‹ Recherches statistiques sur le Royaume des Pays-BasChapitre 25 sur 109 · GRANDE-BRETAGNE · texte numérisé non relu

GRANDE-BRETAGNE

(I) Si le nombre des journaux parait faible, il faut observer qu’ils sont tirés à un nombre considérable d’exemplaires et sous un très-grand f. rmat.

Ainsi les journaux rapportent chez nous relativement aux individus , cinq fois la valeur à peu près de ce qu’ils rapportent en France. Mais nous sommes loin de pouvoir soutenir le parallèle avec F Angleterre, où les droits sont beaucoup plus élevés 3 les produits du timbre y sont treize fois plus forts que chez nous.

Les revenus des postes dépendent en grande partie de letendue de pays que les lettres ont à parcourir, et sous ce rapport, les revenus de la France par habitant , doivent être, toutes choses égales, un peu supérieurs aux nôtres. Ce genre d’impôt est considérable pour l’Angleterre, et tient autant à l’élévation de la taxe qu’aux nombreuses communications qui existent dans ce pays. Nous ne voyons pas que le revenu des postes ait sensiblement augmenté chez nous depuis 1820. En Angleterre, il conserve une valeur a peu près constante depuis les dernières guerres, c’est-à-dire, depuis io ans environ.

Il est remarquable que l’Angleterre qui, sous tous les rapports, produit au trésor beaucoup plus que notre royaume, ne paraît le céder que sous un seul, malheureusement celui des loteries. On avait annoncé que six loteries auraient annuellement lieu dans les Pays-Bas, et chacune devait produire 2000000 fl. , sans compter 5oooo 11. provenant des billets séparés, ce qui aurait formé un total de i/[i 00000 florins, exposés par les joueurs. En calculant cette loterie nouvelle comme un impôt , on trouve qu elle devrait produire plus de soixante cents par tête, c’est-à-dire, plus du double de ce qu elle produisait précédem-

ment. Elle suppose que chaque individu joue annuellement fl. 2 - 27 , ce qui fait deux fois la valeur de son impôt personnel ; et que sur la somme exposée , il perd environ deux fois ce qu’il paie annuellement pour les droits de patente. Et tel joueur se plaint ensuite de ne pouvoir payer sa part des impôts (1).

De V Instruction et des Institutions de Bienfaisance.

Si nous considérons l’état de l’instruction , nous trouvons que nous sommes dans une position plus favorable que la France et même que la Grande- Bretagne -, il nous reste cependant encore beaucoup à faire (2). En 1826, sur 5g58 communes, il en était encore 684 sans écoles, c’est environ le sixième. En France, les deux cinquièmes des communes sont sans écoles ; nous sommes conséquemment dans une position deux à trois fois plus avantageuse que ce pays, si l’on suppose toutefois que l’instruction soit également bonne des deux côtés. Nous envoyons aux écoles 100 enfans par 947 habitans ; la France n’en envoie que 100 par 2019 habitans, y compris les filles (5). Consultons les tables de population 5 nous trouverons

(1) Les nombres ilont nous faisons usage sont empruntés à M. Dupin, aux Statislical illustrations et à notre tableau n° 4.

(2) Voyez le tableau n° 6 , extrait des Rapports sur les écoles du royaume, publiés par le gouvernement des Pays-Bas, en 1827 et 1828; pour la France, voyez le grand ouvrage de Dupin.

(3) 11 parait du reste rpie les tableaux pour la France ne sont pas tout-àfail comparables aux nôtres, rpii sont beaucoup plus complets.

que sur 10000000 d’habitans, on en compte 1920253 de 5 à i5 ans. Ainsi ; on 'pourrait à la rigueur envoyer aux écoles 100 enfans par 52 1 habitans . Plusieurs de nos provinces atteignent à peu près cette limite. « En Angleterre , le nombre des élèves qui fréquentent les écoles du jour comparé à la population , est de 1 sur 21 y et en comptant les écoles du dimanche ; de 1 sur 11. En Irlande , il est de 1 sur 1 1 ^ 5 5 en Ecosse , de 1 sur 7 (1). ))

Nous avons aussi des écoles du dimanche; mais nous n’en avons pas tenu compte dans nos résultats. Nous n’ avons pas eu égard non plus à l’instruction que le gouvernement fait donner aux miliciens ; circonstance

(1) Du nombre des délits criminels, par M. Jomard. Voyez aussi les Tableaux sommaires , faisant connaître l’e'tat et les besoins de l’instruction primaire, dans le département de la Seine, par le même savant. Paris, chez Louis Colas, 1828.

M. A. Balbi, dans sa Monarchie française, comparée aux principaux états du globe , 1828 , donne les rapports suivans des écoliers des deux sexes, à la population de diflerens pays.

ANNEE

ÉCOL. SUR IIAB.

Prusse .

Pays-Bas .

Ëtats-TJnis .

Il ?

Autriche . .

France .

Écosse .

Angleterre .

Irlande .

Les écoles de filles ne sont pas comprises dans ces rapports.

qui tend à la populariser de plus en plus. On compte qu’en 1826, les dépenses pour l’instruction primaire se sont élevées à 8go55o fl. } ce qui donne plus de i4 cents par individu dans le royaume. On comptait 285 écoles pour les pauvres , dans lesquelles étaient 56617 élèves, tandis que plus de goooo autres ont été reçus gratuitement dans les écoles ordinaires. Les

dépenses des écoles des pauvres se sont élevées à 247176 fl. , ce qui donne fl. 4 ~ ^7 Par élève.

Les collèges et les écoles latines renfermaient en 1826 plus de 7000 élèves 5 or, les tables de popula tion nous apprennent que le dixième environ d’une population se compose de jeunes gens de 12 a 18 ans: en supposant donc le nombre des fdles sensiblement égal à celui des garçons , on trouvera pour notre royaume plus de 5ooooo jeunes gens qui , par leur âge, sont en état de fréquenter les collèges} ces établissemens ne sont donc effectivement fréquentés que par la 45e partie de ceux qui pourraient s’y trouver., si leur position sociale le permettait. Quoique l inégalité de fortune doive toujours écarter des établissemens d’instruction supérieure, un très -grand nombre de jeunes gens, cependant si, comme le gouvernement paraît le désirer, à côté des écoles latines, il se forme de bonnes écoles spéciales pour les industriels , les artistes , les négocians , etc. , on pourra donner utilement des connaissances plus étendues que celles de l’instruction primaire à ceux qui ne se destinent pas à l’une des carrières savantes. Quant à nos universités, elles se peuplent de plus en plus} elles comp-

SUR LE ROYAUME UES PAYS-BAS

taient en 1826, jusqu’à 2762 étudians, qui sont à peu près également partagés entre les provinces du Nord et du Midi.

Il paraît naturel de placer à côté des établissemens d’instruction ceux de bienfaisance 5 peu de pays en offrent autant que le nôtre. Nos institutions de bienfaisance sont de trois espèces (1). Les premières ont pour but de distribuer des secours 5 les secondes de diminuer le nombre des pauvres et les troisièmes de prévenir l’indigence 3 ces dernières comprennent les monts-de-piété et les caisses d’épargnes 5 les autres, au nombre de 6228, ont en 1826 secouru de différentes manières 977616 individus , par des sommes dont le total est évalué à iio49o55 florins. Plus du septième de la population a donc eu part dans ces secours pour une valeur moyenne de fl. 11 -00 par tête. On estime, comme nous l’avons dit plus haut, que plus de 147000 enfans, appartenans à des familles indigentes, ont reçu gratuitement l’instruction • ce nombre est à celui de la population moyenne du royaume, comme 24 est à 1000, et à celui des pauvres secourus à domicile, comme 197 est à iooq, ou environ comme 1 est à 5. Si ces en fans , envoyés aux écoles, appartenaient effectivement tous à des familles indigentes, qui vivent des secours qu’on leur

(1) Voyez les tableaux n0s 7 et 8 , extraits du Rapport sur les institutions Je bienfaisance du royaume en 1826, à La Haye, impr. de l’état, in-8» ,

accorde, il faudrait en conclure que la classe indigente participe au bienfait de l’instruction plus qu’aucune autre classe, puisqu’elle enverrait généralement tous ses enfans aux écoles, suivant l’observation que nous avons déjà faite et d’après les résultats déduits des tables de population. Il est assez remarquable qu’en classant les provinces d’après la grandeur du rapport des individus secourus à domicile aux populations respectives, on trouve que les provinces populeuses , et particulièrement celles qui passent pour être les plus riches, sont celles qui comptent le plus d’indigens; la mortalité et la reproduction y ont aussi plus d’activité. Nous avons remarqué avec peine dans \eRapport sur les institutions de bienfaisance, pour 1826, que le rapport de la mortalité à la population moyenne des dépôts de mendicité, avait été de 1 4^74 à 100, ou bien encore comme 100 est à 6785 or, en rapprochant les résultats des observations des 1 2 années qui ont précédé 1822 , j’ai trouvé que la valeur moyenne de ce rapport avait été de 100 à 891 (1)3 la mortalité est donc loin d’avoir diminué dans les dépôts de mendicité, quoiqu’on fût en droit d’espérer des améliorations d’après les documens de 1821 et 1822, qui avaient donné pour valeur du rapport 100 à 1487 et 14Ô1 . Il serait utile de chercher la cause de ce changement défavorable.

( I ) Recherches sur la population, etc.

Des Crimes et des Délits.

On s’est beaucoup occupé dans ces derniers temps de rechercher si l’état de l’instruction était en rapport avec l état moral 3 et l’on est parvenu, en partant des mêmes données , à des résultats fort contradictoires. Il nous semble qu’une première source d’erreurs a été de déduire des rapprochemens de nombres qui n’étaient point comparables. On a voulu établir un parallèle entre la France et l’Angleterre 3 on a montré que dans le premier de ces deux royaumes, on compte six fois moins d’accusés que dans l’autre, et Ton en a conclu que les lumières n’étaient pas un bien. On n’a point fait attention que ces deux pays étaient régis par des lois différentes, et qu’un grand nombre de délits qui, en France, auraient été rangés parmi les affaires correctionnelles , figuraient en Angleterre , parmi les crimes. Il faudrait pour établir des rapprochemens comparer les nombres des crimes de même nature. Ainsi, depuis le commencement de ce siècle, on n’a compté annuellement en Angleterre, tout au plus que 2.5 individus convaincus d’avoir répandu le sang de leurs semblables (1) , tandis que la France compte annuellement six à sept cents malheureux, accusés de meurtre ou d’assassinat, dont plus de la moitié montent sur l’échafaud ou vont traîner hon-

(1) Slatistical illustrations , etc. — La Revue encyclopédique , un article de M. Taillandier, mai 1827, pag. 2G9. — De la mission cle la justice humaine, E. Ducpétiaux, Bruxelles, 1827.

teusement leur existence flans les fers (i). Quelle affligeante comparaison pour la France! Cependant , on est loin d y avoir appliqué la peine de mort aussi souvent qu’en Angleterre. En i8a5; on n’a condamné dans le premier royaume, que 1 54 individus à la peine de mort j et dans le second, pas moins de io56, dont à la véi'ité 5o seulement ont été exécutés. Ces exemples prouvent combien il faut user de circonspection dans les rapprochemens qu’on peut faire,, et combien on aurait tort aussi de conclure à l’état moral cl’un pays, par les peines qui y sont infligées (2).

Les nombres que nous avons pour les Pays-Bas et la France me paraissent rigoureusement comparables., parce qu’ils ont été recueillis de la même manière, et que les deux pays sont encore régis par les mêmes lois, sauf quelques modifications peu nombreuses; la

(1) Ce qui concerne les tribunaux de France est extrait des Comptes généraux de l'administration de la justice criminelle en France , pendant les années 1825, 1826 et 1827; Paris, imprimerie royale, in-4°. On peut voir les analises qui en ont été données dans la Revue encyclopédique , par M. Taillandier. — Voyez aussi les ouvrages de M. Lucas , de Genève.

(2) Dans l’ouvrage que M. A. Balbi vient de faire paraître sous le titre La monarchie française comparée aux principaux états du globe, on trouve :

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