esclaves ;
3° Une quantité de journées de travail qu’on puisse appliquer à de nouvelles cultures sans nuire aux cultures coloniales ;
3° Une étendue de terres disponibles et fertiles, assez grande pour donner une valeur considérable à ces nouvelles cultures;
4° Une masse de produits agricoles, dont le prix puisse racheter annuellement dans chaque colonie un nombre d'esclaves de plus en plus grand ;
5° Enfin des moyens accessoires pour hâter et faciliter l’affranchissement, pour améliorer. l’agriculture des colonies, et pour assurer leur possession et leur prospérité.
Nous exposerons dans les sections suivantes les bases de ces recherches, qui, presque toutes, prennent leurs éléments dans des documents officiels.