‹ Recherches statistiques sur l'esclavage colonialChapitre 77 sur 82 · ET}: A · texte numérisé non relu

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pourrait, en choisissant mieux les localités, faire quelque ehose de semblable et dans un même objet, sur les rivages de la Séné gambie.

Les colons militaires, qui remplacent cette tourbe dans les travaux des cultures, centuplent aisément la tâche qu’elle remplissait. Distribués sur les habitations, ils s’y livrent avec zèle , intelligence et docilité, à toutes les opérations de l'industrie et de l’agriculture ; ils en acquièrent facilement la connaissance , soit par l'exemple et la pratique, sait par l'étude d’un manuel très simple, soit enfin en demeurant quelque temps sur une ferme-modèle expérimentale, établissement qui est absolument nécessaire à chacune de nos colonies, pour se tenir au courant des nouveaux procédés chimiques et économiques, et mettre à profit les découvertes des sciences de l'Europe.

En évitant soigneusement de laisser ces nouveaux colons résider dans les villes , ils sont garantis des maladies funestes qui y menacent les Européens, et qui ne pénètrent point dans les campagnes. La différence de l’un et de l’autre séjour est un fait capital trop souvent ignoré ou méconnu.

Les villes des colonies, étant essentiellement des ports de mer, gisent presque au niveau de

l'Atlantique au fond des rades , des anses, des bassins où les vaisseaux peuvent stationner à l'abri des vents. Cette position obligée les à fait construire la plupart sur les côtes occidentales , qui ne reçoivent point immédiatement l'action des brises alizées , et il en résulte une élévation de leur température, qu'augmente encore leur situation dans la plus basse région de l'atmosphère. Au grave inconvénient d’une chaleur ar: dente, qui est une source de maux pour Ceux habitués à un autre climat, se joignent souvent les dangereux effets du voisinage des Palétuyiers, forêts marines inondées d’où s'exhalent, comme des Marais Pontins, des fièyres pernicieuses , opiniâtres, et qui parfois laissent après elles le germe de la mort, Excepté Saint-Pierre, qui a le mouvement d’une grande place de commerce, et la Pointe-à-Pitre , qui ressemble à nos plus jolies villes, les ports des Antilles ne rachètent par aucun agrément ces funestes localités. Ce sontuniquement des lieux d'embarquement pour les denrées coloniales, des magasins pour les marchandises d'Europe, des bureanx pour les administrations, des casernes pour les garnisons, des caravansérails pour les voyageurs; mais on n’y trouve ni monuments publics ni institutions utiles, presque rien en un mot de tout ce qu'une longue civilisation a rassemblé dans nos cités.

Il faut le dire : leur dénûment , leur insalubrité, l'ennui qu'y éprouvent les étrangers, laissent de fâcheuses impressions qui sont très nuisibles aux colonies, car on ne manque pas de leur attribuer ce qui n'appartient qu'à leurs villes et à leurs bourgs. Il suffit de quelques lignes pour prouver que les campagnes en différent à tous égards et qu'elles ne méritent point les mêmes accusations.

Les Antilles, ainsi que l’île de Bourbon, étant

d'origine volcanique, sont formées de hautes

montagnes agroupées qui s’élancent des profondeurs de la mer jusqu’au-delà des nuages. C’est dans l'intervalle de ces grandes projections que se trouvent les ports, les villes , les plaines marécageuses et ces forêts noyées qui enchaînent les alluvions par leurs racines, et préparent les terres nouvelles destinées à envahir un Jour le domaine de l'Océan. Partout ailleurs la surface du sol se développe , en s’élevant par des déclivités de plus en plus rapides, jusque vers les régions supérieures de l'atmosphère. Ainsi, quand on pénêtre dans l’intérieur du pays, le terrain s’exhaussant à chaque pas, on éprouve une température qui s’abaisse graduellement, et qui devient d’autant plus fraiche, saine et agréable, que les lieux élevés où l’on parvient sont plus exposés aux brises salutaires des vents alizés. À une hauteur

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de 4oo mètres, la chaleur est devenue modérée et semblable à celle de nos plus beaux jours, mais avec une ventilation qui accroit l'énergie des organes, l’activité de la vie, et qui ne laisse point de place à ce calme de l'air, brülant et oppressif, si pénible dans nos étés d'Europe.

Sous l'influence de ce beau climat et des pluies fécondantes produites par l’évaporation de l’Atlantique équatorial, la terre est perpétuellement couverte d’une draperie flottante de végétaux fleuriset toujours verts. Lazone des cultures, qui touche d’un côté au rivage, et de l’autre s'étend sur la pente des mornes vers les hautes forêts de l’intérieur, rassemble dans cet espace toutes les merveilles de la Flore des tropiques, éparses dans les deux hémisphères.

Ce sont d’abord d'immenses fourrés de Cannes à sucre, qui dans les vallées atteignent jusqu’à la hauteur de huit mètres. Telle est la prodigieuse puissance de végétation que possèdent ces roseaux, qu'un hectare donne 84,000 kilogrammes de cannes coupées ou 44 fois autant que le blé en gerbes de nos champs; et telle est la force de production du sol et de l'atmosphère, que la même terre, sans aucun repos et sans aueun autre engrais que la paille-qu’elle produit et qu'on lui abandonne , rapporte toujours avec la même abondance la même récolte. depuis un

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siècle entier. Ce sont ensuite de vastes bois de Caféyers couverts à la fois de fleurs odoriférantes et de fruits aromatiques. Partout autour des ha

bitations , s'élèvent comme d'eux-mêmes et au hasard, des végétaux de mille espèces dont le type est inconnu à l'Europe, et dont les praduits utiles sont multipliés avee une profusion sans exemple dans notre climat avare, Ici ce sont des Bananiers portant chacun sept à huit cents fruits, et donnant, sans aucun travail, cent quintaux métriques par hectare d'aliments nourrissants et savoureux, Là sont des Ignames dont la racine féculifère et comestible pèse 15 à 20 kilagrammes. Plus loin ce sont des champs de Mais qui rapportent 3 à 4oo pour un de semence.

Ailleurs ce sont des Maniocs qui fournissent 10,000 kilogrammes de farine par hectare , des Choux caraïbes , des Patates douces et une foule d’autres ragines alimentaires dont les récoltes souterraines brayent les ouragans, De tous côtés surgissent des arbres dont les fruits ont des formes inaccoutumées , des dimensions colossales, des saveurs délicieuses, des parfums semblables à ceux de nos fleurs. On dirait que la nature en à fait des êtres de prédilection , auxquels elle s'est plu à prodiguer tout ce qui peut flatter la vue, le goût et l’odorat (a),

(a) La Ganne à sucre. Saccharum officinale. — Le Qaféyer.

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Au-delà de ces cultures, se déplaient cireulairement, sur d'immenses terrasses, les pâturages connus sous le nom de Savanes, Aux dernières limites de ces lieux agrestes et solitaires sont les forêts, qui dominent tout l’amphithéâtre des cultures, et qui ceignent, comme par un vaste péristyle d'arbres séculaires, la base escarpée des pyramides de porphyre où gisaient les volcans. On voit encore aujourd’hui, dans ges bois conservés par les précipices qui en défendent laccès , le Courbaril, le Cèdre odorant, le Mahogani, le Balata, et cent autres espèces dont le tissu ligneux incorruptible, compacte, odoriférant et brillamment coloré se transforme, par les arts de l'Europe, en meubles précieux, commodes et élégants (a). Les cimes vastes et touffues de ces arbres, qui se balancent à cent pieds du sol, projettent des voûtes de verdure impénétrables aux rayons du soleil; et le jour crépusculaire qui enveloppe ces portiques, le silence qui règne sous leurs longues galeries désertes ,

- Goffea arabiea, — Le Bananier. Musa paradisiaca, — L'Tgname. Dioscorea alata. — Le Maïs. Zea Mais. — Le Manioc. Jatropha manihot. — Le Chou caraïbe. Dioscorea alata, — La Patate douce. Convolvulus batatas, etc. ;

(a) Le Courbaril. Hymenea courbaril, — Le cèdre. Cedrela odorata. — Le Mahogani. Swetenia mahogani. — Le Balata. Achras dissectus, etc. |

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les éclairs qui pendant les orages pénètrent sous leurs dômes et les illuminent soudainement , donnent à ces lieux la majesté sauvage et la sombre grandeur de la nature, avant lapparition de l’homme sur la terre.

Ce sont ces forêts suspendues au-dessous des nuages , aux flancs des montagnes, c’est ce tapis de verdure dont toutes les surfaces sont couvertes, qui, lorsque le navigateur découvre les

Antilles à l'extrémité de l'horizon, les lui font

apparaître comme des îles d'éméraudes , et réalisent à ses yeux l’une des peintures brillantes et fantastiques des Mille et une Nuits. Telle est la richesse de leur Flore que, lorsqu'un vaisseau prolonge sous le vent leurs rivages à la distance de plusieurs lieues, la brise lui apporte de suaves senteurs et l’'embaume de fleurs d'oranger et de jasmin. Les aborigènes, à qui ce phénomène n'avait point échappé, l’attribuaient aux Filles de la mer (a), qui secouaient leur chevelure parfumée , pour attirer par un charme magique le pêcheur assez imprudent pour s'approcher de leurs demeures cachées au milieu des plus dangereux écueils.

Ces belles îles si pittoresques, si fécondes, où l'année tout entiere est un printemps, la terre

(a) Balana Ouali des Caraïbes.

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RÉSUMÉ. 269 À 2 $ un jardin comme l’Eden des premiers jours du "4 : / fi | monde , que leur faut-il pour changer leur dé- CN LE - A du tresse en prospérité ? Sn ; : 23 A IVPAESS 3 507 1 Emanciper la proprièté qui maintenantest en- 4 chaïînée avec l'esclavage; ‘à

Rendre le travail libre, le salarier, afin que le cultivateur y prenne intérêt ;

Et donner en exemple à l'exploitation agricole et industrielle des colonies , des travailleurs volontaires , forts, actifs, intelligents, habitués des long-temps à cultiver la terre, dont aucun ne doute que l’homme s’honore en remplissant sa tâche , et que la Patrie ne soit encore dans ces lieux lointains, où l’histoire a buriné sur les ro- À chers des rivages, avec le grand nom de Richelieu, les glorieux noms de Lamothe- Piquet, d'Estaing, Desclieux, Poivre et La Bourdonnais.

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